Montréal-Nord Républik : vers un mouvement de la périphérie

Par Mis en ligne le 29 mars 2011

Le samedi 9 août 2008, l’agent Jean-Loup Lapointe du SPVM, matri­cule 3776, s’amène dans un sta­tion­ne­ment adja­cent au parc Henri-Bourassa, à Montréal-Nord. Il aper­çoit Dany Villanueva, son frère Fredy et des amis à eux dont cer­tains jouent aux dés. En moins d’une minute, Lapointe des­cend de son véhi­cule, inter­pelle Dany Villanueva, le saisi, lutte puis chute avec lui, sort son pis­to­let et tire quatre coups de feu qui atteignent trois des jeunes pré­sents. Le len­de­main, des citoyens se ras­semblent sur la place Pascal. Une pan­carte atta­chée sur un pan­neau d’arrêt dit « SPVM, le vrai gang de rue ». La taille du ras­sem­ble­ment aug­mente peu à peu et la ten­sion monte. Des mani­fes­tants mettent le feu à des pou­belles. Un camion de pom­pier arrive pour éteindre le feu. Il est repoussé à coup de pierres et de bou­teilles. Les pom­piers battent en retraite et les mani­fes­tants, comme exal­tés par cette démons­tra­tion de force, passent à la révolte. Les images de cette nuit feront le tour du monde ; voi­tures brû­lées, auto­bus atta­qués, com­merces pillés.

C’est dans ce contexte que naît Montréal-Nord Républik. M-NR s’apparente à une gué­rilla média­tique et urbaine. En effet, le col­lec­tif a pris les élites par sur­prise en les confron­tant sur leur ter­rain de pré­di­lec­tion, les médias natio­naux. L’étalement spec­ta­cu­laire d’une série de reven­di­ca­tions fai­sant voler en éclat la concer­ta­tion offi­cielle allait confé­rer à M-NR un statut d’acteur social tur­bu­lent certes, mais d’acteur, pré­ci­sé­ment. Paradoxalement, les auto­ri­tés locales ont répondu à cette attaque impré­vue en res­ser­rant leurs liens avec les orga­nismes com­mu­nau­taires et en cour­ti­sant les lea­ders natu­rels dans les rues. Seule la seconde approche, le tra­vail de ter­rain, permet de modi­fier un pay­sage poli­tique à long terme, mais seule la stra­té­gie média­tique était à la portée de M-NR, dans un pre­mier temps, pour déjouer les élites avec vitesse et effi­ca­cité.

Depuis deux ans, les mili­tantEs de M-NR ont été en contact avec diverses influences de la gauche qué­bé­coise et ont eu l’occasion de s’identifier à des causes qui élar­gissent les pers­pec­tives locales. Le groupe est d’abord engagé dans une lutte pour que jus­tice soit rendue à Fredy Villanueva et à sa com­mu­nauté, mais il a éga­le­ment affi­ché son sup­port pour la bataille simi­laire que mène la famille de Mohammed Anas Bennis, tué par la police dans Côte-des-Neiges ou encore la cause de Quilem Régistre, mort dans le quar­tier St-Michel après avoir reçu sept décharges de pis­to­let taser. En plus des causes proches des migrants, de l’opposition au racisme ou encore de la situa­tion par­ti­cu­lière des femmes, le mou­ve­ment a fait entendre sa voix lors de la der­nière cam­pagne muni­ci­pale, poin­tant du doigt les failles du sys­tème élec­to­ral muni­ci­pal. En juin 2010, une délé­ga­tion de M-NR a par­ti­cipé aux mani­fes­ta­tions contre la ren­contre du G-20 qui s’est tenue à Toronto, affi­chant l’internationalisation des pré­oc­cu­pa­tions du col­lec­tif. Des membres du groupes ont éga­le­ment été actif sur des ques­tions de soli­da­rité inter­na­tio­nale tel que lors du trem­ble­ment de terre en Haïti ou lors des mas­sacres de l’armée israé­lienne à Gaza.

(Extrait d’un texte paru dans le numéro 5 des NCS, Migrations : Stratégies, acteurs et résis­tances)

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