Montréal-Nord, pôle de résistance

Pierre Beaudet

 

Durement frappé par la pandémie, le quartier Montréal-Nord, dont une forte proportion de la population est originaire d’Haïti, d’Amérique centrale et de pays arabes, concentre depuis longtemps l’exclusion et la pauvreté, ainsi qu’une situation d’insécurité générale que les médias présentent comme une agression des « gangs ». Certes, les gangs sont présents, mais le contraire serait surprenant compte tenu des milliers de jeunes sans emploi, profilés et abusés par la police. Les médias ne parlent presque jamais du riche tissu communautaire qui permet de garder espoir, de venir en aide aux gens délaissés par l’État et d’accumuler des forces.

Les camarades des NCS qui contribuent à ces mouvements collaborent souvent aux NCS, comme Chantal Isme, Renel Exentus, Ricardo Gustave et Alain Saint-Victor, lequel présente une contribution éclairée sur le débat récent : voir son texte, « Le mot en « N ».

Ce débat, dans le contexte des mobilisations antiracistes qui se sont multipliées, a encouragé les mouvements à prendre position et à agir contre le racisme systémique, qui inclut un ensemble de pratiques et de politiques discriminatoires qui frappent durement certaines communautés, notamment les communautés « racisées ». Ce n’est pas tellement que la race est le critère, car bien d’autres personnes sont discriminées. Il n’en reste pas moins que la couleur de la peau a encore à voir avec cette pensée qui exclut et qui cherche constamment à diviser dans la logique perverse de tout-le-monde-contre-tout-le-monde. Pour être à la hauteur d’un projet réellement émancipateur, la lutte antiraciste, comme la lutte antipatriarcale et la lutte anticoloniale (concernant les Premières Nations) doivent toutes être entièrement présentes et implicites dans la lutte pour l’émancipation. Le fait que certains mouvements progressistes dans le passé n’en étaient pas conscients ou pensaient que ces discriminations étaient un trait « secondaire » du capitalisme a nui à la construction de blocs hégémoniques capables de construire la convergence et l’intersectionnalité des luttes.

Aujourd’hui, cette situation évolue avec le leadership assumé des communautés en question. Le racisme étant d’abord une question de système (et non de comportements offensants ou de mots dénigrants), il faut lutter contre le système, et non contre ses conséquences ou certains de ses effets pervers.