Mirabel, démolir l’Aérogare ?

Par Mis en ligne le 08 juillet 2014

Pour per­pé­tuer le détour­ne­ment de voca­tion du site…

La fièvre olym­pique s’estompe, au cours des der­niers mois, on a beau­coup parlé de médailles. On oublie sou­vent que les gains de médailles reposent sur la pra­tique sou­te­nue d’un sport, et la pré­sence acces­sible en tout temps d’installations adé­quates per­met­tant au plus grand nombre de le pra­ti­quer.

J’avoue avoir été sidéré d’entendre le grand mani­tou d’Aéroports de Montréal (ADM) parler de démo­li­tion de l’aérogare de Mirabel, « si aucune voca­tion n’est trou­vée, à court terme ». Lorsqu’on sait qu’il n’existe dans le nord-est de l’Amérique du Nord aucune ins­tal­la­tion inté­rieure per­met­tant la pra­tique de sports uti­li­sant de grandes sur­faces, l’idée de la démo­li­tion d’une telle ins­tal­la­tion rend per­plexe.

Malgré la pro­messe des Jeux olym­piques de Montréal, le retour des ins­tal­la­tions olym­piques au béné­fice des ath­lètes de haut niveau est depuis long­temps aban­donné. L’Aérogare de Mirabel semble cacher un poten­tiel ines­péré.

La démo­li­tion, suite à une négli­gence pla­ni­fiée

Le ges­tion­naire actuel de l’aérogare jus­ti­fie la démo­li­tion ainsi : « L’entretien des lieux fermés aux pas­sa­gers en octobre 2004 coûte près de 5 M$ par année. » L’affirmation est per­cu­tante, mais quels sont au juste ces coûts ? En posant quelques ques­tions aux res­pon­sables de l’agence, on découvre que ces coûts sont attri­buables essen­tiel­le­ment aux frais d’entretien actuels par le per­son­nel d’ADM, aux frais d’électricité à Hydro-Québec et aux taxes à la ville de Mirabel. On parle donc essen­tiel­le­ment de trans­fert d’argent d’une poche des contri­buables à l’autre. Actuellement, l’argent passe de la poche d’une agence fédé­rale, à celle du pro­vin­cial et de la ville de Mirabel. Disons qu’il n’y a pas de quoi faire un plat !

Gardons en mémoire que c’est l’agence de ges­tion de Transports Canada qui a, elle-même, négligé le bâti­ment. Elle se plaint main­te­nant des frais asso­ciés à la res­tau­ra­tion de l’installation qu’elle qua­li­fie d’éléphant blanc, pour­tant issue de sa propre incu­rie. Peu réa­lisent qu’ADM arrive à géné­rer des reve­nus annuels de 45 mil­lions de dol­lars par année par la loca­tion de ter­rains indus­triels dans le parc aéro­nau­tique de Mirabel. Elle verse 30 mil­lions de ces béné­fices par année à l’actuel pro­prié­taire de ces terres dont la voca­tion a été détour­née : Transports Canada. On doit se deman­der ce que fait le fédé­ral dans la ges­tion d’un parc indus­triel régio­nal.

Il n’est donc pas sur­pre­nant que l’actuel ges­tion­naire soit en mesure de faci­le­ment réunir autour de 50 mil­lions pour le démo­lir. « Car, tous les pro­jets de trans­for­ma­tion du bâti­ment sont tombés à l’eau jusqu’à main­te­nant » selon ADM. Je for­mu­le­rais plutôt l’affirmation autre­ment : « Car, tous les fan­tasmes com­mer­ciaux visant à pro­fi­ter de cet actif public d’une valeur ines­ti­mable, ont à ce jour coulé ». Nous par­lons effec­ti­ve­ment ici d’un « actif public » ; un bâti­ment d’un demi-mil­lion de pieds carrés cou­vert, d’une valeur ines­ti­mable pour la popu­la­tion. L’agence a pré­féré attendre un chèque et verser des béné­fices annuels au fédé­ral à la mise en valeur de cette ins­tal­la­tion au béné­fice de la popu­la­tion qui a déjà ample­ment payé pour y accé­der. Nous devons main­te­nant exiger de pou­voir en béné­fi­cier.

Une réfec­tion plus que pos­sible, et sou­hai­table !

Pensons à la réfec­tion du bâti­ment main­te­nant. On parle de 25 mil­lions pour la mise à niveau des ins­tal­la­tions, soit le retrait de l’amiante, sys­tèmes de gicleurs et autres néces­si­tés d’amélioration élec­trique, de plom­be­rie et de méca­nique du bâti­ment. Cette fac­ture devrait être assu­mée par le trans­fert de pro­priété des terres de Mirabel à une auto­rité régio­nale. Il est dif­fi­cile de conti­nuer à faire confiance à l’actuel ges­tion­naire.

L’autre 25 mil­lions de dol­lars, ADM semble le des­ti­ner à la démo­li­tion pour­rait être investi dans la mise sur pied, en col­la­bo­ra­tion avec Hydro-Québec d’un véri­table labo­ra­toire envi­ron­ne­men­tal pour l’efficacité éner­gé­tique de grandes ins­tal­la­tions indus­trielles. On pour­rait chan­ger les vitres actuelles en vitres ther­males et ins­tal­ler un sys­tème de chauf­fage géo­ther­mique. N’oublions pas que le bâti­ment rec­tan­gu­laire allongé est orienté de façon idéale pour l’énergie solaire pas­sive est-ouest ; une façade de la lon­gueur franc sud, l’autre franc nord. Ces solu­tions devraient régler le cas des frais de réfec­tion et régler l’essentiel des dépenses récur­rentes. De sur­croît, avec le trans­fert de pro­priété, le fédé­ral se sort hono­ra­ble­ment de ce bour­bier. Il est donc pré­sen­te­ment irres­pon­sable de parler de démo­li­tion.

Le maire de Mirabel et la SOGEMM tra­vaillent acti­ve­ment à mettre en place les bases d’un centre inter­na­tio­nal de foire pour l’aéronautique com­mer­ciale. L’équipe qui y tra­vaille est en contact avec les res­pon­sables du Bourget ; et le poten­tiel de ces ins­tal­la­tions pour des évé­ne­ments majeurs met­tant le site en valeur pour quelques semaines par année semble excellent. Un tel usage ne limite pas les pos­si­bi­li­tés d’activités com­plé­men­taires. À terme on pour­rait envi­sa­ger le site d’une ins­tal­la­tion inter­mo­dale pour le trans­port en commun. Le Grand défi Pierre Lavoie a aussi établi un contact afin de pou­voir béné­fi­cier d’une ins­tal­la­tion per­ma­nente dans la grande région de Montréal. Les options se mul­ti­plient.

Cette rocam­bo­lesque his­toire d’Aéroport inter­na­tio­nal de Montréal, d’expropriations mas­sives de vil­lages et de fermes et de rétro­ces­sions de terres doit se ter­mi­ner un jour. L’empressement à vou­loir géné­rer de nou­veaux reve­nus de loca­tion de ter­rains et de démo­lir d’Aéroports de Montréal risque d’empêcher une sérieuse éva­lua­tion de fai­sa­bi­lité des diverses options d’utilisation publiques.

Une ins­tal­la­tion spor­tive grande sur­face

Réaliser le rêve de la construc­tion d’une ins­tal­la­tion spor­tive cou­verte pour les sports de grande sur­face, se chif­fre­rait tout près du mil­liard de dol­lars. Notez que c’est le fédé­ral qui nagera bien­tôt dans les sur­plus bud­gé­taires qui a la res­pon­sa­bi­lité du sport de haut niveau au pays. L’Ouest du pays, grâce aux jeux Olympiques de Calgary en 1988 et de Vancouver de 2010, est par­ti­cu­liè­re­ment bien équipé en équi­pe­ments per­met­tant de pra­ti­quer à l’année les sports néces­si­tant de grands espaces. Ne serait-il pas logique de conver­tir l’installation à cette fin ?

Un petit inven­taire des sports olym­piques dont la pra­tique néces­site une grande sur­face et dont la pra­tique gagne­rait à s’effectuer à l’intérieur est donc utile. Cet exer­cice suffit ample­ment pour démon­trer l’utilité pro­bable d’une telle ins­tal­la­tion.

  • Un anneau olym­pique de pati­nage de vitesse longue piste autour deux pati­noires format olym­pique 30 mètres sur 60 mètres.

  • On ajoute… une piste d’athlétisme inté­rieure sans pro­blèmes.

  • Un champ de tir à l’arc de 170 mètres et une ins­tal­la­tion de tir olym­pique spor­tif de 70 mètres.

  • On peut ajou­ter un centre d’entraînement aux tram­po­lines sans dif­fi­culté. Le sport fait doré­na­vant partie des dis­ci­plines olym­piques.

  • Aussi sur­pre­nant que cela puisse paraître, il res­te­rait encore de la place pour un ska­te­park et une ins­tal­la­tion BMX inté­rieure.

Si un stade cou­vert à Montréal voit le jour, ce ne sera cer­tai­ne­ment pas au béné­fice du sport ama­teur. L’Aérogare pour­rait donc être consi­dé­rée comme une véri­table ins­tal­la­tion de rêve pour l’initiation et le déve­lop­pe­ment spor­tif de nos jeunes.

Installations de glace

En creu­sant la ques­tion d’une ins­tal­la­tion spor­tive, les besoins pour des ins­tal­la­tions de glace inté­rieures émergent rapi­de­ment. Il n’y a pas d’anneau de glace inté­rieur pour le pati­nage de vitesse longue piste dans l’Est du Canada ; le pati­nage de vitesse est pour­tant un sport dans lequel les jeunes qué­bé­cois excellent.

De plus, sur la Rive-Nord de Montréal, il n’existe aucune ins­tal­la­tion de glace de format stan­dard olym­pique per­met­tant la pra­tique du pati­nage de vitesse courte piste et de pati­nage artis­tique à des fins d’excellence.

Les contacts éta­blis en lien avec de telles ins­tal­la­tions ont permis d’identifier l’existence d’équipements amo­vibles, en tapis de tubu­lures d’aluminium pliables, dont l’installation et le retrait sont très rapides ; une ou deux jour­nées. Ces équi­pe­ments sont uti­li­sables tant pour des ins­tal­la­tions inté­rieures, qu’extérieures.

L’Aérogare pour­rait faci­le­ment per­mettre d’accommoder une grande salle de montre pour des équi­pe­ments de glaces réfri­gé­rées uti­lisé pour l’entraînement des ath­lètes ; un entre­pôt de modules de tubu­lures de réfri­gé­ra­tion amo­vible pour loca­tion et toute une gamme de format de glace en démons­tra­tion utiles pour les car­na­vals d’hiver.

La grappe indus­trielle de l’aluminium cherche des mar­chés de trans­for­ma­tion pour cette res­source natu­relle. La pos­si­bi­lité de voir des mil­liers de kilo­mètres de tubes en pro­duc­tion devrait cer­tai­ne­ment atti­rer l’attention des indus­triels.

Les solu­tions sont mul­tiples

Les pro­mo­teurs privés ont eu leur chance. Il est main­te­nant temps de regar­der des pro­jets issus des besoins expri­més par les citoyens. L’exercice comp­table doit être fait en fonc­tion du meilleur inté­rêt des contri­buables, en consi­dé­rant ce qui a déjà été investi et le fait que la popu­la­tion se sent flouée dans toute cette his­toire. Le site de l’Aéroport, par la loca­tion des ter­rains com­mer­ciaux, génère actuel­le­ment d’imposants reve­nus. La seule véri­table contrainte est notre ima­gi­na­tion, et la mobi­li­sa­tion poli­tique.

Les citoyens des Basses-Laurentides pour­raient-ils, une fois pour toute, avoir leur mot à dire ? De son côté, Aéroports de Montréal devrait consta­ter que le site de Mirabel est hors de son mandat, que la ges­tion d’un parc indus­triel relève des auto­ri­tés régio­nales et se reti­rer hono­ra­ble­ment du dos­sier.

Il ne res­te­rait qu’à faire un choix !

Normand Beaudet,
résident de Blainville

Page Facebook pour un Centre d’excellence spor­tif :
https://www.facebook.com/pages/A%C3%A9rogare…

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