Mirabel, démolir l’Aérogare?

Pour perpétuer le détournement de vocation du site…

 

La fièvre olympique s’estompe, au cours des derniers mois, on a beaucoup parlé de médailles. On oublie souvent que les gains de médailles reposent sur la pratique soutenue d’un sport, et la présence accessible en tout temps d’installations adéquates permettant au plus grand nombre de le pratiquer.

J’avoue avoir été sidéré d’entendre le grand manitou d’Aéroports de Montréal (ADM) parler de démolition de l’aérogare de Mirabel, « si aucune vocation n’est trouvée, à court terme ». Lorsqu’on sait qu’il n’existe dans le nord-est de l’Amérique du Nord aucune installation intérieure permettant la pratique de sports utilisant de grandes surfaces, l’idée de la démolition d’une telle installation rend perplexe.

Malgré la promesse des Jeux olympiques de Montréal, le retour des installations olympiques au bénéfice des athlètes de haut niveau est depuis longtemps abandonné. L’Aérogare de Mirabel semble cacher un potentiel inespéré.

 

La démolition, suite à une négligence planifiée

 

Le gestionnaire actuel de l’aérogare justifie la démolition ainsi : « L’entretien des lieux fermés aux passagers en octobre 2004 coûte près de 5 M$ par année. » L’affirmation est percutante, mais quels sont au juste ces coûts? En posant quelques questions aux responsables de l’agence, on découvre que ces coûts sont attribuables essentiellement aux frais d’entretien actuels par le personnel d’ADM, aux frais d’électricité à Hydro-Québec et aux taxes à la ville de Mirabel. On parle donc essentiellement de transfert d’argent d’une poche des contribuables à l’autre. Actuellement, l’argent passe de la poche d’une agence fédérale, à celle du provincial et de la ville de Mirabel. Disons qu’il n’y a pas de quoi faire un plat!

Gardons en mémoire que c’est l’agence de gestion de Transports Canada qui a, elle-même, négligé le bâtiment. Elle se plaint maintenant des frais associés à la restauration de l’installation qu’elle qualifie d’éléphant blanc, pourtant issue de sa propre incurie. Peu réalisent qu’ADM arrive à générer des revenus annuels de 45 millions de dollars par année par la location de terrains industriels dans le parc aéronautique de Mirabel. Elle verse 30 millions de ces bénéfices par année à l’actuel propriétaire de ces terres dont la vocation a été détournée : Transports Canada. On doit se demander ce que fait le fédéral dans la gestion d’un parc industriel régional.

Il n’est donc pas surprenant que l’actuel gestionnaire soit en mesure de facilement réunir autour de 50 millions pour le démolir. « Car, tous les projets de transformation du bâtiment sont tombés à l’eau jusqu’à maintenant » selon ADM. Je formulerais plutôt l’affirmation autrement : « Car, tous les fantasmes commerciaux visant à profiter de cet actif public d’une valeur inestimable, ont à ce jour coulé ». Nous parlons effectivement ici d’un « actif public »; un bâtiment d’un demi-million de pieds carrés couvert, d’une valeur inestimable pour la population. L’agence a préféré attendre un chèque et verser des bénéfices annuels au fédéral à la mise en valeur de cette installation au bénéfice de la population qui a déjà amplement payé pour y accéder. Nous devons maintenant exiger de pouvoir en bénéficier.

 

Une réfection plus que possible, et souhaitable!

 

Pensons à la réfection du bâtiment maintenant. On parle de 25 millions pour la mise à niveau des installations, soit le retrait de l’amiante, systèmes de gicleurs et autres nécessités d’amélioration électrique, de plomberie et de mécanique du bâtiment. Cette facture devrait être assumée par le transfert de propriété des terres de Mirabel à une autorité régionale. Il est difficile de continuer à faire confiance à l’actuel gestionnaire.

L’autre 25 millions de dollars, ADM semble le destiner à la démolition pourrait être investi dans la mise sur pied, en collaboration avec Hydro-Québec d’un véritable laboratoire environnemental pour l’efficacité énergétique de grandes installations industrielles. On pourrait changer les vitres actuelles en vitres thermales et installer un système de chauffage géothermique. N’oublions pas que le bâtiment rectangulaire allongé est orienté de façon idéale pour l’énergie solaire passive est-ouest; une façade de la longueur franc sud, l’autre franc nord. Ces solutions devraient régler le cas des frais de réfection et régler l’essentiel des dépenses récurrentes. De surcroît, avec le transfert de propriété, le fédéral se sort honorablement de ce bourbier. Il est donc présentement irresponsable de parler de démolition.

Le maire de Mirabel et la SOGEMM travaillent activement à mettre en place les bases d’un centre international de foire pour l’aéronautique commerciale. L’équipe qui y travaille est en contact avec les responsables du Bourget; et le potentiel de ces installations pour des événements majeurs mettant le site en valeur pour quelques semaines par année semble excellent. Un tel usage ne limite pas les possibilités d’activités complémentaires. À terme on pourrait envisager le site d’une installation intermodale pour le transport en commun. Le Grand défi Pierre Lavoie a aussi établi un contact afin de pouvoir bénéficier d’une installation permanente dans la grande région de Montréal. Les options se multiplient.

Cette rocambolesque histoire d’Aéroport international de Montréal, d’expropriations massives de villages et de fermes et de rétrocessions de terres doit se terminer un jour. L’empressement à vouloir générer de nouveaux revenus de location de terrains et de démolir d’Aéroports de Montréal risque d’empêcher une sérieuse évaluation de faisabilité des diverses options d’utilisation publiques.

 

Une installation sportive grande surface

 

Réaliser le rêve de la construction d’une installation sportive couverte pour les sports de grande surface, se chiffrerait tout près du milliard de dollars. Notez que c’est le fédéral qui nagera bientôt dans les surplus budgétaires qui a la responsabilité du sport de haut niveau au pays. L’Ouest du pays, grâce aux jeux Olympiques de Calgary en 1988 et de Vancouver de 2010, est particulièrement bien équipé en équipements permettant de pratiquer à l’année les sports nécessitant de grands espaces. Ne serait-il pas logique de convertir l’installation à cette fin?

Un petit inventaire des sports olympiques dont la pratique nécessite une grande surface et dont la pratique gagnerait à s’effectuer à l’intérieur est donc utile. Cet exercice suffit amplement pour démontrer l’utilité probable d’une telle installation.

  • Un anneau olympique de patinage de vitesse longue piste autour deux patinoires format olympique 30 mètres sur 60 mètres.

  • On ajoute… une piste d’athlétisme intérieure sans problèmes.

  • Un champ de tir à l’arc de 170 mètres et une installation de tir olympique sportif de 70 mètres.

  • On peut ajouter un centre d’entraînement aux trampolines sans difficulté. Le sport fait dorénavant partie des disciplines olympiques.

  • Aussi surprenant que cela puisse paraître, il resterait encore de la place pour un skatepark et une installation BMX intérieure.

Si un stade couvert à Montréal voit le jour, ce ne sera certainement pas au bénéfice du sport amateur. L’Aérogare pourrait donc être considérée comme une véritable installation de rêve pour l’initiation et le développement sportif de nos jeunes.

 

Installations de glace

 

En creusant la question d’une installation sportive, les besoins pour des installations de glace intérieures émergent rapidement. Il n’y a pas d’anneau de glace intérieur pour le patinage de vitesse longue piste dans l’Est du Canada; le patinage de vitesse est pourtant un sport dans lequel les jeunes québécois excellent.

De plus, sur la Rive-Nord de Montréal, il n’existe aucune installation de glace de format standard olympique permettant la pratique du patinage de vitesse courte piste et de patinage artistique à des fins d’excellence.

Les contacts établis en lien avec de telles installations ont permis d’identifier l’existence d’équipements amovibles, en tapis de tubulures d’aluminium pliables, dont l’installation et le retrait sont très rapides; une ou deux journées. Ces équipements sont utilisables tant pour des installations intérieures, qu’extérieures.

L’Aérogare pourrait facilement permettre d’accommoder une grande salle de montre pour des équipements de glaces réfrigérées utilisé pour l’entraînement des athlètes; un entrepôt de modules de tubulures de réfrigération amovible pour location et toute une gamme de format de glace en démonstration utiles pour les carnavals d’hiver.

La grappe industrielle de l’aluminium cherche des marchés de transformation pour cette ressource naturelle. La possibilité de voir des milliers de kilomètres de tubes en production devrait certainement attirer l’attention des industriels.

 

Les solutions sont multiples

 

Les promoteurs privés ont eu leur chance. Il est maintenant temps de regarder des projets issus des besoins exprimés par les citoyens. L’exercice comptable doit être fait en fonction du meilleur intérêt des contribuables, en considérant ce qui a déjà été investi et le fait que la population se sent flouée dans toute cette histoire. Le site de l’Aéroport, par la location des terrains commerciaux, génère actuellement d’imposants revenus. La seule véritable contrainte est notre imagination, et la mobilisation politique.

Les citoyens des Basses-Laurentides pourraient-ils, une fois pour toute, avoir leur mot à dire? De son côté, Aéroports de Montréal devrait constater que le site de Mirabel est hors de son mandat, que la gestion d’un parc industriel relève des autorités régionales et se retirer honorablement du dossier.

Il ne resterait qu’à faire un choix!

 

Normand Beaudet,
résident de Blainville

 

Page Facebook pour un Centre d’excellence sportif :
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