Mentir et menacer : La stratégie des dominants face à l’élection du 8 décembre

À force de tromper les gens …

Sur le fond, il y a d’abord et avant tout un immense mensonge. Les dominants, dont Charest est l’homme de confiance, savent bien que le Québec est en train d’entrer, comme le reste du monde capitaliste, dans une crise profonde et prolongée. Comme ils ne veulent pas prendre de chance, ils ne disent pas qu’ils s’apprêtent à appliquer les mêmes recettes qui sont en vigueur depuis presque une trentaine d’années à l’ombre du néolibéralisme : coupures dans les services publics d’éducation et de santé, privatisations des beaux «fleurons» de l’État, compressions d’emplois dans la fonction publique, «réformes fiscales» pour engraisser les riches sous prétexte d’être «compétitifs» sur le «marché» (en clair, se rabaisser aux niveaux les plus bas), etc. Cela va très bien s’ajuster à ce que prépare à nous servir Stephen Harper et ses néoconservateurs repeinturés.

«C’est votre faute»…

Des dominants nous vient ensuite une menace. «Attention les dominés, laissez-vous mener par les dominants. Si vous ne le faites pas, vous allez payer». En clair, tout changement est inacceptable et va entraîner de dures «punitions» contre les récalcitrants. La punition prendra la forme d’une fuite des capitaux, d’un écroulement de l’économie. À moins que, nous disent les dominants et leurs porte-voix berlusconisés des médias comme Alain Dubuc, les dominés acceptent l’inacceptable. Ce discours de la crise, on l’a entendu souvent, récemment et dans un passé pas si lointain. Il faut l’avouer, il faire peur, très peur même. Et bien sûr, on rajoute à cela d’autres inquiétudes face aux autres dimensions de la crise, on devrait dire, face à la «crise des crises». Le «terrorisme», les changements climatiques, le déclin des ressources énergétiques, sont autant de réalités déformées dans un seul sens, celui de la catastrophe inévitable, et dont l’effet est de culpabiliser les gens. «C’est votre faute si le pôle nord est en train de fondre…»

No, we cannot !

Les dominants n’auraient pas un aussi beau jeu si l’opposition se tenait debout. Ne nous attardons pas sur les bouffonneries de l’ADQ, c’est probablement inutile. Mais la situation est plus grave du PQ, qui ne trouve rien de mieux à dire que de revendiquer le bel «héritage» de la gestion néolibérale et du déficit zéro, au moment où le ténébreux Lucien Bouchard s’acharnait à liquider toute une tradition péquiste d’inspiration social-démocrate. En fait, on le sait maintenant, Pauline Marois a les mains liées par les «Lulucides», qui rêvent de voler des votes (à droite) à l’ADQ, tout en «promettant» le statu quo relooké, et encore, à peine. La fiscalité ? «On ne peut quand même pas risquer de déplaire à Wall Street». Réinvestir dans l’éducation ? «Pensez plutôt au débat sibyllin sur le bulletin scolaire». Discipliner les cowboys du néolibéralisme comme Olymel ? »On ne peut s’opposer au marché.» Changer l’Aléna et atténuer la dépendance à l’endroit des États-Unis ? «Pas vraiment possible». Pas question non plus de «brasser la cage» sur la question nationale, laissée en plan à une incertaine semaine des quatre jeudis. Bref, le PQ a fait son choix, et ce depuis longtemps, de s’aligner comme une banale «alternance» du pouvoir, un candidat à la gestion du statu quo, sans âme, sans projet, sans raison d’exister vraiment. Autant dire tout de suite, «no, we cannot».

L’histoire jugera sévèrement les chefs du PQ

C’est peut-être pour cela que le PQ s’enfonce lamentablement dans le rêve de reconstituer un bipartisme confortable, mais profondément anti-démocratique et méprisant. Après avoir tergiversé depuis des années sur la nécessaire réforme du système politique, les chefs actuels du PQ ont tout enterré cela, validant une situation tant inacceptable sur le plan des principes que très dangereuse sur le plan politique. Comble de toutes les manipulations, Pauline Marois accepte de participer à un «débat des chefs» qui exclut Québec Solidaire et les Verts qui à eux deux ont réuni plus de 8% des scrutins lors des dernières élections. Le PQ sera très sévèrement jugé pour cette dérive, y compris par ceux et celles qui l’ont porté à bout de bras pendant des années, et qui croyaient dans ce parti comme un vecteur de transformation démocratique et sociale. Avec des adversaires comme cela en tout cas, Jean Charest et les dominants peuvent dormir en paix.

Patience et détermination

Que faire ? Les dominés ont la mine un peu basse, on le serait à moins. Mais les dominés sont têtus. Ils ont à plusieurs reprises mis de gros grains de sable dans la machine, comme à l’hiver 2003 lorsque Charest (qui venait de gagner les élections) a voulu tout casser. L’histoire s’est répétée avec la grande grève des étudiants de 2005. Et aujourd’hui, les dominés se sont mis à rêver qu’ils se doteraient, avec Québec solidaire d’un outil politique. Les éditorialistes de droite ricanent, les médias font semblant de l’ignorer ou le traitent d’épiphénomène. C’était comme cela il n’y a pas si longtemps en Amérique latine quand la droite ridiculisait Lula, Évo Morales, Hugo Chavez, comme une bande d’illuminés presque dangereux, incapables de se rendre compte de la «réalité» unique et magique, celle du marché. Ici au Québec, on est certes dans une autre réalité que celle-là et qui a bifurqué. Mais on ne pourra bâillonner éternellement la parole des exclu-es. Un jour et avant longtemps, le retour de la révolution-pas-si-tranquille va rebaliser le paysage politique et social du Québec.