Médias sociaux ou anti-sociaux ? (Dissident Voice)

« Si nous voulons changer l’humanité et la vie, il faut mettre fin au système capitaliste » – Evo Morales, président de la Bolivie

On nous ressasse en boucle que l’économie repart —une fois de plus— et cette fois pendant une campagne présidentielle qui coûte des milliards de dollars. Mince alors ! Les menaces de nouvelles guerres à l’étranger n’ont aucun rapport avec la politique, ni les signes de dépression physique et mentale de notre armée et d’ailleurs rien de tout cela ne doit nous inquiéter puisque l’économie repart ! Une fois de plus ! Malheureusement cette logique marchande optimiste domine encore notre conscience, mais la pensée critique gagne de plus en plus de sujets de ce système. Même si c’est parfois très lentement, comme lorsque des personnes honnêtes et droites sont emportées dans des tsunamis émotionnels par un outil de manipulation appelé média social.

Il y a eu récemment un buzz sur Internet à propos des Enfants Invisibles* qui a provoqué une tragédie dans les esprits invisibles de beaucoup d’adultes. Les mêmes médias sociaux qui contribuent à l’évolution de ceux qui cherchent la démocratie permettent aussi à la minorité qui s’y oppose de maintenir un contrôle anti-social. Grâce à de nouveaux outils de manipulation, ils peuvent semer la confusion chez beaucoup de monde par des contacts apparemment individuels qui se nourrissent de la culture consumériste centrée sur elle-même et obsédée par elle-même. Les messages personnels envoyés à des personnes en les suppliant de les partager sans limite peuvent se révéler plus convaincants que les méthodes anciennes de diffusion médiatique de masse. Mais les textos, les tweets, les mails, tout en rapprochant les gens d’une manière que les utilisateurs de moyens électroniques ne comprennent pas encore bien, offrent beaucoup d’opportunités aux contrôleurs du système qui prennent ainsi de plus en plus de pouvoir sur la planète et tous ses habitants. Il n’a jamais été plus nécessaire d’écouter Morales.

Les campagnes actuelles en faveur de l’intervention en Syrie et de l’attaque contre l’Iran sont les symptômes du stress d’une économie globale qui enrichit furieusement une toute petite minorité tout en réduisant la vaste majorité à l’endettement, la guerre et la misère. La confusion populaire n’est pas seulement due aux grands groupes médiatiques mais aussi à l’arme de désinformation et d’endoctrinement de masse constituée par les nouveaux médias sociaux. Et que ce soit en Orient ou en Occident, les souffrances augmentent pour que quelques personnes puissent vivrent dans le grand luxe.

Les Palestiniens continuent d’être occupés par un état colonisateur d’apartheid financé par les l’aide massive des contribuables étasuniens mais aucun miracle de l’internet, tweet ou autre, ne permet à cette information d’atteindre personnellement les célébrités et les millions de gens qui n’ont pas de vie à eux et qui suivent les célébrités.

En attendant, la soi-disant renaissance de l’industrie automobile aux Etats-Unis est entièrement due à des aides publiques payées par les contribuables à des entreprises privées qui ont embauché de nombreux travailleurs mais à moitié prix des anciens travailleurs. A Tel Aviv, Detroit ou Wall Street, c’est une aubaine pour la minorité des investisseurs mais c’est une catastrophe pour la majorité. Voilà comment il faut voir toutes les soi-disant menaces étrangères et les soi-disant redressements des marchés boursiers : Ils profitent à très peu de personnes tout en causant de grandes pertes à la majorité et, ce faisant, ils compromettent de plus en plus l’avenir de tous.

Les élections étasuniennes offriront aux électeurs le choix habituel du moindre mal, ce qui leur garantit la continuation de leurs maux ; les politiques sociales nécessaires pour transformer la réalité ne feront pas partie de leurs programmes. La demande pour des banques publiques, un salaire maximum, un impôt sur la richesse, la sécurité sociale pour tous, beaucoup plus de dépenses sociales et beaucoup moins de dépenses militaires, continuera à venir de l’extérieur de ce qu’on appelle les deux courants dominants de la politique mais qui sont en fait les deux ailes d’une seul parti entrepreneurial qui représente la minorité qui détient le capital. La majorité, dont on comprend la colère, est divisée entre les mouvements du tea-party et de Occupy et des groupes identitaires, et il faudrait qu’elle élabore en commun un projet de démocratie qui réponde aux besoins de la population toute entière et pas seulement à ceux d’une cabale de milliardaires. Mais une évolution vers une telle démocratie peut se révéler impossible à des gens qui ont été élevés dans l’inégalité, l’élitisme et le mépris des autres et qui dans leur grande majorité ne croient pas en la démocratie et ne la pratiquent pas. Ils soutiennent le pouvoir basé sur les doctrines du « peuple élu » ou de la « race supérieure », d’une minorité qui essaie de dissimuler la réalité de la république pervertie et de la religion patriarcale du libre marché capitaliste sous des éléments de langage cosmétiques.

La domination de l’opinion publique diminue même si ce n’est pas assez vite pour garantir un issue positive. Mais dès que les gens ont repris le contrôle de leur vie, de leur communauté et de leur environnement, le progrès est beaucoup plus rapide que la destruction réactionnaire dont on a mis si longtemps à comprendre les causes. Mais il ne faut pas que ceux qui aspirent à la démocratie se laissent séduire par des doctrines sociales terriblement nocives qui engendrent les divisions, les oppositions, les luttes au profit de minorités nationales et aux dépens de l’immense majorité.

La maladie de l’économie politique capitaliste a conduit l’humanité à un point de non retour mais elle offre aussi l’accès à un monde meilleur pour tous et pas seulement pour quelques uns. Il faudrait mettre en place une vraie démocratie dans notre pays non pas en assassinant des étrangers mais en s’organisant et en s’unissant avec nos compatriotes. Cela demande plus de respect mutuel que celui auquel notre éducation anti-sociale nous a habitués, mais une fois que nous aurons compris que la liberté individuelle n’est possible qu’en communauté et non dans l’isolement nous y parviendrons sûrement.

D’abord il faut faire taire les bruits de guerre avant qu’ils ne nous mènent vraiment à la guerre et il faut contrecarrer le pouvoir de la minorité financière sur la planète. Cela ne sera pas la conséquence des élections de Novembre et cela ne se fera certainement pas si on permet l’utilisation des médias sociaux à des fins anti-sociales, mais il faut que cela arrive vite.

Frank Scott

Frank Scott est un commentateur politique qui écrit pour le Coastal Post et The Independent Monitor et collabore au blog Legalienate.

Note : * Les enfants soldats et les enfants qui vivent dans la rue en Ouganda. Pour plus ample information sur la vidéo et la polémique : http://fr.globalvoicesonline.org/2012/03/12/101446/

Pour consulter l’original : http://dissidentvoice.org/2012/03/social-or-anti-social-medi…

Traduction : Dominique Muselet pour LGS