Médias sociaux ou anti-sociaux ? (Dissident Voice)

Par Mis en ligne le 23 mars 2012
« Si nous vou­lons chan­ger l’humanité et la vie, il faut mettre fin au sys­tème capi­ta­liste » – Evo Morales, pré­sident de la Bolivie

On nous res­sasse en boucle que l’économie repart —une fois de plus— et cette fois pen­dant une cam­pagne pré­si­den­tielle qui coûte des mil­liards de dol­lars. Mince alors ! Les menaces de nou­velles guerres à l’étranger n’ont aucun rap­port avec la poli­tique, ni les signes de dépres­sion phy­sique et men­tale de notre armée et d’ailleurs rien de tout cela ne doit nous inquié­ter puisque l’économie repart ! Une fois de plus ! Malheureusement cette logique mar­chande opti­miste domine encore notre conscience, mais la pensée cri­tique gagne de plus en plus de sujets de ce sys­tème. Même si c’est par­fois très len­te­ment, comme lorsque des per­sonnes hon­nêtes et droites sont empor­tées dans des tsu­na­mis émo­tion­nels par un outil de mani­pu­la­tion appelé média social.

Il y a eu récem­ment un buzz sur Internet à propos des Enfants Invisibles* qui a pro­vo­qué une tra­gé­die dans les esprits invi­sibles de beau­coup d’adultes. Les mêmes médias sociaux qui contri­buent à l’évolution de ceux qui cherchent la démo­cra­tie per­mettent aussi à la mino­rité qui s’y oppose de main­te­nir un contrôle anti-social. Grâce à de nou­veaux outils de mani­pu­la­tion, ils peuvent semer la confu­sion chez beau­coup de monde par des contacts appa­rem­ment indi­vi­duels qui se nour­rissent de la culture consu­mé­riste cen­trée sur elle-même et obsé­dée par elle-même. Les mes­sages per­son­nels envoyés à des per­sonnes en les sup­pliant de les par­ta­ger sans limite peuvent se révé­ler plus convain­cants que les méthodes anciennes de dif­fu­sion média­tique de masse. Mais les textos, les tweets, les mails, tout en rap­pro­chant les gens d’une manière que les uti­li­sa­teurs de moyens élec­tro­niques ne com­prennent pas encore bien, offrent beau­coup d’opportunités aux contrô­leurs du sys­tème qui prennent ainsi de plus en plus de pou­voir sur la pla­nète et tous ses habi­tants. Il n’a jamais été plus néces­saire d’écouter Morales.

Les cam­pagnes actuelles en faveur de l’intervention en Syrie et de l’attaque contre l’Iran sont les symp­tômes du stress d’une éco­no­mie glo­bale qui enri­chit furieu­se­ment une toute petite mino­rité tout en rédui­sant la vaste majo­rité à l’endettement, la guerre et la misère. La confu­sion popu­laire n’est pas seule­ment due aux grands groupes média­tiques mais aussi à l’arme de dés­in­for­ma­tion et d’endoctrinement de masse consti­tuée par les nou­veaux médias sociaux. Et que ce soit en Orient ou en Occident, les souf­frances aug­mentent pour que quelques per­sonnes puissent vivrent dans le grand luxe.

Les Palestiniens conti­nuent d’être occu­pés par un état colo­ni­sa­teur d’apartheid financé par les l’aide mas­sive des contri­buables éta­su­niens mais aucun miracle de l’internet, tweet ou autre, ne permet à cette infor­ma­tion d’atteindre per­son­nel­le­ment les célé­bri­tés et les mil­lions de gens qui n’ont pas de vie à eux et qui suivent les célé­bri­tés.

En atten­dant, la soi-disant renais­sance de l’industrie auto­mo­bile aux Etats-Unis est entiè­re­ment due à des aides publiques payées par les contri­buables à des entre­prises pri­vées qui ont embau­ché de nom­breux tra­vailleurs mais à moitié prix des anciens tra­vailleurs. A Tel Aviv, Detroit ou Wall Street, c’est une aubaine pour la mino­rité des inves­tis­seurs mais c’est une catas­trophe pour la majo­rité. Voilà com­ment il faut voir toutes les soi-disant menaces étran­gères et les soi-disant redres­se­ments des mar­chés bour­siers : Ils pro­fitent à très peu de per­sonnes tout en cau­sant de grandes pertes à la majo­rité et, ce fai­sant, ils com­pro­mettent de plus en plus l’avenir de tous.

Les élec­tions éta­su­niennes offri­ront aux élec­teurs le choix habi­tuel du moindre mal, ce qui leur garan­tit la conti­nua­tion de leurs maux ; les poli­tiques sociales néces­saires pour trans­for­mer la réa­lité ne feront pas partie de leurs pro­grammes. La demande pour des banques publiques, un salaire maxi­mum, un impôt sur la richesse, la sécu­rité sociale pour tous, beau­coup plus de dépenses sociales et beau­coup moins de dépenses mili­taires, conti­nuera à venir de l’extérieur de ce qu’on appelle les deux cou­rants domi­nants de la poli­tique mais qui sont en fait les deux ailes d’une seul parti entre­pre­neu­rial qui repré­sente la mino­rité qui détient le capi­tal. La majo­rité, dont on com­prend la colère, est divi­sée entre les mou­ve­ments du tea-party et de Occupy et des groupes iden­ti­taires, et il fau­drait qu’elle éla­bore en commun un projet de démo­cra­tie qui réponde aux besoins de la popu­la­tion toute entière et pas seule­ment à ceux d’une cabale de mil­liar­daires. Mais une évo­lu­tion vers une telle démo­cra­tie peut se révé­ler impos­sible à des gens qui ont été élevés dans l’inégalité, l’élitisme et le mépris des autres et qui dans leur grande majo­rité ne croient pas en la démo­cra­tie et ne la pra­tiquent pas. Ils sou­tiennent le pou­voir basé sur les doc­trines du « peuple élu » ou de la « race supé­rieure », d’une mino­rité qui essaie de dis­si­mu­ler la réa­lité de la répu­blique per­ver­tie et de la reli­gion patriar­cale du libre marché capi­ta­liste sous des élé­ments de lan­gage cos­mé­tiques.

La domi­na­tion de l’opinion publique dimi­nue même si ce n’est pas assez vite pour garan­tir un issue posi­tive. Mais dès que les gens ont repris le contrôle de leur vie, de leur com­mu­nauté et de leur envi­ron­ne­ment, le pro­grès est beau­coup plus rapide que la des­truc­tion réac­tion­naire dont on a mis si long­temps à com­prendre les causes. Mais il ne faut pas que ceux qui aspirent à la démo­cra­tie se laissent séduire par des doc­trines sociales ter­ri­ble­ment nocives qui engendrent les divi­sions, les oppo­si­tions, les luttes au profit de mino­ri­tés natio­nales et aux dépens de l’immense majo­rité.

La mala­die de l’économie poli­tique capi­ta­liste a conduit l’humanité à un point de non retour mais elle offre aussi l’accès à un monde meilleur pour tous et pas seule­ment pour quelques uns. Il fau­drait mettre en place une vraie démo­cra­tie dans notre pays non pas en assas­si­nant des étran­gers mais en s’organisant et en s’unissant avec nos com­pa­triotes. Cela demande plus de res­pect mutuel que celui auquel notre édu­ca­tion anti-sociale nous a habi­tués, mais une fois que nous aurons com­pris que la liberté indi­vi­duelle n’est pos­sible qu’en com­mu­nauté et non dans l’isolement nous y par­vien­drons sûre­ment.

D’abord il faut faire taire les bruits de guerre avant qu’ils ne nous mènent vrai­ment à la guerre et il faut contre­car­rer le pou­voir de la mino­rité finan­cière sur la pla­nète. Cela ne sera pas la consé­quence des élec­tions de Novembre et cela ne se fera cer­tai­ne­ment pas si on permet l’utilisation des médias sociaux à des fins anti-sociales, mais il faut que cela arrive vite.

Frank Scott

Frank Scott est un com­men­ta­teur poli­tique qui écrit pour le Coastal Post et The Independent Monitor et col­la­bore au blog Legalienate.

Note : * Les enfants sol­dats et les enfants qui vivent dans la rue en Ouganda. Pour plus ample infor­ma­tion sur la vidéo et la polé­mique : http://​fr​.glo​bal​voi​ce​son​line​.org/​2​0​1​2​/​0​3​/​1​2​/​1​0​1446/

Pour consul­ter l’original : http://​dis​si​dent​voice​.org/​2​0​1​2​/​0​3​/​s​o​c​i​a​l​-​o​r​-​a​n​t​i​-​s​o​c​i​a​l​-medi…

Traduction : Dominique Muselet pour LGS

Les commentaires sont fermés.