Manifeste de la CLASSE – Les libéraux et l’angoisse de la défaite

Par , , Mis en ligne le 23 juillet 2012
Depuis le lan­ce­ment de notre mani­feste Nous sommes avenir et l’annonce de notre tour­née natio­nale de mobi­li­sa­tion, on a assisté à une réac­tion épi­der­mique de la part de divers inter­ve­nants et inter­ve­nantes. Une ava­lanche de cri­tiques, cer­taines ayant l’avantage d’être for­mu­lées intel­li­gem­ment, d’autres rele­vant tout sim­ple­ment de la dif­fa­ma­tion. Dans ce contexte, il nous semble per­ti­nent de rec­ti­fier cer­tains faits.

Organisation étudiante ou parti politique ?

Voilà une des pre­mières cri­tiques qui nous est sys­té­ma­ti­que­ment adres­sée. Lors du lan­ce­ment de notre mani­feste le 12 juillet der­nier, cela a d’ailleurs été la pre­mière réac­tion de nos détrac­teur-e-s. Une réac­tion com­pré­hen­sible : le mani­feste aborde en effet des thèmes aussi larges que la jus­tice sociale, l’égalité hommes-femmes, l’environnement et la démo­cra­tie. De quoi se mêle-t-on, nous a-t-on alors demandé ?

De nos affaires, jus­te­ment. Les membres de la CLASSE sont des étu­diants et des étu­diantes, mais ce sont aussi des tra­vailleurs et des tra­vailleuses, des hommes et des femmes. Les espaces de démo­cra­tie directe qui se sont créés durant la grève devraient-ils se limi­ter à trai­ter des droits de sco­la­rité et des prêts et bourses ? Il est d’une déli­cieuse ironie de consta­ter que ceux et celles qui nous reprochent aujourd’hui de nous épar­piller sont les mêmes qui, il y a de cela quelques mois à peine, fus­ti­geaient le mou­ve­ment étu­diant en le qua­li­fiant de « cor­po­ra­tiste », lui repro­chant (déjà injus­te­ment) de se mobi­li­ser pour sau­ve­gar­der ses pri­vi­lèges, sans avoir de réflexion sur la capa­cité de payer de l’État. Il fau­drait bien se déci­der : qu’attend-on de la jeu­nesse du Québec ? Qu’elle ne se lève que lorsqu’il s’agit de ses propres inté­rêts, ou qu’elle s’engage réel­le­ment dans un débat sur notre deve­nir col­lec­tif ?

Nous ne nous gênons pas de prendre posi­tion sur des enjeux de société. Au contraire, nous en tirons fierté. Nous dirions même plus : cela est notre pre­mière res­pon­sa­bi­lité. Il fau­drait s’inquiéter de notre géné­ra­tion si, après quatre mois de mobi­li­sa­tion et de débats, nous étions encore en train de dis­cu­ter bête­ment du mon­tant de notre fac­ture uni­ver­si­taire. Nous repré­sen­tons une partie impor­tante de la jeu­nesse du Québec, qui s’inquiète de voir la santé et l’éducation se pri­va­ti­ser, la nature vendue au plus offrant, les droits des femmes pla­fon­ner et la cor­rup­tion ronger notre démo­cra­tie. Nous nous inquié­tons de ce que devient le Québec et il est de notre devoir de le dire haut et fort.

Syndicalisme de combat ?

La CLASSE n’est pas un grou­pus­cule. Nous regrou­pons près de 100 000 membres, soit envi­ron 70 % des étu­diants et étu­diantes qui étaient en grève lors de l’adoption de la loi spé­ciale, répar­tis dans une soixan­taine d’associations étu­diantes col­lé­giales et uni­ver­si­taires. La CLASSE n’est pas mar­gi­nale, ni dan­ge­reuse, ni obs­cure : nos ins­tances sont publiques, tout comme les docu­ments pré­pa­ra­toires et procès-ver­baux. Nous ne prô­nons pas la vio­lence gra­tuite et sur­tout pas l’intimidation : en tant que par­ti­sans de la démo­cra­tie directe, nous croyons au contraire que les débats (notam­ment au sein de nos assem­blées géné­rales) doivent se faire dans un climat le plus sain et le plus inclu­sif pos­sible, afin de lais­ser à tous et toutes la chance de s’exprimer.

Le syn­di­ca­lisme de combat, ce n’est pas l’insurrection armée. C’est une forme d’organisation démo­cra­tique, auto­nome, pro­gres­siste et mili­tante, dont se récla­maient d’ailleurs les plus grands syn­di­ca­listes de notre his­toire. Le plus célèbre est évi­dem­ment Michel Chartrand, qui l’expliquait à sa manière en 1978 : « Le syn­di­ca­lisme, ce n’est pas une patente, une com­pa­gnie comme IBM, une com­pa­gnie inter­na­tio­nale ; c’est une façon de vivre […]. » Le syn­di­ca­lisme com­ba­tif, c’est une démo­cra­tie syn­di­cale réelle, une valo­ri­sa­tion de l’implication de chaque membre et l’organisation de mobi­li­sa­tions mas­sives et d’actions d’éclat afin de faire valoir nos droits face à ceux et celles dont le profit est le seul inté­rêt. Le syn­di­ca­lisme com­ba­tif, c’est ce qui a donné aux tra­vailleurs et aux tra­vailleuses du Québec les meilleures condi­tions de tra­vail en Amérique du Nord.

L’angoisse de la défaite

Cet été, nous avons décidé de partir en tour­née. À voir la réac­tion des libé­raux, de leurs alliés média­tiques et des petits baron­nets de région qui leur sont inféo­dés (nos pen­sées vont à Jean-Pierre Rioux, maire de Trois-Pistoles et pré­sident du PLQ dans Rivière-du-Loup), on croi­rait que la CLASSE est une horde de bar­bares par­tant brûler les vil­lages du Québec. Rassurez-vous, il n’en est rien. Mais pour le règne de cette petite clique d’affairistes, c’est peut-être pire : pour une des rares fois, nous irons direc­te­ment à la ren­contre des gens, sans le filtre des médias, sans la dis­tor­sion des com­men­ta­teurs de mau­vaise foi.

Voilà ce qui angoisse les libé­raux : nous avons, par­tout au Québec, des dizaines de mil­liers de mili­tants et de mili­tantes qui ne demandent qu’à faire la liste des scan­dales libé­raux : Anticosti, loi 78, Plan Nord, gaz de schiste, cor­rup­tion, droits de sco­la­rité. Pour une des pre­mières fois, peut-être, la machine libé­rale se sent dépas­sée. « If they’re shoo­ting at you, you must be doing some­thing right », comme le dit l’un des per­son­nages d’une célèbre télé­sé­rie amé­ri­caine : leur réac­tion, dont la lettre men­son­gère de Karl Blackburn au Directeur géné­ral des élec­tions est le meilleur exemple, démontre que les libé­raux ont, tout sim­ple­ment, peur de perdre le pou­voir.

Quoi que disent leurs com­mu­ni­qués offi­ciels, les libé­raux savent que le conflit étu­diant aura sti­mulé autre chose qu’un bête réflexe de type law and order. Les libé­raux savent éga­le­ment que notre mobi­li­sa­tion a éveillé des idées endor­mies, redonné vie à des pro­jets morts : démo­cra­tie directe, jus­tice sociale et envi­ron­ne­men­tale, éga­lité, gra­tuité sco­laire. Les libé­raux savent que la jeu­nesse du prin­temps qué­bé­cois a un avan­tage : elle a encore des pro­jets, elle a encore des rêves. Nous sommes fati­gués de la cor­rup­tion et de la vente aux enchères du bien commun : nous avons décidé de faire autre chose.

Et c’est avec enthou­siasme et ouver­ture d’esprit que nous par­tons à la ren­contre des gens de par­tout, la tête pleine d’idées et le coeur plein d’espoir, convain­cus que les ren­contres que nous ferons seront tout aussi enri­chis­santes et for­ma­trices pour le Québec qu’a pu l’être cette magni­fique mobi­li­sa­tion prin­ta­nière.

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Gabriel Nadeau-Dubois, Jeanne Reynolds et Camille Robert – Coporte-parole de la Coalition large de l’Association pour une soli­da­rité syn­di­cale étu­diante (CLASSE)

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