MANIFESTATION Répression démesurée à Copenhague : 700 à 900 arrestations

Par , Mis en ligne le 13 décembre 2009

Il est 18h30 et les écrans du Bella Center, qui accueille la confé­rence des Nations unies, dif­fusent en direct les images d’une soixan­taine de mili­tants, enca­drés par des poli­ciers, age­nouillés de force au sol et menot­tés. Médusés, les offi­ciels regardent se dérou­ler la scène. « C’est humi­liant », mur­mure un jour­na­liste. Vers 19h, le visage de la pré­si­dente de la Conférence des par­ties réap­pa­rait sur les écrans, les mili­tants viennent d’être emme­nés par la police.

Quelques heures plus tôt, l’ambiance est au beau fixe pour les orga­ni­sa­teurs de la mani­fes­ta­tion inter­na­tio­nale du 12 décembre, fiers d’avoir ras­sem­blé entre 30 000 et 100 000 mani­fes­tants. Brandissant des mil­liers de dra­peaux et de ban­de­roles en direc­tion du centre de négo­cia­tions offi­cielles sur le climat, les mili­tants venus du monde entier viennent récla­mer un véri­table accord contrai­gnant et la jus­tice cli­ma­tique. Familles, syn­di­ca­listes, étu­diants et éco­lo­gistes défilent au rythme du groupe bri­tan­nique Massive Attack.

Les mani­fes­tants sont sur le chemin du Bella Center quand le cor­tège est sou­dai­ne­ment divisé par des camions de police. Environ 200 per­sonnes sont blo­quées, dont des mani­fes­tants por­tant des dra­peaux d’organisations d’Attac notam­ment. « Des black blocs se trouvent parmi elles », jus­ti­fient la police qui fait sortir cer­tains mani­fes­tants au compte goutte. « Je ne vois aucune raison pour que les flics nous bloquent, réagit Ihsane peu cou­tu­mière des mani­fes­ta­tions. Ils ont fait une chaine, leurs camions blo­quaient la vue et leurs chiens hur­laient à la mort. Ils sont arri­vés en cou­rant comme des tarés, c’était flip­pant, vrai­ment impres­sion­nant. ».

En photo : la police danoise avait semble-t-il hâte de rem­plir ses cages à lapins (droits réser­vés)

Une heure et demie s’écoule. La ten­sion monte. Quelques cen­taines de mili­tants, venus sou­te­nir les raflés, crient de les lais­ser sortir sur fond de samba. La police pro­cède fina­le­ment à une soixan­taine d’arrestations. Du côté des orga­ni­sa­teurs de la mani­fes­ta­tion, on ne cache pas son éner­ve­ment : « la police ne res­pecte pas les accords passés avec elle ». Selon Jørn Andersen, un des orga­ni­sa­teurs de l’initiative du 12 décembre, « nous nous sommes ren­con­trés plu­sieurs fois depuis le début, le deal c’était que chaque bloc devait s’auto-gérer. S’ils étaient débor­dés, les ouvriers du bâti­ment [ser­vice d’ordre géné­ral] devaient inter­ve­nir. Si ces der­niers se trou­vaient face à une situa­tion qu’ils ne pou­vaient mai­tri­ser, la police pou­vait entrer en scène ».

Tous les témoi­gnages recueillis évoquent « une grande agres­si­vité » de la police. Suite à des bris de vitrines par des black blocs un peu plus tard, la police déclare avoir pro­cé­der à quelques cen­taines d’arrestations. Sur l’ensemble de la mani­fes­ta­tion, plus de 900 per­sonnes auraient été arrê­tées (mais les chiffres annon­cés ne cessent de chan­ger). Organisée en réac­tion, une mani­fes­ta­tion de soli­da­rité a ras­sem­blé envi­ron 200 per­sonnes à 21h, à Valby, près du lieu de déten­tion. A 23h, char­gés par la police, ils n’étaient plus qu’une cin­quan­taine. Les per­sonnes inter­pel­lées, dont beau­coup ne sont pas danoises, peuvent resterjusqu’à 72 heures en déten­tion arbi­traire.

Ronack Monabay et Sophie Chapelle

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