Luttes de classes made in the USA

Jeudi 11 août 2016 à 13 h, à l’UQAM, DS-4375

Ce pays est ton pays, ce pays est mon pays
Ce pays a été fait pour toi et moi
Alors que je marchais – j’ai vu un signe ici
Et ce signe disait – Défense d’entrer
Mais sur l’autre côté… ça ne disait rien!
Eh bien, ce côté a été fait pour toi et moi
Woody Guthrie

Militant 15$On connaît les États-Unis comme le pays champion du capitalisme néolibéral sans limites : des millions de pauvres qui dépendent de l’aide alimentaire, le chômage et le précariat occultés derrière les « Mcjobs » et les millions de travailleurs et de travailleuses sans statut, système politique corrompu au profit des millionnaires, etc. Et, en plus, une violence antipopulaire systématique qui s’exerce notamment contre les Afro-Américains et les Latinos. S’il y a encore des gens pour appeler cela le « modèle américain », cela témoigne de la formidable machine de propagande qui commence par Hollywood et qui s’étend dans tous les médias de la planète.

MilitanteMais les États-Unis, c’est aussi une autre histoire. Dès la conquête européenne, les Autochtones ont résisté. Les millions d’esclaves qui se sont révoltés sous la bannière Sojourner Truth et de John Brown. Des socialistes et des syndicalistes ont défié les structures de l’exploitation dans les grandes usines de Détroit et de Chicago. Dans les années 1960, le gigantesque mouvement des droits civiques a tenu tête avec des personnalités extraordinaires comme Malcolm X et Martin Luther King, pendant que les étudiants et les étudiantes sortaient par millions pour dire Non à la guerre impérialiste au Vietnam et que les femmes revendiquaient l’égalité. Aujourd’hui, les États-Unis connaissent un regain des luttes populaires autour de mouvements spectaculaires (Occupy, Black Lives Matter) ou plus discrets comme les grèves des enseignants et des enseignantes de Chicago ou les occupations de McDonald dans la campagne pour les 15 $ de l’heure. Tout cela secoue la société au point où un politicien qui s’affirme socialiste, Bernard Sanders, devient un point de référence. Ce pays états-unien «alternatif», c’est ce dont nous voulons parler au FSM.

Intervenants et les intervenantes

• Bhaskar Sunkara (directeur de la revue Jacobin)
• Jodi Dean (professeure au Hobart and William Smith Colleges)
• Jerome Scott (animateur du Project South)
• Jennifer Cox (animatrice du US Social Forum)

Lutter partout

Afin de comprendre les objectifs des luttes aux États-Unis, il faut garder à l’esprit les particularités de la structure fédérale des États-Unis. Par conséquent, les luttes sont souvent menées à l’échelle de l’État fédéré ou de la ville. Tout d’abord, l’enjeu de l’éducation à Chicago : frappées par l’austérité, beaucoup d’écoles n’ont plus d’infirmières, ni de bibliothèque et elles sont menacées de privatisations ou de fermetures. Le syndicat des enseignants et enseignantes de Chicago (CTU) a décidé de toujours mobiliser main dans la main avec la communauté. Grâce à ce travail de dialogue continu avec la communauté et vu la situation concrète de fermeture d’écoles à Chicago, la CTU réussit à convaincre, par exemple, les parents d’élèves de la nécessité de faire grève et celle du 1er avril a été suivie par 90 % des enseignant-es. Ensuite, la mobilisation des travailleurs et travailleuses agricoles en Californie, dans l’État de Washington et au Mexique. Une mobilisation a commencé autour du droit de se syndiquer, contre le travail des enfants, pour l’augmentation des salaires (à travers la revendication d’un salaire minimum de 15 dollars par heure dans tout le pays) et pour la baisse du temps de travail qui est de 12 heures par jour à San Quentin au Mexique. Une autre lutte emblématique est celle des enseignant-es de Los Angeles (UTLA). À Los Angeles, 90 % des élèves sont non blancs et pour beaucoup d’entre eux l’anglais est la 2e langue. Dans ce contexte, l’État de Californie encourage la création d’écoles privées qui excluent les pauvres et il coupe les budgets des écoles publiques. La UTLA demande donc +10 % en salaire et de meilleures conditions de travail et d’étude. La UTLA se définit comme organisation pour le changement social, racial, politique et économique. Enfin, la lutte des travailleurs et des travailleuses du transport (Teamsters) : le syndicat a lancé la campagne pour en finir avec le travail précaire chez UPS, la première entreprise mondiale du transport de colis.

Benjamin Birnbaum

À lire

Ou vont les E-U
• Une analyse accessible de l’évolution des États-Unis (histoire politique) jusqu’à aujourd’hui ;
• Un examen des enjeux contemporains, dont la crise du capitalisme made in USA, tant sur le plan interne des États-Unis que sur leur rôle au niveau international – et de leurs impacts sur le Canada ;
• Une explication de la dynamique des luttes sociales aux États-Unis.