Luttes contre l’exclusion et le racisme

Jeudi 11 août 2016 à 9 h, à l’UQAM, DS-2585

Le racisme n’est pas un tout, mais l’élément le plus visible, le plus quotidien,
pour tout dire, à certains moments, le plus grossier d’une structure donnée.
Frantz Fanon

Le phénomène migratoire, sous les effets conjugués de la globalisation néolibérale, ne cesse de s’accélérer. Le déplacement massif des mains-d’œuvre des pays du Sud vers ceux du Nord s’effectue au profit de l’accumulation du capital à l’échelle planétaire. L’une des conséquences d’un tel changement est le nombre important d’immigrantes et d’immigrants avec des emplois très précaires. Dans un contexte où les droits du travail, les acquis sociaux et économiques de la population en général subissent, surtout au Québec, les assauts répétés de l’application des politiques néolibérales, l’éventualité d’une lutte commune s’impose.

Les intervenants et l’intervenante

• Eric Shragge (Centre des travailleurs et travailleuses immigrant-es)
• Chantal Ismé (militante féministe)
• Will Prosper (militant de Montréal-Nord)
• Horace Campbell (Syracuse University et Black Lives Matter)

 

Nos luttes mûrissent, grandissent

Angela Davis

 

Depuis l’essor du capitalisme global et des idéologies associées au néolibéralisme, il est devenu particulièrement important d’identifier les dangers de l’individualisme. Les luttes progressistes (contre le racisme, la répression, la pauvreté, etc.) sont vouées à l’échec si elles ne s’accompagnent pas du développement d’une conscience certaine de la promotion insidieuse de l’individualisme capitaliste. Alors même que Nelson Mandela a toujours insisté sur le fait que ce qu’il avait accompli était le fruit d’un effort collectif, mené avec tous les camarades qui ont lutté à ses côtés, les médias n’ont eu de cesse de l’ériger personnellement au rang de héros. Un processus similaire a tout fait pour dissocier Martin Luther King Jr. du grand nombre de femmes et d’hommes qui constituait le cœur du mouvement pour la liberté au milieu du vingtième siècle. Il est essentiel de récuser et de résister à cette description de l’Histoire comme le succès de quelques héros, afin que chacun, aujourd’hui, puisse reconnaître son potentiel et le rôle qu’il peut jouer dans les combats toujours plus nombreux qui sont menés.

Le féminisme noir a émergé comme tentative théorique et pratique de démontrer que la race, le genre et la classe sont inséparables dans le monde social que nous constituons. Au moment de son apparition, il était régulièrement demandé aux femmes noires ce qui était le plus important à leurs yeux : le mouvement noir ou le mouvement des femmes. Nous répondions alors que ce n’était pas la bonne question. Ce qu’il fallait se demander était comment comprendre les points de jonction et les connexions entre les deux mouvements. Nous cherchons toujours aujourd’hui à comprendre la manière dont la race, la classe, le genre, la sexualité, la Nation et le pouvoir sont inextricablement liés, mais aussi le moyen de dépasser ces catégories pour comprendre les interactions entre des idées et des processus en apparence sans liens, indépendants. Mettre en avant les connexions entre les luttes contre le racisme aux États-Unis et celles contre la répression des Palestiniens par Israël est, dans ce sens, un procédé féministe.

Je dirais que nos luttes mûrissent, grandissent, produisent de nouvelles idées, font surgir de nouvelles problématiques et de nouveaux terrains sur lesquels nous devons mener notre quête de liberté. À l’instar de Nelson Mandela, nous devons avoir la volonté d’entreprendre la longue marche vers la liberté.

 

Références

• Observatoire international sur le racisme et les discriminations de l’UQAM : https://criec.uqam.ca/observatoire-international-sur-le-racisme-et-les-discriminations.html
• Montréal-Nord Republik : https://www.facebook.com/montrealnord.republik