Lutter ensemble

Par Mis en ligne le 06 août 2015

Héritier de l’Empire bri­tan­nique, l’État cana­dien a été construit comme un rem­part contre les peuples habi­tant le ter­ri­toire, dont les Québécois-es et les autoch­tones, uti­li­sant une vaste pano­plie de moyens pour repro­duire son contrôle. D’emblée, la classe domi­nante cana­dienne n’a cessé d’approfondir les bonnes vieilles tech­niques du « divide and rule » en aggra­vant et en créant des contra­dic­tions entre les peuples. Au départ la colo­ni­sa­tion euro­péenne (fran­çaise et anglaise) a relé­gué les Premiers Peuples aux marges de l’État. Sous la « confé­dé­ra­tion », ils ont été confi­nés dans des réserves et écra­sés mili­tai­re­ment lorsqu’ils se sont révol­tés, comme durant les rébel­lions ani­mées par Louis Riel.

Parallèlement, l’État colo­nial et post­co­lo­nial a vaincu le mou­ve­ment répu­bli­cain et pro­gres­siste de 1837-1838, alors que les fran­co­phones étaient pra­ti­que­ment les seuls à vou­loir se battre. Par la suite, les pri­vi­lèges consen­tis à l’élite réac­tion­naire et clé­ri­cale cana­dienne-fran­çaise ont confiné ces popu­la­tions dans un espace de domi­na­tion et d’exploitation inédit, fai­sant du Québec une sorte de colo­nie inté­rieure du Canada.

Mais dans les années 1960, le vent a tourné. Un nou­veau mou­ve­ment d’émancipation sociale et natio­nale s’est mis en place au Québec. Des ten­ta­tives ont été faites pour créer des alliances avec les sec­teurs pro­gres­sistes du Canada anglais, mais cela n’a pas fonc­tionné. Le natio­na­lisme fri­leux des élites fran­co­phones était un obs­tacle, comme le sen­ti­ment géné­ra­lisé parmi les couches popu­laires et moyennes du Canada anglais vou­lant que le peuple qué­bé­cois était demi-civi­lisé et qu’on ne pou­vait pas lui faire confiance.

Parallèlement à cette pola­ri­sa­tion, les Premiers Peuples se sont retrou­vés seuls pour s’opposer à la « moder­ni­sa­tion » impo­sée pour accé­lé­rer le pillage de leurs res­sources. Quelques épi­sodes posi­tifs (comme la Convention de la Baie-James entre le Québec et les Cris) ont été les excep­tions confir­mant la règle à tra­vers des luttes et des reven­di­ca­tions autoch­tones res­tées sans écho tant du côté qué­bé­cois que du côté cana­dien.

Nous voilà donc plu­sieurs décen­nies plus tard. L’élan d’émancipation qué­bé­cois essaie de réin­ven­ter après les mul­tiples déboires du PQ. De nou­velles luttes autoch­tones à la suite du réveil d’Idle no more pour­raient éga­le­ment relan­cer les résis­tances. Quant au Canada dit anglais, de vastes sec­teurs de la popu­la­tion prennent conscience des dan­gers que repré­sente le projet des (néo) conser­va­teurs. Est-ce que tout cela pour­rait mener à quelque chose ?

Il serait logique et ration­nel se briser cette frag­men­ta­tion et de lutter ensemble. Pour cela, il faut sur­mon­ter des pré­ju­gés, l’ignorance et la méfiance. Également, iden­ti­fier des che­mins, des stra­té­gies et des conver­gences pour résis­ter. Le Forum social des peuples, réa­lisé à Ottawa à l’été 2014, a ouvert le dia­logue dans ce sens. Dans quelques jours à l’université popu­laire des NCS, cette recherche va conti­nuer…

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