FTQ

L’objectif : un salaire minimum à 15 $ de l’heure d’ici 2022

Par Mis en ligne le 04 mai 2016

Photo : Alexandre Leduc — Bon nombre des syn­di­cats de la cen­trale vont par­ti­ci­per à la cam­pagne en employant divers moyens pour que le salaire mini­mum soit porté à 15 $ dans leurs conven­tions col­lec­tives.

Le mou­ve­ment syn­di­cal pour­suit depuis tou­jours, avec téna­cité, ses efforts pour sortir les tra­vailleurs du salaire mini­mum : ce revenu suffit à peine à faire face aux néces­si­tés de l’existence et condamne dans bien des cas à l’appauvrissement. La Fédération des tra­vailleurs et des tra­vailleuses du Québec (FTQ) se lance dans une cam­pagne pour que ce salaire soit porté à 15 $ de l’heure et se donne six ans pour arri­ver à cet objec­tif.

Bien des gens s’imaginent que les tra­vailleurs membres d’un syn­di­cat reçoivent une rému­né­ra­tion qui dépasse lar­ge­ment 10,55 $ de l’heure (10,75 à partir du 1er mai). Mais il y a encore des syn­di­qués payés au salaire mini­mum, comme le déplore Daniel Boyer, le pré­sident de la FTQ : « Malheureusement, il en reste, mais il y en a peu, parce qu’on réus­sit au fil des négo­cia­tions à amé­lio­rer le sort des tra­vailleurs. » Il arrive tout de même fré­quem­ment que tel soit le cas lors de la syn­di­ca­li­sa­tion d’un nou­veau groupe.

Les syn­di­cats refusent d’utiliser ce salaire comme barème dans une négo­cia­tion : « Les gains sont obte­nus gra­duel­le­ment la plu­part du temps. Quand les gens décident de se syn­di­quer, il va de soi qu’ils ont un syn­di­cat qui repré­sente leurs inté­rêts col­lec­tifs et qui négo­cie leurs condi­tions de tra­vail. À partir de là, on réus­sit à une table de négo­cia­tion à convaincre les employeurs qu’il faut majo­rer les salaires en fonc­tion de leur sec­teur d’activités, de la région où ils se trouvent, du marché et de la demande de main-d’oeuvre. »

Il recon­naît que les syn­di­cats sont per­pé­tuel­le­ment en quête d’une amé­lio­ra­tion des condi­tions sala­riales : « On ne lance pas pour rien cette cam­pagne du “Minimum 15 $ de l’heure” ; on compte dans nos rangs des syn­di­cats affi­liés qui tra­vaillent dans ce sens-là. » Il cite, à titre d’exemple, le Syndicat qué­bé­cois des employées et employés de ser­vice (SQEES-FTQ) dont les membres tra­vaillent dans une cen­taine de rési­dences pri­vées pour per­sonnes âgées ; ces gens pri­vi­lé­gient la for­mule d’une négo­cia­tion coor­don­née pour obte­nir par­tout un salaire mini­mum de 15 $ : « Ils prennent soin de ceux qui ont construit le Québec d’aujourd’hui ; il importe de leur four­nir des ser­vices adé­quats et, pour en arri­ver là, ça néces­site une main-d’oeuvre qui reçoit un salaire décent. »

Dépasser le seuil de pau­vreté

Daniel Boyer four­nit la raison de l’implication de la cen­trale dans une telle cam­pagne : « Nous et nos alliés, on a tou­jours été bran­chés sur le seuil de revenu ou de pau­vreté qui, aujourd’hui, serait de 13,35 $ de l’heure pour une semaine de 35 heures. Mais on est fina­le­ment arri­vés à la conclu­sion que ce taux horaire était insuf­fi­sant pour vivre décem­ment. » Il ajoute encore que ces « 13,35 $ sont le seuil de faible revenu en bas duquel on est pauvre. Avec cette somme, on peut sub­ve­nir à nos besoins de base : se loger, se nour­rir de façon basique et s’habiller ».

Un être humain aspire légi­ti­me­ment à davan­tage : « Il n’a pas besoin d’aller au res­tau­rant tous les jours, mais de s’y rendre de temps en temps. Il veut être en mesure de s’acheter un livre, de se rendre au cinéma, de par­ti­ci­per à des acti­vi­tés cultu­relles, d’obtenir le câble et de se bran­cher sur le Net. » Il pose ce triste constat : « Ceux qui sont à 10,55 $ actuel­le­ment, qui seront à 10,75 $ le 1er mai, ou encore ceux qui sont à 13,35 $ ne peuvent pas se per­mettre d’accéder à ces biens-là qui créent des liens avec la société et le monde. »

Il s’attriste de consta­ter « qu’il y a du monde qui tra­vaille à temps plein, mais qui est contraint de se rendre dans des banques ali­men­taires pour se nour­rir. C’est pour­quoi on s’implique dans une telle cam­pagne, parce que, à la FTQ, on a tou­jours joué notre rôle impor­tant d’acteur social, poli­tique et éco­no­mique. On entre­prend celle-ci avec le sou­rire aux lèvres en se disant qu’on va faire tour­ner l’économie au Québec avec l’apport de salaires décents ; on ne la fait pas juste pour nos membres, mais pour que nous ayons une société plus juste et éga­li­taire ».

Le plan d’action

Bon nombre des syn­di­cats de la cen­trale vont par­ti­ci­per à la cam­pagne en employant divers moyens pour que le salaire mini­mum figure à la hau­teur de 15 $ dans leurs conven­tions col­lec­tives. Le conseil géné­ral et d’autres ins­tances adop­te­ront des réso­lu­tions de prin­cipe pour qu’un tel objec­tif soit atteint : « Il y aura bien sûr la marche du 1er mai qui fera partie de la démons­tra­tion du bien-fondé de notre démarche. Et, par la suite, on s’adonnera à un exer­cice de lob­bying sur ce salaire-là », sou­ligne le pré­sident Boyer avant d’aborder le plan d’action en tant que tel.

Il le pré­sente en ces termes : « On reven­dique un tel salaire et on ne dit pas qu’il faut que ça arrive demain matin ; on étale cela sur six ans et on veut atteindre le salaire de 15 $ de l’heure en 2022. Il y aura des moyens d’action qui seront pris et des reven­di­ca­tions qui auront lieu au fil du temps. »

En 2018, « on peut penser que, durant la pro­chaine cam­pagne élec­to­rale au Québec, on va être actifs si le pou­voir poli­tique n’a pas bougé à ce sujet. Si cette mesure était adop­tée aujourd’hui, on cal­cule qu’il fau­drait des aug­men­ta­tions de 70 sous de l’heure par année pour atteindre cet objec­tif en 2022 ».

Et qu’en est-il de la partie patro­nale qui risque de monter aux bar­ri­cades devant une telle pro­po­si­tion ? « 70 sous, ça peut paraître beau­coup et j’entends déjà la Fédération cana­dienne de l’entreprise indé­pen­dante, d’autres asso­cia­tions patro­nales et des employeurs dénon­cer une telle mesure et bran­dir le danger de perdre des jobs. »

Il leur réplique que, « en pleine crise éco­no­mique, le Québec, en 2010, a aug­menté le salaire mini­mum de 50 sous durant trois années suc­ces­sives. Et on n’a pas perdu une mau­dite job avec ce geste-là ». Il croit donc qu’il arrive un moment « où on a des choix de société à faire si on veut vivre décem­ment ».

Il pré­fère citer en exemple des employeurs modèles : « Il y a Alexandre Taillefer qui donne un salaire de 15 $ de l’heure à ses chauf­feurs de taxi. Actuellement, ceux-ci gagnent à peu près trois ou quatre piastres de l’heure. On peut aussi regar­der du côté de Costco qui paye très bien ses employés. »

Il insiste sur le fait que « nous, on pense que c’est viable cette affaire-là. C’est même davan­tage : de cette manière, on va se donner un bon coup de pied dans le der­rière sur le plan éco­no­mique ».

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