Lire : Mattick, « Le jour de l’addition. Aux sources de la crise »

Par Mis en ligne le 02 janvier 2012

L’auteur de cette bro­chure — fils du célèbre éco­no­miste et par­ti­san du com­mu­nisme des conseils du même nom — a été un des rédac­teurs de la revue Root and Branch, issue dans les années 60 et 70 du mou­ve­ment étu­diant et de l’opposition à la guerre du Vietnam. D’inspiration mar­xiste anti-auto­ri­taire, les articles ras­sem­blés ici sont une ana­lyse non confor­miste de la crise éco­no­mique actuelle, du point de vue de ses vic­times de tou­jours : les classes labo­rieuses.

Il s’agit sans doute de la crise la plus grave du sys­tème depuis celle de 1929, mais, comme le rap­pelle Charles Reeve dans sa pré­face, rien ne permet de conclure que l’instabilité sys­té­mique débou­chera auto­ma­ti­que­ment sur un effon­dre­ment : seule l’action consciente per­met­tra de briser la logique du capi­tal.

Pour les éco­no­mistes néo­li­bé­raux qui tenaient le haut du pavé depuis des décen­nies — les Milton Friedman et autres Alan Greenspan — dont la foi aveugle dans la « ratio­na­lité des mar­chés » était illi­mi­tée, une crise du sys­tème capi­ta­liste était tout bon­ne­ment impos­sible. Selon Mattick, c’est la baisse des salaires et la hausse du chô­mage qui a sus­cité l’éclatement de la bulle immo­bi­lière, et par consé­quent la décon­fi­ture des prêts hypo­thé­caires, qui sont, en der­nière ins­tance, res­pon­sables de la crise finan­cière mon­diale. Celle-ci ne résulte donc pas, comme l’expliquent main­te­nant les éco­no­mistes « offi­ciels », de la cupi­di­tié et de la déré­gu­la­tion, mais de la dyna­mique à long terme du capi­tal lui-même.

Quel est donc l’avenir de l’économie mon­diale ? Un échange entre éco­no­mistes dans les pages du New York Times en mars 2009 est révé­la­trice : pour les « pes­si­mistes » comme Nouriel Rubini, la crise ne pren­dra pas fin avant 2011, tandis que les « opti­mistes » comme Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédé­rale, pré­tendent qu’on pourra attendre une reprise dès 2010. À contre cou­rant de cette doxa tran­qui­li­sante, Mattick pense que nous sommes au stade pré­li­mi­naire d’une Grande Dépression, plus grave que celles du passé, qui va s’approfondir au cours des décen­nies à venir, en sus­ci­tant la montée d’antagonismes vio­lents autour de la ques­tion qui tue : qui va régler l’addition ?

Si cela dépend des classes pos­sé­dantes, ce sera à la majo­rité des tra­vailleurs de la payer, par un accrois­se­ment du chô­mage et par une baisse des salaires et des avan­tages sociaux — à moins que ce ne soit, comme à la fin des années 1930, par la guerre. Mais des brèches se sont ouvertes dans l’idéologie domi­nante, et on peut espé­rer que les classes labo­rieuses se ren­dront compte qu’elles peuvent orga­ni­ser la pro­duc­tion et la dis­tri­bu­tion, par elles-mêmes, en dehors des contraintes de l’économie mar­chande.

Il semble qu’un tel chan­ge­ment ne peut pas se faire uni­que­ment sur le ter­rain éco­no­mique, mais exige un affron­te­ment stra­té­gique d’ensemble avec le pou­voir des classes domi­nantes, mais c’est une pro­blé­ma­tique qui n’est pas abor­dée par ces articles de Mattick…

Source originale

Alternative liber­taire, n° 187, sep­tembre 2009. URL :http://www.alternativelibertaire.or…

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