Étude

L’intersectionnalité en débat : pour un renouvellement des pratiques féministes au Québec

Mis en ligne le 08 mai 2015

Cette recherche avait comme objec­tif prin­ci­pal de per­mettre à la FFQ de mieux com­prendre la rela­tion qu’entretiennent ses membres avec l’approche de l’intersection des oppres­sions afin qu’elle puisse, dans une étape éven­tuelle, adap­ter ses outils et approches en fonc­tion des résul­tats qui auront été obte­nus. Nous avons conservé une défi­ni­tion de l’intersection des oppres­sions, ancrée dans trois pré­misses : 1) les oppres­sions (de sexe, de race, de classe, etc.) sont vécues de manières simul­ta­nées et dif­fi­ci­le­ment dif­fé­ren­tiables les unes des autres ; 2) les sys­tèmes d’oppression s’alimentent et se construisent mutuel­le­ment tout en res­tant auto­nomes ; 3) ainsi, la lutte ne peut être conçue comme un combat contre un seul sys­tème d’oppression ; les sys­tèmes doivent être com­bat­tus simul­ta­né­ment et ils ne peuvent être hié­rar­chi­sés dans la lutte (Pagé, 2012a).

En résumé, nous avons tenté de répondre aux ques­tions sui­vantes : quelle est la com­pré­hen­sion (défi­ni­tion) des membres de la FFQ de l’intersectionnalité des oppres­sions ? Quelles sont leurs craintes et leurs réserves en regard du concept lui-même et en regard de son appli­ca­bi­lité dans leur contexte par­ti­cu­lier ? Croient-elles dans les pro­messes de plus grande jus­tice sociale de cette approche ? En com­bi­nant une méthode quan­ti­ta­tive et qua­li­ta­tive, cette recherche reflète les connais­sances et les per­cep­tionsde la mise en pra­tique de l’approche inter­sec­tion­nelle recueillies auprès de 121membres de la FFQ, dont 82 membres indi­vi­duelles et 36 membres asso­cia­tives (3 membres n’ayant pas pré­cisé leur type d’affiliation). De plus, deux entre­tiens col­lec­tifs regrou­pant 14 femmes ont permis de recueillir des impres­sions et des expli­ca­tions plus déve­lop­pées.

Quelques faits saillants qui res­sortent de cette recherche

Connaissance de l’approche inter­sec­tio­nelle

La plu­part des membres de la FFQ (78,5 %) disent avoir une moyenne, bonne ou très bonne com­pré­hen­sion de ce que signi­fie l’approche inter­sec­tion­nelle. Cette donnée a été confir­mée dans les défi­ni­tions que les répon­dantes ont four­nies dans le ques­tion­naire ainsi que par les entre­tiens col­lec­tifs.

Ce qui reste à cla­ri­fier de l’approche inter­sec­tion­nelle (ana­lyse qua­li­ta­tive)

Le tiers (33 %) des membres ont men­tionné que la mise en pra­tique de cette approche res­tait ambi­guë.

Cependant, lorsque l’on a demandé aux membres asso­cia­tives de qua­li­fier leurs dif­fi­cul­tés avec l’approche de l’intersection des oppres­sions, plus des trois quarts (85 %) de ces der­nières ont nommé la dif­fi­culté à tra­duire leurs savoirs théo­riques dans la praxis quo­ti­dienne comme étant source de pro­blème.

Attitudes vis-à-vis l’approche inter­sec­tion­nelle

Les membres de la FFQ ayant répondu au son­dage démontrent une atti­tude clai­re­ment favo­rable envers l’approche de l’intersection des oppres­sions.

  • 90 % consi­dèrent que l’approche inter­sec­tion­nelle enri­chit le mou­ve­ment fémi­niste.
  • 83 % consi­dèrent que cette approche est néces­saire au mou­ve­ment des femmes pour res­ti­tuer le dia­logue entre les femmes.
  • 74 % sont en désac­cord ou for­te­ment en désac­cord qu’en uti­li­sant l’analyse inter­sec­tion­nelle, le mou­ve­ment fémi­niste s’éloigne de sa mis­sion.
  • 76 % sont for­te­ment en accord avec l’idée que les divers sys­tèmes d’oppression inter­agissent entre eux.
  • Près de la moitié des membres disent déjà uti­li­ser l’approche de l’intersection des oppres­sions dans leur tra­vail (46 %) ou leur mili­tan­tisme (51 %).
  • Une petite mino­rité (6 à 12 %, en fonc­tion des ques­tions) démontre une atti­tude néga­tive par rap­port à l’approche de l’intersection des oppres­sions et s’oppose à son uti­li­sa­tion par la FFQ.

Perceptions vis-à-vis des dif­fé­rents sys­tèmes d’oppressions

Les répon­dantes étaient presque una­nimes à consi­dé­rer que le patriar­cat, le racisme, le clas­sisme et le colo­nia­lisme envers les peuples autoch­tones sont des struc­tures très pré­sentes dans notre société et qui créent des injus­tices impor­tantes chez les femmes.

Étude réa­li­sée dans le cadre du Service aux col­lec­ti­vi­tés de l’UQAM en par­te­na­riat avec la Fédération des femmes du Québec (FFQ)

Consulter l’étude : http://​www​.ffq​.qc​.ca/​w​p​-​c​o​n​t​e​n​t​/​u​p​l​o​a​d​s​/​2​0​1​5​/​0​3​/​M​i​c​r​o​s​o​f​t​-​W​o​r​d​-​R​a​p​p​o​r​t​F​F​Q​-​S​A​C​-​F​i​n​a​l.pdf

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