Lien croissance et emplois : mythe ou réalité ?

Par Mis en ligne le 25 octobre 2010

Depuis plus d’un siècle, la crois­sance est au coeur du déve­lop­pe­ment éco­no­mique et social de nos socié­tés occi­den­tales, mais de quelle crois­sance parle-t-on ?

Lien croissance et emplois : mythe ou réalité ?

Depuis plus d’un siècle, la crois­sance est au coeur du déve­lop­pe­ment éco­no­mique et social de nos socié­tés occi­den­tales, mais de quelle crois­sance parle-t-on ? Face à la crise finan­cière et sociale , le maître mot de nos diri­geants pour sortir de la crise est de retrou­ver la crois­sance. Cette crois­sance a pour cri­tère essen­tiel l’augmentation du PIB qui est censé donner pros­pé­rité, abon­dance à un pays et à l’ensemble de ses membres et par rico­chet à l’ensemble de la classe labo­rieuse. Les pays pré­sen­tés comme modèles sont ceux qui conti­nuent à avoir de « la crois­sance » telles la Chine ou l’Inde. Cette crois­sance reflète-t-elle réel­le­ment le déve­lop­pe­ment de l’emploi et plus lar­ge­ment de l’humain ? N’est-ce pas l’enjeu d’une bataille idéo­lo­gique et, si oui, com­ment la mener ? Quelles pour­raient être les autre réfé­rences per­met­tant au mou­ve­ment social et éco­lo­gique de se retrou­ver, de construire des alliances pour un autre mode de déve­lop­pe­ment ? Telles sont les inter­ro­ga­tions que sou­lève aujourd’hui la ques­tion de la crois­sance face à la crise éco­lo­gique, sociale, poli­tique…

Lorsqu’il est ques­tion de crois­sance la réfé­rence immé­diate est le PIB. Qu’en est-il de cet indi­ca­teur qu’est le tout puis­sant PIB ?
-Selon Dominique Meda,* « lePIB est un indi­ca­teur de flux et ne tient pas compte de la valeur esti­mée des actifs et pas­sifs (du patri­moine) publics et privés. Il ne mesure donc pas les exter­na­li­tés posi­tives ou néga­tives qui font évo­luer cette valeur et qui contri­buent à un gain ou une perte de moyens. Il pré­sente trois grandes limites : il ne tient pas compte de temps et d’activités essen­tiels pour le déve­lop­pe­ment de la société, comme le temps avec les proches, le temps pour les acti­vi­tés domes­tiques et acti­vi­tés poli­tiques. Il n’est pas affecté par les inéga­li­tés dans la par­ti­ci­pa­tion à la pro­duc­tion ou à la consom­ma­tion, il ne tient pas compte des dégra­da­tions appor­tées au patri­moine natu­rel ».

-Le PIB prend en compte un cer­tain nombre de cri­tères plus rela­tifs à la quan­tité qu’à la qua­lité de la vie. De nom­breuses sta­tis­tiques sur l’espérance de vie, la santé, l’éducation prouvent qu’il n’y a pas for­ce­ment cor­ré­la­tion entre la crois­sance dont le sym­bole est l’augmentation du PIB et le bien être social et éco­lo­gique. En témoignent cer­tains chiffres concer­nant l’espérance de vie en rela­tion avec le PIB par habi­tant qui montrent clai­re­ment qu’au-dessous d’un cer­tain seuil établi à 18 000 dol­lars de PIB par habi­tant, l’espérance de vie s’accroît avec le PIB, mais qu’à partir de ce seuil le PIB n’est pas déter­mi­nant. Par exemple, les USA avec un PIB de 38 000 dol­lars par habi­tant sont en ce qui concerne l’espérance de vie (78 ans) au même niveau que le Portugal avec moins de 20 000 dol­lars par habi­tant mais aussi que Cuba.*(étude Jean Gadrey).

-Le PIB est une valeur qui ne prend pas en compte et donc exter­na­lise les dom­mages envi­ron­ne­men­taux, sociaux, de santé. De plus il n’est aucu­ne­ment ques­tion des dom­mages causés aux pays afri­cains suite à la colo­ni­sa­tion ni de l’enrichissement des pays occi­den­taux au détri­ment des pays afri­cains, indiens ou d’Amérique Latine consi­dé­ra­ble­ment appau­vris par notre crois­sance occi­den­tale de type capi­ta­liste et pro­duc­ti­viste. En d’autres termes, c’est un indi­ca­teur émi­nem­ment poli­tique qui rend trans­pa­rent, invi­sible tout rap­port de classe.

-Dans le cadre d’une société capi­ta­liste qui fait tout pour réduire la part des salaires dans « ses coûts » cet indi­ca­teur de crois­sance ne peut pas être consi­déré comme un indi­ca­teur de créa­tion d’emplois. Pire, la capa­cité d’un pays est mesu­rée à son taux de pro­duc­ti­vité. Or plus le taux de pro­duc­ti­vité par sala­rié est élevé moins la main d’oeuvre recru­tée sera abon­dante mais plus cela agira posi­ti­ve­ment sur le PIB par habi­tant. La crois­sance via l’augmentation du PIB par habi­tant demeure encore aujourd’hui le seul credo des éco­no­mistes libé­raux qui ne sou­haitent pas regar­der en face les dom­mages col­la­té­raux causés par la toute puis­sance d’une société basée sur le profit maxi­mum et par le modèle pro­duc­ti­viste qui détruit les éco­sys­tèmes, pollue, déve­loppe des inéga­li­tés crois­santes et favo­rise un stress per­ma­nent des sala­riés, atta­quant gra­ve­ment leur état de santé, les pous­sant même par­fois au sui­cide (sui­cide « pro­fes­sion­nel » dans de grandes entre­prises telles que France Telecom et Renault en France) … Si les gou­ver­ne­ments ultra­li­bé­raux défendent ce type de crois­sance, c’est en vue d’un profit immé­diat. D’où l’importance dans la lutte de classe du 21ème siècle de contes­ter ce cri­tère d’évaluation de la crois­sance et d’exiger de se réfé­rer à d’autres indi­ca­teurs de richesses tels que l’indicateur du déve­lop­pe­ment humain, des inéga­li­tés sociales, de l’empreinte éco­lo­gique.

L’ensemble des exploi­tés de plus en plus pré­ca­ri­sés n’a aucun inté­rêt à ce que cette situa­tion per­dure. Pourtant, long­temps, le mou­ve­ment ouvrier s’est construit sur le credo de la crois­sance pro­duc­ti­viste se réfé­rant au modèle de la pensée key­né­sienne : seule la crois­sance peut créer des emplois qui eux-mêmes déve­lop­pe­ront la consom­ma­tion qui recréera de l’emploi et de la crois­sance. Ne s’est-on pas battu pen­dant plu­sieurs décen­nies pour aug­men­ter notre pou­voir d’achat plutôt que pour reven­di­quer un « mieux vivre » ou « mieux être » ? N’a-t-on pas inté­rio­risé dans le mou­ve­ment ouvrier cette notion de crois­sance ? Et plus lar­ge­ment n’a-t-on pas entraîné, via notre modèle occi­den­tal domi­nant, l’ensemble des pays colo­ni­sés et des pays dits com­mu­nistes dans cette spi­rale du pro­grès humain lié à la crois­sance basée sur le PIB ? L’appropriation de cette notion par la tra­di­tion ouvrière consti­tue, à mon avis, une alié­na­tion majeure. Elle amène à une contra­dic­tion dif­fi­cile à dépas­ser. Plusieurs dizaines d’années de lutte se sont appuyées sur cette croyance. Le lien entre crois­sance et abon­dance signi­fiait pour l’ensemble des exploi­tés emplois et salaires. Face à une société ultra­li­bé­rale qui favo­rise les gains de pro­duc­ti­vité, le flux tendu au détri­ment de l’emploi, le dogme de la crois­sance garan­tis­sant le mieux être com­mence à être écorné.

-La notion de société d’abondance qui libè­re­rait l’humain n’est pas étran­gère non plus à la culture com­mu­niste. En pleine crise éco­lo­gique, de nom­breux cher­cheurs posent la ques­tion d’une autre crois­sance. Certains parlent même de décrois­sance pour sauver l’humanité. D’autres pré­fèrent parler d’un autre type de déve­lop­pe­ment ou de chan­ge­ment civi­li­sa­tion­nel.

Un autre type de crois­sance et de déve­lop­pe­ment est pos­sible : créer des emplois sans crois­sance pro­duc­ti­viste :

En voici quelques exemples :
-Produire des biens et des ser­vices de façon éco­lo­gi­que­ment durable : des ser­vices de meilleure qua­lité pour les per­sonnes âgées, pour la for­ma­tion exigent plus de tra­vail que pro­duire les mêmes ser­vices en détrui­sant les res­sources natu­relles et le climat ou en indus­tria­li­sant les ser­vices.
-Remplacer pro­gres­si­ve­ment l’agriculture pro­duc­ti­viste pro­vo­quant d’innombrables dom­mages col­la­té­raux sur l’environnement et sur la santé par une agri­cul­ture bio­lo­gique de proxi­mité. A pro­duc­tion égale en quan­tité, il fau­drait 40 à 50% d’empois en plus. Les moda­li­tés de calcul actuelles nous diront que cette crois­sance est nulle et donc que la pro­duc­ti­vité du tra­vail baisse. Et pour­tant on aura créé de nom­breux emplois, la part de la valeur ajou­tée agri­cole aura pro­gressé. La qua­lité et la dura­bi­lité de la pro­duc­tion auront été bou­le­ver­sées posi­ti­ve­ment.

-En ce qui concerne la ques­tion de l’énergie, le scé­na­rio nega­watts (réseau d’une cen­taine d’experts) pré­voit de pro­duire en 2050 le même nombre de KWH qu’aujourd’hui. Cela équi­vau­drait à une absence de crois­sance selon nos réfé­rences éco­no­miques domi­nantes actuelles. Mais ce scé­na­rio pré­voit le dou­ble­ment des uti­li­sa­tions de chaque KWH en raison d’une pro­gres­sion de l’efficacité éner­gé­tique : bâti­ments mieux isolés, trans­ports, machines et éclai­rages moins gour­mands en éner­gie, réduc­tion des gas­pillages. Remplacer les éner­gies pol­luantes par des éner­gies renou­ve­lables serait créa­teur d’emplois ; en France on estime à 680 000 le nombre d’emplois ainsi créés.
-Selon la CES , le trans­fert de la mobi­lité (les kilo­mètres par­cou­rus) vers les trans­ports en commun à l’horizon 2020 rédui­rait de 30% les émis­sion de gaz à effet de serre ; 4,5 mil­lions d’emplois dis­pa­raî­traient dans la pro­duc­tion de véhi­cules indi­vi­duels, mais 8 mil­lions seraient créés dans les trans­ports en commun à l’échelle euro­péenne.
-Le rem­pla­ce­ment des grandes sur­faces par des com­merces de proxi­mité serait aussi créa­teur d’emplois.

-Les grands gise­ments d’emplois pour­raient rési­der dans une éco­no­mie dont le prin­cipe serait de prendre soin des per­sonnes, mais aussi des biens pour les recy­cler, réha­bi­li­ter les loge­ments… Il est sou­vent fait réfé­rence aux emplois indus­triels, mais ces emplois sont de moins en moins créa­teurs d’emplois car très auto­ma­ti­sés. L’industrie, y com­pris l’énergie, ne repré­sente que 13% des emplois totaux. Ainsi, la pos­si­bi­lité de créer des emplois en sor­tant de la valeur « crois­sance type PIB », c’est-à-dire en adop­tant une crois­sance plus qua­li­ta­tive que quan­ti­ta­tive est assez faci­le­ment démon­trable (voir tableau com­pa­ra­tif du conseil d’orientation pour l’emploi)

.Nous devons entendre les syn­di­ca­listes favo­rables à un déve­lop­pe­ment plus durable éco­lo­gi­que­ment et socia­le­ment sou­te­nable mais méfiants à l’égard de ces emplois pour­voyeurs de main d’oeuvre dite « non qua­li­fiée » et per­met­tant toutes les flexi­bi­li­tés. La reven­di­ca­tion d’emplois décents ne peut être igno­rée dans un autre mode de crois­sance. Il nous faut « repen­ser la pyra­mide des pro­fes­sions » nous dit Pierre Rimbert, jour­na­liste au Monde diplo­ma­tique. Une étude publiée fin 2009 par la New eco­no­mic Fondation d’ Eilis Lawlor, Helen Kersley et Susan Steed aborde la ques­tion des inéga­li­tés en com­pa­rant les rému­né­ra­tions de cer­tains métiers sélec­tion­nés aux deux extré­mi­tés de l’échelle de reve­nus et en esti­mant la valeur sociale de ces pro­fes­sions : Pour un ouvrier chargé du recy­clage payé 7 livres de l’heure, « chaque livre dépen­sée géné­rera 12 livres de valeur sociale » pour l’ensemble de la col­lec­ti­vité. À l’autre bout de la chaîne, la rétri­bu­tion des grands ban­quiers est de 500 000 à 10 mil­lions de livres alors que pour chaque livre de valeur finan­cière créée, ils détruisent 7 livres de valeur sociale (délo­ca­li­sa­tions, flux tendus, stress et pro­blèmes de santé, de coût de l’emploi obéis­sant à des cri­tères finan­ciers). Les auteurs de cette étude bap­tisent cela « retour social sur inves­tis­se­ment ». La méthode uti­li­sée pour quan­ti­fier la valeur géné­rée par un emploi prend la théo­rie éco­no­mique domi­nante à son propre piège. Nous voyons bien que sur la ques­tion du rap­port de l’emploi et de la crois­sance se déroule une bataille pure­ment idéo­lo­gique qui impose des chan­ge­ments de para­digmes de déve­lop­pe­ments. Cette étude avait pour but d’opposer la créa­tion de valeur pour la société à la créa­tion de valeur pour l’actionnaire, de sug­gé­rer de bou­le­ver­ser un mode de rému­né­ra­tion qui valo­rise en les sur­payant cer­taines pro­fes­sions par­ti­cu­liè­re­ment nui­sibles et décou­rage sys­té­ma­ti­que­ment des acti­vi­tés pro­fi­tables au plus grand nombre.

La ques­tion de l’emploi pour tous et d’un nou­veau type de déve­lop­pe­ment peut aussi se réfé­rer à des mar­queurs plus tra­di­tion­nels du mou­ve­ment social :

-La ques­tion de la réduc­tion du temps de tra­vail créa­trice d’emploi et assu­rant des temps de mieux être pour tous (loi­sirs, édu­ca­tion, poli­tique…)
-L’égalité hommes – femmes dans les salaires ; la recon­nais­sance du tra­vail dit « domes­tique »
-La retraite à 60 ans, en France et d’une manière plus géné­rale en Europe, le main­tien de la retraite par répar­ti­tion plutôt que par capi­ta­li­sa­tion.
-L’augmentation des salaires.
-Le « par­cours social sécu­risé » per­met­tant à chacun d’être, tout au long de la vie, soit en emploi, soit en for­ma­tion, en congé paren­tal, en recon­ver­sion avec un salaire assuré en fonc­tion de la qua­li­fi­ca­tion. Ce statut peut assu­rer une sécu­rité au sala­rié même en période de tran­si­tion éco­lo­gique vers un nou­veau type de déve­lop­pe­ment.
-La notion de tra­vail décent, cam­pagne menée par la confé­dé­ra­tion syn­di­cale inter­na­tio­nale (CSI) : « Le tra­vail décent » est une stra­té­gie pour atteindre un déve­lop­pe­ment durable centré sur les gens. C’est un élé­ment essen­tiel pour construire une société plus juste, équi­table et inclu­sive, basée sur les prin­cipes de créa­tions d’emplois, de droits des tra­vailleurs, d’égalité entre femmes et hommes, de pro­tec­tion sociale et de dia­logue social. La CSI jus­ti­fie cette pro­po­si­tion en ces termes : « La crois­sance n’est pas suf­fi­sante, le com­merce inter­na­tio­nal et la crois­sance éco­no­mique ne peuvent à elles seules éra­di­quer la pau­vreté. »

Au-delà des revendications du mouvement social et écologiste

La ques­tion de la réfé­rence à un indi­ca­teur (le PIB) ne cor­res­pon­dant pas au déve­lop­pe­ment humain mais au profit quan­ti­ta­tif que peut géné­rer ce type de société capi­ta­liste est une ques­tion émi­nem­ment poli­tique qui pose la ques­tion du pou­voir. D’autres indi­ca­teurs de crois­sance et de déve­lop­pe­ment pour­raient être pris en compte et peut-être com­bi­nés tels l’indice de déve­lop­pe­ment humain, l’indice de l’empreinte éco­lo­gique, des inéga­li­tés sociales… La pre­mière condi­tion à poser est la ques­tion de savoir qui détient le pou­voir et pour­quoi faire ? Une recon­nais­sance du pou­voir des popu­la­tions et des sala­riés dans l’entreprise, mais aussi dans les ins­ti­tu­tions et dans la ges­tion éco­no­mique en géné­ral per­met­trait d’établir d’autres cri­tères de déve­lop­pe­ment humain et donc de défi­nir, dans l’intérêt de l’ensemble de la société, d’autres cri­tères de déve­lop­pe­ment. Une des pre­mières condi­tions pour assu­rer ce nou­veau type de déve­lop­pe­ment est de ren­ver­ser la répar­ti­tion des richesses actuelles qui a conduit, par la finan­cia­ri­sa­tion de l’économie, à bais­ser la part des salaires de 9 points en 20 ans. Ceci se jus­ti­fie­rait d’autant plus que le pou­voir éco­no­mique entre les mains d’une poi­gnée de néo­li­bé­raux montre actuel­le­ment son inca­pa­cité totale à répondre aux besoins de la société, y com­pris dans les cri­tères qu’il a lui-même fixés. La contes­ta­tion des indi­ca­teurs de richesse et de crois­sance de type PIB et l’alliance entre les mou­ve­ments sociaux et éco­lo­giques dans des reven­di­ca­tions qui leur sont com­munes sont des points d’appui impor­tants pour une alter­na­tive pro­gres­siste. Cette néces­sité est ren­for­cée par la crise éco­lo­gique mais aussi par la crise sociale et éco­no­mique euro­péenne dont la Grèce est l’un des meilleurs révé­la­teurs. En ce qui concerne la seule ques­tion de la crois­sance et de son impact sur l’emploi pour tous, je conclu­rai par cette cita­tion de Jean Gadrey : « La seule vraie ques­tion est celle du ras­sem­ble­ment des forces sociales et poli­tiques capables de dégon­fler la bau­druche de la crois­sance comme préa­lable à tout ».

*Dominique Meda socio­logue : au-delà du PIB, pour une autre mesure de la richesse (Champ Actuel, 2008)

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