Libéralisme, mondialisation, alternative

Mis en ligne le 01 mars 2010

À noter : ce texte est extrait du livre de Pierre Cours-Salies, Jean Lojkine et Michel Vakaloulis, Les nouvelles luttes de classe, parution en mai 2006 aux éditions PUF.


L’esprit de la technique moderne, pourvu qu’on lui donne la possibilité pacifique de s’épanouir, est celui d’une disponibilité plus grande de l’homme dans la nature et dans la société.

Pierre Naville


par Pierre Cours-Salies

Depuis quelques années, nous vivons, en France mais aussi dans d’autres pays d’Europe, une situation paradoxale : un refus réel des politiques de gestion capitaliste, libérales de droite ou sociales-libérales, ne se traduit pas par une conscience collective qui trace un horizon. Une série de questions demeurent étrangement absentes : celles qui feraient réfléchir publiquement aux objectifs d’une transformation sociale qui remplace, voire vise à corriger fortement le système. Une discrétion absolue semble de mise à propos d’un affrontement ainsi à l’ordre du jour, qu’on le juge nécessaire, utile, inévitable ; alors que des combats partiels et des défaites successives peuvent préparer un retournement…

Cependant, le rejet des politiques se réclamant du libéralisme ne se dément pas : dans le soutien aux grèves par plus de 70% de la population, quasi sans exception, depuis décembre 1995 jusqu’au ressort du « Non » au référendum du 29 mai 2005 sur le Traité constitutionnel européen. Comment comprendre cet écart entre la massivité d’un refus partagé et le morcellement, la juxtaposition des luttes sociales ? Pour vraie qu’elle soit, au moins partiellement, la méfiance à l’égard de toutes les organisations politiques reste une pseudo « explication ». Elle passe sans doute à côté de l’essentiel : une unité autour de buts communs fait défaut et la discussion a du mal à se nouer sur ce plan-là. Comment mieux comprendre cette réalité, qui dure maintenant depuis une dizaine d’années ? Approfondissement à la lumière d’une relecture de Marx, cette contribution prolonge et réexamine quelques écrits antérieurs (Cours-Salies, 1995, 1998, 1999, 2002, 2003b), et soumet à la discussion quatre propositions encore intempestives.

Une domination de classe, grâce à une remise en cause profonde des garanties sociales des années soixante et soixante-dix a rendu opaques les possibilités de lutter pour des objectifs communs. Cela s’imbrique à une masse de transformations internationales et étatiques qu’on a tort de réduire au label « libéralisme ». Nous esquisserons donc comment lier les exigences d’une démocratie renouvelée avec les questions sociales, volontairement à la lumière d’apports dus à la relecture de Marx. Nous terminerons ainsi en synthétisant quelques perspectives tant du point de vue du monde multipolaire que sous l’angle du rapport au travail salarié..

Hiérarchisation et naturalisations, contreforts de la domination

Dès qu’elle apparaît, la reprise des luttes de masse tend à disparaître à nouveau : séparées les unes des autres, elles deviennent un simple prétexte à commentaires moralisant, faussement sociologiques : nombre d’auteurs confondent la critique des faux semblants du capitalisme, pour laquelle un océan d’interprétations demeure ouvert, avec l’analyse des conditions de l’accumulation du capital. Cette contradiction, cependant demeure plus décisive que d’autres, elle qui fait tenir à leur place, sans déviations importantes et relativement productifs, la plus grande masse des salarié-e-s ? La valeur de chacun-e, finalement, tient par le processus que Marx appelait le « fétichisme », phénomène central de l’autoperpétuation du capitalisme dans sa reproduction, ses transformations, sa continuité et ses évolutions (Vincent, 1973, Tombazos, 1994) .

Un travail récent, Le bas de l’échelle, nous fournit un ensemble d’observations pour comprendre ce processus [1]. Une douzaine d’études de terrain, accompagnées de quatre textes de synthèse propose un schéma de divisions tout autant qu’un possible principe d’unité.

Afin de comprendre des situations particulières, nous devions les situer par référence à quelque « configuration », en reprenant une expression de Norbert Elias (Elias, 1991). Avec ce souci élémentaire, l’ouvrage met en évidence comment des dispositifs économiques ou juridiques, des règlements de la protection sociale ou des politiques de l’emploi, ou bien des évolutions rapides de certaines professions, finalement, tendent à se compléter, se combiner. Cela crée une sorte de patchwork, où presque chaque étude aurait pu être traitée pour sa spécificité ; mais le tableau d’ensemble fait ressortir comment les uns et les autres se stabilisent, faute de mieux, du fait des potentialités qui leur sont laissées.

Au-delà des effets de proximité, comme des différenciations « légitimées » par des références à l’ordre du « naturel », les individus socialement pauvres dont ces études rendent partiellement compte finissent par former une masse énorme ; et celle-ci pèse dans la conscience de toute la société. Par lui-même, sans que cela ait été le but d’origine, le choix de rapprocher ces études met en évidence comment la stabilisation de très nombreuses personnes, dans diverses situations précarisées, pousse tout un chacun à s’accrocher à ce qu’il tient. Sous forme directe ou par sa dénégation contrainte, le rapport au travail est co-extensible à d’autres rapports sociaux de domination, que chacun ressent dans son corps et son histoire. Et le « bas de l’échelle » joue évidemment un rôle pour stabiliser ce qui, au-dessus, pourrait avoir plus de souplesse, de mobilité critique et de revendications fortes.

Chacun est renvoyé par la société à sa possibilité individuelle de « réussir sa vie », comme s’il s’agissait d’une qualité personnelle avant tout. Cette illusion tend à faire oublier les conditions très dures à de telles réussites (Soulet, 2005, Appay, 2005), les obstacles rencontrés, et renvoie les occasions d’échecs à des hasards d’ordre personnel ; cette dissociation des éléments d’une analyse sociale critique joue un rôle très puissant dans la naturalisation. Chacune et chacun, renvoyé à son destin, n’auraient qu’à s’en « prendre à lui » (ou à elle) de son absence de volonté ou de son incapacité à saisir des « chances qui pourtant passaient près ».

Le rapport au travail stable joue ainsi un rôle décisif pour chacune et chacun ; il dessine l’horizon pour les jeunes encore scolarisés et pèse ainsi sur leurs parents et leurs familles, à la fois par leur propre situation et par celle espérée ou crainte pour leurs enfants. De nombreuses études au sujet de l’insécurité sociale en témoignent. Sur la soumission dans une relation « mobilisée » avec l’encadrement qui semble permettre « une reconnaissance réciproque » (Dubar, 2000, p.213), comme sur les passages entre la formation et les emplois (Tanguy, 1986 ; Vergne, 2000).

Faute de travail salarié stable, la société rend nécessaire de « s’accrocher » au plus près d’une relation salariale qui comporte bien plus que la rétribution immédiate de la force de travail, sa pérennisation dans un réseau de droits à consommer, mais aussi de droits humains que la phase de gestion keynésienne avaient fait percevoir comme des normes de la sécurité démocratique (Elias, 1991b ; Friot, 1998).

Afin de prendre la mesure de telles différenciations, il nous fallait proposer une analyse qui rende compte des deux faces : une réalité segmentée et hiérarchisée, ainsi que sa relative légitimation dans la vie quotidienne. Par la situation d’ensemble, justement, dont l’absence d’un débat politique sur une autre forme de rapports sociaux est indissociable (Vakaloulis, Vincent, Zarka, 2003). Faute d’une mise en perspective commune, on est « jeune », femme plus ou moins âgée, plus ou moins marqué-e-s de caractéristiques qui avivent la xénophobie et même le racisme.

On le comprend, « le bas de l’échelle » joue un rôle d’allégorie. Si on l’interprète de façon restrictive, si on s’accroche au seul repère d’une situation particulière, on a fort peu de chance de trouver le principe de critique de ces rapports sociaux. Toutefois, permettre que se rassemblent des millions d’individus, accrochés en un point tout au long de la hiérarchie sociale, exige de mettre au jour un principe plus fort que les critiques ponctuelles de la misère du monde et de la métamorphose de la question sociale.

Certes les différences entre les groupes de salariés, ou d’individus subalternes dans le système social, peuvent ne plus apparaître comme des principes de hiérarchisation naturelle, propres à un groupe d’âge, à un sexe, etc., mais comme diverses expériences propres, si elles sont l’occasion d’une action collective ample, à changer le mode de vie : une voie peut s’ouvrir et autoriser bien des mouvements collectifs. Cela implique, pour ne pas se payer de mots, l’existence d’une dimension conflictuelle décisive dans le système social, devenant pour toutes et tous un repère pour le quotidien et l’horizon, autrement dit un conflit de classe, concept qui appelle à être retravaillé, puisqu’il se doit d’intégrer, dans un possible dépassement, l’ensemble des caractéristiques des situations actuelles. Des protestations quant aux situations jusqu’au but de changer la société, une nouvelle unité doit se construire. De la diversité à la compréhension d’un système de classe, un passage qui ne va pas de soi.

Celui-ci comporte des éléments liés, que nous pouvons simplement résumer ici et notamment l’un des plus difficiles, sans doute, le rapport à une périodisation historique. D’où vient, en effet, le creusement de cette hétérogénéité ? Nous proposons, en esquisse, une périodisation dans la seconde moitié du XXe siècle. Et il nous faut inviter à la relecture de travaux de Pierre Naville au tournant des années soixante (Naville, 1963), au début de ce qu’on nomme actuellement la « révolution informationnelle ».

Ses analyses ont, entre-temps, fait leur preuve et conservent en grande partie, encore aujourd’hui, une puissance heuristique décisive. Pierre Naville montrait une réalité fondamentale, nouveauté à la fin des années cinquante : les capacités de l’automatisation se manifestant dans l’industrie, dont il soulignait les enjeux tout en formulant des propositions pratiques. Ces tendances sont alors étudiées tant par Madeleine Guilbert (1966) que par Georges Friedmann ou Pierre Naville (Alaluf, 1986 ; Rolle, 1988 ; Tripier, 1991). Sans développer ici un débat décisif de la sociologie du travail, nous savons que le premier espérait beaucoup que le travail parcellaire et abrutissant pourrait être rendu différent et moins aliénant grâce à des machines plus intelligentes et la disparition de multiples tâches répétitives assumées à l’avenir par des moyens autres que les gestes mécaniques imposés à des êtres humains. À distance critique de l’optimisme de Georges Friedmann, Pierre Naville montrait que, certes, deux voies s’ouvrent pour l’organisation du travail, avec de telles innovations.

La plus positive : la possibilité de réduire la place du travail contraint et donc le rôle du rapport salarial capitaliste, grâce aux gains de productivité [2]. Permettant une succession des individus sur des postes de travail plus anonymes, dépassant par-là même beaucoup des idiotismes de métiers qui enferment les individus dans des savoir-faire particuliers et trop exclusifs, cela rend possible une plus forte implication collective dans l’organisation d’ensemble d’un travail qui laisserait plus de temps libre. Il appelle de ses vœux un dépassement du taylorisme et de la chaîne fordiste, mais se refuse à poser ces questions d’une nouvelle organisation du travail sans une analyse des rapports sociaux constitutifs de la place et du rôle des salariés : « Les techniques nouvelles, en dépit des pessimistes, sont une conquête de la liberté […] elles annoncent un remaniement incessant des conditions sociales où s’exerce cette maîtrise » (Naville, 1963, p.45). Il indique comment « les relations entre sexes y puisent l’occasion de trouver des formes nouvelles » (idem. p.251).

Insistant sur les potentialités, il mettait au jour les contradictions essentielles. En termes de gestion, le salaire devient un capital variable de valeur relative bien moindre : « l’entreprise hautement automatisée serait celle où le coût en travail humain tombe le plus bas » ( ibid. , p.175). En effet, même si la rémunération de quelques personnes est plus élevée que dans des situations différentes, il en faut très peu pour produire une grande « valeur ajoutée », du fait de l’investissement en machine qui permet une grande « plus-value relative ». Par ailleurs, « l’univers des communications dominera celui des productions comme une société dominant la société » ( ibid. , p.231) et les entreprises ne seront plus une série d’unités indépendantes. Last but not least, les faits montrent que « l’homme de l’automation » est rare : « les hommes et les femmes qui subissent l’emprise directe ou indirecte de l’automation sont à 80% dans des fonctions non qualifiées » ( ibid. , p.28). Il soulignait ainsi que le rapport au travail ne pouvait pas se comprendre sans un effort pour restituer comment les salariés deviennent ce qu’ils sont avant d’entrer dans leur atelier, bureau, lieu de travail. La subordination réelle à la logique capitaliste, évidemment, ne commence pas dans le cadre du poste de travail. De même, sa diminution, voire sa relative mise à distance dans un cadre socialisé et autogéré, n’est possible que par une transformation pluridimensionnelle des relations sociales (Naville, 1963 ; Lefebvre, 1968).

A contrario, s’est réalisée, pour beaucoup sous nos yeux, l’autre hypothèse de Pierre Naville (Cours-Salies, 1999) : le développement d’une minorité de postes de travail qualifiés, intéressants, reconnus socialement, et pour tous les autres, notamment la plus grande part des femmes (Guilbert, 1966), des tâches interchangeables, un « travail sans qualité » (Sennett, 2000).

Pour la plupart, les moyens qui pouvaient servir à la diminution de la domination capitaliste ont été accumulés, depuis la « reconstruction » de l’après-guerre, entre les mains des couches dirigeantes. D’où un grand mécontentement, pas seulement sur le plan des niveaux de consommation mais sur le plan de l’organisation sociale. Cela s’est traduit, dans plusieurs pays d’Europe, par la série d’explosions sociales et politiques de la fin des années soixante (Spitaels, 1971 ; Cours-Salies, 1988). Mais, trente ans plus tard, il faut bien constater que la classe dirigeante a réorganisé la situation et le système d’options politiques et sociales à sa façon : atomisations, segmentations, chômage de masse et hiérarchisation importante des entreprises, des statuts, et des qualifications reconnues (Alaluf, 1986 ; Stroobants, 1993a). Elle a créé maintenant les conditions d’une plus grande insécurité pour les salariés et veut refondre à son goût le Code du travail comme la Protection sociale.

Les combats non menés ou perdus au tournant des années soixante pèsent plus lourdement qu’on ne le pense dans la façon dont nous percevons la réalité, le « possible », si fortement marqué par une résignation, et les aspirations comme les revendications frappées du sceau de « non réalistes ».

Nous revenons ainsi plus armés afin de ne pas rester enfermés dans les travers des « enquêtes de terrain » qui trop souvent acceptent une limitation mutilante, parfois caution du système. Situations de souffrance, revendications, place dans des rapports de production et les processus de reproduction ne se séparent pas sans risquer l’objectivisme, ou sa variante le fatalisme.

Au moment même où on en vient à douter que la notion de classe puisse encore donner un principe de compréhension commune, une analyse panoramique des nombreuses situations subalternes, au travers de la diversité des enquêtes comme au vu des possibilités offertes par la révolution technologique, nous a permis de comprendre ce qui est ainsi à l’œuvre : une classe sociale possible (Cours-Salies, 2003), rassemblant les dominé-e-s à condition de dégager ses axes de regroupement.

Un cas particulier d’une vieille analyse de Marx

Sitôt apparues, diverses luttes « mettent en cause des valeurs », ne forment pas une référence pratique mais seulement symbolique pour la masse des exploité-e-s ; un rejet du « libéralisme » finit par s’exprimer dans des termes de solidarité, d’équité, qui ne comportent pas, en apparence, de éléments d’un antagonisme analysable ; on en vient à douter que la notion de classe puisse encore donner un principe de compréhension commune.

Nous comprenons mieux, à observer de plus près les différences effectives des situations, pourquoi les réactions de classe unificatrices restent difficiles ou lacunaires : la situation sociale des « surnuméraires » est si loin de celle des « stables » eux-mêmes si divers, avec entre les deux la situation de ceux, en majorité des femmes, enfermés dans le « louage de main d’œuvre » . Précisons, en chiffres, parmi les 27 millions de la population active potentielle. Autour de cinq millions de surnuméraires, à côté de plusieurs millions dans des relations de louage de main d’œuvre [3]… Entre résignation et efforts « pour ne pas descendre plus bas », ils vivent le drame du chômage de longue durée, qui fait perdre des possibilités ultérieures, parce qu’il disqualifie aux yeux des employeurs, tout le monde le sait dans notre société. Cette « trappe à misère » enferme les bénéficiaires des dispositifs sociaux comme les précaires enregistrés au même moment (1,5 million) et sans doute avec les salariées à temps partiel contraint (deux millions ou plus). Six ou sept millions en tout, dont une grande partie des femmes non comptées comme chômeuses. Dans le troisième pôle des « salariés stables », expression qui recouvre trop de situations ; mais nous trouvons commode de regrouper avant tout une position sociale différente des deux précédentes, elle-même parcourue par d’immenses tensions. Quoi de commun aux 4,5 millions de salarié-e-s des fonctions publiques et aux 8,3 millions des PME de moins de cinquante personnes et les 11,9 millions de celles et ceux des moins de deux cents personnes ? Parmi ces stables, au-dessus du bas de l’échelle, l’écartèlement apparaît net si on décrit la palette : des ouvriers ou employées « sans qualification » des grandes entreprises industrielles ou commerciales jusqu’à celles et ceux qui, entre bac+2 et bac+4 ou 5, ont trouvé des emplois stimulants, parfois…

Chacune, chacun, voit sa « valeur » reconnue par son insertion dans le soi-disant « marché du travail », pour lequel les qualités personnelles jouent paraît-il un rôle essentiel (Appay ; 2005). Cette hiérarchisation, en l’absence de repères pour des objectifs communs, enferme les groupes et les individus dans des rapports qui relève de la « soumission réelle », la « subsomption » au capital, selon l’analyse de Marx (Artous, 2003, Sève, 1987 et 1999, Tombazos, 1994, Vadée, 1992, Vincent, 2001) : le bouclage dans les relations sociales quotidiennes de la force du fétichisme de la marchandise dans la reproduction et la consolidation du système. Ces formes mêmes du fétichisme et de la subsomption changent. Elles s’affirmèrent pendant la phase appelée à tort « les trente glorieuses », épanouissement des Etats nationaux occidentaux, sociaux comme conséquence tout à la fois du partage du monde en deux blocs et des possibilités de la consommation de masse lors de la phase de développement des productions de masse encore peu automatisées dans la métallurgie ; pendant le même temps les multinationales prennent une importance primordiale … et nous tenons à pointer ici la nécessité d’un débat marxiste approfondi sur le retournement de situation, politique, économique, social, depuis la fin des années soixante, avec le rôle clé de la Trilatérale en 1975 (Crozier, Huntington, Watanuki, 1975, Cours-Salies, 2002). Ce marché du travail, qui n’est pas un marché au sens banal puisqu’il fixe les possibilités de la reproduction des conditions de stabilité relative de la société sur le plan social, culturel et politique, n’est lui-même plus solidement encadré par des règles nationales, du fait des choix élaborés au nom de la « globalisation », du libéralisme dans le cadre de la mondialisation. Toutefois, il ne s’agit ni de se plaindre ni de s’esbaudir devant la nouveauté. Mais de présenter une perspective.

Nous ne pouvons séparer cette discussion du nouveau cadre, tracé par la politique accélérée depuis 1990, mise en concurrence accrue à l’échelle internationale entre les divers marchés solvables et les divers « marchés du travail ». On a suffisamment décrit comment des politiques ont construit « le piège de la mondialisation », usé de l’argument de la nouvelle époque et abusé du respect de « la finance contre les peuples » (Martin & Schuman, 1997, et Toussaint, 1997, 2004). Cela se résume, brutalement : dans le monde, actuellement, 57% de la population, la plus pauvre, possède autant que le 1% constitué par les plus riches, 560 propriétaires de grandes entreprises et de capitaux possèdent autant qu’un milliards d’être humains. En peu d’années, de 1970 à 1995, le volume des échanges passe, d’après les données de la Banque mondiale en 1995, de 25% à 45% par rapport au produit net mondial ; cela se produits surtout du fait de l’accroissement de la part des produits manufacturés dans les exportations : celle-ci passe de 20% à 60% de 19870 à 1990. Depuis la délocalisation d’un certain nombre de services a suivi la même pente. Des exploités, souvent des femmes de pays très pauvres prennent ainsi comme une aubaine des « offres d’emplois » dans des usines de l’habillement ou de la petite métallurgie, compte tenu de leurs situations réelles (Naila Kabeer, 2006). Nous baignons ainsi, immédiatement, dans des illustrations de réflexions de Marx à son époque : « le paupérisme est l’Hôtel des Invalides de l’armée active du travail et le poids mort de sa réserve » (Livre 1, chapitre 25 du Capital). Marx ajoutait aussitôt : « Sa production (celle du paupérisme) est comprise dans celle de la surpopulation relative (…) il forme avec elle une condition d’existence de la richesse capitaliste » (Bidet, 2004).

Ne gâchons pas une dimension polémique. A reprendre le texte de Marx, la situation du monde, avec la masse de chômeurs et de sous employés, relève d’une situation révolutionnaire ; mais celle-ci ne débouche pas sur un effondrement du système. Il nous faut le citer un peu longuement : Marx figure en effet très haut dans le palmarès des auteurs plus souvent cités que lus !

« Pour le mode de production capitaliste, les travailleurs sont en surnombre dès qu’il n’est plus indispensable de les occuper de 12 à 13 heures par jour. Un développement des forces productives, qui diminuerait le nombre absolu des ouvriers, donc qui permettrait à toute la nation d’accomplir se production totale en un temps moindre, entraînerait une révolution, parce qu’elle rendrait superflue la majeure partie de la population » (Capital, Livre III, troisième section, Œuvres, La Pléiade, pp. 1043-44).

On sait quelles réactions amènent cette citation. Vous voyez bien, dit-on, cela ne s’est pas produit. Nous retiendrons cependant, ici, avec toutes les interrogations qui en découlent, l’actualité de cette analyse de Marx : si décriée et si peu connue, la « loi de la baisse tendancielle du taux de profit » (section III du Livre III du Capital).

On croit savoir que Marx aurait annoncé ainsi une prévision démentie : le système capitaliste, avec sa masse d’investisseurs qui cherchent à augmenter leur capital, et se font une concurrence accompagnée d’imitations ; à un moment donné, la marge de profit aboutit à l’abandon d’une branche, à des déplacements d’investissements capitalistes dans de nouvelles situations productives ou commerciales, retrouvant ainsi un taux de profit important. La concentration du pouvoir capitaliste entre peu de mains amènerait ainsi à une « polarisation en deux blocs et deux seulement » (Durand, 1995, 99). Marx aurait prévu de façon simple la tendance à la révolution : une poignée d’expropriateurs finissent par être exclus du pouvoir par la masse des exploités, devenus par leurs insertions professionnelles capables de remplacer les puissants de ce monde. On voit bien ainsi, disent plus d’un commentateur, comment « Marx s’est trompé : » de nouvelles catégories intermédiaires de salariés (…) n’ont cessé de se développer jusqu’à réduire l’opérationnalité de la thèse de la polarisation » (op. cit. id). Dans cette optique, Marx n’aura pas compris les effets de « la modernisation de la société » [4] (op. cit. 107). Cette thèse, somme toute, est devenue courante : « la loi de développement de la société capitaliste a été réfutée, comme la tendance à la polarisation envisagée par Marx », écrit un auteur chilien (Basaure, 2004), se réclamant de l’œuvre d’Erik Olin Wrigth.

ÀÀRappelons ce long texte de Marx. Il n’est pas inutile d’en montrer la pertinence, d’inciter à une relecture, afin de reprendre quelques discussions autrement. Nous allons, en effet, y gagner de pouvoir mieux comprendre ce que nous avons sous les yeux [5]. Car Marx lui-même avait su se formuler une question précise, présente dès le titre de la section III du Livre, III, que nous reprenons ici dans son énoncé complet : « loi de la baisse tendancielle du taux de profit et ses contre-tendances ». Faut-il le rappeler, il ne se souciait pas dans ces réflexions qui forment le matériau du Capital, de formuler des prévisions ; mais de décrire des logiques patronales propres à évoluer et éviter la crise frontale et multidimensionnelle du système.

Il avait très bien compris deux règles des combinaisons de la société capitaliste et six éléments de politique, dès son époque, contrebalançant la « loi de la baisse du taux de profit », dont il faisait remarquer qu’il ne s’agissait que d’une « tendance » et pas d’une loi délimitée par les sciences de la nature. Première règle : la logique du mode de production capitaliste est de voir le capital se séparer de plus en plus des lieux d’extorsion de la plus-value : il se crée des instances de direction qui amènent le capitaliste à ne plus s’identifier directement avec le patronat assurant le fonctionnement de l’usine au jour le jour ; citons, aujourd’hui, les holdings des multinationales, sortes d’états majors partiels, qui laissent la concurrence jouer comme une « émulation » entre directeurs de filiales, pouvant au besoin faire le tri quand les stratégies et les options productives se complètent ou au contraire demandent un choix. Deuxième règle, qui elle aussi n’a fait que croître et embellir : les activités des directions patronales se coordonnent plus ou moins directement et harmonieusement avec les encadrements étatiques nationaux ou internationaux ; il nous suffit de rappeler à notre époque la circulation entre bourgeoisies nationales (Wagner, 1998), grands appareils internationaux, tant des grandes entreprises que des organismes hors ONU comme la Banque Mondiale, le FMI, l’OMC… En lien avec les instances et avec assez d’indépendance, en lien avec les lieux de production mais avec assez d’autonomie pour se déplacer au gré des opportunités, le capital utilisait déjà du temps de Marx six éléments que le texte de cette section distingue avec précision : 1- L’intensité croissante de l’exploitation du travail ; 2- L’abaissement du salaire ; 3- La diminution de prix des éléments du capital constant ; 4- La surpopulation relative ; 5- Le commerce extérieur ; 6 – L’accroissement du capital-action. Nous devrions, sans doute, prendre le temps de vérifier si cette énumération est suffisante, comment elle a évolué.

Nous nous contentons, cependant, pour cette contribution, de constater que nous sommes bien loin des travers stigmatisés par des auteurs trop pressés de se débarrasser des outils de Marx. Afin de mieux assurer les liens avec la description du « Bas de l’échelle » et de ses effets, nous nous contentons de reprendre ici le premier de ces six éléments : l’intensification du travail, la baisse de la valeur d’une grande partie du capital circulant produisent un effet de surpopulation relative et une inflexion du commerce extérieur suffit pour faire apparaître, tant dans les anciennes métropoles qu’au quatre coins du monde ces « masses de salariés disponibles qu’on peut acquérir à vil prix » dont Marx faisait état.

Ne cherchons pas, malgré une tentation, la description de notre monde dans ces expressions, ses outils conceptuels demeurent valides pour structurer un enjeu dans l’analyse des nouvelles luttes de classe.

Afin d’en appeler à une analyse d’ensemble du capitalisme contemporain, précisons l’enjeu de la discussion. Pour situer notre propos au regard de quelques autres analyses contemporaines, avouons donc un mouvement d’impatience à la lecture d’un jugement péremptoire, l’un des principaux discours illusoires actuels, la thèse forte de Toni Negri dans Empire ; selon lui, la marque de notre époque serait en effet que « le rôle du travail industriel en usine a été réduit et que l’on a donné la priorité au travail de communication, de coopération et de relations » (op. cit. p.17). Comme il ne s’agit pas, ici, de développer une discussion avec les thèses de cet auteur, nous devrons nous borner à une réponse un peu sommaire, quitte à revenir à une autre occasion sur ces mêmes débats : pourquoi croire et faire croire à du neuf absolu quand il s’agit plutôt d’une continuité ? Le capitalisme, qui n’est pas mort, la preuve, bouge, se transforme, domine autrement. Pourquoi gloser sur le dépassement du travail d’usine quand des centaines de millions de personnes, en Chine, en Birmanie, en Inde, en Thaïlande et ailleurs, viennent prendre place dans cette histoire du travail salarié en usines ? Et pourquoi ne pas voir comment un processus capitaliste d’ensemble peut éclairer les situations particulières ?

En lieu et place de cet illusoire « dépassement » de ce qui se redéploye selon des axes d’adaptation du capitalisme, pourquoi ne pas discuter d’une question politique centrale : la façon dont la bourgeoisie fait tous ses efforts pour faire disparaître le rapport salarial hérité des deux siècles précédents ? Elle a produit la tendance au general intellect, comme Marx le notait et comme Toni Negri l’a mis en exergue [6] ; mais la classe dirigeante a besoin, en même temps, d’éviter le surgissement de ces possibilités de dépassement du système. D’où de multiples transformations consolidées par une précarisation d’une grande partie de la population, dont nous avons déjà aperçu les effets. Consommations nouvelles, sirènes de la réussite comme destin individuel, peur du lendemain et dureté des processus de stabilisation, compétitions multiples sans culture alternative disputant un autre projet de société…, la contradiction du système s’accroît. Comme le dit Marx, « à mesure que se développe la grande industrie, la création de la richesse réelle dépend de moins en moins du temps de travail et du quantum de travail employé que de la puissance des agents (…) ; celle-ci dépend plutôt du niveau général de la science et du progrès de la technologie, autrement dit de l’application de cette science à la production ». Certes, « ce type de production pose un problème de légitimité à l’appropriation capitaliste » (Grundrisse, tome 2, 192-194). Mais, comme le souligne Jean-Marie Vincent, « le grand automate social domestique apparemment sans trop de difficultés le general intellect dans son unité contradictoire ». Traces et supports possibles d’un autre monde, filets d’illusions de dépendances : la même réalité recèle du possible et peut produire de pseudo réalismes morcelés.

Pourquoi affirmer que les questions se posent dans un au-delà du travail au moment même où, en lien avec un refus collectif du chômage et de la précarisation la critique du système pourrait devenir activité de masse ? Pourquoi, ainsi, ne pas voir que la prise de parole des collectifs ouvriers et employés d’entreprises pourrait et devrait avoir une place majeure dans une démocratie restituant les éléments d’une socialisation de l’ensemble des moyens de production, d’échange, les outils nécessaire pour un autre rapport à la nature et à la place réduite que le travail contraint, le rapport salarial capitaliste, pourrait – aurait déjà pu ! – laisser pour l’émergence du temps libre et de la pluriactivité libre.

Mais, chacun, chacune, renvoyé-e à sa peur de tout perdre par les « contraintes économie », perçoit en même temps, du fait de ce monde et de ses contradictions, ce qu’indiquait bien Henri Lefebvre : « le désir de création ou de créativité surgit comme besoin social » (Lefebvre, 1968)

Actualité de « La critique du Programme de Gotha »

Nous avons parcouru deux éléments contradictoires, sans doute faut-il dire « dialectiques » : la domination quotidienne des rapports sociaux capitalistes s’alourdit, avec l’importance plus grande que jamais du rapport au travail, avec ou sans emplois, précaires ou pas ; et au même moment des potentialités contraires demandent à se faire reconnaître et ont en réalité plus de force que jamais. Inversement, trente ans après la Trilatérale, nous sommes dans un monde marqué par le développement, autour de la puissance des USA, de politiques de tensions de guerres effectives ou de guerres suspendues, de contre révolution libérale autoritaires, « sécuritaires » et de recours au religieux sous de multiples formes (Achcar, 1999, 2002), Nous n’avons pas à analyser, dans cette contribution, ce côté de l’activité politique, qu’il nous suffit de rappeler afin de souligner que les potentialités peuvent d’autant plus échapper aux observateurs qu’elles font rarement l’actualité la plus visible.

Des signes d’un communisme possible, cependant, nous entourent. Ils ne ressemblent certes pas une sorte de jeu de lego, qu’il suffirait de ramasser et d’assembler astucieusement. Ils appellent un travail politique afin de ne pas, parfois, tourner en leur opposé, comme par exemple la volonté de « créativité individuelle » : mise en forme et développée par les institutions de production de certification universitaires et en leur sein, elles peuvent évidemment s’accompagner de l’impression de devoir son destin à ses « dons » personnels. Et de diviser les individus, les séparer au nom du « souci de soi » alors que celui-ci, tout au contraire, pourrait amener le développement de formes différentes de coopération, du point de vue des échanges et de la souplesse dans les évolutions tout au long de la vie. Mais il y a là une des dimensions du combat culturel, politique, sans lequel les souffrances, même avec une origine commune, ne se regroupent pas. Cette « réussite individuelle » reste opaque, en effet, si l’analyse de la production des salariés n’est pas comprise comme réalisée dans le cadre de « l’étatisation du salariat » selon les indications de Pierre Rolle depuis longtemps (Rolle. 1987) : la possibilité de réussite de chacun, examinée avec une distance critique de sociologue, se dessine tout à la fois fabriquée par les filières de la formation et de la sélection du salariat et « bénéficiant » des dimensions du salaire socialisé (Protection sociale, aides aux divers moyens d’emprunt, au logement, etc.).

Ce même principe de division entre les jeunes et les salarié-e-s peut, à l’opposé, stimuler une violente volonté de coopération, sous réserve que les « élites » de la science et de la technique » perçoivent d’autres possibilités sociales que la compétition et le rôle de manager jugé sur ses capacités de commandement. La satisfaction d’oser faire du mal aux plus faibles et aux subalternes, sur laquelle bien des chercheurs ont attiré l’attention autour des travaux pionniers de Christophe Dejours, a la légitimité de se conformer aux critères de la rationalité actuelle des décisions économiques et de plaire aux employeurs. Elle en subit de plein fouet les contradictions : même sans l’ancien empire du mal à l’Est, le camp occidental victorieux se suffit à lui-même pour produire des catastrophes ou ne pas en protéger les populations ni la planète. En même temps, pour des raisons qui minent la légitimité de l’organisation des décisions et des cadres de la gestion des entreprises et des services, de nombreuses situations de cadres suscitent un certain détachement de la part de ces salariés et prise de conscience critique, comme le mettent en lumière des travaux de Paul Bouffartique et de Jean Lojkine.

Voilà autant de couches que la classe dirigeante a pu et pourrait s’associer ou au moins neutraliser qui entrent en mouvement à l’opposé, à condition, certes, que soient présentes dans la société la possibilité et les propositions d’autres formes de coopération moins illusoires, plus garanties, plus enrichissantes humainement de ne pas se faire les unes au détriment des autres.

Il est ici extraordinaire de relire les réflexions de Marx dans La critique du programme de Gotha et d’en percevoir l’extrême actualité, des outils pour penser plus clairement des questions contemporaines. Qu’on le lise, sans cet appareillage de présentation et d’annexes qui le présente comme une théorie idéologique fixant des « étapes » dans le développement du socialisme au communisme : ces références à des débats ultérieurs d’autojustification sont absentes du texte ! Il rejette le thème de l’égalisation autour de la réalisation des profits du « travail » qu’il faudrait « partager » : le changement des rapports de production, grâce à une transformation du pouvoir dans la société, permettrait de tout autres possibilités de libération des représentations inséparables de la marchandisation. Il s’agit, selon lui de permettre à chacun « d’avoir des connexions multiples et riches au monde et aux autres en s’ouvrant au maximum d’échanges » (Vincent, 2001 a, 92).

Les biens communs et la gratuité, dont il est fortement question aujourd’hui, dans des domaines de discussion, qui vont de la représentation renouvelée des services publics aux relations à entretenir avec des rapports transformés à la nature, Marx l’indique dès cette réflexion datée de 1875, où il rejette la proposition lassalienne de « partage équitable du produit » : il montre que l’Etat doit prévoir la reproduction, les assurances contre les accidents, les moyens pour accroître la production, toutes réalités qui relèvent de choix collectifs, dans des contraintes particulières et pas d’une « base d’équité dans la répartition ». Quant à ce qui relève de la consommation, « avant de procéder à la répartition individuelle », il faut encore retrancher, « les frais généraux d’administration qui sont indépendants de la production » – « celle-ci, précise-t-il, décroît à mesure que se développe la société nouvelle »-, et « ce qui est destiné à satisfaire les besoins de la vie en commun, écoles, installations sanitaires, etc. » Remarquons le commentaire de Marx : « cette fraction (de la valeur produite) gagne d’emblée en importance (…) et cette importance s’accroît à mesure que se développe la société nouvelle ». Reculs de la marchandisation, avec, à la clé, « quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre mais deviendra lui-même le premier besoin vital (…) alors seulement l’horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé ». Processus de socialisation accompagnant le passage d’un travail imposé, socialement inévitable au développement de la satisfaction des besoins sociaux permettant la libre activité de chacun, Marx ne parle ainsi à aucun moment de « stades », de « socialisme » distingué du communisme (Séve, 1999). Pour certains, sans doute la grande majorité de « l’armée de réserve » dans le cadre de la société actuelle, ou des plus exploités, les besoins matériels prennent le pas sur ce qui, pour d’autres est d’emblée le souci de la transformation de leurs conditions dans le travail et l’usage de celui-ci. Leurs points communs : la satisfaction des biens sociaux liés à la sécurité dans la société par des instances sociales. On ne peut sauter à pieds joints par dessus la prise en considération du travail, mais on peut le transformer par des processus de garanties socialisées et ainsi faire se développer d’autres relations de toutes et tous avec les activités de travail [7]. Quant aux instruments de travail, il propose de se fixer l’objectif de les voir « transformés en patrimoine commun ».

Ajoutons, au mérite de Marx dans ce texte, le refus de traiter la réalité nationale comme séparée de l’insertion internationale : « le premier marchand venu sait que le commerce allemand est aussi commerce extérieur et la grandeur de Monsieur Bismarck réside précisément dans le caractère de sa politique internationale ».

Dans l’état actuel des économies internationales et des échanges, avec la généralisation des états nationaux, plus ou moins généreux pour payer la stabilisation des rapports sociaux selon les époques et les territoires, quelques questions contemporaines relèvent, manifestement de cette problématique de Marx. Priorité depuis le retour à la solution du capitalisme rentier, que Keynes combattait pour mieux protéger et stabiliser le système capitaliste, comment réduire le poids de la vie précaire, comment diminuer l’étau et montrer qu’il est possible de sortir du monde de la marchandise sans supprimer le chômage ? Telle est, pourtant, depuis deux siècles au moins, le ver dans le fruit des démocraties : sans la garantie forte, pour tous les individus, de pouvoir réaliser leur individualité parce qu’ils ne peuvent être rejetés du côté des « inemployables », la plupart des dimensions des êtres humains se combinent et produisent des négations multiples. De même, des biens communs peuvent-ils être gratuits ? Les moyens de production, socialisés autrement et contrôlés démocratiquement peuvent-ils permettre un autre type de croissance ? N’y a-t-il pas là un vaste domaine d’activité, dégageant les individus de la contrainte du travail imposé et des rapports salariaux capitalistes et donnant la possibilité de développer autrement les exigences écologiques ?

Droits, mondialisation et alternative

Du local au global, du débat franco-français qui règne trop souvent au « monde multipolaire », peut-on et faut-il faire un lien ? Il serait trop simple, d’une évidence dispensant de l’analyse, de retourner aux gouvernants ralliés aux cadres internationaux du « réalisme économique », leur argument central : si tout est enfermé par l’ordre de la « globalisation » libérale, retournons cette logique. Pour sympathique qu’il soit, le volontarisme ne saurait suffire.

Sur le plan sociologique plus classique, nous pouvons préciser ici les éléments relativement nouveaux de la structure de la classe dirigeante, un groupe qui a une conscience relativement aigüe de sa place, de son pouvoir, de ses solidarités. Les sociologues ont pu noter, depuis quelques années, des transformations à l’œuvre, un enrichissement important lié à une internationalisation qui tend à faire exister une sorte de classe bourgeoise internationale (Pinçon & Pinçon-Charlot, 2000 ; Brunhoff et alii, 2001, Bidet, 2004, 269-274). Sans développer ici au-delà des indications indispensables, remarquons l’enjeu, auquel Pierre Bourdieu a consacré un ouvrage magistral, La noblesse d’Etat (1989) : les couches dirigeantes de la haute fonction publique et des grandes entreprises, qui sont un monde à part, pour l’essentiel, se recrutent au sein d’une petite partie de la population (entre 5 et 10% selon les évaluations) population possède 50 % du patrimoine, 38 % des revenus, alors que les 50 % les moins fortunés ne possèdent qu’entre 6 % et 10 % du patrimoine. Au-delà de ce décompte de recensement trop peu discuté, comprend -on assez les liens entre cette hiérarchisation des catégories sociales et les rapports de propriété comme de pouvoir dans la société ?

Mesure-t-on ce qu’impliquent ces carrières internationales, des grands patrons aux hauts fonctionnaires internationaux et aux fondés de pouvoir dont les carnets d’adresse et de téléphone ouvrent toutes les portes ? Serons-nous assez réalistes pour savoir étudier et comprendre le développement des idées libérales, y compris la variante de la Contre révolution libérale, sécuritaire et autoritaire avec ses modèles étatsuniens ?

On ne peut longtemps esquiver le coût de l’armement, des rapports au sein de l’OTAN, des projets atlantistes plus ou moins affirmés de divers courants politiques, même sous couvert d’ « indépendance dans la complémentarité ». De nombreuses forces politiques, y compris de la gauche, ont accepté que l’OMC soit à l’extérieur du contrôle de l’ONU ; pourquoi si ce n’est pour ne pas risquer de devoir prendre en compte des règles du droit du travail, de la santé, etc. Au moment même où des similitudes grandissent, mondialement, les garanties sociales et politiques acquises au cours de l’histoire de l’Europe occidentale, par exemple, sont ruinées par la volonté d’imposer un autre ordre du monde. Une politique qui dure maintenant depuis trente ans.

Nous en avons assez décrit la pente de division et les obstacles ainsi mis devant une conscience collective : telle est une des marques des luttes de classe actuelles.

Cela nous conduit donc à une double conclusion. Sur le plan des luttes observées et de leurs débats stratégiques, nous pouvons noter une pente de reconstruction toujours recommencée. Le rejet des politiques libérales est unificateur, parce qu’il met en exergue une similitude parmi ceux et celles qui souffrent de cette société. La défense des systèmes de solidarité et la sympathie manifeste lors des diverses mobilisations ne fait pas de doute. Cependant, nous voilà en train de déboucher sur une toute autre dimension de notre analyse. Quels objectifs, quels principes, peuvent répondre aux attentes quotidiennes du plus grand nombre et créer une unité solide d’une classe majoritaire possible ?

On remarquera que cette formulation ne prend pas position sur les formes et les processus des affrontements politiques prévisibles : elle suppose que les exigences communes créent une pression sociale qui impose des transformations à la fois sociales et institutionnelles. La classe qui dirige aujourd’hui réagirait comment, devant une telle mobilisation collective ? Cette question ne peut que demeurer posée dans le cadre de cet exposé, et à l’évidence elle dépend avant tout de la possibilité qu’un mouvement social, s’élargissant et s’unifiant, entraîne des forces sociales importantes dans l’action, dans plusieurs pays en même temps, et consolide sa légitimité par ses buts généraux et par ses actions immédiates. Ne peuvent réellement se séparer ni des exigences politiques et sociales communes en matière de droits internationaux (afin de traiter positivement l’ensemble des migrations plus ou moins durables), ni des transformations politiques, tant pour sortir du règne de « l’Empire américain » (Amin, 2005, Naïr, 2003, Serfati, 2001)) que pour encadrer les règles commerciales afin de cesser de détruire la planète tout en la pillant en fonction des calculs d’une rationalité capitaliste à courte vue et somme toute ruineuse.

Retenons, en effet, une grande différence avec les phases antérieures du mouvement ouvrier du XXe siècle, sauf de rares exceptions : à notre époque, ces interrogations tendent à être portées à la fois dans de nombreux pays et plusieurs continents. Mais ne l’oublions pas, toute reconstruction de la continuité du mouvement ouvrier et toute réaffirmation d’une réalité de classe est confrontée au même problème. La classe majoritaire possible, aujourd’hui statistiquement montrable, relève de processus historiques et culturels, de construction. Tout le mouvement « altermondialiste » pose avec une acuité qui augmente la question de ses liens étroits avec le mouvement ouvrier et syndical, de ses propositions alternatives qui se heurtent aux puissances effectives des multinationales et de leurs contrôle des institutions : combattre le discours libéral et construire d’autres buts, constituer des solidarités liant les luttes immédiates et les moyens pour changer la vie. Le possible n’est pas joué d’avance.

Sur le plan de la stratégie de recherche pour appréhender les situations singulières, sur le plan des analyses sociologiques, nous voici donc, des observateurs lucides, critiques, aussi distanciés qu’il est nécessaire afin de comprendre les mouvements, les phases des actions, dans leur singularité, malgré notre souci d’en réfléchir la logique d’ensemble. Afin d’éviter un malentendu, alors que la présente contribution a pour but de mettre en perspective une question des formes de domination qui s’enchaînent et font système, nous tenons à soutenir la nécessité d’enquêtes précises au cours de toutes les mobilisations, auprès de toutes les situations du « bas de l’échelle » comme de l’ensemble des rapports de pouvoir ; toutefois, dans ces enquêtes, gardons nous de confondre la réalité avec les rapports quotidiens, gardons nous d’oublier la multiplicité des possibles. Sachons, dans les analyses des mouvements, percevoir comment, malgré les rapports de domination, perce l’espoir, ou le rêve, voire demeure la nostalgie, d’autres rapports sociaux.

Nous voici, sur le plan des analyses de la réalité du pouvoir comme dans des enquêtes ponctuelles, avec une question qui ne peut séparer les mobilisations collectives, – et leurs enjeux en terme de stratégie politique -, des transformations des individus, de leur sociabilité quotidienne : les liens sont étroits des droits sociaux garantis à toutes et tous à un objectif politique dépassant le caractère formel de ce que Max Weber a fort bien nommé « pseudo démocratie » dans un texte de 1917 (Weber, 2004, 229-250). Comme le montre bien Jean-Marie Vincent il nous faut discuter de cet horizon encore non dépassé, une « démocratie inachevée » (Vincent, 1998).

De nombreuses situations récentes font percevoir, comme diverses expériences historiques, une potentialité, un « possible » au sens d’Henri Lefebvre.

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