Article 3

L’État et la révolution

1917-2017 Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

Par Mis en ligne le 25 janvier 2017


2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­tique en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­tique est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peuples « bar­bares ». Depuis, la situa­tion a quelque peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­laires des 15 der­nières années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en dégagent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nistes ?


De Marx à 1917

La seule « cor­rec­tion » que Marx ait jugée néces­saire d’apporter au Manifeste com­mu­niste, il la fit en s’inspirant de l’expérience révo­lu­tion­naire des com­mu­nards pari­siens. La der­nière pré­face à une nou­velle édi­tion alle­mande du Manifeste com­mu­niste, signée de ses deux auteurs, est datée du 24 juin 1872. Karl Marx et Friedrich Engels y déclarent que le pro­gramme du Manifeste com­mu­niste « est aujourd’hui vieilli sur cer­tains points ». La Commune a démon­tré que la classe ouvrière ne peut pas se conten­ter de prendre la machine de l’État toute prête et de la faire fonc­tion­ner pour son propre compte.

L’idée de Marx est que la classe ouvrière doit briser, démo­lir la « machine de l’État toute prête », et ne pas se borner à en prendre. Le 12 avril 1871, c’est-à-dire jus­te­ment pen­dant la Commune, Marx écri­vait à Kugelmann :

Dans le der­nier cha­pitre de mon 18-Brumaire, je remarque, comme tu le verras si tu le relis, que la pro­chaine ten­ta­tive de la révo­lu­tion en France devra consis­ter non plus à faire passer la machine bureau­cra­tique et mili­taire en d’autres mains, comme ce fut le cas jusqu’ici, mais à la briser.

« Briser la machine bureau­cra­tique et mili­taire » : en ces quelques mots se trouve briè­ve­ment expri­mée la prin­ci­pale leçon du mar­xisme sur les tâches du pro­lé­ta­riat à l’égard de l’État au cours de la révo­lu­tion. Aujourd’hui, en 1917, à l’époque de la pre­mière Grande Guerre impé­ria­liste, cette res­tric­tion de Marx ne joue plus. L’Angleterre comme l’Amérique, les plus grands et les der­niers repré­sen­tants de la « liberté » anglo-saxonne dans le monde entier (absence de mili­ta­risme et de bureau­cra­tisme), ont glissé entiè­re­ment dans le marais euro­péen, fan­geux et san­glant, des ins­ti­tu­tions mili­taires et bureau­cra­tiques, qui se subor­donnent tout et écrasent tout de leur poids. Maintenant, « la condi­tion pre­mière de toute révo­lu­tion popu­laire réelle », c’est la démo­li­tion, la des­truc­tion de la « machine de l’État toute prête » (portée en ces pays, de 1914 à 1917, à une per­fec­tion « euro­péenne », com­mune désor­mais à tous les États impé­ria­listes).

Détruire la machine de l’État ?

Aussi limi­tée qu’ait été l’expérience de la Commune, Marx la soumet à une ana­lyse des plus atten­tives dans sa Guerre civile en France. Citons les prin­ci­paux pas­sages de cet écrit :

Au XIXe siècle s’est déve­loppé, trans­mis par le moyen âge, le pou­voir cen­tra­lisé de l’État, avec ses organes, par­tout pré­sents : armée per­ma­nente, police, bureau­cra­tie, clergé et magis­tra­ture. En raison du déve­lop­pe­ment de l’antagonisme de classe entre le Capital et le Travail, le pou­voir d’État pre­nait de plus en plus le carac­tère d’un pou­voir public orga­nisé aux fins de l’asservissement de la classe ouvrière, d’un appa­reil de domi­na­tion de classe. Après chaque révo­lu­tion qui marque un pro­grès de la lutte des classes, le carac­tère pure­ment répres­sif du pou­voir d’État appa­raît de façon de plus en plus ouverte. Après la Révolution de 1848-1849, le pou­voir d’État devient l’engin de guerre natio­nal du Capital contre le Travail. Le Second Empire ne fait que le conso­li­der. L’antithèse directe de l’Empire fut la Commune. La Commune fut la forme posi­tive d’une répu­blique qui ne devait pas seule­ment abolir la forme monar­chique de la domi­na­tion de classe, mais la domi­na­tion de classe elle-même.

En quoi consis­tait pré­ci­sé­ment cette forme « posi­tive » de répu­blique pro­lé­ta­rienne socia­liste ? Quel était l’État qu’elle avait com­mencé de fonder ? Marx :

Le pre­mier décret de la com­mune fut la sup­pres­sion de l’armée per­ma­nente, et son rem­pla­ce­ment par le peuple en armes. La Commune fut com­po­sée des conseillers muni­ci­paux, élus au suf­frage uni­ver­sel dans les divers arron­dis­se­ments de la ville. Ils étaient res­pon­sables et révo­cables à tout moment. La majo­rité de ses membres étaient natu­rel­le­ment des ouvriers ou des repré­sen­tants recon­nus de la classe ouvrière. Au lieu de conti­nuer d’être l’instrument du gou­ver­ne­ment cen­tral, la police fut immé­dia­te­ment dépouillée de ses attri­buts poli­tiques et trans­for­mée en un ins­tru­ment de la Commune, res­pon­sable et à tout ins­tant révo­cable. Il en fut de même pour les fonc­tion­naires de toutes les autres branches de l’administration. Depuis les membres de la Commune jusqu’au bas de l’échelle, la fonc­tion publique devait être assu­rée pour des salaires d’ouvriers. Les béné­fices d’usage et les indem­ni­tés de repré­sen­ta­tion des hauts digni­taires de l’État dis­pa­rurent avec ces hauts digni­taires eux-mêmes. Une fois abo­lies l’armée per­ma­nente et la police, ins­tru­ments du pou­voir maté­riel de l’ancien gou­ver­ne­ment, la Commune se donna pour tâche de briser l’outil spi­ri­tuel de l’oppression, le « pou­voir des prêtres ». Les fonc­tion­naires de la jus­tice furent dépouillés de leur feinte indé­pen­dance… ils devaient être élec­tifs, res­pon­sables et révo­cables.

La démocratie de la Commune

Ainsi, la Commune sem­blait avoir rem­placé la machine d’État brisée en ins­ti­tuant une démo­cra­tie « sim­ple­ment » plus com­plète : sup­pres­sion de l’armée per­ma­nente, élec­ti­vité et révo­ca­bi­lité de tous les fonc­tion­naires sans excep­tion. Or, en réa­lité, ce « sim­ple­ment » repré­sente une œuvre gigan­tesque : le rem­pla­ce­ment d’institutions par d’autres fon­ciè­re­ment dif­fé­rentes. C’est là jus­te­ment un cas de « trans­for­ma­tion de la quan­tité en qua­lité » : réa­li­sée de cette façon, aussi plei­ne­ment et aussi métho­di­que­ment qu’il est pos­sible de le conce­voir, la démo­cra­tie, de bour­geoise, devient pro­lé­ta­rienne ; d’État (pou­voir spé­cial des­tiné à mater une classe déter­mi­née), elle se trans­forme en quelque chose qui n’est plus, à pro­pre­ment parler, un État.

Mater la bour­geoi­sie et briser sa résis­tance n’en reste pas moins une néces­sité. Cette néces­sité s’imposait par­ti­cu­liè­re­ment à la Commune, et l’une des causes de sa défaite est qu’elle ne l’a pas fait avec assez de réso­lu­tion. Mais ici, l’organisme de répres­sion est la majo­rité de la popu­la­tion et non plus la mino­rité, ainsi qu’avait tou­jours été le cas au temps de l’esclavage comme au temps du ser­vage et de l’esclavage sala­rié. Or, du moment que c’est la majo­rité du peuple qui mate elle-même ses oppres­seurs, il n’est plus besoin d’un « pou­voir spé­cial » de répres­sion ! C’est en ce sens que l’État com­mence à s’éteindre. Au lieu d’institutions spé­ciales d’une mino­rité pri­vi­lé­giée (fonc­tion­naires pri­vi­lé­giés, chefs de l’armée per­ma­nente), la majo­rité elle-même peut s’acquitter direc­te­ment de ces tâches ; et plus les fonc­tions du pou­voir d’État sont exer­cées par l’ensemble du peuple, moins ce pou­voir devient néces­saire.

A cet égard, une des mesures prises par la Commune, et que Marx fait res­sor­tir, est par­ti­cu­liè­re­ment remar­quable : sup­pres­sion de toutes les indem­ni­tés de repré­sen­ta­tion, de tous les pri­vi­lèges pécu­niaires atta­chés au corps des fonc­tion­naires, réduc­tion des trai­te­ments de tous les fonc­tion­naires au niveau des salaires d’ouvriers. C’est là jus­te­ment qu’apparaît avec le plus de relief le tour­nant qui s’opère de la démo­cra­tie bour­geoise à la démo­cra­tie pro­lé­ta­rienne, de la démo­cra­tie des oppres­seurs à la démo­cra­tie des classes oppri­mées, de l’État en tant que « pou­voir spé­cial » des­tiné à mater une classe déter­mi­née à la répres­sion exer­cée sur les oppres­seurs par le pou­voir géné­ral de la majo­rité du peuple, des ouvriers et des pay­sans. Et c’est pré­ci­sé­ment sur ce point, par­ti­cu­liè­re­ment frap­pant et le plus impor­tant peut-être en ce qui concerne la ques­tion de l’État, que les ensei­gne­ments de Marx sont le plus oubliés ! Les com­men­taires de vul­ga­ri­sa­tion – ils sont innom­brables – n’en parlent pas. Il est « d’usage » de taire cela comme une « naï­veté » qui a fait son temps, à la manière des chré­tiens qui, une fois leur culte devenu reli­gion d’État, ont « oublié » les « naï­ve­tés » du chris­tia­nisme pri­mi­tif avec son esprit révo­lu­tion­naire démo­cra­tique.

Électivité com­plète, révo­ca­bi­lité à tout moment de tous les fonc­tion­naires sans excep­tion, réduc­tion de leurs trai­te­ments au niveau d’un normal « salaire d’ouvrier », ces mesures démo­cra­tiques simples et « allant de soi », qui rendent par­fai­te­ment soli­daires les inté­rêts des ouvriers et de la majo­rité des pay­sans, servent en même temps de pas­se­relle condui­sant du capi­ta­lisme au socia­lisme. Ces mesures concernent la réor­ga­ni­sa­tion de l’État, la réor­ga­ni­sa­tion pure­ment poli­tique de la société, mais elles ne prennent natu­rel­le­ment tout leur sens et toute leur valeur que rat­ta­chées à la réa­li­sa­tion ou à la pré­pa­ra­tion de l’« expro­pria­tion des expro­pria­teurs », c’est-à-dire avec la trans­for­ma­tion de la pro­priété privée capi­ta­liste des moyens de pro­duc­tion en pro­priété sociale. Marx : La Commune a réa­lisé ce mot d’ordre de toutes les révo­lu­tions bour­geoises, le gou­ver­ne­ment à bon marché, en abo­lis­sant ces deux grandes sources de dépenses : l’armée per­ma­nente et le fonc­tion­na­risme d’État.

Supprimer le parlementarisme ?

« La Commune, écri­vait Marx, devait être non pas un orga­nisme par­le­men­taire, mais un corps agis­sant, exé­cu­tif et légis­la­tif à la fois » :

Au lieu de déci­der une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe diri­geante « devait repré­sen­ter » et fouler aux pieds [ver-und zer­tre­ten] le peuple au Parlement, le suf­frage uni­ver­sel devait servir au peuple consti­tué en com­munes, comme le suf­frage indi­vi­duel sert à tout autre employeur en quête d’ouvriers, de sur­veillants, de comp­tables pour ses entre­prises.

Décider pério­di­que­ment, pour un cer­tain nombre d’années, quel membre de la classe diri­geante fou­lera aux pieds, écra­sera le peuple au Parlement, telle est l’essence véri­table du par­le­men­ta­risme bour­geois, non seule­ment dans les monar­chies consti­tu­tion­nelles par­le­men­taires, mais encore dans les répu­bliques les plus démo­cra­tiques. Mais si l’on pose la ques­tion de l’État, si l’on consi­dère le par­le­men­ta­risme comme une de ses ins­ti­tu­tions, du point de vue des tâches du pro­lé­ta­riat dans ce domaine, quel est donc le moyen de sortir du par­le­men­ta­risme ? Comment peut-on s’en passer ?

Certes, le moyen de sortir du par­le­men­ta­risme ne consiste pas à détruire les orga­nismes repré­sen­ta­tifs et le prin­cipe élec­tif, mais à trans­for­mer ces mou­lins à paroles que sont les orga­nismes repré­sen­ta­tifs en assem­blées « agis­santes ». La Commune devait être non pas un orga­nisme par­le­men­taire, mais un corps agis­sant, exé­cu­tif et légis­la­tif à la fois.

Au par­le­men­ta­risme vénal, pourri jusqu’à la moelle, de la société bour­geoise, la Commune sub­sti­tue des orga­nismes où la liberté d’opinion et de dis­cus­sion ne dégé­nère pas en dupe­rie, car les par­le­men­taires doivent tra­vailler eux-mêmes, appli­quer eux-mêmes leurs lois, en véri­fier eux-mêmes les effets, en répondre eux-mêmes direc­te­ment devant leurs élec­teurs. Les orga­nismes repré­sen­ta­tifs demeurent, mais le par­le­men­ta­risme comme sys­tème spé­cial, comme divi­sion du tra­vail légis­la­tif et exé­cu­tif, comme situa­tion pri­vi­lé­giée pour les dépu­tés, n’est plus. Nous ne pou­vons conce­voir une démo­cra­tie, même une démo­cra­tie pro­lé­ta­rienne, sans orga­nismes repré­sen­ta­tifs : mais nous pou­vons et devons la conce­voir sans par­le­men­ta­risme, si la cri­tique de la société bour­geoise n’est pas pour nous un vain mot, si notre volonté de ren­ver­ser la domi­na­tion de la bour­geoi­sie est une volonté sérieuse et sin­cère et non une phrase « élec­to­rale » des­ti­née à capter les voix des ouvriers, comme chez les men­ché­viks et les socia­listes révo­lu­tion­naires.

La « machine » d’État

Il ne sau­rait être ques­tion de sup­pri­mer d’emblée, par­tout et com­plè­te­ment, le fonc­tion­na­risme. C’est une utopie. Mais briser d’emblée la vieille machine admi­nis­tra­tive pour com­men­cer sans délai à en construire une nou­velle, per­met­tant de sup­pri­mer gra­duel­le­ment tout fonc­tion­na­risme, cela n’est pas une utopie, c’est l’expérience de la Commune, c’est la tâche urgente, immé­diate, du pro­lé­ta­riat révo­lu­tion­naire. Le capi­ta­lisme sim­pli­fie les fonc­tions admi­nis­tra­tives « éta­tiques » ; il permet de reje­ter les « méthodes de com­man­de­ment » et de tout rame­ner à une orga­ni­sa­tion des pro­lé­taires (classe domi­nante) qui embauche, au nom de toute la société, « des ouvriers, des sur­veillants, des comp­tables ».

Nous ne sommes pas des uto­pistes. Nous ne « rêvons » pas de nous passer d’emblée de toute admi­nis­tra­tion, de toute subor­di­na­tion ; ces rêves anar­chistes, fondés sur l’incompréhension des tâches qui incombent à la dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat, sont fon­ciè­re­ment étran­gers au mar­xisme et ne servent en réa­lité qu’à dif­fé­rer la révo­lu­tion socia­liste jusqu’au jour où les hommes auront changé. Nous, nous vou­lons la révo­lu­tion socia­liste avec les hommes tels qu’ils sont aujourd’hui, et qui ne se pas­se­ront pas de subor­di­na­tion, de contrôle, « sur­veillants et de comp­tables ».

Mais c’est au pro­lé­ta­riat, avant-garde armée de tous les exploi­tés et de tous les tra­vailleurs, qu’il faut se subor­don­ner. On peut et on doit dès à pré­sent, du jour au len­de­main, com­men­cer à rem­pla­cer les « méthodes de com­man­de­ment » propres aux fonc­tion­naires publics par le simple exer­cice d’une « sur­veillance et d’une comp­ta­bi­lité », fonc­tions toutes simples qui, dès aujourd’hui, sont par­fai­te­ment à la portée de la géné­ra­lité des cita­dins, et dont ils peuvent s’acquitter pour des « salaires d’ouvriers ».

Démocratie ouvrière et État

C’est nous-mêmes, les ouvriers, qui orga­ni­se­rons la grande pro­duc­tion en pre­nant pour point de départ ce qui a déjà été créé par le capi­ta­lisme, en nous appuyant sur notre expé­rience ouvrière, en ins­ti­tuant une dis­ci­pline rigou­reuse, une dis­ci­pline de fer main­te­nue par le pou­voir d’État des ouvriers armés ; nous rédui­rons les fonc­tion­naires publics au rôle de simples agents d’exécution de nos direc­tives, au rôle « de sur­veillants et de comp­tables », res­pon­sables, révo­cables et modes­te­ment rétri­bués (tout en conser­vant, bien entendu, les spé­cia­listes de tout genre, de toute espèce et de tout rang) : voilà notre tâche pro­lé­ta­rienne, voilà par quoi l’on peut et l’on doit com­men­cer en accom­plis­sant la révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne. Ces pre­mières mesures, fon­dées sur la grande pro­duc­tion, conduisent d’elles-mêmes à l’« extinc­tion » gra­duelle de tout fonc­tion­na­risme, à l’établissement gra­duel d’un ordre – sans guille­mets et ne res­sem­blant point à l’esclavage sala­rié – où les fonc­tions de plus en plus sim­pli­fiées de sur­veillance et de comp­ta­bi­lité seront rem­plies par tout le monde à tour de rôle, pour ensuite deve­nir une habi­tude et dis­pa­raître enfin en tant que fonc­tions spé­ciales d’une caté­go­rie spé­ciale d’individus.

Un spi­ri­tuel social-démo­crate alle­mand des années 1870 a dit de la poste qu’elle était un modèle d’entreprise socia­liste. Rien n’est plus juste. La poste est actuel­le­ment une entre­prise orga­ni­sée sur le modèle du mono­pole capi­ta­liste d’État. L’impérialisme trans­forme pro­gres­si­ve­ment tous les trusts en orga­ni­sa­tions de ce type. Les « simples » tra­vailleurs, acca­blés de besogne et affa­més, y res­tent soumis à la même bureau­cra­tie bour­geoise. Mais le méca­nisme de ges­tion sociale y est déjà tout prêt. Une fois les capi­ta­listes ren­ver­sés, la résis­tance de ces exploi­teurs matée par la main de fer des ouvriers en armes, la machine bureau­cra­tique de l’État actuel brisée, nous avons devant nous un méca­nisme admi­ra­ble­ment outillé au point de vue tech­nique, affran­chi de « para­si­tisme », et que les ouvriers asso­ciés peuvent fort bien mettre en marche eux-mêmes en embau­chant des tech­ni­ciens, des sur­veillants, des comp­tables, en rétri­buant leur tra­vail à tous, de même que celui de tous les fonc­tion­naires « publics », par un salaire d’ouvrier. Telle est la tâche concrète, pra­tique, immé­dia­te­ment réa­li­sable à l’égard de tous les trusts, et qui affran­chit les tra­vailleurs de l’exploitation en tenant compte de l’expérience déjà com­men­cée pra­ti­que­ment par la Commune (sur­tout dans le domaine de l’organisation de l’État).

Toute l’économie natio­nale orga­ni­sée comme la poste, de façon que les tech­ni­ciens, les sur­veillants, les comp­tables reçoivent, comme tous les fonc­tion­naires, un trai­te­ment n’excédant pas des « salaires d’ouvriers », sous le contrôle et la direc­tion du pro­lé­ta­riat armé : tel est notre but immé­diat. Voilà l’État dont nous avons besoin, et sa base éco­no­mique. Voilà ce que don­ne­ront la sup­pres­sion du par­le­men­ta­risme et le main­tien des orga­nismes repré­sen­ta­tifs – voilà ce qui débar­ras­sera les classes labo­rieuses de la cor­rup­tion de ces orga­nismes par la bour­geoi­sie.

Quelle transition ?

Entre la société capi­ta­liste et la société com­mu­niste se place la période de trans­for­ma­tion révo­lu­tion­naire de celle-là en celle-ci. A quoi cor­res­pond une période de tran­si­tion poli­tique où l’État ne sau­rait être autre chose que la dic­ta­ture révo­lu­tion­naire du pro­lé­ta­riat. Cette conclu­sion repose, chez Marx, sur l’analyse du rôle que joue le pro­lé­ta­riat dans la société capi­ta­liste actuelle, sur les don­nées rela­tives au déve­lop­pe­ment de cette société et à l’inconciliabilité des inté­rêts oppo­sés du pro­lé­ta­riat et de la bour­geoi­sie.

Autrefois, la ques­tion se posait ainsi : le pro­lé­ta­riat doit, pour obte­nir son affran­chis­se­ment, ren­ver­ser la bour­geoi­sie, conqué­rir le pou­voir poli­tique, éta­blir sa dic­ta­ture révo­lu­tion­naire. Maintenant, la ques­tion se pose un peu autre­ment : le pas­sage de la société capi­ta­liste, qui évolue vers le com­mu­nisme, à la société com­mu­niste est impos­sible sans une « période de tran­si­tion poli­tique » ; et l’État de cette période ne peut être que la dic­ta­ture révo­lu­tion­naire du pro­lé­ta­riat.

Quels sont donc les rap­ports entre cette dic­ta­ture et la démo­cra­tie ? Nous avons vu que le Manifeste com­mu­niste rap­proche sim­ple­ment l’une de l’autre ces deux notions : « trans­for­ma­tion du pro­lé­ta­riat en classe domi­nante » et « conquête de la démo­cra­tie ». Tout ce qui pré­cède permet de déter­mi­ner plus exac­te­ment les modi­fi­ca­tions que subit la démo­cra­tie lors de la tran­si­tion du capi­ta­lisme au com­mu­nisme.

Quelle démocratie sous le capitalisme ?

La société capi­ta­liste, consi­dé­rée dans ses condi­tions de déve­lop­pe­ment les plus favo­rables, nous offre une démo­cra­tie plus ou moins com­plète en répu­blique démo­cra­tique. Mais cette démo­cra­tie est tou­jours confi­née dans le cadre étroit de l’exploitation capi­ta­liste et, de ce fait, elle reste tou­jours, quant au fond, une démo­cra­tie pour la mino­rité, uni­que­ment pour les classes pos­sé­dantes, uni­que­ment pour les riches. La liberté, en société capi­ta­liste, reste tou­jours à peu près ce qu’elle fut dans les répu­bliques de la Grèce antique : une liberté pour les pro­prié­taires d’esclaves. Par suite de l’exploitation capi­ta­liste, les esclaves sala­riés d’aujourd’hui demeurent si acca­blés par le besoin et la misère qu’ils se « dés­in­té­ressent de la démo­cra­tie », « se dés­in­té­ressent de la poli­tique » et que, dans le cours ordi­naire, paci­fique, des évé­ne­ments, la majo­rité de la popu­la­tion se trouve écar­tée de la vie poli­tique et sociale.

Démocratie pour une infime mino­rité, démo­cra­tie pour les riches, tel est le démo­cra­tisme de la société capi­ta­liste. Si l’on consi­dère de plus près le méca­nisme de la démo­cra­tie capi­ta­liste, on verra par­tout, dans les « menus » détails de la légis­la­tion élec­to­rale (condi­tions de rési­dence, exclu­sion des femmes, etc.), dans le fonc­tion­ne­ment des ins­ti­tu­tions repré­sen­ta­tives, dans les obs­tacles effec­tifs au droit de réunion (les édi­fices publics ne sont pas pour les « misé­reux » !), dans l’organisation pure­ment capi­ta­liste de la presse quo­ti­dienne, etc., etc., – on verra res­tric­tion sur res­tric­tion au démo­cra­tisme. Ces res­tric­tions, éli­mi­na­tions, exclu­sions, obs­tacles pour les pauvres paraissent menus, sur­tout aux yeux de ceux qui n’ont jamais connu eux-mêmes le besoin et n’ont jamais appro­ché les classes oppri­mées ni la vie des masses qui les com­posent (et c’est le cas des neuf dixièmes, sinon des quatre-vingt-dix neuf cen­tièmes des publi­cistes et hommes poli­tiques bour­geois), – mais, tota­li­sées, ces res­tric­tions excluent, éli­minent les pauvres de la poli­tique, de la par­ti­ci­pa­tion active à la démo­cra­tie.

La dictature du prolétariat

Marx a par­fai­te­ment saisi ce trait essen­tiel de la démo­cra­tie capi­ta­liste quand il a dit dans son ana­lyse de l’expérience de la Commune : on auto­rise les oppri­més à déci­der pério­di­que­ment, pour un cer­tain nombre d’années, quel sera, parmi les repré­sen­tants de la classe des oppres­seurs, celui qui les repré­sen­tera et les fou­lera aux pieds au Parlement !

Mais la marche en avant, à partir de cette démo­cra­tie capi­ta­liste, – inévi­ta­ble­ment étri­quée, refou­lant sour­noi­se­ment les pauvres, et par suite fon­ciè­re­ment hypo­crite et men­son­gère, – ne mène pas sim­ple­ment, direc­te­ment et sans heurts « à une démo­cra­tie de plus en plus par­faite », comme le pré­tendent les pro­fes­seurs libé­raux et les oppor­tu­nistes petits-bour­geois. Non. La marche en avant, c’est-à-dire vers le com­mu­nisme, se fait en pas­sant par la dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat ; et elle ne peut se faire autre­ment, car il n’est point d’autres classes ni d’autres moyens qui puissent briser la résis­tance des capi­ta­listes exploi­teurs.

Or, la dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat, c’est-à-dire l’organisation de l’avant-garde des oppri­més en classe domi­nante pour mater les oppres­seurs, ne peut se borner à un simple élar­gis­se­ment de la démo­cra­tie. En même temps qu’un élar­gis­se­ment consi­dé­rable de la démo­cra­tie, deve­nue pour la pre­mière fois démo­cra­tie pour les pauvres, démo­cra­tie pour le peuple et non pour les riches, la dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat apporte une série de res­tric­tions à la liberté pour les oppres­seurs, les exploi­teurs, les capi­ta­listes. Ceux-là, nous devons les mater afin de libé­rer l’humanité de l’esclavage sala­rié ; il faut briser leur résis­tance par la force ; et il est évident que, là où il y a répres­sion, il y a vio­lence, il n’y a pas de liberté, il n’y a pas de démo­cra­tie. Démocratie pour l’immense majo­rité du peuple et répres­sion par la force, c’est-à-dire exclu­sion de la démo­cra­tie pour les exploi­teurs, les oppres­seurs du peuple ; telle est la modi­fi­ca­tion que subit la démo­cra­tie lors de la tran­si­tion du capi­ta­lisme au com­mu­nisme.

Après le capitalisme

C’est seule­ment dans la société com­mu­niste, lorsque la résis­tance des capi­ta­listes est défi­ni­ti­ve­ment brisée, que les capi­ta­listes ont dis­paru et qu’il n’y a plus de classes (c’est-à-dire plus de dis­tinc­tions entre les membres de la société quant à leurs rap­ports avec les moyens sociaux de pro­duc­tion), c’est alors seule­ment que « l’État cesse d’exister et qu’il devient pos­sible de parler de liberté ». Alors seule­ment devien­dra pos­sible et sera appli­quée une démo­cra­tie vrai­ment com­plète, vrai­ment sans aucune excep­tion. Alors seule­ment la démo­cra­tie com­men­cera à s’éteindre pour cette simple raison que, déli­vrés de l’esclavage capi­ta­liste, des hor­reurs, des sau­va­ge­ries, des absur­di­tés, des igno­mi­nies sans nombre de l’exploitation capi­ta­liste, les hommes s’habitueront gra­duel­le­ment à res­pec­ter les règles élé­men­taires de la vie en société connues depuis des siècles, rebat­tues durant des mil­lé­naires dans toutes les pres­crip­tions morales, à les res­pec­ter sans vio­lence, sans contrainte, sans sou­mis­sion, sans cet appa­reil spé­cial de coer­ci­tion qui a nom : l’État.

Ensuite, dans la période de tran­si­tion du capi­ta­lisme au com­mu­nisme, la répres­sion est encore néces­saire, mais elle est déjà exer­cée sur une mino­rité d’exploiteurs par une majo­rité d’exploités. L’appareil spé­cial, la machine spé­ciale de répres­sion, l’« État », est encore néces­saire, mais c’est déjà un État tran­si­toire, ce n’est plus l’État pro­pre­ment dit, car la répres­sion exer­cée sur une mino­rité d’exploiteurs par la majo­rité des esclaves sala­riés d’hier est chose rela­ti­ve­ment si facile, si simple et si natu­relle qu’elle coû­tera beau­coup moins de sang que la répres­sion des révoltes d’esclaves, de serfs et d’ouvriers sala­riés, qu’elle coû­tera beau­coup moins cher à l’humanité. Elle est com­pa­tible avec l’extension de la démo­cra­tie à une si grande majo­rité de la popu­la­tion que la néces­sité d’une machine spé­ciale de répres­sion com­mence à dis­pa­raître. Les exploi­teurs ne sont natu­rel­le­ment pas en mesure de mater le peuple sans une machine très com­pli­quée, des­ti­née à rem­plir cette tâche ; tandis que le peuple peut mater les exploi­teurs même avec une « machine » très simple, presque sans « machine », sans appa­reil spé­cial, par la simple orga­ni­sa­tion des masses armées (comme, dirons-nous par anti­ci­pa­tion, les Soviets des dépu­tés ouvriers et sol­dats).

Enfin, seul le com­mu­nisme rend l’État abso­lu­ment super­flu, car il n’y a alors per­sonne à mater, « per­sonne » dans le sens d’aucune classe ; il n’y a plus lutte sys­té­ma­tique contre une partie déter­mi­née de la popu­la­tion. Nous ne sommes pas des uto­pistes et nous ne nions pas du tout que des excès indi­vi­duels soient pos­sibles et inévi­tables ; nous ne nions pas davan­tage qu’il soit néces­saire de répri­mer ces excès. Mais, tout d’abord, point n’est besoin pour cela d’une machine spé­ciale, d’un appa­reil spé­cial de répres­sion ; le peuple armé se char­gera lui-même de cette besogne aussi sim­ple­ment, aussi faci­le­ment qu’une foule quel­conque d’hommes civi­li­sés même dans la société actuelle sépare des gens qui se battent ou ne permet pas qu’on rudoie une femme. Ensuite, nous savons que la cause sociale pro­fonde des excès qui consti­tuent une vio­la­tion des règles de la vie en société, c’est l’exploitation des masses, vouées au besoin, à la misère. Cette prin­ci­pale cause une fois écar­tée, les excès com­men­ce­ront infailli­ble­ment à « s’éteindre ». Avec quelle rapi­dité et quelle gra­da­tion, nous l’ignorons ; mais nous savons qu’ils s’éteindront. Et, avec eux, l’État s’éteindra à son tour. Sans se lancer dans l’utopie, Marx a défini plus en détail ce qu’on peut défi­nir main­te­nant de cet avenir, à savoir : la dif­fé­rence entre la phase (le degré, l’étape) infé­rieure et la phase supé­rieure de la société com­mu­niste.

Vers la société communiste

Au lieu de la for­mule nébu­leuse, obs­cure et géné­rale de Lassalle (« à l’ouvrier le pro­duit inté­gral de son tra­vail »), Marx éta­blit avec luci­dité com­ment la société socia­liste sera tenue de gérer les affaires. Marx entre­prend l’analyse concrète des condi­tions de vie dans une société où le capi­ta­lisme n’existera pas, et il s’exprime ainsi :

Ce à quoi nous avons affaire ici [à l’examen du pro­gramme du parti ouvrier], c’est à une société com­mu­niste non pas telle qu’elle s’est déve­lop­pée sur les bases qui lui sont propres, mais au contraire telle qu’elle vient de sortir de la société capi­ta­liste ; une société par consé­quent, qui, sous tous les rap­port, éco­no­mique, moral, intel­lec­tuel, porte encore les stig­mates de l’ancienne société des flancs de laquelle elle est issue.

C’est cette société com­mu­niste qui vient de sortir des flancs du capi­ta­lisme et porte dans tous les domaines les stig­mates de la vieille société que Marx appelle la phase « pre­mière » ou phase infé­rieure de la société com­mu­niste. Les moyens de pro­duc­tion ne sont déjà plus la pro­priété privée d’individus. Ils appar­tiennent à la société tout entière. Chaque membre de la société, accom­plis­sant une cer­taine part du tra­vail socia­le­ment néces­saire, reçoit de la société un cer­ti­fi­cat consta­tant la quan­tité de tra­vail qu’il a four­nie. Avec ce cer­ti­fi­cat, il reçoit dans les maga­sins publics d’objets de consom­ma­tion une quan­tité cor­res­pon­dante de pro­duits. Par consé­quent, défal­ca­tion faite de la quan­tité de tra­vail versée au fonds social, chaque ouvrier reçoit de la société autant qu’il lui a donné. Règne de l’« éga­lité », dirait-on.

Mais lorsque, par­lant de cet ordre social (que l’on appelle habi­tuel­le­ment socia­lisme et que Marx nomme la pre­mière phase du com­mu­nisme), Lassalle dit qu’il y a là « par­tage équi­table », « droit égal de chacun au pro­duit égal du tra­vail », il se trompe et Marx explique pour­quoi.

Le « droit égal », nous l’avons ici, en effet, mais c’est encore le « droit bour­geois » qui, comme tout droit pré­sup­pose l’inégalité. Tout droit consiste dans l’application d’une règle unique à des gens dif­fé­rents, à des gens qui, en fait, ne sont ni iden­tiques, ni égaux. Aussi le « droit égal » équi­vaut-il à une vio­la­tion de l’égalité, à une injus­tice. En effet, chacun reçoit, pour une part égale de tra­vail social fourni par lui, une part égale du pro­duit social (avec les défal­ca­tions indi­quées plus haut). Or, les indi­vi­dus ne sont pas égaux : l’un est plus fort l’autre plus faible ; l’un est marié, l’autre non ; l’un a plus d’enfants, l’autre en a moins, etc. A éga­lité de tra­vail, et, par consé­quent, à éga­lité de par­ti­ci­pa­tion au fond social de consom­ma­tion, l’un reçoit donc effec­ti­ve­ment plus que l’autre, l’un est plus riche que l’autre, etc. Pour éviter tous ces incon­vé­nients, le droit devrait être non pas égal, mais inégal.

La jus­tice et l’égalité, la pre­mière phase du com­mu­nisme ne peut donc pas encore les réa­li­ser ; des dif­fé­rences sub­sis­te­ront quant à la richesse, et des dif­fé­rences injustes, mais l’exploitation de l’homme par l’homme sera impos­sible, car on ne pourra s’emparer, à titre de pro­priété privée, des moyens de pro­duc­tion, fabriques, machines, terre, etc. En réfu­tant la for­mule confuse et petite-bour­geoise de Lassalle sur l’« éga­lité » et la « jus­tice » en géné­ral, Marx montre le cours du déve­lop­pe­ment de la société com­mu­niste, obli­gée de com­men­cer par détruire uni­que­ment cette « injus­tice » qu’est l’appropriation des moyens de pro­duc­tion par des indi­vi­dus, mais inca­pable de détruire d’emblée l’autre injus­tice : la répar­ti­tion des objets de consom­ma­tion « selon le tra­vail » (et non selon les besoins).

Au-delà du « droit bourgeois »

Marx tient rigou­reu­se­ment compte non seule­ment de l’inévitable inéga­lité des hommes entre eux, mais aussi du fait que la trans­for­ma­tion des moyens de pro­duc­tion en pro­priété com­mune de la société entière (le au sens habi­tuel du mot) ne sup­prime pas à elle seule les défauts de la répar­ti­tion et l’inégalité du « droit bour­geois », qui conti­nue de régner, puisque les pro­duits sont répar­tis « selon le tra­vail ». Marx :

Mais ces défauts sont inévi­tables dans la pre­mière phase de la société com­mu­niste, tel qu’elle vient de sortir de la société capi­ta­liste, après un long et dou­lou­reux enfan­te­ment. Le droit ne peut jamais être plus élevé que l’état éco­no­mique de la société et que le degré de civi­li­sa­tion qui y cor­res­pond.

Ainsi, dans la pre­mière phase de la société com­mu­niste (que l’on appelle ordi­nai­re­ment socia­lisme), le « droit bour­geois » est aboli non pas com­plè­te­ment, mais seule­ment en partie, seule­ment dans la mesure où la révo­lu­tion éco­no­mique a été faite, c’est-à-dire seule­ment en ce qui concerne les moyens de pro­duc­tion. Le « droit bour­geois » en recon­naît la pro­priété privée aux indi­vi­dus. Le socia­lisme en fait une pro­priété com­mune. C’est dans cette mesure, mais dans cette mesure seule­ment, que le « droit bour­geois » se trouve aboli. Il sub­siste cepen­dant dans son autre partie, en qua­lité de régu­la­teur de la répar­ti­tion des pro­duits et de la répar­ti­tion du tra­vail entre les membres de la société. « Qui ne tra­vaille pas ne doit pas manger » : ce prin­cipe socia­liste est déjà réa­lisé ; « à quan­tité égale de tra­vail, quan­tité égale de pro­duits » : cet autre prin­cipe socia­liste est déjà réa­lisé, lui aussi. Pourtant, ce n’est pas encore le com­mu­nisme et cela n’élimine pas encore le « droit bour­geois » qui, à des hommes inégaux et pour une quan­tité inégale (inégale en fait) de tra­vail, attri­bue une quan­tité égale de pro­duits.

C’est là un « incon­vé­nient », dit Marx ; mais il est inévi­table dans la pre­mière phase du com­mu­nisme, car on ne peut, sans verser dans l’utopie, penser qu’après avoir ren­versé le capi­ta­lisme les hommes apprennent d’emblée à tra­vailler pour la société sans normes juri­diques d’aucune sorte ; au reste, l’abolition du capi­ta­lisme ne donne pas d’emblée les pré­misses éco­no­miques d’un tel chan­ge­ment. Or, il n’y a d’autres normes que celles du « droit bour­geois ». C’est pour­quoi sub­siste la néces­sité d’un État chargé, tout en pro­té­geant la pro­priété com­mune des moyens de pro­duc­tion, de pro­té­ger l’égalité du tra­vail et l’égalité dans la répar­ti­tion des pro­duits.

L’État s’éteint, pour autant qu’il n’y a plus de capi­ta­listes, plus de classes et que, par consé­quent, il n’y a pas de classe à mater. Mais l’État n’a pas encore entiè­re­ment dis­paru puisque l’on conti­nue à pro­té­ger le « droit bour­geois » qui consacre l’inégalité de fait. Pour que l’État s’éteigne com­plè­te­ment, il faut l’avènement du com­mu­nisme inté­gral. Marx pour­suit :

Dans une phase supé­rieure de la société com­mu­niste, quand auront dis­paru l’asservissante subor­di­na­tion des indi­vi­dus à la divi­sion du tra­vail et, avec elle, l’opposition entre le tra­vail intel­lec­tuel et le tra­vail manuel ; quand le tra­vail ne sera pas seule­ment un moyen de vivre, mais devien­dra lui-même le pre­mier besoin vital ; quand, avec le déve­lop­pe­ment mul­tiple des indi­vi­dus, les forces pro­duc­tives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse col­lec­tive jailli­ront avec abon­dance, alors seule­ment l’horizon borné du droit bour­geois pourra être défi­ni­ti­ve­ment dépassé et la société pourra écrire sur ses dra­peaux : « De chacun selon ses capa­ci­tés, à chacun selon ses besoins ».

La base éco­no­mique de l’extinction totale de l’État, c’est le com­mu­nisme arrivé à un si haut degré de déve­lop­pe­ment que toute oppo­si­tion dis­pa­raît entre le tra­vail intel­lec­tuel et le tra­vail manuel et que, par consé­quent, dis­pa­raît l’une des prin­ci­pales sources de l’inégalité sociale contem­po­raine, source que la seule socia­li­sa­tion des moyens de pro­duc­tion, la seule socia­li­sa­tion des moyens de pro­duc­tion, la seule expro­pria­tion des capi­ta­liste ne peut en aucune façon tarir d’emblée.

Cette expro­pria­tion rendra pos­sible un essor gigan­tesque des forces pro­duc­tives. Et voyant com­ment le capi­ta­lisme, dès main­te­nant, entrave incroya­ble­ment cet essor, et com­bien de pro­grès l’on pour­rait réa­li­ser grâce à la tech­nique moderne déjà acquise, nous sommes en droit d’affirmer, avec une cer­ti­tude abso­lue, que l’expropriation des capi­ta­listes entraî­nera néces­sai­re­ment un déve­lop­pe­ment pro­di­gieux des forces pro­duc­tives de la société humaine. Mais quelle sera la rapi­dité de ce déve­lop­pe­ment, quand abou­tira-t-il à une rup­ture avec la divi­sion du tra­vail, à la sup­pres­sion de l’opposition entre le tra­vail intel­lec­tuel et le tra­vail manuel, à la trans­for­ma­tion du tra­vail en « pre­mier besoin vital », c’est ce que nous ne savons ni ne pou­vons savoir.

Au-delà de l’État

Aussi n’avons-nous le droit de parler que de l’extinction inévi­table de l’État, en sou­li­gnant la durée de ce pro­ces­sus sa dépen­dance de la rapi­dité avec laquelle se déve­lop­pera la phase supé­rieure du com­mu­nisme, et en lais­sant com­plè­te­ment en sus­pens la ques­tion des délais ou des formes concrètes de cette extinc­tion. Car les don­nées qui nous per­met­traient de tran­cher de tels pro­blèmes n’existent pas. L’État pourra s’éteindre com­plè­te­ment quand la société aura réa­lisé le prin­cipe : « De chacun selon ses capa­ci­tés, à chacun selon ses besoins », c’est-à-dire quand les hommes se seront si bien habi­tués à res­pec­ter les règles fon­da­men­tales de la vie en société et que leur tra­vail sera devenu si pro­duc­tif qu’ils tra­vaille­ront volon­tai­re­ment selon leurs capa­ci­tés, chacun pui­sera libre­ment « selon ses besoins ».

Du point de vue bour­geois, il est aisé de trai­ter un sem­blable régime social de « pure utopie », et de railler les socia­listes qui pro­mettent à chaque citoyen le droit de rece­voir de la société, sans aucun contrôle de son tra­vail, autant qu’il voudra de truffes, d’automobiles, de pianos, etc. C’est à des raille­ries de cette nature que se bornent aujourd’hui encore la plu­part des « savants » bour­geois, qui révèlent ainsi leur igno­rance et leur men­ta­lité de défen­seurs inté­res­sés du capi­ta­lisme. Leur igno­rance, car il n’est venu à l’esprit d’aucun socia­liste de « pro­mettre » l’avènement de la phase supé­rieure du com­mu­nisme ; quant à la pré­vi­sion de son avè­ne­ment par les grands socia­listes, elle sup­pose une pro­duc­ti­vité du tra­vail dif­fé­rente de celle d’aujourd’hui, et la dis­pa­ri­tion de l’homme moyen d’aujourd’hui capable de gas­piller « à plai­sir » les richesses publiques et d’exiger l’impossible.

En atten­dant l’avènement de la phase « supé­rieure » du com­mu­nisme, les socia­listes réclament de la société et de l’État qu’ils exercent le contrôle le plus rigou­reux, sur la mesure de tra­vail et la mesure de consom­ma­tion ; mais ce contrôle doit com­men­cer par l’expropriation des capi­ta­listes, par le contrôle des ouvriers sur les capi­ta­listes, et il doit être exercé non par l’État des fonc­tion­naires, mais par l’État des ouvriers armés.

Dans sa pre­mière phase, à son pre­mier degré, le com­mu­nisme ne peut pas encore, au point de vue éco­no­mique, être com­plè­te­ment mûr, com­plè­te­ment affran­chi des tra­di­tions ou des ves­tiges du capi­ta­lisme. De là, ce phé­no­mène inté­res­sant qu’est le main­tien de l’« hori­zon borné du droit bour­geois », en régime com­mu­niste, dans la pre­mière phase de celui-ci. Certes, le droit bour­geois, en ce qui concerne la répar­ti­tion des objets de consom­ma­tion, sup­pose néces­sai­re­ment un État bour­geois, car le droit n’est rien sans un appa­reil capable de contraindre à l’observation de ses normes. Il s’ensuit qu’en régime com­mu­niste sub­sistent pen­dant un cer­tain temps non seule­ment le droit bour­geois, mais aussi l’État bour­geois – sans bour­geoi­sie ! Cela peut sem­bler un para­doxe ou sim­ple­ment un jeu dia­lec­tique de l’esprit, ce que reprochent sou­vent au mar­xisme ceux qui n’ont jamais pris la peine d’en étu­dier, si peu que ce soit, la sub­stance émi­nem­ment pro­fonde.

En réa­lité, la vie nous montre à chaque pas, dans la nature et dans la société, des ves­tiges du passé sub­sis­tant dans le pré­sent. Et ce n’est point d’une façon arbi­traire que Marx a inséré dans le com­mu­nisme une par­celle du droit « bour­geois » ; il n’a fait que consta­ter ce qui, éco­no­mi­que­ment et poli­ti­que­ment, est inévi­table dans une société issue des flancs du capi­ta­lisme. La démo­cra­tie a une impor­tance énorme dans la lutte que la classe ouvrière mène contre les capi­ta­listes pour son affran­chis­se­ment. Mais la démo­cra­tie n’est nul­le­ment une limite que l’on ne sau­rait fran­chir ; elle n’est qu’une étape sur la route de la féo­da­lité au capi­ta­lisme et du capi­ta­lisme au com­mu­nisme.

« De chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins »

Démocratie veut dire éga­lité. On conçoit la portée immense qui s’attache à la lutte du pro­lé­ta­riat pour l’égalité et au mot d’ordre d’égalité, à condi­tion de com­prendre ce der­nier exac­te­ment, dans le sens de la sup­pres­sion des classes. Mais démo­cra­tie signi­fie seule­ment éga­lité for­melle. Et, dès que sera réa­li­sée l’égalité de tous les membres de la société par rap­port à la pos­ses­sion des moyens de pro­duc­tion, c’est-à-dire l’égalité du tra­vail, l’égalité du salaire, on verra se dres­ser inévi­ta­ble­ment devant l’humanité la ques­tion d’un nou­veau pro­grès à accom­plir pour passer de l’égalité for­melle à l’égalité réelle, c’est-à-dire à la réa­li­sa­tion du prin­cipe : « De chacun selon ses capa­ci­tés, à chacun selon ses besoins. » Par quelles étapes, par quelles mesures pra­tiques l’humanité s’acheminera-t-elle vers ce but suprême, nous ne le savons ni ne pou­vons le savoir. Mais ce qui importe, c’est de voir l’immense men­songe contenu dans l’idée bour­geoise cou­rante sui­vant laquelle le socia­lisme est quelque chose de mort, de figé, de donné une fois pour toutes, alors qu’en réa­lité c’est seule­ment avec le socia­lisme que com­men­cera dans tous les domaines de la vie sociale et privée un mou­ve­ment de pro­gres­sion rapide, effec­tif, ayant véri­ta­ble­ment un carac­tère de masse et auquel par­ti­ci­pera d’abord la majo­rité, puis la tota­lité de la popu­la­tion.

La démo­cra­tie est une forme de l’État, une de ses varié­tés. Elle est donc, comme tout État, l’application orga­ni­sée, sys­té­ma­tique, de la contrainte aux hommes. Ceci, d’une part. Mais, d’autre part, elle signi­fie la recon­nais­sance offi­cielle de l’égalité entre les citoyens, du droit égal pour tous de déter­mi­ner la forme de l’État et de l’administrer. Il s’ensuit donc qu’à un cer­tain degré de son déve­lop­pe­ment, la démo­cra­tie, tout d’abord, unit le pro­lé­ta­riat, la classe révo­lu­tion­naire anti­ca­pi­ta­liste, et lui permet de briser, de réduire en miettes, de faire dis­pa­raître de la sur­face de la terre la machine d’État bour­geoise, fût-elle bour­geoise répu­bli­caine, l’armée per­ma­nente, la police, la bureau­cra­tie, et de les rem­pla­cer par une machine d’État plus démo­cra­tique, mais qui n’en reste pas moins une machine d’État, sous la forme des masses ouvrières armées, puis, pro­gres­si­ve­ment, du peuple entier par­ti­ci­pant à la milice.

Ici, « la quan­tité se change en qua­lité » : par­venu à ce degré, le démo­cra­tisme sort du cadre de la société bour­geoise et com­mence à évo­luer vers le socia­lisme. Si tous par­ti­cipent réel­le­ment à la ges­tion de l’État, le capi­ta­lisme ne peut plus se main­te­nir. Et le déve­lop­pe­ment du capi­ta­lisme crée, à son tour, les pré­misses néces­saires pour que « tous » puissent réel­le­ment par­ti­ci­per à la ges­tion de l’État. Ces pré­misses sont, entre autres, l’instruction géné­rale déjà réa­li­sée par plu­sieurs des pays capi­ta­listes les plus avan­cés, puis « l’éducation et la for­ma­tion à la dis­ci­pline » de mil­lions d’ouvriers par l’appareil socia­lisé, énorme et com­plexe, de la poste, des che­mins de fer, des grandes usines, du gros com­merce, des banques, etc., etc.

Avec de telles pré­misses éco­no­miques, on peut fort bien, après avoir ren­versé les capi­ta­listes et les fonc­tion­naires, les rem­pla­cer aus­si­tôt, du jour au len­de­main, pour le contrôle de la pro­duc­tion et de la répar­ti­tion, pour l’enregistrement du tra­vail et des pro­duits, par les ouvriers armés, par le peuple armé tout entier. (Il ne faut pas confondre la ques­tion du contrôle et de l’enregistrement avec celle du per­son­nel pos­sé­dant une for­ma­tion scien­ti­fique, qui com­prend les ingé­nieurs, les agro­nomes, etc. : ces mes­sieurs, qui tra­vaillent aujourd’hui sous les ordres des capi­ta­listes, tra­vaille­ront mieux encore demain sous les ordres des ouvriers armés.)

Enregistrement et contrôle, tel est l’essentiel, et pour la « mise en route » et pour le fonc­tion­ne­ment régu­lier de la société com­mu­niste dans sa pre­mière phase. Ici, tous les citoyens se trans­forment en employés sala­riés de l’État consti­tué par les ouvriers armés. Tous les citoyens deviennent les employés et les ouvriers d’un seul « cartel » du peuple entier, de l’État. Le tout est d’obtenir qu’ils four­nissent un effort égal, observent exac­te­ment la mesure de tra­vail et reçoivent un salaire égal. L’enregistrement et le contrôle dans ce domaine ont été sim­pli­fiés à l’extrême par le capi­ta­lisme, qui les a réduits aux opé­ra­tions les plus simples de sur­veillance et d’inscription et à la déli­vrance de reçus cor­res­pon­dants, toutes choses à la portée de qui­conque sait lire et écrire et connaît les quatre règles d’arithmétique [Quand l’État réduit ses fonc­tions essen­tielles à un sem­blable enre­gis­tre­ment et à un contrôle de ce genre effec­tués par les ouvriers eux-mêmes, il cesse d’être un « État poli­tique » ; les « fonc­tions publiques perdent leur carac­tère poli­tique et se trans­forment en de simples fonc­tions admi­nis­tra­tives ».

Quand la majo­rité du peuple pro­cé­dera par elle-même et par­tout à cet enre­gis­tre­ment, à ce contrôle des capi­ta­listes (trans­for­més désor­mais en employés) et de mes­sieurs les intel­lec­tuels qui auront conservé leurs pra­tiques capi­ta­listes, alors ce contrôle sera vrai­ment uni­ver­sel, géné­ral, natio­nal et nul ne pourra s’y sous­traire, de quelque manière que ce soit, « il n’y aura plus rien à faire ».

Apprendre à s’autogérer

La société tout entière ne sera plus qu’un seul bureau et un seul ate­lier, avec éga­lité de tra­vail et éga­lité de salaire. Mais cette dis­ci­pline « d’atelier » que le pro­lé­ta­riat, après avoir vaincu les capi­ta­listes et ren­versé les exploi­teurs, éten­dra à toute la société n’est nul­le­ment notre idéal ni notre but final ; c’est seule­ment un éche­lon néces­saire pour débar­ras­ser radi­ca­le­ment la société des vile­nies et des igno­mi­nies de l’exploitation capi­ta­liste, et assu­rer la marche conti­nue en avant.

Dès l’instant où tous les membres de la société, ou du moins leur immense majo­rité, ont appris à gérer eux-mêmes l’État, ont pris eux-mêmes l’affaire en main, « orga­nisé » le contrôle sur l’infime mino­rité de capi­ta­listes, sur les petits mes­sieurs dési­reux de conser­ver leurs pra­tiques capi­ta­listes et sur les ouvriers pro­fon­dé­ment cor­rom­pus par le capi­ta­lisme – dès cet ins­tant, la néces­sité de toute admi­nis­tra­tion en géné­ral com­mence à dis­pa­raître. Plus la démo­cra­tie est com­plète, et plus proche est le moment où elle devien­dra super­flue. Plus démo­cra­tique est l’« État » consti­tué par les ouvriers armés et qui « n’est plus un État au sens propre », et plus vite com­mence à s’éteindre tout État.

En effet, quand tous auront appris à admi­nis­trer et admi­nis­tre­ront effec­ti­ve­ment eux-mêmes la pro­duc­tion sociale, quand tous pro­cé­de­ront eux-mêmes à l’enregistrement et au contrôle des para­sites, des fils à papa, des filous et autres « gar­diens des tra­di­tions du capi­ta­lisme », – se sous­traire à cet enre­gis­tre­ment et à ce contrôle exercé par le peuple entier sera à coup sûr d’une dif­fi­culté si incroyable et d’une si excep­tion­nelle rareté, cela entraî­nera vrai­sem­bla­ble­ment un châ­ti­ment si prompt et si rude (les ouvriers armés ont un sens pra­tique de la vie ; ils ne sont pas de petits intel­lec­tuels sen­ti­men­taux et ne per­met­tront sûre­ment pas qu’on plai­sante avec eux) que la néces­sité d’observer les règles, simples mais essen­tielles, de toute société humaine devien­dra très vite une habi­tude.

Alors s’ouvrira toute grande la porte qui per­met­tra de passer de la pre­mière phase de la société com­mu­niste à sa phase supé­rieure et, par suite, à l’extinction com­plète de l’État.

[1] Extraits de Lénine, L’État et la révo­lu­tion, 1917, cha­pitre III http://​clas​siques​.uqac​.ca/​c​l​a​s​s​i​q​u​e​s​/​l​e​n​i​n​e​/​E​t​a​t​_​e​t​_​r​e​v​o​l​u​t​i​o​n​/​l​e​n​i​n​e​_​E​t​a​t​_​e​t​_​r​e​v​o​l​u​t​i​o​n.pdf

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