L’Espace des mouvement sociaux

Par Mis en ligne le 20 février 2012

Une obser­va­tion même super­fi­cielle des mou­ve­ments sociaux contem­po­rains permet de consta­ter qu’ils n’existent pas à l’état isolé, mais que les orga­ni­sa­tions ou mili­tants qui les animent entre­tiennent entre eux des rap­ports variés. Plus encore, les dis­cours et les pra­tiques de ces orga­ni­sa­tions et des mili­tants qui les animent laissent fré­quem­ment per­ce­voir qu’ils entendent se situer à dis­tance d’autres domaines – celui de la poli­tique ins­ti­tu­tion­nelle, en pre­mier lieu – avec les­quels ils entre­tiennent des rela­tions ambi­va­lentes et com­plexes. C’est à rendre compte de cette spé­ci­fi­cité de la contes­ta­tion sociale que vise l’approche socio­lo­gique déve­lop­pée dans cet ouvrage. Sa thèse cen­trale est en effet que l’activité pro­tes­ta­taire relève d’un domaine de pra­tique et de sens rela­ti­ve­ment auto­nome au sein du monde social, que l’on pro­pose d’appeler l’espace des mou­ve­ments sociaux.

Elle pos­tule qu’au sein de cet uni­vers, doté de logiques, de modes de fonc­tion­ne­ment, d’enjeux et de réfé­rences propres, les dif­fé­rentes causes, et les orga­ni­sa­tions et les agents qui les portent, sont unis par des rela­tions d’intensité et de nature variables. S’intéresser ainsi aux rela­tions que ces causes entre­tiennent les unes avec les autres, et aux posi­tions contras­tées qu’elles occupent au sein de cet espace d’interdépendance, vise d’une part à saisir un aspect impor­tant des dyna­miques contes­ta­taires, mais ouvre éga­le­ment à une com­pré­hen­sion des rap­ports que les mou­ve­ments sociaux entre­tiennent avec le reste du monde social. Considérer que l’espace des mou­ve­ments sociaux dis­pose d’une auto­no­mie rela­tive, c’est en effet pos­tu­ler que si le jeu qui s’y joue et les enjeux qu’il pro­pose sont dis­tincts de ceux que pro­posent d’autres champs ou sec­teurs, sa marche n’en reste pas moins sou­mise à l’influence que, à des degrés divers, ces autres uni­vers peuvent exer­cer sur lui.

On entend en d’autres termes mon­trer ici que l’analyse des mou­ve­ments sociaux gagne à les envi­sa­ger dans leur dimen­sion à la fois struc­tu­relle (la place de la contes­ta­tion au sein d’un monde social dif­fé­ren­cié), pra­tique (la pro­tes­ta­tion s’accomplit dans des acti­vi­tés spé­ci­fiques réa­li­sées en situa­tion et qui sup­posent leur maî­trise mini­male par les agents) et cog­ni­tive (la pro­tes­ta­tion réfère à des caté­go­ries de per­cep­tion et s’exprime dans un ordre de dis­cours par­ti­cu­liers). Cette thèse repose sur un cer­tain nombre de pos­tu­lats, dont un des plus déci­sifs est que nos socié­tés sont dif­fé­ren­ciées en une mul­ti­pli­cité de domaines d’activité rela­ti­ve­ment indé­pen­dants les uns des autres, que les socio­logues dési­gnent par des concepts comme champ, sec­teur, sys­tème, confi­gu­ra­tion ou encore monde[1], et que l’espace des mou­ve­ments sociaux consti­tue l’un de ces domaines. Dans cette pers­pec­tive, les pra­tiques des agents sont façon­nées par le fait qu’elles sont situées au sein d’un uni­vers social donné et prennent leur sens en regard de ses prin­cipes spé­ci­fiques. La carac­té­ri­sa­tion des dif­fé­rentes « sphères » qui com­posent le monde social passe par l’identification de ce que l’on peut dési­gner comme leurs « règles du jeu », « prin­cipes de fonc­tion­ne­ment » ou « logiques » propres, qui tendent à les dis­tin­guer les unes des autres – ce que Pierre Bourdieu illus­trait en disant qu’« on ne pourra pas faire courir un phi­lo­sophe avec des enjeux de géo­graphe »[2] – dans le même temps qu’elle permet de dif­fé­ren­cier leurs membres selon leur degré de maî­trise de ces mêmes règles ou logiques. À l’opposé d’une socio­lo­gie indi­vi­dua­liste qui envi­sage les acteurs comme déta­chés de toute ins­crip­tion sociale, notre approche non seule­ment pré­sup­pose un monde social struc­turé, mais entend faire de cette struc­tu­ra­tion un prin­cipe majeur d’explication.

Qu’est-ce qu’un mou­ve­ment social ?

Poser que les mou­ve­ments sociaux consti­tuent un domaine à part laisse de côté une ques­tion pour­tant élé­men­taire : qu’entend-on par « mou­ve­ment social » ? Postuler une irré­duc­tible spé­ci­fi­cité de ce domaine sug­gère qu’il est pos­sible de dis­tin­guer pré­ci­sé­ment ce qui relève des mou­ve­ments sociaux de ce qui leur serait étran­ger. On se gar­dera pour­tant de se livrer ici à l’exercice sco­laire de la défi­ni­tion de la notion de mou­ve­ment social : un des prin­cipes d’une pro­blé­ma­tique en termes d’espace social est qu’il ne revient pas à l’analyste de déci­der de ce qui est ou non un mou­ve­ment social. Le socio­logue doit davan­tage s’intéresser au tra­vail de déli­mi­ta­tion de fron­tières, impli­quant inclu­sion et exclu­sion, auquel se livrent les agents qui gra­vitent à l’intérieur comme aux limites de l’espace des mou­ve­ments sociaux. De fait, la caté­go­rie de mou­ve­ment social est ici sur­tout envi­sa­gée comme une caté­go­rie pra­tique, comme l’enjeu d’une lutte entre agents pour l’imposition de la défi­ni­tion du mou­ve­ment social la plus conforme à leurs inté­rêts ou croyances. Parvenir à impo­ser la défi­ni­tion de tel phé­no­mène comme « mou­ve­ment social », « émeute » ou « révo­lu­tion », par exemple, répond à des enjeux pra­tiques et peut avoir des consé­quences consi­dé­rables pour les pro­ta­go­nistes, tant auto­ri­tés poli­tiques que protestataires[3].

Cette approche pré­sente plu­sieurs avan­tages. Dans et par ces luttes de défi­ni­tion se donne en pre­mier lieu à étu­dier une ques­tion cen­trale : celle des rap­ports entre l’espace des mou­ve­ments sociaux et les autres com­po­santes du monde social et de son auto­no­mie à l’égard de celles-ci. Prendre pour objet le tra­vail de défi­ni­tion des agents permet ensuite d’éviter les pièges sub­stan­tia­listes aux­quels s’exposent les entre­prises de défi­ni­tion que l’accumulation de cri­tères rend vul­né­rables au pre­mier contre-exemple venu, voire que rend inopé­rantes une appré­hen­sion trop res­tric­tive pour qu’aucun phé­no­mène réel puisse y cor­res­pondre (c’est, on le sait, l’écueil de la défi­ni­tion du mou­ve­ment social pro­po­sée par Alain Touraine)[4].

Il n’en reste pas moins néces­saire, à ce stade, que le sens des termes employés soit sta­bi­lisé et le champ d’investigation cir­cons­crit. Se garder de tout sub­stan­tia­lisme impose, plutôt que de pro­po­ser une défi­ni­tion, de déli­mi­ter un domaine de curio­sité socio­lo­gique ras­sem­blant un ensemble de phé­no­mènes dont il est pos­sible de rele­ver les traits com­muns – c’est-à-dire ce que Wittgenstein appe­lait des res­sem­blances de famille, fon­dant un ras­sem­ble­ment davan­tage par par­tage d’analogies que par iden­tité de substance[5], et auto­ri­sant à fins de com­pa­rai­son le rap­pro­che­ment avec d’autres types de phé­no­mènes rela­ti­ve­ment proches (mou­ve­ments reli­gieux, entre­prises huma­ni­taires, for­ma­tions par­ti­sanes, entre autres). On pro­po­sera donc de s’intéresser à des phé­no­mènes réunis­sant des dimen­sions col­lec­tivesconflic­tuelles et orien­tées vers le chan­ge­ment social. Précisons immé­dia­te­ment qu’il convient de consi­dé­rer chacun de ces traits non comme un donné stable mais comme autant d’aspects pro­blé­ma­tiques de la pra­tique contes­ta­taire.

Il en est ainsi de la dimen­sion col­lec­tive des mou­ve­ments sociaux[6], qu’il serait hasar­deux de consi­dé­rer comme un donné, tant par­ve­nir à les doter d’une sta­ture et d’une portée col­lec­tives consti­tue un enjeu de pre­mière impor­tance pour leurs ani­ma­teurs. Même une fois accom­plie, cette consti­tu­tion du col­lec­tif dans laquelle réside la mobi­li­sa­tion ne peut être consi­dé­rée comme allant de soi : c’est aussi la consis­tance col­lec­tive des mou­ve­ments pro­tes­ta­taires qui doit être inter­ro­gée, du fait que c’est en fonc­tion de pro­jets, de défi­ni­tions de la situa­tion et de visées dis­pa­rates que des indi­vi­dus convergent vers ce qu’ils se repré­sentent plus ou moins à tort comme une « même » cause. Oublier cette hété­ro­gé­néité consti­tu­tive des mobi­li­sa­tions expose à igno­rer ce qui repré­sente pour­tant un des moteurs les plus impor­tants de leur déve­lop­pe­ment, de leur conso­li­da­tion et, aussi, de leur déli­te­ment.

La dimen­sion conflic­tuelle des mou­ve­ments sociaux est rede­vable d’une même attention[7]. Les pro­tes­ta­tions col­lec­tives impliquent une rela­tion d’opposition, d’antagonisme et de confron­ta­tion avec un adver­saire plus ou moins clai­re­ment iden­ti­fié (le patron de telle entre­prise ou « le capi­ta­lisme » en géné­ral, tel leader poli­tique ou « le racisme », etc.) et sup­posent, sinon une com­po­sante per­tur­ba­trice, au moins une part de rap­port de force : on peut défi­ler paci­fi­que­ment dans la rue et en veillant à ce qu’aucun débor­de­ment n’entache la mani­fes­ta­tion, l’enjeu est bel et bien de mon­trer, en les ras­sem­blant publi­que­ment, la force et la déter­mi­na­tion de ses troupes à un adver­saire. De là l’intérêt d’envisager, comme y invite Sidney Tarrow[8], les mou­ve­ments sociaux dans leur dimen­sion inter­ac­tive : ceux-ci ne doivent pas être saisis à l’état isolé mais au tra­vers des rela­tions qu’ils entre­tiennent avec un envi­ron­ne­ment poli­tique, social ou éco­no­mique donné – rela­tions avec l’environnement qu’une appré­hen­sion en termes d’espace vise pré­ci­sé­ment à saisir. De là éga­le­ment l’intérêt d’insister sur la fré­quente dimen­sion anti-ins­ti­tu­tion­nelle des mou­ve­ments sociaux, qui tendent à se penser en oppo­si­tion à d’autres domaines – les champs poli­tique et syn­di­cal prin­ci­pa­le­ment – au sein des­quels les luttes prennent des formes davan­tage ins­ti­tu­tion­na­li­sées et paci­fiées, notam­ment parce que basées sur le com­pro­mis et la tran­sac­tion, et où la spé­cia­li­sa­tion voire la pro­fes­sion­na­li­sa­tion des tâches tendent à une dépos­ses­sion des repré­sen­tés par leurs représentants[9].

La conflic­tua­lité dont sont por­teurs les mou­ve­ments sociaux tient à une autre de leurs carac­té­ris­tiques qui est leur orien­ta­tion vers le chan­ge­ment social. Témoignant d’une insa­tis­fac­tion devant l’état actuel du monde, les mou­ve­ments engagent une reven­di­ca­tion de trans­for­ma­tion de ce monde dans un sens meilleur – ou, a minima, de pré­ser­va­tion de celui-ci devant ce qui menace de le dégra­der. À ce titre, les défi­ni­tions des mou­ve­ments sociaux pro­po­sées par John McCarthy et Mayer Zald – pour qui il s’agit d’« un ensemble d’opinions ou de croyances com­munes à une popu­la­tion qui exprime des pré­fé­rences pour le chan­ge­ment de cer­tains élé­ments de la struc­ture sociale et/​ou de la dis­tri­bu­tion des récom­penses dans la société »[10] – ou par Herbert Blumer – qui y voit des « entre­prises col­lec­tives visant à éta­blir un nouvel ordre de vie »[11] – pour vastes qu’elles soient, pointent bien cette orien­ta­tion vers le chan­ge­ment. Il serait cepen­dant déli­cat d’envisager ce chan­ge­ment comme néces­sai­re­ment dirigé vers le pro­grès : l’insatisfaction devant l’état pré­sent du monde peut très bien prendre la forme d’une exi­gence de retour à un état passé – et sou­vent idéa­lisé – de celui-ci, et être portée par des mou­ve­ments que l’on sera alors en droit de qua­li­fier de réac­tion­naires. Des mobi­li­sa­tions à l’image « rétro­grade », telles que celles conduites par les asso­cia­tions hos­tiles à l’avortement, par­tagent les traits des mou­ve­ments sociaux et ce serait adop­ter une vision nor­ma­tive que de les écar­ter a priori de notre champ d’investigation.

L’interdépendance dans la contes­ta­tion

Un mou­ve­ment social est donc accom­pli par un col­lec­tif d’agents qui expriment par des pra­tiques conflic­tuelles leur volonté de chan­ge­ment d’un état du monde. Ces pra­tiques spé­ci­fiques relèvent en grande partie de ce que Charles Tilly a dési­gné comme réper­toire de l’action col­lec­tive, c’est-à-dire l’ensemble des formes de pro­tes­ta­tion dont dis­pose un groupe donné[12] : mani­fes­ta­tion, occu­pa­tion de locaux, grève, grève de la faim, etc. Se mesure ici le carac­tère en grande partieconven­tion­nel[13] de la pra­tique contes­ta­taire : il existe désor­mais, dans nos socié­tés, des formes conve­nues de pro­tes­ter col­lec­ti­ve­ment, des modes d’action recon­nais­sables comme tels et dont peuvent se saisir les groupes dési­reux d’exprimer leur mécon­ten­te­ment.

Ce carac­tère conven­tion­nel des pra­tiques qui se déploient dans l’espace des mou­ve­ments sociaux invite dès à pré­sent à signa­ler le carac­tère his­to­ri­que­ment situé de la « forme mou­ve­ment social ». Tilly fait remon­ter au XVIIIe siècle l’émergence de cette forme qu’il spé­ci­fie par une série de pra­tiques encore rela­ti­ve­ment inno­vantes au début du XIXe siècle :

« À quel moment (…) pou­vons-nous rai­son­na­ble­ment affir­mer que le mou­ve­ment social est devenu une forme dis­tincte, recon­nue et lar­ge­ment acces­sible de par­ti­ci­pa­tion poli­tique ? Nous nous inté­res­sons aux tem­po­ra­li­tés et aux espaces qui voient des groupes adres­ser des reven­di­ca­tions col­lec­tives aux auto­ri­tés et fré­quem­ment former pour cela des asso­cia­tions ou des coa­li­tions spé­ci­fiques, tenir des réunions publiques, dif­fu­ser leurs pro­grammes dans les médias exis­tants, orga­ni­ser des pro­ces­sions, des marches ou des mani­fes­ta­tions et, à tra­vers toutes ces acti­vi­tés, déli­vrer des démons­tra­tions publiques et coor­don­nées de dignité, d’unité, de force et d’engagement. Si cet ensemble appa­raît régu­liè­re­ment à dis­tance des cam­pagnes élec­to­rales et des luttes internes au monde du tra­vail, nous pou­vons être assu­rés que le mou­ve­ment social s’est consti­tué en tant que tel »[14].

En d’autres termes, il y aurait quelque ana­chro­nisme à uti­li­ser le terme de mou­ve­ment social pour dési­gner des conflits col­lec­tifs orien­tés vers le chan­ge­ment tels que les jac­que­ries pay­sannes de l’Ancien régime. Celles-ci étaient certes l’expression de consi­dé­ra­tions nor­ma­tives propres aux classes popu­laires et pré­sen­taient un carac­tère conventionnel[15], mais la caté­go­rie même de mou­ve­ment social n’avait guère de sens pour les agents. Ce point, d’ailleurs, incite à res­treindre la pério­di­sa­tion pro­po­sée par Tilly dans la mesure où ce n’est sans doute qu’avec la seconde moitié du XIXe siècle et l’émergence du mou­ve­ment ouvrier qu’a com­mencé à émer­ger une caté­go­rie proche de celle dont rend aujourd’hui compte l’expression « mou­ve­ment social ». L’important cepen­dant, au seuil d’un tra­vail qui ne vise pas à construire une généa­lo­gie des mou­ve­ments sociaux, est d’insister sur l’historicité de cette forme de par­ti­ci­pa­tion et de rap­pe­ler que, de la même manière qu’il y a une his­toire des partis poli­tiques, il y a une his­toire des mou­ve­ments sociaux.

L’important est aussi et sur­tout de noter que la caté­go­rie de mou­ve­ment social fait sens pour les agents (tant les pro­tes­ta­taires que leurs adver­saires ou le public), qu’elle se réfère à un ensemble d’activités et de dis­cours et donc qu’elle implique, chez les agents qui évo­luent au sein de l’espace des mou­ve­ments sociaux, une forme mini­male de ce que l’on pro­pose d’appeler l’auto­ré­fé­rence, c’est-à-dire le fait qu’ils éprouvent le sen­ti­ment que la pra­tique à laquelle ils par­ti­cipent obéit à des prin­cipes et vise des enjeux dis­tincts de ceux qui gou­vernent d’autres domaines sociaux[16]. De l’autoréférence découle un point déjà évoqué mais sur lequel il convient d’insister : les fron­tières de l’espace des mou­ve­ments sociaux ne sont pas défi­nies par le socio­logue au moyen de cri­tères objec­tifs, mais sont le pro­duit des luttes de défi­ni­tion aux­quelles se livrent les agents actifs en son sein ou à ses fron­tières, et sont par consé­quent néces­sai­re­ment fluc­tuantes. L’importance de ces luttes peut s’éclairer à partir d’un exemple, celui des troubles qu’ont connu les ban­lieues fran­çaises à la fin 2005. Il n’a pas manqué de ten­ta­tives d’attribuer le label de « mou­ve­ment social » à ces évé­ne­ments et de confé­rer à la révolte des jeunes ban­lieu­sards une légi­ti­mité et une portée contes­ta­taires qu’à l’inverse leur refu­saient ceux qui, du côté des médias et du gou­ver­ne­ment, invo­quaient davan­tage les caté­go­ries d’émeute et de ban­di­tisme. L’issue de cette lutte de défi­ni­tion n’a pas été sans consé­quence pra­tique, comme en a témoi­gné la réponse – en l’occurrence poli­cière et pénale – qui lui a été appor­tée.

Les formes d’action que Tilly ras­semble dans son réper­toire n’englobent cepen­dant pas la tota­lité de la pra­tique qui se déploie dans l’espace des mou­ve­ments sociaux, car celle-ci s’accomplit éga­le­ment dans d’autres acti­vi­tés, sou­vent plus dis­crètes ou ordi­naires, qui visent à entre­te­nir ou à conso­li­der les condi­tions de réa­li­sa­tion de la pro­tes­ta­tion. Les tâches d’entretien de la dimen­sion col­lec­tive d’une mobi­li­sa­tion peuvent par exemple com­prendre l’organisation de fêtes où s’exprime et se ren­force la cohé­sion du groupe mili­tant, les coups de télé­phone aux sym­pa­thi­sants afin de s’assurer qu’ils seront bien pré­sents au ras­sem­ble­ment du len­de­main, le café que le cadre d’une orga­ni­sa­tion va boire avec un mili­tant dont il sent fai­blir l’investissement afin de le remo­ti­ver. On le voit à ces exemples, il serait illu­soire de dres­ser une liste d’activités qui seraient spé­ci­fiques aux mou­ve­ments sociaux et qui per­met­traient de défi­nir leur iden­tité sub­stan­tielle ; c’est à partir du moment où elle s’inscrit dans un cadre à la fois col­lec­tif, conflic­tuel et orienté vers le chan­ge­ment qu’une pra­tique relève de ce domaine.

Pas plus que les pra­tiques, les caté­go­ries cog­ni­tives ou schèmes de per­cep­tion mobi­li­sés dans l’action contes­ta­taire ne sau­raient faire l’objet d’une recen­sion exhaus­tive. Signalons sim­ple­ment que ces schèmes cog­ni­tifs informent et nour­rissent la pra­tique contes­ta­taire sur les trois dimen­sions repé­rées plus haut. La dimen­sion col­lec­tive sol­li­cite des caté­go­ries de per­cep­tion à même, à la fois, d’apprécier la consis­tance et l’importance d’un col­lec­tif mobi­lisé, spé­cia­le­ment en en repé­rant les diverses com­po­santes – comme lorsque des mani­fes­tants s’écartent un ins­tant de leur cor­tège pour en éva­luer l’ampleur et esti­mer l’état des rap­ports de force entre les dif­fé­rents groupes qui le com­posent. Sont éga­le­ment sol­li­ci­tés à ce titre des schèmes d’appréciation de la dis­po­ni­bi­lité ou de la fia­bi­lité d’éventuels par­te­naires et des condi­tions mini­males de leur ral­lie­ment – schèmes dont on peut trou­ver l’expression dans les for­mu­la­tions de plates-formes reven­di­ca­tives se vou­lant consen­suelles. De même, la défense au sein de coa­li­tions d’une iden­tité mili­tante ou orga­ni­sa­tion­nelle passe-t-elle par une séman­tique expri­mée dans des registres dis­cur­sifs, des pro­cé­dures (la défense de la sou­ve­rai­neté des assem­blées géné­rales contre le vote à bul­le­tin secret, par exemple) ou le recours à cer­taines formes d’action (comme la bar­ri­cade, dont l’usage en Mai 68 valait davan­tage comme réfé­rence his­to­rique que pour son effi­ca­cité tac­tique) qui pèsent autant sinon plus par leur dimen­sion sym­bo­lique que maté­rielle. La dimen­sion conflic­tuelle impose la mise en œuvre de schèmes tac­tiques et stra­té­giques des­ti­nés à éva­luer l’état du rap­port de force qui oppose à un adver­saire et à jouer contre lui des « coups » effi­caces ; de là l’importance de savoir iden­ti­fier au sein de son réper­toire la forme de pro­tes­ta­tion la mieux adap­tée à l’état de ses propres forces comme de celles de l’antagoniste. L’orientation vers le chan­ge­ment mobi­lise des per­cep­tions de ce qu’il est pos­sible d’espérer au vu de l’état de la mobi­li­sa­tion et de la déter­mi­na­tion de ses troupes comme de celles de l’adversaire et impose, en consé­quence, un tra­vail de défi­ni­tion en situa­tion du niveau des reven­di­ca­tions.

La saisie des mou­ve­ments sociaux par les pra­tiques et les schèmes cog­ni­tifs qui leur sont spé­ci­fiques permet éga­le­ment de répondre à la ques­tion de l’identification des com­po­santes de l’espace des mou­ve­ments sociaux. On peut tout d’abord y répondre en avan­çant qu’un élé­ment fait partie de l’espace à partir du moment où il y accom­plit des pra­tiques cor­res­pon­dant aux trois dimen­sions consti­tu­tives des mou­ve­ments sociaux. Le terme d’organisation de mou­ve­ment social, en ce sens, ne fait pas réfé­rence à un type par­ti­cu­lier d’organisation et, notam­ment, ne sau­rait être réservé aux seules asso­cia­tions ou col­lec­tifs mili­tants à l’exclusion, par exemple, des orga­ni­sa­tions huma­ni­taires ou des syn­di­cats, mais désigne toute struc­ture, quelle que soit sa forme ou son statut, enga­gée a minima dans l’ordre de pra­tique contes­ta­taire. Par consé­quent, selon son type d’activité consi­déré, une même orga­ni­sa­tion pourra être consi­dé­rée comme rele­vant ou non de l’espace des mou­ve­ments sociaux. Act Up en fait partie lorsqu’elle orga­nise une action-éclair contre une firme phar­ma­ceu­tique, mais pas lorsque, emprun­tant le registre des groupes d’intérêt, elle négo­cie dis­crè­te­ment avec les diri­geants de cette même firme en marge d’une confé­rence inter­na­tio­nale sur le sida. De même, un syn­di­cat relève de l’espace des mou­ve­ments sociaux quand il lance un mot d’ordre de grève, mais pas quand il gère une caisse d’assurance mala­die.

De la sorte peut-on éga­le­ment éviter le « biais poli­tique » qui imprègne nombre de théo­ries des mou­ve­ments sociaux – et notam­ment celles du pro­ces­sus poli­tique et de la poli­tique contestataire[17] – et qui les conduit à confé­rer un rôle cen­tral à l’État. Certes, celui-ci est un pro­ta­go­niste majeur de nombre d’épisodes contes­ta­taires, que ce soit en tant que cible de la pro­tes­ta­tion (comme lorsqu’un mou­ve­ment exige l’annulation d’une déci­sion du gou­ver­ne­ment) ou comme arbitre ou média­teur dans un conflit oppo­sant un mou­ve­ment à un adver­saire non éta­tique (une entre­prise privée, par exemple). Mais, en lui confé­rant cette dimen­sion cen­trale, on risque de lais­ser de côté tout un ensemble de mobi­li­sa­tions qui ne se situent pas, au sens strict, sur le ter­rain poli­tique et dont l’activité s’intègre à l’espace des mou­ve­ments sociaux. C’est le cas des nom­breux conflits du tra­vail oppo­sant sala­riés et employeurs, ainsi que des mou­ve­ments qui visent la trans­for­ma­tion de la repré­sen­ta­tion de cer­tains groupes (comme des mino­ri­tés sexuelles ou eth­niques) dans l’espace public et qui, par exemple, peuvent prendre les médias pour cibles en exi­geant qu’ils leur accordent davan­tage de visi­bi­lité ou cessent de les stig­ma­ti­ser.

Suivant en cela Bourdieu lorsqu’il avance « qu’on peut dire d’une ins­ti­tu­tion, d’une per­sonne, d’un agent, qu’ils existent dans un champ quand il y pro­duisent des effets »[18], on consi­dé­rera qu’un mou­ve­ment, une orga­ni­sa­tion ou une cause appar­tiennent à l’espace des mou­ve­ments sociaux dès lors qu’ils y pro­duisent des effets, c’est-à-dire à partir du moment où ils tissent des rap­ports d’interdépendance avec au moins une de ses com­po­santes et, ce fai­sant, contri­buent à le trans­for­mer tout en étant en retour eux-mêmes affec­tés par cette rela­tion. Les mou­ve­ments sociaux ne se déploient jamais à l’état tota­le­ment isolé mais sont pris dans des rap­ports de nature et d’intensité variables avec d’autres mou­ve­ments, qui influent sur leur pra­tique. Ces rap­ports sont sou­vent limi­tés, du fait des faibles struc­tu­ra­tion et ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion de l’espace des mou­ve­ments sociaux. Ils n’en exercent pas moins des effets, ne serait-ce que sous la forme, par exemple, de sources d’inspiration : en repre­nant les slo­gans d’une autre mobi­li­sa­tion, c’est bien une forme mini­male d’interdépendance qu’établit un mou­ve­ment avec elle. De même, dès son émer­gence tout mou­ve­ment mani­feste-t-il son ins­crip­tion dans les logiques propres à ce domaine – que ce soit par le fait de cher­cher ou non à s’intégrer à des coa­li­tions plus vastes, d’adopter des formes plus ou moins rou­ti­ni­sées ou inno­vantes d’action, ou encore de mobi­li­ser tel ou tel registre d’expression de ses reven­di­ca­tions et doléances.

Reste une épi­neuse ques­tion, celle du degré d’unification de cet uni­vers. Signaler l’interdépendance, même mini­male, qui relie toute nou­velle unité contes­ta­taire à celles qui lui pré­existent ne suffit pas à doter l’espace des mou­ve­ments sociaux d’une homo­gé­néité ou d’une cohé­sion suf­fi­santes pour auto­ri­ser à en trai­ter au sin­gu­lier. Plutôt qu’un espace des mou­ve­ments sociaux, n’y aurait-il pas une plu­ra­lité d’espaces contes­ta­taires dis­per­sés, par exemple défi­nis chacun par la cause (celle des femmes, des sans-papiers, des fœtus, etc.) à laquelle ils se consacrent ? On verra plus loin qu’un tel décou­page ne peut être satis­fai­sant du fait que la diver­sité de leurs enjeux n’empêche pas les mou­ve­ments de s’unir dans des coa­li­tions (comme lorsque les malades du sida sou­tiennent les chô­meurs) ou sim­ple­ment de s’inspirer de leurs registres de dis­cours ou formes d’action (comme quand les pros­ti­tuées « empruntent » l’occupation d’église aux sans-papiers). C’est ce que l’on a appelé plus haut l’autoréférence de l’espace des mou­ve­ments sociaux qui lui confère une unité mini­male via la recon­nais­sance mutuelle de ses com­po­santes comme rele­vant d’un registre simi­laire de par­ti­ci­pa­tion, dis­tinct de celui qui carac­té­rise d’autres uni­vers davan­tage ins­ti­tu­tion­na­li­sés et auto­ri­sant des éva­lua­tions croi­sées. Cette recon­nais­sance mutuelle n’implique en rien une affi­nité pro­gram­ma­tique et relie y com­pris des causes anta­go­nistes (pro- et anti-avor­te­ment se recon­naissent et s’évaluent mutuel­le­ment comme des mou­ve­ments sociaux sans jamais envi­sa­ger pos­sible la moindre coa­li­tion) même si elle peut favo­ri­ser des rap­pro­che­ments (il n’est pas inima­gi­nable que des cou­rants de deep eco­logy se trouvent des affi­ni­tés avec des « provie », par exemple). L’unification de l’espace des mou­ve­ments sociaux est certes limi­tée et fra­gile, elle n’en exerce par moins ses effets sur ses diverses com­po­santes.

Précisons enfin que le cadre théo­rique pro­posé dans cet ouvrage ne pré­tend pas à une radi­cale ori­gi­na­lité. Les axes de réflexion tracés ici rejoignent fré­quem­ment les concep­tions d’autres cher­cheurs et c’est à la dis­cus­sion tant de ce qui les appa­rente que de ce qui les dis­tingue qu’une part impor­tante du livre est consacrée[19]. De fait, la pers­pec­tive de l’espace des mou­ve­ments sociaux vise en partie à une inté­gra­tion, mais aussi à une loca­li­sa­tion, d’approches pré­exis­tantes à même d’éclairer telle dimen­sion des pro­ces­sus pro­tes­ta­taires. La même remarque vaut pour le « stock » de cas empi­riques sur lequel s’appuie la réflexion, puisque de nom­breuses études consa­crées à des mou­ve­ments divers et réa­li­sées par dif­fé­rents poli­tistes, socio­logues ou his­to­riens seront mobi­li­sées. J’ai cepen­dant, autant que pos­sible, pri­vi­lé­gié les résul­tats de mes propres recherches, consa­crées aux luttes des pros­ti­tuées, à la contes­ta­tion de la double peine, à la défense des sans-papiers, à la lutte contre le sida, aux croi­sades morales, aux mou­ve­ments d’extrême droite, à l’altermondialisme, aux syn­di­ca­listes des sec­teurs pré­caires ou encore à Mai 68[20]. L’avantage d’une connais­sance appro­fon­die et de pre­mière main de ces cas empi­riques a pour contre­par­tie leur res­tric­tion tem­po­relle et spa­tiale, puisque ce sont des mou­ve­ments contem­po­rains ou récents, et uni­que­ment fran­çais, que j’ai eu à étu­dier. J’espère que cette res­tric­tion encou­ra­gera d’autres cher­cheurs à tester la per­ti­nence de ce cadre d’analyse en le met­tant à l’épreuve d’autres ter­rains.


[1] Voir, res­pec­ti­ve­ment, les approches de la dif­fé­ren­cia­tion sociale pro­po­sées par Pierre Bourdieu, « Quelques pro­prié­tés des champs », in Questions de socio­lo­gie, Paris, Minuit, 1984 ; Michel Dobry, Sociologie des crises poli­tiques, Paris, Presses de Sciences Po, 1986 ; Niklas Luhmann, The Differenciation of Society, New York, Columbia University Press, 1982 ; Norbert Elias, Qu’est-ce que la socio­lo­gie ?, Paris, Pocket, 1991 ; Howard Becker, Les mondes de l’art, Paris, Flammarion, 1988. On ren­voie, pour une dis­cus­sion des rap­ports que le concept d’espace entre­tient avec ces dif­fé­rentes théo­ri­sa­tions, au mémoire d’habilitation dont est tiré cet ouvrage : Lilian Mathieu, « L’espace des mou­ve­ments sociaux. Eléments pour une socio­lo­gie de l’action col­lec­tive pro­tes­ta­taire », mémoire pour l’habilitation à diri­ger les recherches, ENS de Lyon, 2008.
[2] P. Bourdieu, « Quelques pro­prié­tés des champs », art. cit., p. 114.
[3] Si on rejoint ici les mises en garde de Michel Offerlé contre le « féti­chisme clas­si­fi­ca­toire » qui conduit nombre d’analystes à net­te­ment dis­tin­guer mou­ve­ments sociaux et groupes d’intérêt (alors qu’ils peuvent être rede­vables des mêmes modèles d’analyse), on n’ignore pas non plus que les mêmes dis­tinc­tions font sens pour les agents et ont d’importants effets sur leurs pra­tiques ; Sociologie des groupes d’intérêt, Paris, Montchrestien, 1998.
[4] Cet écueil a été pointé par François Chazel, « Mouvements sociaux », in Raymond Boudon (dir.), Traité de socio­lo­gie, Paris, PUF, 1992, p. 265. Voir notam­ment Alain Touraine, La voix et le regard, Paris, Seuil, 1978.
[5] Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-phi­lo­so­phi­cus, Paris, Gallimard, 1961.
[6] Ce qui exclut les pra­tiques indi­vi­duelles de révolte ou de résis­tance inor­ga­ni­sées et sou­vent impli­cites (cou­lage, frei­nage, absen­téisme, déri­sion…) que Michel de Certeau dési­gnait comme arts du bra­con­nage ou manières de « faire avec » et qui, si elles ne pos­sèdent pas, y com­pris pour ceux qui les adoptent, une conno­ta­tion direc­te­ment « mili­tante », n’en consti­tuent pas moins des « bons tours du “faible” dans l’ordre établi par le “fort” » ; Michel de Certeau, L’invention du quo­ti­dien, 1. Arts de faire, Paris, Folio, 1990, p. 65. Voir éga­le­ment James C. Scott, La domi­na­tion et les arts de la résis­tance, Paris, Amsterdam, 2009.
[7] Ce qui amène à écar­ter ce qui relève de l’action huma­ni­taire et de l’assistance – ce qui ne veut pas dire que des orga­ni­sa­tions à voca­tion huma­ni­taire ne soient pas à même, dans cer­taines cir­cons­tances, d’intégrer l’espace des mou­ve­ments sociaux en s’engageant dans une dyna­mique conflic­tuelle ; l’épisode de la mobi­li­sa­tion ini­tiée à l’hiver 2007 par les Enfants de Don Quichotte a par exemple démon­tré la capa­cité de plu­sieurs orga­ni­sa­tions huma­ni­taires ou cari­ta­tives à se ral­lier à des entre­prises contes­ta­taires ; cf. Agathe Schwartz, « Les Enfants de Don Quichotte et le Plan d’urgence hiver­nale », Raison pré­sente, n° 170, 2009.
[8] Sidney Tarrow, Power in Movements. Social Movements, Collective Action and Politics, Cambridge, Cambridge University Press, 1994, p. 3-4.
[9] Cette piste de recherche m’a été sug­gé­rée par Michel Dobry.
[10] John D. Carthy, Mayer N. Zald, « Resource Mobilization and Social Movements : A Partial Theory », American Journal of Sociology, 82 (6), 1977, p. 1217.
[11] Cité in F. Chazel, « Mouvements sociaux », art. cit., p. 268.
[12] Charles Tilly, « Les ori­gines du réper­toire de l’action col­lec­tive contem­po­raine en France et en Grande-Bretagne », Vingtième siècle, n° 4, 1984.
[13] On conçoit de ce point de vue com­bien l’ancienne césure qu’opérait la science poli­tique entre formes « conven­tion­nelles » et « non-conven­tion­nelles » de par­ti­ci­pa­tion poli­tique est inadé­quate pour rendre compte de l’action des mou­ve­ments sociaux.
[14] Charles Tilly, Social Movements, 1768-2004, Boulder, Paradigm, 2004, p. 29.
[15] Cf. l’étude clas­sique de Edward P. Thompson, « L’économie morale de la foule dans l’Angleterre du XVIIIe siècle », in Florence Gauthier, Guy-Robert Ikni (dir.), La guerre du blé au XVIIIe siècle. La cri­tique popu­laire du libé­ra­lisme éco­no­mique, Montreuil, Éditions de la Passion, 1988, ainsi que Jean Nicolas, La rébel­lion fran­çaise. Mouvements popu­laires et conscience sociale 1661-1789, Paris, Folio, 2008.
[16] Sur l’autoréférence, cf. N. Luhmann, The Differenciation of Societyop. cit.
[17] La poli­tique contes­ta­taire (conten­tious poli­tics) est enten­due comme « épi­so­dique plutôt que conti­nue, se déroule en public, sup­pose une inter­ac­tion entre des requé­rants et d’autres, est recon­nue par ces autres comme pesant sur leurs inté­rêts, et engage le gou­ver­ne­ment comme un média­teur, une cible ou un requé­rant » ; Doug McAdam, Sidney Tarrow, Charles Tilly, Dynamics of Contention, Cambridge, Cambridge University Press, 2001, p. 5, sou­li­gné par moi. Pour une cri­tique récente de ce biais poli­tique, cf. Elisabeth A. Armstrong, Mary Bernstein, « Culture, Power, and Institutions : A Multi-Institutional Politics Approach to Social Movements »,Sociological Theory, 26 (1), 2008.
[18] Pierre Bourdieu, Propos sur le champ poli­tique, Lyon, PUL, 2000, p. 38.
[19] Des démarches en partie simi­laires – en termes de champ ou de sec­teur des mou­ve­ments sociaux, notam­ment – ont ainsi été déve­lop­pées par d’autres auteurs, parmi les­quels Russel L. Curtis, Louis A. Zurcher, « Stable Resources of Protest Movements : The Multi-Organizational Field », Social Forces, 52 (1), 1973 ; Roberta Garner, Mayer N. Zald, « The poli­ti­cal eco­nomy of social move­ment sec­tors », in Gerard D. Suttles, Mayer N. Zald (eds.), The Challenge of Social Control, Norwood NJ, Ablex publi­shing, 1985 ; Marco Giugni, Florence Passy, Histoire des mobi­li­sa­tions poli­tiques en Suisse, Paris, L’Harmattan, 1997 ; Philippe Gottraux, « Socialisme ou Barbarie ». Un enga­ge­ment poli­tique et intel­lec­tuel dans la France de l’après-guerre, Lausanne, Payot, 1997 ; Christophe Aguiton, Philippe Corcuff, « Mouvements sociaux et poli­tique : entre anciens modèles et enjeux nou­veaux », Mouvements, n° 3, 1999 ; Nick Crosley, Making Sense of Social Movements, Buckingham, Open University Press, 2002 ; Gérard Mauger, « Pour une poli­tique réflexive du mou­ve­ment social », in Pierre Cours-Salies, Michel Vakaloulis (dir.), Les mobi­li­sa­tions col­lec­tives : une contro­verse socio­lo­gique, Paris, PUF, 2003 ; Cécile Péchu, Droit au loge­ment, genèse et socio­lo­gie d’une mobi­li­sa­tion, Paris, Dalloz, 2006. On trou­vera une dis­cus­sion serrée des proxi­mi­tés et écarts entre notre approche et celle de ces auteurs dans L. Mathieu, « L’espace des mou­ve­ments sociaux », mémoire cité.
[20] Les réfé­rences de ces dif­fé­rentes recherches seront livrées au fil du texte. Le lec­teur gagnera à s’y réfé­rer pour connaître le détail des mou­ve­ments évo­qués, sur lequel il ne sera sou­vent pas pos­sible, faute de place, de s’étendre dans le cadre de cet ouvrage.

Les commentaires sont fermés.