Les universités et la communauté politique

Mis en ligne le 08 février 2008

On entend de plus en plus dire que l’université doit être liée à la com­mu­nauté. Selon l’acception contem­po­raine du mot, il faut entendre par là la com­mu­nauté des « par­te­naires » qui lui sont exté­rieurs : les orga­ni­sa­tions com­mer­ciales ou finan­cières, les phi­lan­thropes et les « uti­li­sa­teurs » qui lui versent des « droits » de sco­la­rité. Elle est d’autant plus pres­sée de répondre à leurs « besoins » qu’elle dépend de plus en plus de ces der­niers pour son finan­ce­ment, et ceci à mesure que l’État réduit la part de son finan­ce­ment des ins­ti­tu­tions d’enseignement.

Par Eric Martin
Intervention pro­non­cée dans le cadre de la confé­rence inter­dis­ci­pli­naire de l’association des étu­diants diplô­més de l’Université d’Ottawa.

Je tâche­rai de mon­trer aujourd’hui rapi­de­ment que cette réfé­rence enthou­siaste et empha­tique à une « com­mu­nauté » avec laquelle il s’agirait de mul­ti­plier les ponts pro­cède d’un glis­se­ment de sens extrê­me­ment cynique et iro­nique. En effet, cette appel à bran­cher tous azi­muts l’université sur les agents éco­no­miques privés qui peuplent son envi­ron­ne­ment immé­diat inter­vient pré­ci­sé­ment au moment où s’effrite l’idéal d’une com­mu­nauté poli­tique saisie de la res­pon­sa­bi­lité réflé­chie de sa propre orien­ta­tion col­lec­tive, idéal à laquelle était inti­me­ment liés la mis­sion de l’institution uni­ver­si­taire moderne com­prise comme lieu de syn­thèse des connais­sances et des repré­sen­ta­tions héri­tées de la société.

Ainsi, il importe de situer la crise du mode de finan­ce­ment des uni­ver­si­tés dans le contexte plus large d’une crise des média­tions consti­tu­tives des socié­tés poli­tico-ins­ti­tu­tion­nelles et dans le cadre d’une muta­tion de ces socié­tés vers ce que le socio­logue qué­bé­cois Michel Freitag appelle les socié­tés opé­ra­tion­nelles-déci­sion­nelles, c’est-à-dire des socié­tés entiè­re­ment régies ou « colo­ni­sées », pour parler à la manière d’Habermas, par un « sys­tème » éco­no­mique auto­no­misé de type luh­man­nien, où l’ensemble des sous-sys­tèmes, psy­chiques ou ins­ti­tu­tion­nels, ne seraient plus que des « boucles » ou maillons dans la grande chaîne dont la fina­lité serait la seule créa­tion de valeur autoréférentielle.

Il faut donc resi­tuer ces réfé­rences démul­ti­pliées au « bran­che­ment » de l’université sur la « com­mu­nauté » dans un double contexte de muta­tion des ins­ti­tu­tions uni­ver­si­taires en orga­ni­sa­tions de for­ma­tion tech­nique répon­dant aux impé­ra­tifs de la valo­ri­sa­tion capi­ta­liste- ce que nous appel­le­rons le « capi­ta­lisme aca­dé­mique »- et de désa­gré­ga­tion du poli­tique, c’est-à-dire du vivre-ensemble réflé­chi sup­po­sant une com­mu­nauté de destin sociale, éco­no­mique, poli­tique et culturelle.

À la dis­so­lu­tion du commun répond, dans les uni­ver­si­tés, l’évidement et la diss­so­lu­tion de la consis­tance inté­rieure des ins­ti­tu­tions en tant qu’elles étaient por­teuses d’une den­sité his­to­rique et cultu­relle objec­ti­vée dont elles assu­raient la trans­mis­sion critique.

D’après l’idéal moderne qui pré­side à leur consti­tu­tion, l’espace poli­tique et l’espace uni­ver­si­taires sont consti­tués comme média­tions ins­ti­tuant une dis­tance de la société à elle-même, per­met­tant la resai­sie réflexive et cri­tique des orien­ta­tions et des pro­jets vers les­quels est tendu le deve­nir col­lec­tif. Ainsi, au-delà de la simple fonc­tion d’intégration ou de socia­li­sa­tion, (sur laquelle on insiste trop sou­vent aujourd’hui pour pré­sen­ter-à tort- les ins­ti­tu­tions comme des lieux de « dres­sage » qui bri­me­raient la « vie nue » (sans jamais nous dire com­ment penser l’existence de la société et du soi autre­ment qu’à tra­vers le renon­ce­ment ou l’abandon par­tiel du moi à un commun qui le pré­cède généa­lo­gi­que­ment, ne serait-ce que le lan­gage, et dont dépend non seule­ment son ins­crip­tion dans une com­mu­nauté, mais même la pos­si­bi­lité de s’appréhender soi-même pour soi en tant que « Je »), nous faut-il situer un autre rôle fon­da­men­tal de l’université, sui­vant encore la pers­pec­tive de Michel Freitag : celui de par­ti­ci­pa­tion à la défi­ni­tion cri­tique des orien­ta­tions des sociétés.

L’université est donc inti­me­ment liée à l’existence d’une com­mu­nauté poli­tique saisie de la res­pon­sa­bi­lité de se suf­fire à elle-même puisque sous­traite au dog­ma­tisme reli­gieux ou mythique (sans pour autant dire déliée de tout rap­port à la tra­di­tion, ce qui est plutôt la marque de la ration­na­lité ins­tru­men­tale, vers laquelle bas­cule majo­ri­tai­re­ment la moder­nité avan­cée dans sa tran­si­tion vers la post­mo­der­nité). Elle existe alors à la fois comme espace de liberté et comme espace de syn­thèse où la société est appe­lée à se recon­naître et à juger d’elle-même, c’est-à-dire à se « créer » pour parler à la manière de Castoriadis, dans le res­pect conscien­ceux de son his­to­ri­cité, et à se re-pro­duire luci­de­ment et pru­dem­ment en embras­sant toute la contin­gence de sa condition.

L’existence de l’université est ainsi inti­me­ment liée à l’idée d’une com­mu­nauté poli­tique par­ti­ci­pant de l’universel, d’un uni­ver­sum concret, d’une tota­lité où elle se tient comme moment média­teur entre les indi­vi­dus une culture qui dépendent réci­pro­que­ment de l’autre pour se main­te­nir dans l’existence et s’augmenter de charge his­to­rique, mais aussi entre le passé de la société et son présent.

Bien sûr, cet idéal, lorsqu’il se maté­ria­lise empi­ri­que­ment, ren­contre rapi­de­ment un frein : d’abord l’aporie de la ration­na­lité ins­tru­men­tale, sur laquelle je n’insisterai pas aujourd’hui, hormis peut-être pour parler du capi­ta­lisme. Car, d’après Freitag, c’est la géné­ra­li­sa­tion du tra­vail sala­rié comme mode de par­ti­ci­pa­tion à la société, dans le contexte d’une société divi­sée par le conflit social, qui vient sub­ver­tir le projet de démo­cra­ti­sa­tion de l’éducation et assu­jet­tir en partie les uni­ver­si­tés aux impé­ra­tifs de for­ma­tion de main d’oeuvre.

Cela n’empêche pas que sub­sis­tera long­temps au sein des uni­ver­si­tés, au-delà de la for­ma­tion spé­cia­li­sée, une place consa­crée à la culture géné­rale per­met­tant la consti­tu­tion de sujets liés à l’existence d’une com­mu­nauté politique.

À cet égard, le cas du Québec est inté­res­sant, vu sa moder­ni­sa­tion tar­dive. L’émergence d’un réseau éta­tique et public d’institutions d’enseignement post­se­con­daires se fera dans la foulée de la « révo­lu­tion tran­quille » et de l’après-guerre. C’est en pleine « trente glo­rieuses » période d’efferverscence éco­no­mique liée à l’implication key­ne­sienne d’États dotés de plus grand pou­voirs de per­cep­tion fis­cale par la guerre qu’apparaît tout un projet de déve­lop­pe­ment éco­no­mique du Québec-capi­ta­liste, certes-mais au sein duquel sub­siste tout de même une cer­taine idéa­lité poli­tique liant soli­da­rité éco­no­mique, com­mu­nauté de destin, iden­tité cultu­relle, liberté pour ceux et celles qui devaient deve­nir « maître chez eux ».

Ce projet sera bien sûr sub­verti, des les années 1970, par la montée de ce qu’Yves Bélanger appe­lait le Québec Inc., c’est-à-dire la montée d’une classe de tech­no­crates capi­ta­listes qui adhé­re­ront très vite au dis­cours néo­li­bé­ral, mar­telé depuis 1947 par les haye­kiens, du Mont-Pèlerien à l’Institut Fraser en pas­sant par l’Institut éco­no­mique de Montréal, et sou­dai­ne­ment popu­laire à l’occasion des crises de stag­fla­tion et de réces­sion qu’on peut situer aux envi­rons de la pre­mière crise pétro­lière de 1974.

Le rôle de l’iédologie néo­li­bé­rale ici est double : d’abord, légi­ti­ma­tion idéo­lo­gique de muta­tions concrètes de l’économie, qu’on (ou qui) cherche à « désen­cas­trer » de la régu­la­tion poli­tique qui la contient, sui­vant l’expression de Polanyi ; ensuite, projet phi­lo­so­phique « posi­tif » de dé-poli­ti­sa­tion de la société, c’est-à-dire sub­sti­tu­tion d’une liberté néga­tive à toute forme de régu­la­tion nor­ma­tive des pra­tiques sociales sur la base de quelque contenu posi­tif que ce soit, sorte de par­achè­ve­ment du projet hob­be­sien après la paren­thèse du réfor­misme social-démocratique.

Il s’agit ainsi de créer un sys­tème social basé sur les échanges auto­ré­gu­lés sui­vant « l’ordre spon­tané » du marché, policé par un État mini­mal assu­rant le contrôle et la ges­tion des dif­fé­rentes puis­sances indi­vi­duelles ou asso­cia­tives enga­gées dans un rap­port de concur­rence pour l’appropriation des res­sources, pré­ro­ga­tives d’agir ou car­ré­ment des fluxs de reve­nus spé­cu­la­tifs déga­gés par le boursicotage.

Ce projet est marqué par l’emballement des puis­sances éco­no­miques et tech­no­lo­giques libé­rées de l’emprise de la tra­di­tion et que la raison, deve­nue ins­tru­men­tale, n’arrive plus à conte­nir, de sorte que l’humain se trouve, comme le rele­vaient Marx, Gunther Anders ou Arnold Gehlen, à des puis­sances ou sys­tèmes exté­rieurs à lui, auto­ré­gu­lés, auto­ma­ti­sés, voire cyber­né­tiques, où se trouve déchar­gée la res­pon­sa­bi­lité poli­tique d’une prise en charge réflé­chie du deve­nir des socié­tés par elles-mêmes.

Dans une telle pers­pec­tive, l’existence de la com­mu­nauté ne tient plus à grand chose. L’individu, réputé s’y auto­pro­duire en dehors de toute dépen­dance à l’Autre ou au commun, devient res­pon­sable de la maxi­mi­sa­tion de sa puis­sance d’acquisition et de la satis­fac­tion de son désir. Dans le contexte uni­ver­si­taire, cela se tra­duit par un dis­cours axé sur l’investissement ren­ta­bi­liste dans son propre « capi­tal humain » dans le but de se garan­tir un « flux de revenu futur anti­cipé » (l’expression est de Marc-André Gagnon) qui repré­sente une plus grande part de la « tarte » du pro­duit total.

Cela ins­ti­tue bien sûr un rap­port pro­blé­ma­tique avec l’Autre, le com­pé­ti­teur mena­çant qui risque de me sous­traire l’objet de mon plai­sir (Zizek), celui qui risque de me dépas­ser, ou encore de m’agresser, bref, le ter­ro­riste. Cela ins­ti­tue aussi un rap­port du soi à soi très pro­blé­ma­tique, puisque lorsqu’il n’arrive pas à ren­con­trer l’idéal de per­for­mance-auquel il pré­tend du reste de manière nar­cis­sique (Lasch), s’identifiant à des figures de win­ners du monde de l’entrepreneurship ou du star-sys­tème (il faut à cet égard voir la muraille extrê­me­ment vul­gaire consa­crée à Paul Desmarais dans le pavillon du même nom à l’université d’Ottawa)- alors l’individu se trouve aux prises avec un échec qu’il est inca­pable de sup­por­ter dans son inté­rio­rité vide, toute tour­née vers la réponse à la sol­li­ci­ta­tion exté­rieure : le voici qui devient dépres­sif, obses­sif-com­pul­sif, criblé d’addictions, bref, inca­pable de « se prendre en charge », quant il n’en vient pas car­ré­ment à l’auto-suppression.

Ne serait-il pas alors logique qu’il accepte d’investir, quitte à s’endetter, pour ren­ta­bi­li­ser son talent et sa valeur sur le « marché des exis­tences » ? Ne serait-il pas alors aussi logique les médiocres usu­riers de jadis, deve­nus aujourd’hui les nou­veaux « héros » de la rapine éco­no­mique alors qu’ils n’ont guère changé-et jusqu’à ce qu’ils tombent, Conrad Black, Vincent Lacroix, etc.- inves­tissent eux aussi une part de leur pécule pour socia­li­ser à la nou­velle sauce mana­gé­riale ceux qui vien­dront s’installer à leur place dans le fau­teuil d’opérateur de la machine inter­na­tio­nale de pro­duc­tion de babioles obso­les­centes et de valeur spéculative ?

Ainsi l’université elle-même se réduit-elle de plus en plus à ce « lieu vide » où l’on trouve l’intersection entre deux droites : celle de l’offre de force de tra­vail nue et celle de la demande de « res­sources humaines de base » ou de petits contre­maîtres sapés. Il ne s’agit plus pour elle de trans­mettre une culture per­met­tant la par­ti­ci­pa­tion de chacun, cha­cune à la resai­sie réflexive d’une société mise à dis­tance d’elle-même. Tout au plus s’agit-il pour elle de doter les drones qui la fré­quentent des meilleurs com­pé­tences pro­duc­tives qui leur per­met­tront de s’insérer dans une hié­rar­chie éco­no­mique inquestionnée.

Bien sûr, pour cela, l’université doit être à jour, up to date, comme on dit, et doit pour cela s’adapter, en temps réel, à l’évolution de l’environnement éco­no­mique qui l’entoure, ce qui exige qu’elle fasse de la « recherche » sa prin­ci­pale acti­vité –au détri­ment de l’enseignement- et qu’elle soit pour cela « bran­chée » le plus immé­dia­te­ment pos­sible sur les fluc­tua­tions de l’économie, c’est-à-dire immer­gée sans plus aucune dis­tance dans le net­work des échanges entre orga­ni­sa­tions, où elle occupe la seule fonc­tion de qua­li­fi­ca­tion des manoeuvres et d’innovation tech­no­lo­gique, his­toire de main­te­nir constante l’irritation, le edge qui garde le sys­tème de créa­tion de valeurs sur les dents, comme il est bou­li­mique de nou­veauté, le tout sans égard aux consé­quences envi­ron­ne­men­tales et sociales de toute l’opération, avec le concours tou­jours sou­riant des bureaux de trans­fert de la connais­sance. « De la valo­ri­sa­tion de la connais­sance à la créa­tion de valeur ». Ce n’est pas une blague mar­xiste, c’est le slogan du bureau de l’Université d’Ottawa.

De sorte que l’accès uni­ver­sel à l’université se trouve de plus en plus res­treint par des hausses de frais de sco­la­rité. De sorte que l’espace se trouve de plus en plus sécu­risé. De sorte que les cor­po­ra­tions influent de plus en plus sur l’environnement phy­sique et les conte­nus de cours de l’université. De sorte que la fina­lité et la nature même de l’université subissent une muta­tion irré­mé­diable de la pri­va­ti­sa­tion pro­gres­sive du rap­port à la connais­sance, du rap­port de l’individu à soi, et de celui qui liait l’université, le citoyen et la com­mu­nauté politique.

Au Québec, d’après l’Institut de recherche et d’information socio-éco­no­miques, « La contri­bu­tion gou­ver­ne­men­tale est passée, en pro­por­tion des reve­nus, de 87 % en 1988 à 71 % en 2002. Quant à la part des étu­diants elle est passée de 5,4 % à 9,5 %27 dans la même période. En ce qui a trait aux autres sources de reve­nus tel que les inves­tis­se­ments privés, elles ont aug­menté de 7,5 % à 19,6 %. L’UQAM, plon­gée dans une crise finan­cière à la suite de scan­dale immo­bi­liers moti­vés par l’incapacité de finan­cer la construc­tion d’un pavillon sans l’assortir d’espaces loca­tifs géné­ra­teurs de reve­nus, pour­rait d’ici 5 ans cumu­ler un défi­cit de 500 M$ de dol­lars. L’ensemble des uni­ver­si­tés ont déposé des bud­gets défi­ci­taires. Beaucoup d’entre elles voient leurs sub­ven­tions rete­nues par l’État sous pré­texte qu’elles n’arrivent pas, en bonnes ges­tion­naires, à se débrouiller avec les miettes que lui consent un gou­ver­ne­ment qui, du reste, se prive volon­tai­re­ment de reve­nus en défis­ca­li­sant massivement.

Ainsi fau­drait-il que les hérauts de « l’ouverture de l’université sur la com­mu­nauté et sur le monde », voir sur la « société pla­né­taire » comme le disait récem­ment le rec­teur Patry en remet­tant un prix hono­ri­fique à M. Desmarais, aient l’honnêteté d’admettre que c’est au sys­tème auto­fi­na­lisé de l’économie glo­ba­li­sée qu’ils nous convient de nous adap­ter et de nous asser­vir jusqu’à disparaître.

L’existence d’un tel réseau sup­pose la déré­gu­la­tion de l’économie, c’est-à-dire la des­truc­tion pro­gram­mée des méca­nismes poli­tiques qui assu­raient encore jusqu’ici une redis­tri­bu­ti­vité mini­male des richesses et le finan­ce­ment public des pro­grammes sociaux ou des ins­ti­tu­tions uni­ver­si­taires. La place de l’État recule de plus en plus, et avec lui, la com­mu­nauté poli­tique et cultu­relle qui s’y incar­nait, plon­geant les uni­ver­si­tés dans une logique de dépen­dance vis-à-vis du sec­teur privé avec lequel elles s’indifférencient de plus en plus.

En somme, nous assis­tons au double englou­tis­se­ment de l’université et de la com­mu­nauté poli­tique par le réseau des échanges sys­té­miques, à leur mise en boucle dans un pro­ces­sus qui tourne de lui-même et auquel nous ne pou­vons que nous adap­ter, sans même qu’il soit nécés­saire d’y croire, puisque l’inéluctable se dis­pense de toute adhé­sion inté­rieure : il vous saisit tout entier opé­ra­tion­nel­le­ment et processuellement.

Il ne s’agit plus pour l’université de par­ti­ci­per, comme média­tion, à l’orientation cri­tique des com­mu­nau­tés poli­tiques, mais uni­que­ment à l’intégration directe des indi­vi­dus dans la hié­rar­chie éco­no­mique à laquelle se rédui­rait le vivre-ensemble. À l’heure où l’on appelle l’université à cesser d’être une tour d’ivoire pour se bran­cher direc­te­ment sur la « com­mu­nauté » des par­te­naires d’affaires, peut-être est-il utile de rap­pe­ler que la double survie de l’université et de la com­mu­nauté poli­tique implique la sau­ve­garde de cette néces­saire dis­tance de la société à elle-même et que l’ivoire, bien avant d’être un luxe bour­geois, est avant tout une défense.

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