Les travailleurs d’Amazon s’organisent

MITCHELL THOMPSON, extrait d’un texte paru dans Jacobin, 1er octobre 2021
Pour la plupart des gens, la pandémie de COVID-19 a été une catastrophe. Au dire de tous, elle a exacerbé l’inégalité des revenus, mis en péril les travailleurs contraints de supporter des conditions dangereuses pour conserver leur emploi et augmenté les rangs des travailleurs pauvres, incapables de se loger et de se nourrir. Cependant, les difficultés n’ont pas été uniformément réparties.
Amazon est l’une des nombreuses entreprises qui ont bien réussi pendant la pandémie. Selon le Financial Times, le conglomérat multinational a enregistré deux trimestres successifs de plus de 100 milliards de dollars de ventes. Les bénéfices de l’entreprise ont plus que triplé au cours de la dernière année et demie.
Après avoir surmonté la pandémie, Amazon fait désormais face à une nouvelle menace. Le syndicat des Teamsters a lancé des campagnes de recrutement dans neuf de ses quatorze installations canadiennes. En cas de succès, ces campagnes de syndicalisation marqueraient un tournant pour les syndicats en Amérique du Nord. À ce jour, aucune tentative de syndicalisation d’un entrepôt Amazon n’a été couronnée de succès au Canada ou aux États-Unis.
La campagne à Nisku
Les Teamsters organisent les travailleurs et les travailleuses des « centres de distribution » en Alberta, en Colombie-Britannique et en Ontario, de Kitchener et Cambridge à Milton en passant par la région du Grand Toronto. Jusqu’à présent, la campagne la plus réussie a eu lieu au centre de distribution YEG 1 à Nisku, en Alberta, où la section locale 362 a demandé un vote pour certifier l’adhésion au syndicat le 14 septembre. Cette demande est appuyée par 40 pour cent des quelque huit cents travailleurs de l’établissement.
L’installation de Nisku a officiellement ouvert ses portes à l’ été 2020, avec la promesse qu’elle offrirait des opportunités aux travailleurs affectés négativement par le déclin du secteur pétrolier. Par ailleurs, l’entrepôt de Nisku a été le site de plus d’une centaine d’infections au COVID-19. Exempté de fermeture par le gouvernement en tant qu’industrie « essentielle », le lieu de travail fortement contaminé a obligé les travailleurs de prendre le risque, sans augmentation de salaire.
Amazon a récemment annoncé une augmentation de salaire dérisoire pour certains employés des centres de distribution canadiens, avec un salaire de départ entre 17 $ et 21,65 $ l’heure. En réalité, 17 $ l’heure est bien inférieur au salaire moyen des entrepôts syndiqués.
Un changement des conditions de travail est autre un point de friction pour les travailleurs d’Amazon. Pour le porte-parole de la section locale 362, Christopher Monette, les conditions de travail sont très mauvaises. Le contrôle informatisé des employé-es impose des rythmes insupportables. Les employés doivent manipuler un nouveau colis à toutes les 12 secondes. Tout retard impose des sanctions qui peuvent aller jusqu’au licenciement.
Une entreprise dangereuse
« On demande aux travailleurs et aux travailleuses de faire plus que ce qu’ils et elles sont humainement capables de faire », a déclaré James Killey, un organisateur de la section locale 879 des Teamsters près de Hamilton.
En 2019 et en 2020, les données de la Commission de la sécurité professionnelle et de l’assurance contre les accidents du travail de l’Ontario ont indiqué que le taux de blessures de l’entreprise dans la province avait fortement augmenté par rapport à son taux de 2017. Cela était dû en grande partie au « surmenage » et aux entorses. À travers le Canada, selon le Toronto Star, de nombreuses installations d’Amazon avaient des taux de blessures supérieurs à la moyenne américaine de l’entreprise.
« Il y a une atmosphère générale de peur et d’anxiété », a déclaré un autre travailleur à Jacobin. « Dans votre contrat, il est dit que vous pouvez être licencié à tout moment. »
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Quelques semaines seulement avant l’annonce de la campagne syndicale des Teamsters, l’un des plus grands journaux du Canada a demandé si une « vague de syndicalisation » balayait le commerce de détail et d’autres secteurs à bas salaires. La semaine dernière, les travailleurs de l’Alberta, la province la moins favorable aux travailleurs du Canada, ont mis en garde la chaîne d’épicerie Real Canadian Superstore. Les membres de l’Union internationale des travailleurs unis de l’alimentation et du commerce ont voté à 97 % pour la grève.
En janvier, le Toronto Star a rapporté que la densité syndicale avait augmenté jusqu’en 2020. Cette augmentation est due à la fois aux pertes d’emplois dans les lieux de travail non syndiqués et aux importantes campagnes syndicales menées par des « travailleurs essentiels » maltraités dans les soins de santé, la vente au détail et la restauration.
En raison du profil et de la réputation de l’entreprise, une victoire syndicale dans un entrepôt d’Amazon signalera aux autres travailleurs qu’ils peuvent également gagner.