Les socialistes, l’environnement et l’écosocialisme

par NGWANE Trevor

19 novembre 2010

Il existe une crise écologique dans notre monde, et cette crise remonte au capitalisme. La déforestation résulte du commerce du bois. Le changement climatique est provoqué par l’insécurité des méthodes de production.

La classe ouvrière est celle qui souffre le plus de la crise écologique. C’est cette classe qui est majoritaire, et leurs conditions de vie les rendent plus vulnérables. Les travailleurs habitent des maisons légères et des bidonvilles qui se trouvent facilement balayés et emportés par les pluies fortes et les vents violents. Quand les travailleurs se trouvent malades ou blessés, il n’existe pas toujours une aide médicale suffisante pour les soigner.

Les socialistes négligent ces questions depuis des années. Pire encore, certaines personnes qui s’autodésignent comme socialistes ont contribué à la crise écologique, comme l’Union Soviétique, qui a porté la responsabilité de Tchernobyl, un des accidents nucléaires les plus graves dans l’histoire de l’homme. Le parti Communiste Chinoise continue à superviser la destruction de la nature par leurs seules méthodes de production capitalistes pratiquées sans relâche.

Les distorsions du Marxisme et du socialisme où les “états socialistes” poursuivent les valeurs et les règles du capitalisme est une pratique que nous devrions questionner, si toutefois nous souhaitons mener une lutte contre la destruction de l’environnement par le capitalisme. AU 20e siècle, ce fut Staline avec sa théorie du “socialisme dans un seul pays” et l’obligation qui en découle de concurrencer et être à l’égale de l’Ouest dans la capacité à produire et à détruire. Il a partiellement réussi, mais le processus même a exploité et rendu esclave les classes ouvrières au nom desquelles il régnait. Au 21e siècle, nous devons exprimer notre désaccord avec le “pétrosocialisme” de Hugo Chavez, car si la production de davantage de pétrole produit plus de pétrodollars, elle génère aussi plus d’émissions de gaz carbonique.

Les êtres humains font partie intégrante de la nature et le socialisme est humaniste. Dans le monde d’aujourd’hui cela veut dire que le véritable socialisme ne peut exister sans qu’il y ait un composant écologique. Pour souligner ceci, certaines personnes ont inventé le terme “écosocialisme”. D’autres camarades ont résisté cette notion, sous prétexte que le socialisme est écologique de façon inhérente. Soit. Cependant je reste persuadé que si le fait de le désigner ainsi permet de se focaliser sur la question, il convient que les socialistes se saisissent de ce nouveau concept ou s’en servent au besoin. Vous rappelez-vous du débat sur le “socialisme démocratique” ? Il s’agissait de besoin de souligner la nature démocratique du socialisme eu égard des distorsions des dictateurs “Marxistes”. Le fait que les socialistes négligent de s’intéresser de manière sérieuse aux questions écologiques comporte deux danger. Le premier est qu’une fois la terre détruite, il n’y aura pas de monde pour y construire le socialisme. Le second danger est “l’environnementalisme du marché” prendra le dessus, en balayant les socialistes de côté, ce qui mènera à terme à la destruction de la nature, y compris des êtres humains.

“L’environnementalisme du marché” est une tentative de résoudre la crise écologique sans mettre en cause le système des bénéfices – le capitalisme. Le résultat final de ceci est que le commun des mortels croit que l’on s’occupe du problème, or les choses s’empirent. Par exemple, le Protocole de Kyoto en 1992 a adopté le mécanisme de système d’échange de crédits de carbone pour réduire les émissions de carbone. Cependant, depuis lors, les émissions ont augmenté et non pas diminué dans le monde. Un autre exemple est le recyclage. La plupart des personnes le font, mais néanmoins cela ne réduit pas les problèmes, car ce sont souvent les mêmes entreprises qui polluent qui gèrent le cycle du recyclage.

La crise écologique fournit une opportunité aux socialistes de convaincre des couches plus larges de la population, car tout le monde se trouve affecté par l’environnement. Ainsi, la crise écologique ne peut se résoudre que si la motivation des bénéfices est sévèrement jugulée ou même totalement éliminée. Le capitalisme est incapable de résoudre la crise écologique, étant soi-même le principal coupable. Les socialistes peuvent faire remarquer ceci de manière concrète et mettre en avant des exigences de mesures de transition. Cela aurait comme effet d’attirer de plus en plus de personnes et d’obliger les capitalistes soit de capituler, soit de se démasquer. Il existe déjà des capitalistes qui sponsorisent un message de déni et qui se trouvent pièges par leur propre démarche.

Les obstacles à l’adhésion des socialistes à la lutte écologique sont les suivants :

• Les distorsions historiques quant à ce que c’est que le socialisme

• Aucune tradition de porter les questions de l’environnement ou bien l’ignorance de ces traditions tel le mouvement anti-nucléaire révolutionnaire trop peu connu

• Considérer les questions de l’environnement comme “libérales” ou “réformiste” ou “douces” comme la campagne tant ridiculisée pour “sauver les baleines” et les références humoristiques mais dénigrantes aux personnes qui embrassent les arbres

• Permettre à ceux qui adhérent à une idéologie libérale de définir et de s’approprier les questions environnementales et les luttes, comme Earthlife Africa, Greenpeace, “nous sommes les experts”, “c’est notre cause”, une sorte de division du travail au sein de la lutte

• Un manque de connaissance chez les socialistes de la gravité et de la nature de la crise écologique. Par exemple : en tant que socialiste savez-vous exactement ce qui a causé le Tsunami ?

LA VISION SOCIALISTE/COMMUNISTE

La richesse est produite par les travailleurs. Les choses dont nous avons besoin pour vivre sont fabriquées de leurs mains. Ils entreprennent ce travail ensemble. La production collective est la fondation de l’existence moderne. Imaginez ce qui résulterait si les travailleurs non seulement produisaient, mais organisaient et contrôlaient la production, afin de produire ce dont ils ont besoin, à la place des patrons, qui contrôlent et s’approprient toute la richesse. Imaginez combien cela permettrait de subvenir aux besoins de un chacun. La vie serait bien meilleure et plus heureuse. Il n’y aurait pas de raison pour que qui que cela soit opprimé ou domine un autre, parce que les personnes ensemble auraient le plein contrôle de leurs vies, et s’assureraient que par le même contrôle directe personne n’aurait le droit de dominer, de contrôler, d’opprimer ou d’exploiter un autre. Quand cela sera le cas, les personnes seront au mieux d’eux-mêmes et non pas au pire, le pire qui résulte du capitalisme : la compétitivité, l’agression, et les aspects sous-humains.

En se débarrassant du système patronal et la propriété privé, en réunissant les producteurs et les moyens de production, le socialisme met en place la réelle possibilité pour la société d’avancer vers le communisme, cette joyeuse société sans classes. Au 21e siècle, nous devons insuffler l’éco-conscience à cette vision, ce que Joel Kovel appelle “l’écocentrisme”, c’est-à-dire le respect pour l’écologie du monde. Nous devons mettre en place des mesures active pour gérer la crise écologique mondiale sur le plan conceptuel, en arrêtant de considérer les écosystèmes comme des commodités à exploiter à but lucratif. La nature n’est pas “l’environnement externe” mais plutôt comme l’a si bien argumenté Jacklyn Cock dans son livre, “La guerre contre nous-mêmes : La Nature, le Pouvoir et la Justice”. Les êtres humains font partie intégrante de la nature. Kovel argumente que nous avons besoin de processus de production “écocentriques” plutôt que de la production capitaliste qui vise le profit. Kovel appelle à lutter pour remplacer la méthode de production capitaliste par l’écosocialisme. Il définit la nouvelle mode de production ainsi :

« L’écosocialisme est cette société au sein de laquelle s’unit un travail librement consenti à des fins et des moyens consciemment écocentriques. »

QUELQUES IDÉES POUR ALLER DE L’AVANT

Afin de garder l’attention des lecteurs et d’être aussi clair et concis que possible, cette section est organisée par points ::

• Les socialistes doivent examiner la notion de l’écosocialisme attentivement. Nous devons considérer les écrits de Joel Kovel, entre autres. Nous sommes chanceux, car il va bientôt se rendre en Afrique du Sud pour y donner des conférences. Tous ceux qui le peuvent doivent se rendre à ces conférences, et, si possible les enregistrer afin de les partager avec un public socialiste plus large. Je crois qu’il est important de lancer un appel à tous les groupes socialistes d’inclure la notion de crise écologique et l’écosocialisme dans les discussions théoriques et groupes d’études. Les mouvements sociaux et les syndicats doivent faire de même. Les intellectuels de gauche qui ont un accès aux étudiants et au public qui réfléchit doivent présenter ces idées et entraîner les masses. Le grand public devra approuver notre vision d’une société écosocialiste future.

• Nous (les socialistes et autres personnes de progrès) devons encourager les mouvements sociaux, les syndicats, la jeunesse et autres organisations de masse avec lesquelles nous travaillons de porter à bout de bras les luttes environnementales. Nous devons identifier les questions et les campagnes qui peuvent aider la classe ouvrière d’apprendre davantage sur la crise écologique. Cela implique aussi s’engager sur des questions nouvelles ou identifier la dimension écologique au sein des luttes existantes.

Voici quelques exemples de telles questions et luttes potentielles :

La lutte pour combattre la construction de davantage de centrales électriques qui brûlent le charbon par ESKOM

La promotion du développement et l’utilisation des énergies renouvelables plutôt que des énergies fossiles

La lutte contre les décharges de déchets qui endommagent l’environnement et les personnes telle la lutte pour la mise en place d’un véritable ramassage d’ordures, et le nettoyage des espaces publics en ville et dans les bidonvilles informels

La lutte contre la pollution comme celle de Iscor dans le Vaal, Engen au sud de Durban, le fait de brûler des pneus dans le East Rand etc.

La lutte contre le marketing capitaliste qui promeut une consommation de masse destructive

La lutte contre l’utilisation de la voiture privée et pour la mise en place de transports en commun abordables et adéquats

La gauche doit développer une série de demandes capables d’unifier la lutte autour de la crise écologique. Nous devons populariser notre perspective et nos demandes à travers des slogans tels “Garder le pétrole dans le sol !” “Gardons le charbon sous le sol !” La gauche doit créer des alliances avec les groupes d’environnementalistes en Afrique du Sud, tel le nouveau “Environmental Justice Now !”. Nous devons démystifier et simplifier l’environnementalisme et l’écocentrisme pour l’habiller dans un langage populaire et le faire correspondre aux préoccupations des travailleurs. Nous devons inclure les questions et demandes écologiques dans les plateformes de gauche tel la plateforme électoral Socialist Green Coalition des dernières élections et l’appel issu de la Conference for a Democratic Left. Nous avons besoin de produire un livret générique mais radical sur l’environnement et l’approche socialiste à la crise écologique. Un tel livret se devra d’expliquer l’écosocialisme d’une manière pratique qui le relie aux luttes actuelles dans le pays et à travers le monde.

CONCLUSION

Ce document bref avait comme but d’expliquer pourquoi les socialistes doivent s’emparer de questions environnementales et pourquoi il faudrait d’inclure ceci de manière systémique dans la vision de l’écosocialisme. Il est court, afin d’être lu et compris rapidement. Il existe bien d’aspects qui ont été volontairement laissés de côté, telle l’évaluation de l’idée des “biens communs” et la manière de percevoir ceci comme une avancée du “discours des droits humains”. Une autre discussion importante qui se trouve écartée est la crise économique mondiale actuelle, annoncé par le grand Immanuel Wallerstein comme le glas du capitalisme, lors de ses conférences récentes en Afrique du Sud. En écrivant ce texte, j’ai tenté de ne pas prêcher aux convaincus ; ceux à qui je m’adresse sont les “esprits naïfs”, par exemple un jeune qui est encore en processus d’apprentissage de l’abcédaire des luttes, ou un camarade plus vieux qui était trop occupé par les luttes de terrain pour réfléchir beaucoup à ces questions. À de tels camarades, je dis : l’heure est venue pour s’engager dans la lutte de sauver la terre et de sauvegarder la nature contre la destruction capitaliste et son ignorance structuré. Les animaux et les plantes font partie intégrante de la nature. Les êtres humains aussi font partie de la nature, et habitent notre terre. Nous avons besoin d’une vision du monde où les êtres humains, les animaux, les plantes, les forêts, les rivières, les montagnes et vallées ainsi que les autres aspects de la nature coexistent en harmonie. Nous ne pouvons pas revenir à une étape idyllique et simple de communisme primitif. Mais nous pouvons adhérer au concept de l’écosocialisme et à la lutte pour le mettre en place de manière pratique afin d’avancer vers le communisme de la société sans classe.

Trevor Ngwane

* Ce papier fut présenté à la conférence de la Fondation Rosa Luxemburg “La Crise Mondiale et l’Afrique : les luttes pour des Alternatives”, Randburg, le 19 novembre 2009. Reproduit en français dans le Courrier international des mouvements sociaux n° 1, janvier 2010. Traduction de l’anglais par Judith Hitchman, février 2010.

* Trevor Ngwane est un activiste d’Afrique du Sud.