Occupy Wall Street

Les signes annonciateurs d’un « nouveau bloc social » ?

Etats-Unis

Par Mis en ligne le 21 octobre 2011

Le 17 sep­tembre 2011, dans la foulée d’un appel lancé, dès fin juillet, sur le site Adbusters – un site qui indique sa volonté « de chan­ger la façon dont l’information se dif­fuse, dont les firmes exercent le pou­voir et la façon dont le sens est pro­duit dans notre société » – les pre­miers « acti­vistes » don­naient le coup d’envoi au mou­ve­ment Occupy Wall Street (OWS) à New York.

La police de New York ne leur a pas laissé plan­ter leurs tentes au milieu du centre mon­dial de la finance. Ils le firent dans le Zuccotti Park, situé assez près de « Ground Zero », dans Lower Manhattan. La place a été rebap­ti­sée « Liberty Square », par réfé­rence à Tahrir Square, au Caire.
Depuis lors, le mou­ve­ment s’est étendu à un grand nombre de villes au tra­vers des Etats-Unis ; plus de 75, le 6 octobre. Dès le début de ce mois, le sou­tien de plu­sieurs sec­tions de dif­fé­rents syn­di­cats et de diverses orga­ni­sa­tions de quar­tier (com­mu­nity groups) ajou­tait une dimen­sion inusi­tée à ce mou­ve­ment social.

Il regroupe diverses frac­tions de la société : depuis les per­sonnes dont la maison a été saisie (car elles ne pou­vaient s’acquitter des inté­rêts hypo­thé­caires usu­raires), en pas­sant par les étudiant·e·s endet­tés jusqu’au cou et devant renon­cer à la pour­suite de leurs études, jusqu’aux chô­meurs et aux mul­tiples désaf­fi­liés d’une société frap­pée par la plus ample crise depuis la Seconde Guerre mon­diale. Le mou­ve­ment tend à s’élargir à des sec­teurs de salarié·e·s du public et même du privé. Une ten­dance qui doit encore se confir­mer.

Deux slo­gans tra­duisent le profil du mou­ve­ment. Le pre­mier : « Nous sommes le 99%», impli­quant par là que le 1% de la popu­la­tion com­mande et tire le plus grand béné­fice de ce sys­tème. Ce rap­port entre 99% et 1% sym­bo­lise aussi la bipo­la­ri­sa­tion for­te­ment accen­tuée de la répar­ti­tion de la richesse sociale pro­duite aux Etats-Unis. Le second : « Les banques ont été ren­flouées. Nous avons été vendus. » Autrement dit, à sa façon, est mise en ques­tion la poli­tique du gou­ver­ne­ment et des « maîtres de Wall Street » – la frac­tion du capi­tal finan­cier – qui exercent sur les options de l’administration Obama une influence déter­mi­nante.

The New York Times du 8 octobre 2011 consa­crait un article sup­plé­men­taire au OWS. Il est centré sur le rôle des réseaux sociaux dans son orga­ni­sa­tion, ce qui permet de gommer son contenu social. Néanmoins, Jennifer Preston est contrainte de rendre compte des débats en cours à l’échelle des Etats-Unis : d’une part, la ques­tion de l’emploi, « de la cupi­dité des firmes et des coupes bud­gé­taires », de l’autre, les pro­blèmes « plus proches » aux­quels s’affrontent les popu­la­tions de diverses villes.

Les réac­tions bru­tales de la police sont aussi sou­li­gnées. La police de New York n’a pas hésité à arrê­ter 700 mani­fes­tants, le 1er octobre 2011, alors qu’ils ne blo­quaient pas, effec­ti­ve­ment, le pont de Brooklyn, contrai­re­ment à ce qu’ont affirmé les médias, à l’échelle inter­na­tio­nale.

OWS ne tombe pas du ciel

Ce mou­ve­ment et sa dyna­mique ne tombent pas du ciel, dans un pays où plus de 46 mil­lions de per­sonnes vivent en des­sous de la ligne de pau­vreté. Les der­nières sta­tis­tiques sur l’emploi, la pau­vreté et une crise dont l’économie capi­ta­liste états-unienne n’est, en fait, jamais sortie depuis 2008 l’indiquent. Le taux de chô­mage – sans comp­ter les temps par­tiels impo­sés avec les salaires de misère qui les accom­pagnent et les per­sonnes « décou­ra­gées », donc ne cher­chant plus un emploi et exclues de la sta­tis­tique – se situe à hau­teur de 9,1%. En sep­tembre 2011, la dis­tri­bu­tion du chô­mage était la sui­vante : 14 mil­lions chô­meurs et chô­meuses enre­gis­trés ; 9,3 mil­lions de « temps par­tiels invo­lon­taires », autre­ment dit qui cherchent un temps plein et ne le trouvent pas ; 2,6 mil­lions « atta­chés mar­gi­na­le­ment au marché du tra­vail », dans le sens où ils ne cherchent pas acti­ve­ment (au moment de l’enquête) un emploi. Soit un total de 25,9 mil­lions. Quant au nombre de chô­meurs et chô­meuses qui le sont depuis plus de six mois, il est qua­si­ment au niveau du pic atteint au prin­temps 2010, soit 44,6% en sep­tembre 2011 (contre 45,6% en avril 2010).

Or, la créa­tion d’emplois est en baisse au cours des cinq der­niers mois de 2011. Le chô­mage va donc remon­ter dans les mois qui viennent ; non seule­ment sous l’effet du ralen­tis­se­ment éco­no­mique, mais parce que la crois­sance de la popu­la­tion active est supé­rieure à la créa­tion d’emplois.

A cela s’ajoutent, déjà, les réduc­tions per­ma­nentes d’emplois dans le sec­teur public, par­ti­cu­liè­re­ment à l’échelle des muni­ci­pa­li­tés et des Etats for­te­ment endet­tés. Quelque 34’000 emplois publics ont été sup­pri­més durant le seul mois de sep­tembre 2011. L’enseignement secon­daire a été la prin­ci­pale cible des com­pres­sions d’effectifs : ensei­gnants, biblio­thé­caires, employés admi­nis­tra­tifs, etc.

Heidi Shierholz de l’Economic Policy Institute effec­tue la somme de la dimi­nu­tion des salarié·e·s de l’enseignement secon­daire depuis 2008 (soit 278’000) et l’augmentation du nombre d’enseignants qu’aurait exigée l’accroissement du nombre de jeunes devant être sco­la­ri­sés : 48’000. Autrement dit, le fossé « comp­table » entre le besoin d’enseignants et l’effectif pré­sent peut être estimé à 326’000 pour ce qui est du sec­teur de l’éducation publique.

Or, entre 2008 et 2010, le nombre d’enfants vivant dans la pau­vreté a crû d’au moins 2,3 mil­lions. Ce sont pré­ci­sé­ment ces jeunes qui auraient besoin d’un enca­dre­ment sco­laire plus fourni et solide. Voilà un parmi les nom­breux enga­ge­ments de l’administration d’Obama qui n’a pas été res­pecté.

Ces seuls faits expliquent, à coup sûr, l’engagement des ensei­gnants, de leurs syn­di­cats ou de la Coalition for Public Education auprès des divers mou­ve­ments OWS dans les villes.

Ce d’autant plus que la révolte sociale à Madison (Wisconsin) contre la poli­tique bru­tale d’austérité du gou­ver­neur Scott Walker – voir à ce propos les articles sur ce site publiés depuis mars 2011 – a marqué les esprits d’un sec­teur de la popu­la­tion, par ses objec­tifs, ses moda­li­tés d’actions et la conver­gence sociale qu’elle concré­ti­sait. A Madison, l’action et les ini­tia­tives des ensei­gnants ont été déter­mi­nantes.

Des ren­contres qui changent

Des repor­tages ayant trait aux diverses mani­fes­ta­tions per­mettent de capter une partie de l’état d’esprit de leurs par­ti­ci­pants. Ainsi, le 5 octobre, à New York, un sala­rié de FedEx (la firme trans­na­tio­nale de logis­tique, active aussi en Suisse), qui mar­chait avec son habit de tra­vail, confiait à un jour­na­liste : « Ils essayent tou­jours de nous mettre plus de tra­vail sur le dos. On effec­tue 40 livrai­sons, ils en veulent 50. On en fait 50, ils en veulent 60. » Il n’y a pas de syn­di­cat dans son entre­prise. Il confie : « Je n’ai jamais par­ti­cipé à une mani­fes­ta­tion, c’est la pre­mière fois pour moi. » A ses côtés se trou­vaient quelques mil­liers d’étudiants de la New York University, de la Columbia University et de la New School.

Prenant la parole à cette occa­sion, Bob Master du Communications Workers of America (un des deux syn­di­cats des salarié·e·s des moyens de com­mu­ni­ca­tions et des médias), déclare : « Regardez autour de vous. C’est ce à quoi res­semble la démo­cra­tie. Occupy Wall Street capte l’esprit de notre temps. Ici, c’est Madison. Ici, c’est le Caire. Ici, c’est la Tunisie. Occupy Wall Street a initié un mou­ve­ment dont nous sommes tous partie pre­nante autour du monde. »

Au-delà de l’emphase rhé­to­rique, Master relève un trait de ce mou­ve­ment que d’aucuns vou­laient, à ses débuts, réduire à une expres­sion mimé­tique de la part de quelques « indi­gnés » qui sui­vaient la mode. En effet, comme des mou­ve­ments sociaux qui plongent leurs racines dans une société bou­le­ver­sée, OWS est devenu – de manière embryon­naire – le point de ren­contre et de recon­nais­sances mutuelles de per­sonnes mar­quées par un iso­le­ment social accen­tué dans cette phase du capi­ta­lisme. Dans le climat ambiant, il a aimanté des orga­ni­sa­tions sociales plus tra­di­tion­nelles, plus d’une fois sur­prises.

Dès lors, pour ceux et celles qui ont fait, ces der­nières années, l’expérience des énormes dif­fi­cul­tés à conduire des luttes de résis­tance sociales cou­ron­nées de succès, même par­tiels, ce mou­ve­ment tend à déga­ger l’horizon ou, pour le moins, à révé­ler des res­sources qui gisent dans ladite société civile.

Danny Lucia, dans la publi­ca­tion de l’ISO (International Socialist Organization), note que les par­ti­ci­pants à la marche du 5 octobre à New York – à la dif­fé­rence des mani­fes­ta­tions tra­di­tion­nelles orga­ni­sées par les syn­di­cats – se mélan­geaient, dis­cu­taient de leur situa­tion propre, ne défi­laient pas dans « leur » tron­çon syn­di­cal. Et, la marche ayant pris fin, ils ne se dis­per­saient pas de suite pour ren­trer chez eux. Ils débat­taient entre eux, écou­taient l’intervention du cinéaste Michael Moore ou exa­mi­naient les livres donnés à la « biblio­thèque de la liberté ».

Il faut tou­te­fois sou­li­gner l’importante par­ti­ci­pa­tion, ce jour-là, des infir­mières et soignant·e·s, membres du National Nurses United. En effet, les attaques contre le sec­teur de la santé publique sont à la hau­teur de celles visant l’éducation. Ce qui explique cette par­ti­ci­pa­tion orga­ni­sée.

Les traits d’un pro­gramme social per­tur­ba­teur

La dif­fé­rence entre le mou­ve­ment qua­li­fié de « Global Justice » de la fin des années 1990 – qui se cen­trait sur des thèmes liés à la mise en ques­tion des poli­tiques de l’OMC (Organisation mon­diale du com­merce) ainsi que du FMI et de la Banque mon­diale – et l’OWS ren­voie à la dis­sem­blance de la situa­tion éco­no­mique. La déso­la­tion sociale est sans com­pa­rai­son. En outre, l’attaque du 11 sep­tembre 2001 avait offert, sur un pla­teau, une arme à l’administration Bush : forger une unité natio­nale et un ali­gne­ment des syn­di­cats qui avaient des contours propres à ceux de la période de la guerre froide.

D’où, dans le contexte actuel, se ren­force l’exigence pour l’OWS, afin d’accroître son audience et sa capa­cité à sti­mu­ler l’émergence d’un nou­veau bloc social, d’«occuper ensemble » comme le sug­gèrent, dans leurs actions et leurs pro­po­si­tions, les syn­di­ca­listes actifs, de combat. Le mou­ve­ment – à l’examen de ses dif­fé­rentes expres­sions dans des dizaines de villes – peut tendre à faire conver­ger des reven­di­ca­tions por­tant sur la créa­tion d’emplois et contre les coupes dans le sec­teur public avec les thèmes qui struc­turent la décla­ra­tion ini­tiale qui affirme que « la vraie démo­cra­tie ne peut être atteinte quand le pro­ces­sus [démo­cra­tique] est soumis au pou­voir éco­no­mique ».

Dans la liste des constats effec­tués le 20 sep­tembre 2011 par l’assemblée de New York se retrouvent, de fait, les élé­ments d’un pro­gramme social d’envergure : « ils ont pris nos mai­sons au moyen de sai­sies illé­gales, bien que n’étant pas en pos­ses­sion de l’emprunt hypo­thé­caire ini­tial » [méca­nismes propres aux sub­primes]; « ils ont ren­floué les banques en toute impu­nité en pui­sant dans les reve­nus arra­chés aux contri­buables, alors que les diri­geants s’arrogent des bonus exor­bi­tants» ; « ils ont appro­fondi l’inégalité et les dis­cri­mi­na­tions sur le lieu de tra­vail, sur la base de l’âge, de la cou­leur de la peau, du sexe ou de l’orientation sexuelle» ; « ils ont sans cesse cher­ché à enle­ver aux salarié·e·s le droit de négo­cier pour un meilleur salaire ou des condi­tions de tra­vail plus sûres» ; « ils ont pris en otage des dizaines de mil­liers d’étudiants au moyen de dettes de dizaines de mil­liers de dol­lars pour payer leurs études, études qui consti­tuent un droit de la per­sonne humaine» ; « ils ont sys­té­ma­ti­que­ment sous-traité le tra­vail et uti­lisé cette sous-trai­tance comme levier afin de réduire le salaire et la cou­ver­ture sociale de santé ».

La liste conti­nue, abor­dant aussi bien des ques­tions ayant trait à la crise éco­lo­gique que celles concer­nant la poli­tique des médias domi­nants, celles des firmes phar­ma­ceu­tiques ou encore l’utilisation de la force de tra­vail des migrants. Dans un article repro­duit par Socialist Project (6 octobre 2011), Pham Binh rap­porte les propos d’un par­ti­ci­pant à l’une des mani­fes­ta­tions : « Mark Purcell a voyagé depuis le centre de la Pennsylvanie pour par­ti­ci­per à l’OWS et affirme qu’il veut s’intégrer à toute occu­pa­tion qui s’organiserait à Philadelphie. Mark raconte qu’il a réa­lisé que le sys­tème était com­plè­te­ment pourri lorsqu’il a tra­vaillé dans un dépôt de mar­chan­dise à Allentown [Pennsylvanie] comme ouvrier inté­ri­maire. Il affir­mait que les entre­prises pro­fi­taient des immi­grants sans-papiers dans la mesure où ils ne dis­po­saient d’aucun droit au plan légal ou d’aucune pro­tec­tion. A la minute où il s’est plaint de ses condi­tions de tra­vail, l’entreprise pour laquelle il tra­vaillait lui indi­qua qu’il devait s’adresser à l’agence de tra­vail tem­po­raire et cette der­nière l’a licen­cié. Il était furieux que ces entre­prises sous-traitent le tra­vail à ces agences et uti­lisent cela pour esqui­ver leurs res­pon­sa­bi­li­tés pour ce qui concerne les condi­tions de tra­vail. »

« Occuper ensemble »

Les infor­ma­tions sur le mou­ve­ment OWS se mul­ti­plient. Certains aspects méritent tou­te­fois d’être mis en relief dans la mesure où ils pour­raient indi­quer les élé­ments d’un pro­ces­sus social nou­veau.

Ainsi, à New York, Jenny Brown et Mischa Gaus rap­portent dans le bul­le­tin Labor Notes du 6 octobre 2011 : « A New York [le 5 octobre] les dra­peaux, les pan­cartes, les cas­quettes et les tee-shirts indi­quaient la pré­sence de tra­vailleurs des trains et des bus, du métro et des employés de l’administration uni­ver­si­taire, de musi­ciens, d’employé·e·s des grands maga­sins, d’enseignants et de salarié·e·s du sec­teur de la santé. Mais une majo­rité des mani­fes­tants sem­blaient n’être membres d’aucun syn­di­cat. »

Néanmoins, ce fut l’occasion pour des mili­tants syn­di­ca­listes de rap­pe­ler que cer­tains mots d’ordre – fort justes comme : « Ils ont ren­floué les banques ; ils nous ont vendus » – fai­saient écho à des luttes ouvrières, comme celle contre la fer­me­ture de l’entreprise Republic Windows and Doors, en 2008, à Chicago ; ou encore celle des salarié·e·s du sec­teur de la télé­pho­nie fixe de l’imposante firme Verizon.

Ces com­bats et leurs échecs peuvent nour­rir de nom­breuses réflexions et ins­crire les actions – diverses et créa­tives – de l’OWS dans une his­toire poli­tique et sociale. Passé et pré­sent s’entrelacent pour des­si­ner, peut-être, l’avenir.

Dès lors, le sou­tien du Local 100 du New York Transport Workers est d’une grande impor­tance, à la lumière de l’impact de la grève menée en 2005. Marvin Holland, res­pon­sable de l’activité dans les quar­tiers de ce syn­di­cat – qui repré­sente à New York 38’000 chauf­feurs de bus et de trains –, déclare : « Nous sou­te­nons Occupy Wall Street parce que nous sommes d’accord à 99% avec ce que les pro­tes­ta­taires disent. Ils ont 100% raison que les banques sont à l’origine du pro­blème. Nous avons des membres du TWU (Transport Union Workers), Local 100, pré­sents ici depuis le pre­mier jour. » Au fond res­sort une idée force : « Occupons ensemble ».

Le pré­sident du TWU, Local 100, John Samuelson, dans un entre­tien donné sur une chaîne de télé­vi­sion explique : « Il y a un climat de déses­poir, je le crois, parmi les tra­vailleurs et les familles de tra­vailleurs dans ce pays ; ce que les gens du gou­ver­ne­ment n’ont pas saisi. Il y a beau­coup de mil­lion­naires au Congrès qui n’ont aucune idée de ce que signi­fie nour­rir un enfant ou payer un éco­lage ou encore s’acquitter des inté­rêts d’un prêt hypo­thé­caire. Il y a beau­coup de gens au gou­ver­ne­ment qui n’ont plus de contact avec le monde réel. Ces pro­tes­ta­tions ont mis en lumière la dis­pa­rité de la richesse aux Etats-Unis telle qu’elle s’est déve­lop­pée au cours des der­nières décen­nies. Je pense qu’un des grands avan­tages liés au fait que le mou­ve­ment ouvrier orga­nisé entre dans ce combat peut rési­der dans sa capa­cité d’articuler ce mes­sage… au nom des familles de sala­riés, que leurs membres soient ou ne soient pas syn­di­qués. » On peut l’espérer, pour autant que la pré­sence syn­di­cale ne cherche pas à effa­cer l’aspect plu­riel de ce mou­ve­ment.

Cette pré­sence des acti­vistes, des mili­tants syn­di­caux et de la gauche poli­tique orga­ni­sée se retrouve dans les prin­ci­pales villes, à des degrés divers. Ainsi, à Los Angeles, où l’occupation s’est orga­ni­sée devant le bâti­ment muni­ci­pal, des membres du SEIU (Service Employees International Union), Local 1021, ont rejoint très vite l’OWS. Ce syn­di­cat est l’un des rares qui se ren­forcent aux Etats-Unis.

Face à la crise finan­cière et aux sai­sies de mai­sons, le mot d’ordre « Faites payer les banques » est devenu un point de ral­lie­ment. La jonc­tion s’est opérée le 6 octobre avec l’Alliance of Californians for Community Empowerment (ACCE) qui exprime une réelle acti­vité à l’échelle des quar­tiers pour la défense du loge­ment, de la santé ou de l’éducation. Ce type de liens se mani­feste dans de nom­breuses villes. Ce qui sus­cite des dis­cus­sions sur les moda­li­tés d’organisation du mou­ve­ment afin d’assurer la pré­sence, lors d’assemblées, de salarié·e·s qui ont un emploi et une orga­ni­sa­tion de leur vie quo­ti­dienne qui dif­fère d’une frac­tion active et mili­tante de l’OWS.

L’émergence de ce mou­ve­ment peut lais­ser entre­voir un dépla­ce­ment, même encore fort limité, des lignes au plan poli­tique. Dit autre­ment, la bipo­la­ri­sa­tion Tea Party, d’un côté, et, de l’autre, gou­ver­ne­ment Obama – avec son cor­tège de décep­tions – pour­rait être trou­blée. Ce qui accroî­trait les pos­si­bi­li­tés pour une inter­ven­tion sociale et poli­tique qui pren­drait appui sur un acteur qui ne serait pas pri­son­nier de ce dilemme biaisé.

Mais n’allons pas trop vite en besogne. La capa­cité de contrôle et de cana­li­sa­tion du Parti démo­crate, en par­ti­cu­lier à l’échelle locale, reste forte. Les décla­ra­tions ini­tiales d’Obama en sont un signe. (8 octobre 2011)

Publié par Alencontre le 9 – octobre – 2011

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