Les sauts ! Les sauts ! Les sauts ! », Sur Lénine et la politique

Par Mis en ligne le 30 septembre 2009

Hannah Arendt s’inquiétait que la poli­tique puisse dis­pa­raître com­plè­te­ment du monde. Les désastres du siècle étaient tels que la ques­tion de savoir si « la poli­tique a fina­le­ment encore un sens » deve­nait inévi­table. Les enjeux de ces craintes étaient déjà émi­nem­ment pra­tiques : « Le non-sens auquel la poli­tique tout entière est par­ve­nue est attes­tée par l’impasse dans laquelle les ques­tions poli­tiques par­ti­cu­lières se pré­ci­pitent[1]. »

Pour elle, le tota­li­ta­risme était la forme de cette dis­pa­ri­tion redou­tée. Nous avons aujourd’hui affaire à une autre figure du péril : le tota­li­ta­risme à visage humain du des­po­tisme de marché. La poli­tique s’y trouve lami­née entre l’ordre natu­ra­lisé des mar­chés finan­ciers et les pres­crip­tions mora­li­santes du capi­tal ven­tri­loque. Fin de la poli­tique et fin de l’histoire coïn­cident alors dans l’infernale répé­ti­tion de l’éternité mar­chande où résonnent les voix blanches de Fukuyama et de Furet : « L’idée d’une autre société est deve­nue presque impos­sible à penser, et d’ailleurs per­sonne n’avance sur le sujet dans le monde d’aujourd’hui. Nous voici condam­nés à vivre dans le monde où nous vivons[2]. » Plus que mélan­co­lique, elle est déses­pé­rée, aurait pu dire Blanqui, cette éter­nité de l’homme par le Dow Jones et le CAC 40.

Hannah Arendt croyait pou­voir dater le com­men­ce­ment et la fin de la poli­tique : inau­gu­rée par Platon et Aristote, elle aurait trouvé « dans les théo­ries de Marx sa fin défi­ni­tive. » Annonçant la fin de la phi­lo­so­phie, le Maure aurait, par quelque facé­tie de la raison dia­lec­tique, pro­noncé celle de la poli­tique. C’est mécon­naître la poli­tique de Marx comme la seule conce­vable face à la vio­lence capi­ta­li­sée et aux féti­chismes de la moder­nité : « L’État ne vaut pas pour le tout », écrit-il, s’élevant clai­re­ment contre « l’exagération pré­somp­tueuse de fac­teur poli­tique » qui fait de l’État bureau­cra­tique l’incarnation de l’universel abs­trait. Plutôt qu’une pas­sion uni­la­té­rale du social, son effort porte sur l’émergence d’une poli­tique de l’opprimé à partir de la consti­tu­tion de corps poli­tiques non-éta­tiques annon­çant le néces­saire dépé­ris­se­ment de l’État en tant que corps séparé.

[Contrairement à un cliché répandu, il existe bel et bien une poli­tique de Marx. Elle est d’abord une poli­tique de l’événement, des guerres et des révo­lu­tions, plutôt qu’une poli­tique de l’institution. C’est le trait d’une époque, entre les mas­sacres de juin 1848 et ceux de la Semaine san­glante. Il suffit de feuille­ter la cor­res­pon­dance et les nom­breux articles de presse pour véri­fier l’étendue des inter­ven­tions poli­tiques de Marx : de la vie par­le­men­taire anglaise à la ques­tion natio­nale irlan­daise, en pas­sant par les révo­lu­tions espa­gnoles, la guerre de Sécession, la for­ma­tion d’un mou­ve­ment ouvrier inter­na­tio­nal, la liberté de la presse.]

La ques­tion urgente, vitale, est celle de la poli­tique d’en bas, la poli­tique de ceux qui sont exclus et privés de la poli­tique éta­tique des domi­nants. Il s’agit de résoudre l’énigme des révo­lu­tions pro­lé­ta­riennes et de leurs tra­gé­dies répé­tées : com­ment de rien deve­nir tout ? Comment une classe phy­si­que­ment et men­ta­le­ment muti­lée au quo­ti­dien par la ser­vi­tude invo­lon­taire du tra­vail contraint peut-elle se méta­mor­pho­ser en sujet uni­ver­sel de l’émancipation humaine ? Les réponses de Marx res­tent tri­bu­taires d’un pari socio­lo­gique : le déve­lop­pe­ment indus­triel entraîne la mas­si­fi­ca­tion du pro­lé­ta­riat ; la crois­sance numé­rique et la concen­tra­tion des classes labo­rieuses entraîne un pro­grès dans leur orga­ni­sa­tion et leur conscience. La logique même du capi­tal condui­rait ainsi à « la consti­tu­tion des pro­lé­taires en classe domi­nante ». La pré­face d’Engels à l’édition de 1890 du Manifeste com­mu­niste confirme ce pré­sup­posé : « Pour la vic­toire défi­ni­tive des pro­po­si­tions énon­cées dans le Manifeste, Marx s’en remet­tait au déve­lop­pe­ment intel­lec­tuel de la classe ouvrière qui devait résul­ter de l’action et de la dis­cus­sion com­mune ». L’illusion selon laquelle la conquête du suf­frage uni­ver­sel per­met­trait au pro­lé­ta­riat anglais, socia­le­ment majo­ri­taire, d’ajuster la repré­sen­ta­tion poli­tique à la réa­lité sociale s’inscrit pro­cède de ce pari. Dans le même esprit, Antonio Labriola, esti­mait en 1898 dans son com­men­taire du Manifeste « que la conjonc­tion sou­hai­tée des com­mu­nistes et des pro­lé­taires est désor­mais un fait accom­pli »

L’histoire convul­sive du siècle écoulé démontre qu’on ne se délivre pas si sim­ple­ment du monde enchanté de la mar­chan­dise, de ses dieux san­gui­naires, et de leur « boîte à répé­ti­tions ». L’émancipation poli­tique du pro­lé­ta­riat décou­lait néces­sai­re­ment de son déve­lop­pe­ment social. L’actualité intem­pes­tive de Lénine résulte impé­ra­ti­ve­ment de ce constat. Si la poli­tique garde aujourd’hui une chance de conju­rer le double péril d’une natu­ra­li­sa­tion de l’économie et d’une fata­li­sa­tion de l’histoire, cette chance passe par un nou­veau geste léni­niste dans les condi­tions de la mon­dia­li­sa­tion impé­riale. La pensée poli­tique de Lénine est celle de la poli­tique comme stra­té­gie, de ses moments pro­pices et de ses maillons faibles.

Le temps « homo­gène et vide » du pro­grès méca­nique, sans crises ni rup­tures, est un temps impo­li­tique. L’idée, sou­te­nue par Kautsky, d’une « accu­mu­la­tion pas­sive de forces » s’inscrit dans cette tem­po­ra­lité. Version pri­mi­tive de la force tran­quille, ce « socia­lisme hors du temps » et à pas de tortue dis­sout l’incertitude de la lutte poli­tique dans les lois pro­cla­mées de l’évolution his­to­rique.

Lénine au contraire pense la poli­tique comme le temps plein de la lutte, un temps de crises et de faillites. La spé­ci­fi­cité de la poli­tique s’exprime chez lui dans le concept de la crise révo­lu­tion­naire, qui n’est pas le pro­lon­ge­ment logique d’un « mou­ve­ment social », mais une crise géné­rale des rap­ports réci­proques entre toutes les classes de la société. La crise se défi­nit alors comme une « crise natio­nale ». Elle agit comme un révé­la­teur des lignes de front brouillées par les fan­tas­ma­go­ries mys­tiques de la mar­chan­dise. Alors seule­ment, et non en vertu d’un iné­luc­table mûris­se­ment his­to­rique, le pro­lé­ta­riat peut être trans­fi­guré et « deve­nir ce qu’il est ».

Crise révo­lu­tion­naire et lutte poli­tique sont donc étroi­te­ment liées : « La connais­sance que la classe ouvrière peut avoir d’elle-même est indis­so­lu­ble­ment liée à une connais­sance pré­cise des rap­ports réci­proques de toutes les classes de la société contem­po­raine, connais­sance non seule­ment théo­rique, disons plutôt moins théo­rique que fondée sur l’expérience de la poli­tique [3]». C’est bien à tra­vers l’épreuve de la pra­tique poli­tique que s’acquiert cette connais­sance des rap­ports réci­proques entre toutes les classes. Elle fait de « notre révo­lu­tion » une « révo­lu­tion du peuple tout entier ».

Cette approche est aux anti­podes d’un ouvrié­risme vul­gaire qui réduit la poli­tique au social. Lénine refuse caté­go­ri­que­ment de « mélan­ger le pro­blème des classes et celui des partis ». La lutte des classes ne se réduit pas à l’antagonisme entre l’ouvrier et son patron. Elle confronte le pro­lé­ta­riat à « la classe capi­ta­liste tout entière » au niveau de la repro­duc­tion d’ensemble du capi­tal qui fait l’objet du Livre III du Capital. C’est d’ailleurs pour­quoi il est par­fai­te­ment logique que le cha­pitre inachevé de Marx sur les classes inter­vienne pré­ci­sé­ment à cet endroit et non au Livre I sur le procès de pro­duc­tion ou au Livre II sur le procès de cir­cu­la­tion. En tant que parti poli­tique, la social-démo­cra­tie révo­lu­tion­naire repré­sente donc la classe tra­vailleuse, non dans ses rap­ports à un groupe d’employeurs, mais aussi avec « toutes les classes de la société contem­po­raine et avec l’État en tant que force poli­tique orga­ni­sée[4] ».

Le temps « kai­ré­tique » de la stra­té­gie léni­niste n’est plus celui des Pénélope et des Danaïdes élec­to­rales, dont l’ouvrage est sans cesse défait, mais celui que rythme la lutte et que sus­pend la crise. Celui du moment oppor­tun et de la conjonc­ture sin­gu­lière, où se nouent néces­sité et contin­gence, acte et pro­ces­sus, his­toire et évé­ne­ment : « On ne sau­rait se repré­sen­ter la révo­lu­tion elle-même sous forme d’un acte unique : la révo­lu­tion sera une suc­ces­sion rapide d’explosions plus ou moins vio­lentes, alter­nant avec des phases d’accalmie plus ou moins pro­fondes. C’est pour­quoi l’activité essen­tielle de notre parti, le foyer essen­tiel de son acti­vité, doit être un tra­vail pos­sible et néces­saire aussi bien dans les périodes les plus vio­lentes d’explosion que dans celles d’accalmie, c’est-à-dire un tra­vail d’agitation poli­tique uni­fiée pour toute la Russie. »

Les révo­lu­tions ont leur propre tempo, scandé d’accélérations et de ralen­tis­se­ments. Elles ont aussi leur géo­mé­trie propre, où la ligne droite se brise dans les bifur­ca­tions et les tour­nants brusques. Le parti appa­raît ainsi sous un jour nou­veau. Il n’est plus, chez Lénine, le résul­tat d’une expé­rience cumu­la­tive, ni le modeste péda­gogue chargé d’élever les pro­lé­taires de l’obscure igno­rance aux lumières de la raison. Il devient un opé­ra­teur stra­té­gique, une sorte de boîte à vitesse et d’aiguilleur de la lutte des classes.

Les affron­te­ments au fil des­quels se défi­nit le bol­che­visme tra­duisent cette révo­lu­tion dans la révo­lu­tion. Des polé­miques de Que Faire ou d’Un pas en avant, deux pas en arrière, la vul­gate retient essen­tiel­le­ment l’idée d’une avant-garde cen­tra­li­sée et mili­tai­re­ment dis­ci­pli­née. L’essentiel est ailleurs. Lénine combat la confu­sion, qua­li­fiée de « désor­ga­ni­sa­trice », entre le parti et la classe. Leur dis­tinc­tion s’inscrit dans les grandes contro­verses qui agitent alors le mou­ve­ment socia­liste, notam­ment en Russie. Elle s’oppose aux cou­rants popu­listes, éco­no­mi­cistes, men­ché­viks qui convergent par­fois pour défendre un « socia­lisme pur ». L’intransigeance appa­rente de cette ortho­doxie for­melle tra­duit en réa­lité l’idée selon laquelle la révo­lu­tion démo­cra­tique serait une étape néces­saire sur la voie de l’évolution his­to­rique. En atten­dant de s’être ren­forcé et d’avoir atteint la majo­rité sociale et élec­to­rale, le mou­ve­ment ouvrier nais­sant devrait alors lais­ser à la bour­geoi­sie le rôle diri­geant et se conten­ter de jouer les forces d’appoint de la moder­ni­sa­tion capi­ta­liste. Cette confiance dans le sens de l’histoire, où tout vien­drait en temps et en heure à qui sait attendre, sous-tend les posi­tions ortho­doxes de Kautsky au sein de la IIe Internationale : il faut par­cou­rir patiem­ment les « che­mins du pou­voir » jusqu’à ce que ce der­nier tombe comme un fruit mûr.

Pour Lénine, au contraire, le but oriente le mou­ve­ment, la stra­té­gie prime sur la tac­tique, la poli­tique sur l’histoire. C’est pour­quoi il importe de se déli­mi­ter avant de s’unir, et, pour s’unir, « d’utiliser toutes les mani­fes­ta­tions de mécon­ten­te­ment et d’élaborer jusqu’aux moindres élé­ments d’une pro­tes­ta­tion, fût-elle embryon­naire ». Autrement dit, de conce­voir la lutte poli­tique comme « beau­coup plus large et com­plexe que la lutte des ouvriers contre le patro­nat et le gou­ver­ne­ment. [5]» Ainsi, quand le Rabotchéié Diélo déduit les objec­tifs poli­tiques de la lutte éco­no­mique, Lénine lui reproche « d’abaisser le niveau de l’activité poli­tique mul­ti­forme du pro­lé­ta­riat ». Il est illu­soire d’imaginer que « le mou­ve­ment pure­ment ouvrier » soit par lui-même capable d’élaborer une idéo­lo­gie indé­pen­dante. Le seul déve­lop­pe­ment spon­tané du mou­ve­ment ouvrier abou­tit au contraire « à le subor­don­ner à l’idéologie bour­geoise ». Car l’idéologie domi­nante n’est pas affaire de mani­pu­la­tion des consciences, mais l’effet objec­tif du féti­chisme de la mar­chan­dise. On ne peut échap­per à son cercle de fer et à sa ser­vi­tude invo­lon­taire que par la crise révo­lu­tion­naire et par la lutte poli­tique des partis. Telle est bien la réponse léni­niste à l’énigme irré­so­lue de Marx.

Tout conduit, chez Lénine, à conce­voir la poli­tique comme l’irruption où se pré­sente ce qui est absent : « La divi­sion en classes est certes, en fin de compte, l’assise la plus pro­fonde du grou­pe­ment poli­tique », mais cette fin de compte, c’est « la lutte poli­tique seule qui l’établit[6]. » Ainsi, « le com­mu­nisme surgit lit­té­ra­le­ment de tous les points de la vie sociale ; il éclôt déci­dé­ment par­tout. Que l’ont bouche avec un soin par­ti­cu­lier l’une des issues, la conta­gion en trou­vera une autre, par­fois la plus impré­vi­sible[7]. » C’est pour­quoi nous ne pou­vons savoir « quelle étin­celle pourra allu­mer l’incendie ».

D’où le mot d’ordre qui, selon Tucholsky, résume la poli­tique léni­niste : « Soyez prêts ! ». Prêts à l’improbable, à l’imprévisible, à l’événement ! Si Lénine a pu défi­nir la poli­tique comme « l’expression concen­trée de l’économie », cette concen­tra­tion signi­fie un chan­ge­ment qua­li­ta­tif à partir duquel la poli­tique ne peut man­quer « d’avoir la pri­mauté sur l’économie ». « En prô­nant la fusion des points de vue éco­no­mique et poli­tique », Boukharine, au contraire, « glisse vers l’éclectisme ». De même, dans sa polé­mique de 1921 contre l’Opposition ouvrière, Lénine cri­tique ce « vilain nom » qui rabat à nou­veau la poli­tique sur le social et pré­tend que la ges­tion de l’économie natio­nale incombe direc­te­ment aux « pro­duc­teurs grou­pés en syn­di­cats de pro­duc­teurs », ce qui revien­drait à rame­ner la lutte des classes à un affron­te­ment d’intérêts cor­po­ra­tifs sans syn­thèse.

La poli­tique, au contraire, a sa langue, sa gram­maire et sa syn­taxe propres. Ses latences et ses lapsus. Sur la scène poli­tique, la lutte des classes trans­fi­gu­rée trouve « son expres­sion la plus rigou­reuse, la plus com­plète, et la mieux défi­nie dans la lutte des partis[8] ». Relevant, d’un registre spé­ci­fique, irré­duc­tible à ses déter­mi­na­tions immé­diates, le dis­cours poli­tique s’apparente davan­tage à l’algèbre qu’à l’arithmétique. Sa néces­sité est d’un autre ordre, « beau­coup plus com­plexe », que celui des reven­di­ca­tions sociales direc­te­ment liées au rap­port d’exploitation. Car, contrai­re­ment à ce qu’imaginent les « mar­xistes vul­gaires » la poli­tique ne « suit pas doci­le­ment l’économie ». L’idéal du mili­tant révo­lu­tion­naire n’est pas le trade-unio­niste à l’horizon étroit, mais le « tribun popu­laire » qui attise les braises de la sub­ver­sion dans tous les domaines de la société.

[Le « léni­nisme », ou plutôt le « léni­nisme sta­li­nisé érigé en ortho­doxie d’État, est sou­vent rendu res­pon­sable du des­po­tisme bureau­cra­tique. La notion de parti d’avant-garde, dis­tinct de la classe aurait porté en germe la sub­sti­tu­tion de l’appareil au mou­ve­ment social réel et tous les cercles de l’enfer bureau­cra­tique. Si injuste soit-elle, cette charge sou­lève une dif­fi­culté réelle. Si la poli­tique ne se confond pas avec le social, la repré­sen­ta­tion de l’un par l’autre devient for­cé­ment pro­blé­ma­tique : sur quoi fonder sa légi­ti­mité ?

La ten­ta­tion existe bel et bien, chez Lénine, de résoudre la contra­dic­tion en pos­tu­lant une adé­qua­tion ten­dan­cielle entre repré­sen­tants et repré­sen­tés, culmi­nant dans le dépé­ris­se­ment de l’État poli­tique. Les apo­ries d’une repré­sen­ta­tion, n’admettant aucun dépo­si­taire exclu­sif et constam­ment remise en jeu dans la plu­ra­lité des formes consti­tuantes, se trouvent du même coup éli­mi­nées. Cet aspect de la ques­tion risque d’en mas­quer un autre, non moins impor­tant, d’autant plus que Lénine ne mesure pas toute la portée de son inno­va­tion. Croyant para­phra­ser un texte cano­nique de Kautsky, il le déforme ainsi de manière déci­sive. Kautsky écrit que « la science » vient aux pro­lé­taires « de l’extérieur de la lutte des classes, portée par « les intel­lec­tuels bour­geois ». Par un extra­or­di­naire glis­se­ment de plume, Lénine tra­duit que la « conscience poli­tique » (et non plus la « science » !) vient « de l’extérieur de la lutte éco­no­mique » (et non plus de l’extérieur de la lutte des classes, qui est autant poli­tique que sociale !), portée non plus par les intel­lec­tuels en tant que caté­go­rie socio­lo­gique, mais par le parti en tant qu’acteur struc­tu­rant spé­ci­fi­que­ment le champ poli­tique. La dif­fé­rence est de taille.

Une aussi constante insis­tance sur le lan­gage poli­tique, où la réa­lité sociale se mani­feste à tra­vers un jeu per­ma­nent de dépla­ce­ments et de conden­sa­tions, devrait logi­que­ment débou­cher sur une pensée de la plu­ra­lité et de la repré­sen­ta­tion. Si le parti n’est pas la classe, une même classe devrait être repré­sen­tée poli­ti­que­ment par plu­sieurs partis expri­mant ses dif­fé­rences et ses contra­dic­tions. La repré­sen­ta­tion du social dans la poli­tique devrait alors faire l’objet d’une éla­bo­ra­tion ins­ti­tu­tion­nelle et juri­dique. Lénine ne va pas jusque là. Il n’en ouvre pas moins un espace poli­tique ori­gi­nal dont il explore les pistes.

Ainsi soumet-il la repré­sen­ta­tion à des règles ins­pi­rées de la Commune de Paris, visant à limi­ter la pro­fes­sion­na­li­sa­tion poli­tique : un salaire des élus iden­tique à celui de l’ouvrier qua­li­fié, une vigi­lance de tout ins­tant contre les faveurs et les pri­vi­lèges de fonc­tion, la res­pon­sa­bi­lité des man­da­taires devant les man­dants. Contrairement à une légende tenace, il ne pré­co­nise pas de mandat impé­ra­tif. Que ce soit au sein du parti : « les pou­voirs des délé­gués ne doivent pas être limi­tés par des man­dats impé­ra­tifs » ; dans l’exercice de leurs pou­voirs, « ils sont com­plè­te­ment libres et indé­pen­dants » ; le congrès ou l’assemblée sont sou­ve­rains. Que ce soit au niveau des organes de l’État, où « le droit de rappel des dépu­tés » ne se confond pas avec un mandat impé­ra­tif qui rédui­rait la repré­sen­ta­tion à la somme cor­po­ra­tive d’intérêts par­ti­cu­liers de visions étroi­te­ment locales, sans syn­thèse pos­sible, qui vide­rait la déli­bé­ra­tion démo­cra­tique de toute sub­stance et de tout enjeu.

Quant à la plu­ra­lité, Lénine affirme avec constance, que « la lutte des nuances » dans le parti est inévi­table et néces­saire, tant qu’elle se déroule dans les limites « approu­vées d’un commun accord ». Il sou­tient « la néces­sité d’assurer dans les sta­tuts du Parti, les droits de toute mino­rité, afin de détour­ner du cours phi­lis­tin habi­tuel de scan­dale et de mes­quines que­relles les conti­nuelles et inta­ris­sables sources de mécon­ten­te­ment, d’irritation et de conflit, afin de les amener dans le canal encore inac­cou­tumé d’une lutte régu­lière et digne pour la défense de ses convic­tions. Parmi ces garan­ties abso­lues, nous ran­geons l’octroi à la mino­rité d’un (ou de plu­sieurs) groupe lit­té­raire, avec droit de repré­sen­ta­tion au congrès est droit d’expression com­plète[9]. »

Si la poli­tique est affaire de choix et de déci­sion, elle implique une plu­ra­lité orga­ni­sée. Il s’agit ici de prin­cipes d’organisation. Le sys­tème d’organisation peut varier quant à lui, en fonc­tion des situa­tions concrètes, à condi­tion de ne pas perdre le fil conduc­teur des prin­cipes dans le laby­rinthe des oppor­tu­ni­tés. Même la fameuse dis­ci­pline dans l’action appa­raît alors moins intan­gible que ne le vou­drait la légende dorée du léni­nisme. On connaît l’indiscipline com­mise par Zinoviev et Kamenev s’opposant publi­que­ment à l’insurrection sans être pour autant écar­tés dura­ble­ment de leurs res­pon­sa­bi­li­tés. Lénine lui-même, en des cir­cons­tances extrêmes, n’hésite pas à reven­di­quer un droit per­son­nel à la déso­béis­sance par­ti­sane. Il envi­sage ainsi de démis­sion­ner de ses res­pon­sa­bi­li­tés pour reprendre « sa liberté d’agitation » dans les rangs du parti. Au moment cri­tique de la déci­sion, il écrit car­ré­ment au comité cen­tral : « Je suis parti là où vous ne dési­rez pas que j’aille [à Smolny]. Au revoir ».

Sa propre logique le pousse à penser la plu­ra­lité et la repré­sen­ta­tion dans un pays dépourvu de tra­di­tions par­le­men­taires et démo­cra­tiques. Lénine ne va pour­tant pas jusqu’au bout. Il y a (au moins) deux rai­sons à cela. La pre­mière, c’est qu’il hérite de la Révolution fran­çaise l’illusion selon laquelle, une fois l’oppresseur chassé, l’homogénéisation du peuple (ou de la classe) n’est plus qu’une ques­tion de temps : les contra­dic­tions au sein du peuple ne peuvent plus venir que de l’autre (l’étranger) ou de la tra­hi­son. La seconde, c’est que la dis­tinc­tion entre la poli­tique et le social n’immunise pas contre l’inversion fatale : au lieu d’engager la socia­li­sa­tion du poli­tique, la dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat peut signi­fier l’étatisation bureau­cra­tique du social. Lénine lui-même ne s’est-il pas aven­turé à pro­nos­ti­quer « l’extinction de la lutte des partis dans les soviets[10] » ?

Dans L’État et la Révolution, les partis perdent bel et bien leur fonc­tion au profit d’une démo­cra­tie directe qui ne serait plus tout à fait un État séparé. Mais, contrai­re­ment aux espé­rances ini­tiales, l’étatisation de la société l’a emporté sur la socia­li­sa­tion des fonc­tions éta­tiques. Tout au danger prin­ci­pal de l’encerclement mili­taire et de la res­tau­ra­tion capi­ta­liste, les révo­lu­tion­naires n’ont pas vu croître sur leurs talons le péril non secon­daire de la contre-révo­lu­tion bureau­cra­tique. Paradoxalement, les fai­blesses de Lénine tiennent autant, ou plus, à ses pen­chants liber­taires qu’à ses ten­ta­tions auto­ri­taires. Comme si, para­doxa­le­ment, un lien secret unis­sait les unes aux autres.]

La crise révo­lu­tion­naire appa­raît comme le moment cri­tique du dénoue­ment pos­sible, où la théo­rie devient stra­té­gie : « L’histoire en géné­ral et plus par­ti­cu­liè­re­ment l’histoire des révo­lu­tions est tou­jours plus riche de contenu, plus variée, plus mul­ti­forme, plus vivante, plus ingé­nieuse que ne le pensent les meilleurs partis, les avant-garde les plus conscientes des classes les plus avan­cées. Et cela se conçoit puisque les meilleures avant-gardes expriment la conscience et la volonté, la pas­sion de dizaines de mil­liers d’hommes, tandis que la révo­lu­tion est un des moments d’exaltation et de ten­sion par­ti­cu­lières de toutes les facul­tés humaines – l’œuvre de la conscience, de la volonté, de l’imagination, de la pas­sion de cen­taines de mil­liers d’hommes aiguillon­nés par la plus âpre lutte des classes. De là deux conclu­sions pra­tiques d’une grande impor­tance : la pre­mière, c’est que la classe révo­lu­tion­naire doit savoir, pour rem­plir sa tâche, prendre pos­ses­sion de toutes les formes et de tous les côtés, sas la moindre excep­tion, de l’activité sociale ; la seconde, c’est que la classe révo­lu­tion­naire doit se tenir prête à rem­pla­cer vite et brus­que­ment une forme par une autre[11]. »

Lénine en déduit la dis­po­ni­bi­lité néces­saire à l’impromptu de l’événement où se révèle sou­dain la vérité cachée des rap­ports sociaux : « Nous ne savons pas, nous ne pou­vons savoir quelle étin­celle pourra allu­mer l’incendie dans le sens d’un réveil par­ti­cu­lier des masses. Aussi devons nous mettre en action nos prin­cipes com­mu­nistes pour pré­pa­rer le ter­rain, tous les ter­rains, même les plus anciens, les plus amorphes et les plus sté­riles en appa­rence. Sinon, nous ne serons pas à la hau­teur de notre tâche, nous serons exclu­sifs, nous ne pren­drons pas toutes les armes ».

Cultiver tous les ter­rains ! Être à l’affût des issues les plus impré­vi­sibles !

Se tenir prêt au brusque chan­ge­ment des formes !

Savoir prendre toutes les armes !

Telles sont bien les maximes d’une poli­tique conçue comme l’art du contre­temps et des pos­si­bi­li­tés effec­tives d’une conjonc­ture déter­mi­née.

Cette révo­lu­tion dans la poli­tique nous ramène à la notion de crise révo­lu­tion­naire sys­té­ma­ti­sée dans La Faillite de la Deuxième Internationale. Elle se défi­nit par une inter­ac­tion entre divers élé­ments variables d’une situa­tion : lorsque ceux d’en-haut ne peuvent plus gou­ver­ner comme avant ; lorsque ceux d’en-bas ne sup­portent plus d’être oppri­més comme avant ; et lorsque cette double impos­si­bi­lité se tra­duit par une sou­daine effer­ves­cence des masses. Reprenant ces cri­tères à son compte, Trotski, sou­ligne dans son Histoire de la Révolution russe « la réci­pro­cité condi­tion­nelle de ces pré­misses : plus le pro­lé­ta­riat agir réso­lu­ment et avec assu­rance, et plus il a la pos­si­bi­lité d’entraîner les couches inter­mé­diaires, plus la couche domi­nante est isolée, plus sa démo­ra­li­sa­tion s’accentue ; et en revanche, la désa­gré­ga­tion des couches diri­geantes apporte de l’eau au moulin de la classe révo­lu­tion­naire ». Mais la crise ne garan­tit pas les condi­tions de son propre dénoue­ment. C’est pour­quoi Lénine fait de l’intervention d’un parti révo­lu­tion­naire le fac­teur déci­sif d’une situa­tion cri­tique : « La révo­lu­tion ne surgit pas de toute situa­tion révo­lu­tion­naire, mais seule­ment dans le cas où, à toutes les chan­ge­ments objec­tifs énu­mé­rés vient s’ajouter un chan­ge­ment sub­jec­tif, à savoir la capa­cité pour la classe révo­lu­tion­naire de mener des actions assez vigou­reuses pour briser com­plè­te­ment l’ancien gou­ver­ne­ment qui ne tom­bera jamais, même à une époque de crise, si on ne le fait choir ». La crise ne peut être réso­lue que par la défaite, au béné­fice d’une réac­tion sou­vent meur­trière, ou par l’intervention d’un sujet résolu.

C’est bien là l’interprétation du « léni­nisme » dans l’Histoire et conscience de classe de Lukacs. Elle lui valut dès le Ve congrès de l’Internationale com­mu­niste les foudres des bol­che­vi­sa­teurs ther­mi­do­riens. Lukacs insis­tait en effet sur le fait que « seule la conscience du pro­lé­ta­riat peut mon­trer com­ment sortir de la crise du capi­ta­lisme ; tant que cette conscience n’est pas là, la crise reste per­ma­nente, revient à son point de départ et répète la situa­tion » : « La dif­fé­rence entre la “der­nière crise” du capi­ta­lisme, sa crise déci­sive, et les crises anté­rieures ne réside donc pas répond Lukács, dans une méta­mor­phose de leur exten­sion et de leur pro­fon­deur, bref de leur quan­tité en qua­lité. Où plutôt, cette méta­mor­phose se mani­feste en ceci que le pro­lé­ta­riat cesse d’être simple objet de la crise et que se déploie ouver­te­ment l’antagonisme inhé­rent à la pro­duc­tion capi­ta­liste[12]. » A quoi fait écho, la for­mule de Trotski rame­nant dans les années trente, face au nazisme et à la réac­tion sta­li­nienne, la crise de l’humanité à sa crise de direc­tion révo­lu­tion­naire.

La stra­té­gie est « un calcul de masse, de vitesse, et de temps », écri­vait Chateaubriand. Chez Sun Tzu, l’art de la guerre était déjà l’art du chan­ge­ment et de la vitesse. Cet art exi­geait d’acquérir « la promp­ti­tude du lièvre » et de « prendre tout à coup son parti », car il est démon­tré que la plus illustre vic­toire aurait pu tour­ner à la déroute « si la bataille s’était livrée un jour plus tôt ou quelques heures plus tard ». Le prin­cipe de conduite qui en découle vaut pour les poli­tiques comme pour les mili­taires : « Ne lais­sez échap­per aucune occa­sion, lorsque vous la trou­ve­rez favo­rable. Les cinq élé­ments ne sont pas par­tout ni éga­le­ment purs ; les quatre sai­sons ne se suc­cèdent pas de la même manière chaque année ; le lever et le cou­cher du soleil ne sont pas constam­ment au même point de l’horizon. Parmi les jours, cer­tains sont lents, d’autres courts. La lune croît et décroît et n’est pas tou­jours éga­le­ment brillante. Une armée bien conduite et bien dis­ci­pli­née imite à propos toutes ces varié­tés. »

La notion de crise révo­lu­tion­naire reprend cette leçon de stra­té­gie en la poli­ti­sant. Dans cer­taines cir­cons­tances excep­tion­nelles, l’équilibre des forces atteint un point cri­tique : « Tout dérè­gle­ment des rythmes pro­duit des effets conflic­tuels. Il détraque et trouble. Il peut aussi pro­duire un trou dans le temps, à com­bler par une inven­tion, une créa­tion. Ce qui n’arrive, indi­vi­duel­le­ment et socia­le­ment, qu’en pas­sant par une crise[13]. » Un trou dans le temps ? Par où peut surgir le fait inac­com­pli qui contre­dit à la fata­lité du fait accom­pli.

En 1905, Lénine rejoint Sun Tzu dans son éloge de la promp­ti­tude.

Il faut alors, dit-il, « com­men­cer sur l’heure », agir « sur le champ » : « Formez sur le champ, en tous lieux, des groupes de combat. Il faut en effet savoir saisir au vol ces « moments dis­pa­rais­sants » dont parle Hegel et qui consti­tuent « une excel­lente défi­ni­tion de la dia­lec­tique[14] ». Car la révo­lu­tion en Russie n’est pas le résul­tat orga­nique d’une révo­lu­tion bour­geoise pro­lon­gée en révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne, mais « un enche­vê­tre­ment » de deux révo­lu­tions. Que la catas­trophe pro­bable puisse encore être conju­rée dépend d’un sens aigu de la conjonc­ture. L’art du mot d’ordre est un art du moment pro­pice. Telle consigne, valable hier peut ne plus l’être aujourd’hui et le rede­ve­nir demain : « Jusqu’au 4 juillet [1917], le mot d’ordre de pas­sage de la tota­lité du pou­voir aux soviets était juste. » Après, il ne l’est plus. « En ce moment et en ce moment seule­ment, peut-être pen­dant quelques jours tout au plus, ou pen­dant une semaine ou deux, un tel gou­ver­ne­ment pour­rait[15]… »

Quelques jours ! Une semaine !

Le 29 sep­tembre 1917, Lénine écrit au comité cen­tral qui ter­gi­verse : « La crise est mûre ». Attendre devient un crime. Le 1er octobre, il le presse de « prendre le pou­voir sur le champ », de « passer sur le champ à l’insurrection ». Quelques jours plus tard, il revient à la charge : « J’écris ces lignes le 8 octobre. Le succès de la révo­lu­tion russe dépend de deux ou trois jours de lutte. » Il insiste encore : « J’écris ces lignes dans la soirée du 24. La situa­tion est cri­tique au der­nier point. Il est clair main­te­nant que retar­der l’insurrection, c’est la mort. Tout tient à un cheveu. » Il faut donc agir « ce soir, cette nuit ».

« Rupture de la gra­dua­lité », notait Lénine reli­sant au début de la guerre dans les marges de la grande Logique de Hegel. Il insis­tait : « La gra­dua­lité n’explique rien sans les sauts. Les sauts ! Les sauts ! Les sauts ! [16]»


[1]. Hannah Arendt, Qu’est-ce que la poli­tique, Paris, Le Seuil, 1998.

[2]. François Furet, Le passé d’une illu­sion, Paris, R. Laffont ; Calmann-Lévy 1995, p. 572.

[3]. Lénine, Œuvres, t. 9, p 119 et t. 15, p. 298.

[4]. Lénine, Œuvres, tome 5, p. 408.

[5]. Lénine, Œuvres, t. 5, p. 440 & 463.

[6]. Ibid., t. 7, p. 41. Ainsi, dans le débat de 1915 sur l’ultra-impérialisme, Lénine per­çoit le danger d’un nouvel éco­no­misme selon lequel la matu­rité des rap­ports de pro­duc­tion capi­ta­listes à l’échelle mon­diale pré­lu­de­rait à un effon­dre­ment final du sys­tème. On retrouve encore ce souci d’éviter toute réduc­tion du poli­tique au social ou à l’économique dans les débats du début des années 1920 sur la carac­té­ri­sa­tion de l’État des soviets. A ceux qui parlent d’État ouvrier, Lénine répond que « cet État n’est pas tout à fait ouvrier, voilà le hic » (Œuvres, t. 32, p. 16) Sa for­mule est alors plus des­crip­tive et com­plexe qu’une carac­té­ri­sa­tion socio­lo­gique : ce sera un État ouvrier et paysan avec des « défor­ma­tions bureau­cra­tiques », et voilà « toute la tran­si­tion dans sa réa­lité ». Dans le débat sur les syn­di­cats enfin, Lénine défend encore une posi­tion ori­gi­nale : parce qu’ils ne sont pas un organe de pou­voir poli­tique, les syn­di­cats ne sau­raient être trans­for­més en « orga­ni­sa­tions d’État coer­ci­tives ».

[7]. Ibid., t. 31.

[8]. Ibid., t. 10, p. 15.

[9]. Lénine, Œuvres, t. 7, p. 470.

[10]. Lénine, Œuvres, t. 25, p. 335.

[11]. Lénine, La mala­die infan­tile du com­mu­nisme

[12]. G. Lukács, Histoire et conscience de classe, Paris, Minuit, 1967.

[13]. Henri Lefebvre, Éléments de ryth­ma­na­lyse, Paris, Syllepse, 1992.

[14]. Lénine, Cahiers phi­lo­so­phiques, Paris, Éditions sociales, 1973, p. 257.

[15]. Lénine, Œuvres, t. 25, p. 17 et 277.

[16]. Lénine, Cahiers phi­lo­so­phiques, p. 118-119.

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