Les Premières Nations de Colombie-Britannique réussiront-elles à faire annuler le Northern Gateway dans l’Ouest canadien ?

Par Mis en ligne le 16 juillet 2014

Peut-être bien. Le 17 juin der­nier, le gou­ver­ne­ment Harper approu­vait le projet de pipe­line et de ter­mi­nal pétro­lier du Northern Gateway[1]en se camou­flant der­rière les 209 « condi­tions » impo­sées par la Commission natio­nale de l’énergie dont celle de « consul­ter » les Autochtones, et ce, malgré l’opposition de la majo­rité des citoyens de Colombie-Britannique[2]. Quelques semaines plus tard, le projet bat sérieu­se­ment de l’aile, une excel­lente nou­velle pour les mil­lions de per­sonnes qui sou­haitent que l’État cana­dien se sorte de la pétroé­co­no­mie. Or, il est bien pos­sible que l’approche stra­té­gique concer­tée des Premières Nations (PN) soit un fac­teur clé dans cette lutte. C’est du moins ce que nous laissent espé­rer les récents évé­ne­ments de Colombie-Britannique. Peut-on s’en ins­pi­rer dans l’Est ? Dans la pers­pec­tive où nous serons appe­lés à nous ren­con­trer toutes et tous, Autochtones, QuébécoisES et CanadienNEs, lors du Forum social des peuples à Ottawa du 21 au 24 août, il serait peut-être utile d’étudier un peu mieux ce qui s’est passé en Colombie-Britannique.

Depuis quelques décen­nies, les PN du Canada semblent uti­li­ser une stra­té­gie plutôt judi­cieuse de reven­di­ca­tion à trois volets pour pro­té­ger leurs ter­ri­toires ances­traux, leur culture et leur langue. En pre­mier lieu, plu­sieurs com­mu­nau­tés, appuyées ou non par leur conseil de bande, mènent des actions directes et par­ti­ci­pa­tives (blo­cages de routes, mani­fes­ta­tions et danses, longues marches de soli­da­rité) qui sont sou­vent spon­ta­nées. Elles sont effi­caces à court terme pour sou­le­ver l’attention du public et mobi­li­ser les com­mu­nau­tés, et sont sou­vent menées par des femmes et des jeunes. Il arrive cepen­dant que ces actions « dérapent » vers la vio­lence, ce qui cause ensuite beau­coup de souf­frances dans les com­mu­nau­tés. Ex. : la crise d’Oka. Les ins­tances offi­cielles des PN (conseils de bande, conseils de chaque nation ou conseils tri­baux, Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, etc.) mènent des actions poli­tiques qui visent à faire avan­cer le dia­logue poli­tique avec les élus et à influen­cer les poli­tiques publiques en uti­li­sant les canaux de la concer­ta­tion et de la repré­sen­ta­tion ainsi que les médias pour accé­lé­rer les reven­di­ca­tions.

Mais sur le plan poli­tique, la concer­ta­tion inter nations n’est pas simple dans le monde autoch­tone, car les PN ont des réa­li­tés très variées sur le plan cultu­rel, lin­guis­tique, géo­gra­phique et éco­no­mique. Elles n’ont pas toutes les mêmes prio­ri­tés ni les mêmes forces orga­ni­sa­tion­nelles. Cette non-soli­da­rité fra­gi­lise l’action poli­tique autoch­tone. Les actions juri­dico-consti­tu­tion­nelles sont des actions à long terme qui visent à faire recon­naître les droits fon­da­men­taux des PN tel qu’exprimés dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autoch­tones[3] (DNUDPA) ou la Proclamation royale[4], par exemple, et se règlent à la Cour suprême du Canada, laquelle redé­fi­nit alors le droit ter­ri­to­rial autoch­tone natio­nal, voire inter­na­tio­nal. Même s’il y a eu plu­sieurs avan­cées ces der­nières années – comme la DNUDPA — la judi­cia­ri­sa­tion des rela­tions entre les Autochtones et l’État cana­dien n’a pas que des avan­tages, les cher­cheurs rap­pe­lant avec raison son extrême len­teur, son coût très élevé en frais juri­diques, sans oublier la dis­tance que les juge­ments creusent entre les PN et la société cana­dienne. Suite au récent juge­ment William[5] (27 juin), par exemple, un juge­ment qui a fait juris­pru­dence en recon­nais­sant pour la pre­mière fois le titre ter­ri­to­rial ances­tral (pas seule­ment le ter­ri­toire de la réserve) de la nation Tsilhqot’in de BC, un com­men­ta­teur de notre radio d’état fran­co­phone men­tion­nait de façon désin­volte « J’espère qu’ils (les PN) se gardent une “p’tite gêne” pour ne pas célé­brer trop fort LEUR vic­toire ». Enfin, plus récem­ment, on assiste à l’émergence d’une nou­velle géné­ra­tion de mou­ve­ments d’action col­la­bo­ra­tive entre les PN et les Québécois et les Canadiens, comme Idle no more/​Fini l’inertie, une mixité qui encou­rage l’amitié et la recon­nais­sance mutuelle de l’Autre.

Comment cela s’est-il passé en Colombie-Britannique ? Toutes les actions semblent avoir convergé effi­ca­ce­ment vers le même but dans l’espace et dans le temps : arrê­ter les pipe­lines. En pre­mier lieu, les ins­tances poli­tiques autoch­tones ont réussi à faire un front commun[6] et ont annoncé clai­re­ment leur oppo­si­tion au pipe­line. Quelques jours plus tard, les femmes de la nation Gitga’at, appuyées par de nom­breuses autres femmes issues des PN ou du Canada, menaient à terme une mer­veilleuse « Chain of Hope [7]» tri­co­tée de plus de 20,000 pieds (6212 m), blo­quant sym­bo­li­que­ment le canal Douglas en canot avec une longue bande de laine mul­ti­co­lore sertie de photos d’enfants et de mes­sages. Au même moment ou presque, la Ville de Vancouver[8] « avouait » publi­que­ment se situer sur un ter­ri­toire autoch­tone non cédé. Et force est d’admettre que la récente déci­sion de la Cour suprême est tombée juste au bon moment pour être uti­li­sée contre l’invasion des pipe­lines.

Alors oui ! Il y a lieu d’espérer que nous pour­rons gagner la lutte contre les pipe­lines et le déve­lop­pe­ment de la pétroé­co­no­mie au Canada… mais seule­ment si ce « nous » inclue les PN, les Québécois et les Canadiens.

Notes :

[1] http://​ici​.radio​-canada​.ca/​n​o​u​v​e​l​l​e​s​/​P​o​l​i​t​i​q​u​e​/​2​0​1​4​/​0​6​/​1​8​/​0​0​6​-​n​o​r​t​h​e​r​n​-​g​a​t​e​w​a​y​-​h​a​r​p​e​r​-​m​u​l​c​a​i​r​-​t​r​u​d​e​a​u​.​shtml#! [2] http://​www​.otta​wa​ci​ti​zen​.com/​t​e​c​h​n​o​l​o​g​y​/​M​a​j​o​r​i​t​y​+​B​r​i​t​i​s​h​+​C​o​l​u​m​b​i​a​n​s​+​o​p​p​o​s​e​+​E​n​b​r​i​d​g​e​+​N​o​r​t​h​e​r​n​+​G​a​t​e​w​a​y​/​9​4​6​9​5​1​3​/​s​t​o​r​y​.html [3] http://​www​.axl​.cefan​.ulaval​.ca/​a​m​s​u​d​a​n​t​/​O​N​U​-​d​e​c​l​a​r​a​t​i​o​n​2​0​0​7.htm [4] http://​www​.fait​set​causes​.com/​2​0​1​3​/​1​0​/​0​7​/​l​a​-​p​r​o​c​l​a​m​a​t​i​o​n​-​r​o​y​a​l​e​-​a​-​2​5​0​-ans/ [5] http://​www​.lede​voir​.com/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​c​a​n​a​d​a​/​4​1​2​1​1​9​/​d​r​o​i​t​-​a​n​c​e​s​t​r​a​l​-​j​u​g​e​m​e​n​t​-​h​i​s​t​o​r​i​q​u​e​-​p​o​u​r​-​l​e​s​-​p​r​e​m​i​e​r​e​s​-​n​a​tions [6] http://​www​.ubcic​.bc​.ca/​N​e​w​s​_​R​e​l​e​a​s​e​s​/​U​B​C​I​C​N​e​w​s​0​6​1​7​1​4​0​1​.​h​t​m​l​#​a​x​z​z​3​7​O​8​clVWP [7] http://​chai​nof​hope​.ca/​a​b​o​u​t​-​t​h​e​-​c​hain/ [8] http://​www​.cana​dian​pro​gres​si​ve​world​.com/​2​0​1​4​/​0​6​/​2​6​/​v​a​n​c​o​u​v​e​r​-​c​i​t​y​-​b​u​i​l​t​-​f​i​r​s​t​-​n​a​t​i​o​n​s​-​u​n​c​e​d​e​d​-​land/

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