Mouvements sociaux dans les pays émergents

Les pistes de l’altermondialisme

Par Mis en ligne le 04 juillet 2014

Résumé

Plus de 60 ans après le « grand nar­ra­tif » du déve­lop­pe­ment, la moitié de la popu­la­tion mon­diale vit encore sous le seuil de la pau­vreté. Par ailleurs, les crises de toutes sortes (éco­no­mique et finan­cière, ali­men­taire, éco­lo­gique, sociale et poli­tique, guerres…) jettent une ombre trou­blante sur l’avenir de l’humanité. En effet, à l’ère de l’Anthropocène, où l’impact envi­ron­ne­men­tal de l’activité humaine est d’une ampleur telle qu’il génère une véri­table révo­lu­tion géo­lo­gique, c’est l’ensemble de notre civi­li­sa­tion indus­trielle, urbaine et consu­mé­riste qui se trouve remise en cause. Comment les peuples du monde peuvent-ils s’organiser pour chan­ger leur destin et concré­ti­ser, autour d’alternatives réelles, ce que Riccardo Petrella appelle leur désir d’humanité ? Dans ce cha­pitre, nous cher­chons à esquis­ser les contours du monde de l’après-développement. Un monde éman­cipé de l’utilitarisme, du pro­duc­ti­visme, du glo­ba­lisme et de l’asservissement de l’homme par la tech­nique et le dogme de la crois­sance. Cet autre monde, nous allons le décou­vrir dans les reven­di­ca­tions des mou­ve­ments sociaux, qui consti­tuent un archi­pel de mondes alter­na­tifs en train d’émerger autour de la jus­tice fis­cale, de la sou­ve­rai­neté ali­men­taire, du com­merce équi­table, de l’économie sociale et soli­daire, du tra­vail décent, de la démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive, de la décrois­sance convi­viale et de la sobriété heu­reuse, du « vivre bien ».

Texte complet

Du développement au post-développement

Depuis son inven­tion, la défi­ni­tion du déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal n’a cessé d’évoluer en fonc­tion des inté­rêts des acteurs en pré­sence et du contexte social. Nous pou­vons lire cette évo­lu­tion comme une rela­tion en ten­sion entre, d’une part, une vision uni­ver­sa­liste, linéaire et occi­den­talo-cen­trée du déve­lop­pe­ment et, d’autre part, une vision par­ti­cu­la­riste, mul­ti­forme et glo­ba­le­ment diver­si­fiée des voies pos­sibles de déve­lop­pe­ment

Transformation et dis­lo­ca­tion

À l’origine, la vision ini­tiale du déve­lop­pe­ment conçoit, dans la lignée de la pensée key­né­sienne, l’État comme un acteur cen­tral pour l’essor éco­no­mique des pays. Plus tard, dans la foulée des indé­pen­dances et de la reven­di­ca­tion d’un Nouvel ordre éco­no­mique inter­na­tio­nal (NOEI), le sous-déve­lop­pe­ment est appré­hendé comme un pro­blème global qui doit être traité natio­na­le­ment en tenant compte de la spé­ci­fi­cité de chacun des pays concer­nés. À partir des années 1980 cepen­dant, nous assis­tons à un retour­ne­ment. La prio­rité devient la sti­mu­la­tion de la crois­sance par l’approfondissement des échanges com­mer­ciaux au niveau mon­dial. L’État et sa pro­pen­sion à l’interventionnisme sont mis au banc des accu­sés. Selon cette approche, il faut s’aligner sur les pré­ceptes néo­li­bé­raux (pri­va­ti­sa­tion, libé­ra­li­sa­tion et déré­gle­men­ta­tion) prônés par le Fonds moné­taire inter­na­tio­nal (FMI), la Banque mon­diale et le Forum éco­no­mique mon­dial de Davos, dont les pro­po­si­tions sont ras­sem­blées sous le terme géné­rique du « consen­sus de Washington ».

Plus tard, la dis­lo­ca­tion de l’Union sovié­tique (1991) ren­force l’imposition de ce modèle néo­li­bé­ral en sym­bo­li­sant la faillite du modèle alter­na­tif, celui du socia­lisme. Mais en réa­lité, les nou­velles poli­tiques conduisent à des cou­pures dras­tiques dans les dépenses sociales ainsi que dans la fonc­tion publique. La struc­ture pro­duc­tive des pays est for­te­ment rema­niée pour l’adapter aux besoins des mar­chés inter­na­tio­naux, sou­vent au détri­ment de la sou­ve­rai­neté ali­men­taire des popu­la­tions. Pour plu­sieurs pays du Sud, on parle de la décen­nie perdue. Progressivement, l’imposition du modèle et ses consé­quences désas­treuses pour les pays du Sud plongent plu­sieurs pen­seurs du déve­lop­pe­ment dans le pes­si­misme et la dés­illu­sion.

L’Afrique riche et pauvre :

Dans les années 2000, sur les dix pays qui affi­chaient la plus forte crois­sance dans le monde, six étaient en Afrique, mais cette per­for­mance n’a pas contri­bué de manière signi­fi­ca­tive au nivel­le­ment des reve­nus ni à la redis­tri­bu­tion des richesses. L’accélération de la crois­sance par habi­tant n’a pas créé de pos­si­bi­li­tés d’emploi suf­fi­santes pour les jeunes, qui consti­tuent la majo­rité des pauvres, parmi les­quels les plus dému­nis sont les jeunes femmes et les jeunes ruraux. Depuis 1981, le nombre de pauvres a été mul­ti­plié par deux et depuis la fin des années 80, le nombre de per­sonnes vivant avec moins de 1 dollar par jour en Afrique sub-saha­rienne a aug­menté de 70 mil­lions pour atteindre 290 mil­lions en 1998, consti­tuant plus de 46 % de la popu­la­tion totale […] En plus d’être clas­sée parmi les régions les plus pauvres du monde, l’Afrique vient éga­le­ment au deuxième rang mon­dial, après l’Amérique latine, en termes d’inégalités. En Afrique, 60,8 % de la popu­la­tion est pauvre (moins de 2 $ par jour) et détient 36,5 % du revenu total, tandis que les riches (20 $ par jour) repré­sentent 4,8 % de la popu­la­tion et se par­tagent 18,8 % du revenu total.

Banque afri­caine de déve­lop­pe­ment, Notes d’information pour la Stratégie à long terme de la Banque, Note d’information 5 : « Inégalité des reve­nus en Afrique », 7 mars 2012.

Le déve­lop­pe­ment, au-delà du mot

Se défi­nis­sant comme des par­ti­sans de l’après-développement, ou du post-déve­lop­pe­ment, des cher­cheurs dénoncent le mythe du déve­lop­pe­ment. Ils refusent l’emploi de ce terme qui ne fait que tra­duire une vision occi­den­tale du monde construite autour de la notion de pro­grès et qui entend répar­tir les peuples du monde sur un conti­nuum for­te­ment orienté en valeurs s’étalant de l’archaïsme à la moder­nité. En fait, après la domi­na­tion poli­tique et éco­no­mique exer­cée par les peuples occi­den­taux sur le reste de la pla­nète, l’usage contem­po­rain de la notion de déve­lop­pe­ment vient ache­ver une forme de domi­na­tion cultu­relle.

Le « dis­cours » du déve­lop­pe­ment :

Le déve­lop­pe­ment a contri­bué à ce que la vie sociale soit conçue comme un pro­blème tech­nique, une ques­tion exi­geant des déci­sions et une ges­tion rai­son­née qu’il conve­nait de confier à ces gens que sont les pro­fes­sion­nels du déve­lop­pe­ment, dont les connais­sances spé­cia­li­sées étaient sup­po­sées les qua­li­fier pour cette tâche. Au lieu de voir dans le chan­ge­ment un pro­ces­sus lié à l’interprétation de l’histoire et des tra­di­tions cultu­relles de chaque société – comme nombre d’intellectuels dans diverses par­ties du tiers monde avaient essayé de le faire dans les années 20 et 30 (notam­ment Gandhi, le plus célèbre d’entre eux) –, ces pro­fes­sion­nels ont cher­ché à mettre au point des méca­nismes et des pro­cé­dures pour faire entrer les socié­tés dans un cadre pré­exis­tant qui repro­dui­rait les struc­tures et les fonc­tions de la moder­nité. À l’instar des appren­tis sor­ciers, les pro­fes­sion­nels du déve­lop­pe­ment ont fait renaître le rêve de la raison qui, entre leurs mains, comme dans le passé, a pro­duit une réa­lité trou­blante […] Le déve­lop­pe­ment tient de la téléo­lo­gie dans la mesure où il sup­pose que les « autoch­tones » seront réfor­més tôt ou tard. En même temps, il repro­duit à l’infini la sépa­ra­tion entre les réfor­ma­teurs et les « réfor­més » en puis­sance en entre­te­nant le pos­tu­lat selon lequel le tiers monde est dif­fé­rent et infé­rieur, et qu’il fait montre d’une huma­nité limi­tée en com­pa­rai­son avec les Européens évo­lués. Le déve­lop­pe­ment repose sur ce constat et ce déni per­pé­tuels de la dif­fé­rence, qui est une carac­té­ris­tique de la dis­cri­mi­na­tion.

Arturo Escobar

Voir au-delà du déve­lop­pe­ment, c’est donc sortir de ce prêt-à-penser qui consiste à pro­je­ter l’imaginaire occi­den­tal sur le reste du monde, refu­ser la vision linéaire de l’histoire, reje­ter le dogme de la crois­sance et oublier les modèles uniques et les solu­tions glo­bales. C’est fina­le­ment s’ouvrir à la dif­fé­rence et adop­ter une vision posi­tive de la diver­sité. Cela sup­pose d’être à l’écoute de ceux qui refusent de se faire sub­mer­ger par les valeurs occi­den­tales, qui luttent contre l’hégémonie, qui poussent les murs pour s’aménager des espaces d’autonomie dans les inter­stices d’un sys­tème mon­dial en déli­ques­cence.

De quel côté aller ?

Pour Gilbert Rist, un des cher­cheurs asso­ciés au « post-déve­lop­pe­ment », trois pistes de tra­vail se pré­sentent dans un contexte où le « déve­lop­pe­ment » tel que conçu tra­di­tion­nel­le­ment est dans l’impasse :

  • « Redresser » le déve­lop­pe­ment en « recy­clant » la crois­sance vers l’amélioration des condi­tions de vie des plus pauvres. C’est en gros la pers­pec­tive des OMD, des agences inter­na­tio­nales et sou­vent des ONG qui appa­rait sous le label du « déve­lop­pe­ment durable ». S’ajoute à cela une pro­po­si­tion pour reve­nir aux prin­cipes key­né­siens, notam­ment pour redres­ser la balance inéqui­table des échanges inter­na­tio­naux et de per­mettre aux pauvres de pou­voir par­ti­ci­per au marché inter­na­tio­nal sur des bases plus stables.
  • Miser sur les nou­velles arti­cu­la­tions mises en place par des États et des mou­ve­ments du Sud, essen­tiel­le­ment en res­tau­rant l’autonomie des socié­tés mar­gi­na­li­sées. Cela est expé­ri­menté dans cer­tains pays (la Bolivie par exemple). Il s’agit de pro­cé­der à une « décon­nexion » du marché mon­dial, de miser sur les com­mu­nau­tés, de pro­cé­der à de grandes réformes (notam­ment la réforme agraire). On n’en est pas rendus au point, affirme Rist, où tout cela pré­sente un nou­veau « para­digme » ou une nou­velle « théo­rie » du déve­lop­pe­ment.
  • Repenser tout cela en com­men­çant par les concepts mêmes de science, pour sortir, d’une sorte de reli­gion de la croyance. C’est un projet « théo­rique » admet Rist, qui estime pour autant que l’humanité doit « chan­ger de chemin ».

La décrois­sance

La pers­pec­tive du post-déve­lop­pe­ment est asso­ciée à l’idée de la « décrois­sance », qui consiste à pré­co­ni­ser un virage éco­no­mique et social.

Nous n’avons plus loin à espé­rer d’une crois­sance sup­plé­men­taire des éco­no­mies occi­den­tales, sinon une aggra­va­tion des inéga­li­tés sociales, en par­ti­cu­lier sur le plan éco­lo­gique. La thèse de la « crois­sance verte » est fal­la­cieuse, il n’y a pas moyen d’augmenter la quan­tité de pro­duc­tion (le PIB) en amé­lio­rant la quan­tité de façon à la rendre com­pa­tible avec les équi­libres natu­rels […] L’enjeu est de rééqui­li­brer les pré­ten­tions sur le plan sym­bo­lique, déga­ger une place pour que des popu­la­tions mar­gi­na­li­sées puissent se faire entendre. Dans l’approche de Gandhi, l’analyse conclut non seule­ment à une domi­na­tion du Nord sur le Sud, mais à une domi­na­tion de tous par une idéo­lo­gie du pou­voir et de la force, à rem­pla­cer, dans une pers­pec­tives d’émancipation, par un souci du vivre-ensemble (le « dharma »), un ordre éthique dif­fé­rent.

Bayon, Flipo, Schneider, La décrois­sance en dix ques­tions, La Découverte, Paris, 2010

Selon Serge Latouche, un autre par­ti­san de la décrois­sance et du post-déve­lop­pe­ment, ce pro­gramme est tout à fait réa­li­sable. Les jalons pour­raient être :

  • Une poli­tique volon­ta­riste au niveau de l’énergie : fis­ca­lité verte, infra­struc­tures d’énergies renou­ve­lables, la réduc­tion des méga­pro­jets, sortie pro­gres­sive de l’automobile et des éner­gies fos­siles, déve­lop­pe­ment du trans­port col­lec­tif.
  • Des mon­naies locales et sans inté­rêt. Développement des diverses formes d’économie sociale et soli­daire.
  • La réduc­tion du temps de tra­vail sala­rié, cou­plée à un revenu mini­mum d’existence uni­ver­sel.
  • Le déve­lop­pe­ment de nou­velles approches dans les ser­vices publics (santé, édu­ca­tion, aide aux per­sonnes âgées, petite enfance), basées sur la par­ti­ci­pa­tion, l’innovation, la décen­tra­li­sa­tion.

Bien qu’ascendante, la pers­pec­tive du post-déve­lop­pe­ment reste rela­ti­ve­ment mar­gi­nale. Certains lui reprochent son côté « catas­tro­phiste » et déter­mi­niste. Elle pré­sente éga­le­ment une concep­tion uni­la­té­rale, comme si tous les États et popu­la­tions étaient condam­nés d’avance à un seul chemin.

Quoiqu’il en soit, il semble évident qu’une réflexion en pro­fon­deur, et sur­tout une action, soit néces­saire pour confron­ter les nom­breux défis du déve­lop­pe­ment. Un « labo­ra­toire » où cette dyna­mique prend forme est la Bolivie, où des expé­ri­men­ta­tions inédites sont en cours.

Le labo­ra­toire boli­vien : quelles trans­for­ma­tions sont néces­saires?! :

La pre­mière et la plus impor­tante des trans­for­ma­tions, c’est la déco­lo­ni­sa­tion de l’État. Cela signi­fie que les nations et les iden­ti­tés cultu­relles indi­gènes qui ont tou­jours été mar­gi­na­li­sées dans les struc­tures de pou­voir, assurent aujourd’hui la conduite de l’organisation poli­tique, cultu­relle et, pro­gres­si­ve­ment, de l’organisation éco­no­mique du pays, en lien avec d’autres sec­teurs non indi­gènes de la société. La deuxième com­po­sante pro­cède via la natio­na­li­sa­tion, l’extension des biens com­muns, de la richesse com­mune. Ce pas­sage permet de redis­tri­buer la richesse, d’améliorer les condi­tions de vie des plus humbles. Et la troi­sième com­po­sante, c’est la montée en puis­sance pro­gres­sive des logiques com­mu­nau­taires pré- et post-capi­ta­listes, à l’instar d’une logique du tra­vail agraire qui est, ici, en connexion avec la nature. La volonté poli­tique est de construire une société com­mu­nau­taire, pas seule­ment dans le champ poli­tique, mais éga­le­ment dans la ges­tion de l’économie.

Álvaro García Linera

Les mobilisations pour un autre monde

Pendant que le déve­lop­pe­ment et le post-déve­lop­pe­ment font l’objet de débats et de recherches, c’est sur le ter­reau fer­tile des mobi­li­sa­tions, où la notion de soli­da­rité face à l’adversité prend tout son sens, que se déve­loppent des voies alter­na­tives. Dans cette pra­tique col­lec­tive de lutte pour l’émancipation se construisent les bases de cet autre monde à faire adve­nir, au-delà du déve­lop­pe­ment.

La pre­mière vague (les années 1980)

Les peuples se sont oppo­sés au néo­li­bé­ra­lisme dès qu’ils ont pris conscience de ses consé­quences et inci­dences sur leur vie quo­ti­dienne. Le Pérou, dès 1977, subit un pro­gramme d’ajustement struc­tu­rel (PAS) qui lui impose de réduire de 33 % le budget de l’État. Cela se tra­duit par la sup­pres­sion des aides publiques sur le car­bu­rant, les trans­ports et l’alimentation. Peu après, le pays est tra­versé de confron­ta­tions et de grèves, puis par la loi mar­tiale et l’arrestation des chefs syn­di­caux. En Tunisie en 1983, le FMI recom­mande au gou­ver­ne­ment de haus­ser les prix des céréales afin d’augmenter ses reve­nus et ainsi rem­bour­ser sa dette. Dans la rue, ce sont les « émeutes » dites de la faim (150 morts).

Des phé­no­mènes simi­laires se passent en Jamaïque, en Bolivie, au Brésil, au Sénégal, en Côte d’Ivoire. Le désen­ga­ge­ment social de l’État et son ali­gne­ment sur des poli­tiques éco­no­miques dic­tées par les bailleurs de fonds, conju­gués à l’usage de son pou­voir de coer­ci­tion contre sa propre popu­la­tion, sus­ci­tant par­tout révoltes et indi­gna­tion.

La deuxième vague (les années 1990)

Ces pre­mières mobi­li­sa­tions en géné­ral demeurent frag­men­tées et iso­lées. Les registres d’action demeurent dans un cadre spa­tial natio­nal, voir local. Mais en 1994, l’insurrection zapa­tiste au Mexique change la donne. Pour la pre­mière fois, le néo­li­bé­ra­lisme est direc­te­ment dénoncé, une pensée cri­tique syn­thé­tique s’élabore, un besoin de se ras­sem­bler par-delà les fron­tières prend forme. En France en 1995, la popu­la­tion se sou­lève contre un plan de réforme de la sécu­rité sociale et des retraites visant à haus­ser la cote du pays sur les mar­chés finan­ciers mon­diaux. Le mou­ve­ment social ravive la flamme de l’intellectuel, ce pen­seur engagé qui sort de sa tour d’ivoire pour mettre son savoir et sa capa­cité d’analyse au ser­vice de la lutte sociale. Au Québec à la même époque, les réseaux popu­laires s’organisent à l’appel de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) pour orga­ni­ser une grande marche contre la pau­vreté et la vio­lence contre les femmes. En 1998 com­mencent les grandes mani­fes­ta­tions contre la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale, notam­ment à Seattle (États-Unis), puis un peu par­tout en Europe. Dans les Amériques à l’initiative des mou­ve­ments sociaux du Québec et du Canada, une grande alliance hémi­sphé­rique est mise en place contre le projet de créa­tion d’une Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), qui culmine avec le Sommet des Peuples de Québec (avril 2001) où 60 000 mani­fes­tants se retrouvent dans une ville trans­for­mée en cita­delle assié­gée, incar­nant sym­bo­li­que­ment la frac­ture entre les élites et les popu­la­tions. Peu à peu, l’idée appa­raît que la mon­dia­li­sa­tion telle que défi­nie par le FMI, la Banque mon­diale et l’Organisation inter­na­tio­nale du com­merce, n’est pas seule voie.

Troisième vague (2001-2011)

Afin de sortir de cette logique de confron­ta­tion, les orga­ni­sa­tions de la société civile mon­diale innovent. Invention du Sud, le Forum social mon­dial (FSM) émerge comme une nou­velle forme de mobi­li­sa­tion socio­po­li­tique. Il ouvre un espace de dia­logue et de conver­gence des acteurs sociaux glo­baux, régio­naux et locaux, en contre­par­tie du Forum éco­no­mique mon­dial, une sorte de club select de l’oligarchie mon­diale qui se déroule chaque année à Davos, en Suisse. L’alternative au modèle domi­nant de la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale a désor­mais un visage.

Faisant la pro­mo­tion de l’ouverture, de la concer­ta­tion, du dia­logue inclu­sif et de la par­ti­ci­pa­tion, le FSM entend rompre avec les ins­ti­tu­tions clas­siques, fon­dées sur l’idée de cen­tra­li­sa­tion du pou­voir, de rap­ports hié­rar­chi­sés, de légi­ti­mité repré­sen­ta­tive. Certaines pro­po­si­tions se concré­tisent en Amérique latine, du fait d’un par­te­na­riat entre des gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes et des mou­ve­ments sociaux (Brésil, Bolivie, Venezuela, Équateur, Argentine…). Par contre, même si les pro­po­si­tions alter­mon­dia­listes pro­gressent (notam­ment sur la ques­tion de la régu­la­tion finan­cière), les gou­ver­ne­ments en Amérique du Nord et en Europe se radi­ca­lisent dans une pos­ture néo­con­ser­va­trice, en jus­ti­fiant le statu quo par un dis­cours sécu­ri­taire. Ce qui conduit à une nou­velle muta­tion des formes de mobi­li­sa­tion.

Le Forum social mon­dial (FSM) : 

« Le Forum social mon­dial est un espace de ren­contre ouvert visant à appro­fon­dir la réflexion, le débat d’idées démo­cra­tique, la for­mu­la­tion de pro­po­si­tions, l’échange en toute liberté d’expériences, et l’articulation en vue d’actions effi­caces, d’instances et de mou­ve­ments de la société civile qui s’opposent au néo­li­bé­ra­lisme et à la domi­na­tion du monde par le capi­tal et toute forme d’impérialisme, et qui s’emploient à bâtir une société pla­né­taire axée sur l’être humain » (Charte de prin­cipes du FSM, article 1). En se défi­nis­sant essen­tiel­le­ment comme un espace inclu­sif de débat orienté vers le chan­ge­ment social, le FSM entend sti­mu­ler la par­ti­ci­pa­tion active de ceux qui y prennent part. Depuis sa créa­tion en 2001, chaque édi­tion du FSM innove du point de vue de sa métho­do­lo­gie afin de mettre en pra­tique son idéal d’horizontalité et de sti­mu­ler le chan­ge­ment social par la base. Ce n’est pas le FSM qui va chan­ger le monde, mais plutôt ceux qui y par­ti­cipent.

Chronologie

  • 2001 : 1er FSM à Porto Alegre (Brésil)
  • 2002 : 2e FSM à Porto Alegre
  • 2003 : 3e FSM à Porto Alegre
  • 2004 : 4e FSM à Mumbai (Inde)
  • 2005 : 5e FSM à Porto Alegre
  • 2006 : 6e FSM poly­cen­trique : Bamako (Mali), Caracas (Venezuela) et Karachi (Pakistan)
  • 2007 : 7e FSM à Nairobi (Kenya)
  • 2009 : 8e FSM à Belém (Brésil)
  • 2011 : 9e FSM à Dakar (Sénégal)
  • 2013 : 10eFSM à Tunis (Tunisie)

En tout, plus d’un mil­lion de per­sonnes ont par­ti­cipé au FSM.

Quatrième vague (2011-main­te­nant)

Tout com­mence en Tunisie, en 2010, avec l’immolation de Mohamed Bouazizi, qui devient le sym­bole d’une géné­ra­tion condam­née à l’exclusion sociale, peu importe ses com­pé­tences ou ses diplômes. Le Printemps arabe est né et un vent de révolte ébranle les auto­cra­ties de la région, empor­tant des dic­ta­teurs (Ben Ali, Moubarak, Kadhafi), désta­bi­li­sant des régimes et pous­sant de nom­breux autres à concé­der des réformes. Entre-temps, repre­nant le mot d’ordre lancé par Stéphane Hessel, les Indignés s’installent sur la place Puerta del Sol comme les jeunes égyp­tiens qui occupent la place Tahrir au Caire.

L’initiative pour dénon­cer les poli­tiques d’austérité fait des émules et les mobi­li­sa­tions se répandent en Europe et au-delà. La dimen­sion pla­né­taire de cette contes­ta­tion se concré­tise le 15 octobre 2011, avec des mani­fes­ta­tions dans plus de 950 villes dans 82 pays. En Amérique du Nord, les acteurs de ces mobi­li­sa­tions innovent, avec l’initiative Occupy Wall Street qui débute le 17 sep­tembre 2011 à New York, pour ensuite se pro­pa­ger à plus de 100 villes amé­ri­caines et cana­diennes.

En 2012, de puis­sants mou­ve­ments sociaux conti­nuent leur marche, notam­ment les « Carrés rouges » au Québec. Ce qui est nou­veau, c’est l’horizon de la trans­for­ma­tion sociale. Il ne s’agit plus d’interpeller un État et des gou­ver­ne­ments dis­cré­di­tés, mais bien de se réap­pro­prier l’espace public pour pra­ti­quer une nou­velle manière de vivre et expé­ri­men­ter de nou­veaux liens de soli­da­rité.

Propositions pour un autre développement

Peu à peu, un nou­veau pay­sage social prend forme : un autre monde est non seule­ment pos­sible et néces­saire, mais il est déjà en construc­tion à tra­vers une très grande mul­ti­tude d’initiatives qui se déclinent à tous les niveaux, du local au global.

Une masse de solu­tions

Ces pro­po­si­tions alter­na­tives rejettent les modèles glo­baux et prônent une vision posi­tive de la diver­sité qui mise sur l’autonomie créa­tive de tous ceux et celles qui, au stade indi­vi­duel ou col­lec­tif, se conçoivent comme les arti­sans d’un chan­ge­ment social salu­taire pour l’humanité. En somme, comme le scan­daient les par­ti­ci­pants au FSM de Porto Alegre en 2005, plutôt qu’une solu­tion de masse, la mou­vance alter­mon­dia­liste pro­pose une masse de solu­tions. Changer le monde, cela com­mence par se chan­ger soi-même, en pen­sant et agis­sant dif­fé­rem­ment. Cela se pour­suit dans son quar­tier, son école, sa com­mu­nauté, sa ville, sa région, son pays, sa pla­nète. Cela peut com­men­cer en relayant un mes­sage, puis en posant un geste, en sus­ci­tant des dis­cus­sions, en tra­vaillant autre­ment, en votant avec conscience, en consom­mant dif­fé­rem­ment, en don­nant et en rece­vant… mais dans tous les cas, cela se fait dans l’ouverture et la rela­tion à l’autre, avec comme prin­cipe car­di­nal, le souci du bien commun. De ce foi­son­ne­ment émergent de manière par­cel­laire de grands chan­tiers, qui sont autant de voies d’avenir pour recons­truire les socié­tés au-delà du déve­lop­pe­ment.

Le Manifeste de Porto Alegre :

  1. Annuler la dette publique des pays du sud
  2. Taxer inter­na­tio­na­le­ment les tran­sac­tions financièresAbolir les para­dis fis­caux
  3. Reconnaître le droit à l’emploi et à la pro­tec­tion sociale
  4. Promouvoir le com­merce équi­table plutôt que le libre-échange
  5. Garantir le droit à la sou­ve­rai­neté ali­men­taire par l’agriculture pay­sanne
  6. Interdire le bre­ve­tage du vivant et la pri­va­ti­sa­tion des biens com­muns (eau)
  7. Lutter contre les dis­cri­mi­na­tions de toutes sortes et recon­naître les droits des peuples indi­gènes
  8. Promouvoir la sobriété éner­gé­tique et la maî­trise démo­cra­tique des res­sources natu­relles
  9. Démanteler les bases mili­taires étran­gères dans le monde
  10. Garantir le droit à l’information et le droit d’informer
  11. Démocratiser les orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales
Signé à Porto Alegre, le 29 jan­vier 2005, par 19 intel­lec­tuels de renom de la mou­vance alter­mon­dia­liste.

Chantier 1 : Domestiquer la finance inter­na­tio­nale

Contrôler ce sec­teur éco­no­mique afin de le remettre en phase avec les besoins des socié­tés, tel est le cheval de bataille de nom­breuses orga­ni­sa­tions de la société civile, telle l’association ATTAC (Association pour la Taxation des Transactions finan­cières et pour l’Action Citoyenne). Mise sur pied en 1998 pour remettre la finance au ser­vice des citoyens. ATTAC est aujourd’hui un réseau inter­na­tio­nal, pré­sent dans 40 pays et s’appuyant sur plus de mille groupes locaux. Sa prin­ci­pale pro­po­si­tion, ins­pi­rée par l’économiste James Tobin, consiste à ins­tau­rer une taxe sur l’ensemble des tran­sac­tions finan­cières afin, d’une part, de limi­ter l’activité spé­cu­la­tive et, d’autre part, de finan­cer des poli­tiques publiques visant le déve­lop­pe­ment des pays du Sud ainsi que la lutte contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques. Une telle taxe mon­diale à un taux de 0,05 % per­met­trait de cou­vrir le coût de réa­li­sa­tion des Objectifs du mil­lé­naire pour le déve­lop­pe­ment (180 mil­liards de dol­lars), d’aider les pays en déve­lop­pe­ment à s’adapter aux chan­ge­ments cli­ma­tiques (170 mil­liards) et d’éponger les défi­cits bud­gé­taires des pays déve­lop­pés (360 mil­liards). L’idée de cette taxe est aujourd’hui reprise par plu­sieurs pays. Une autre idée vise à domes­ti­quer la finance par l’abolition les para­dis fis­caux, ces ter­ri­toires où l’on ne paie pas d’impôt. Le nombre de ces para­dis fis­caux a triplé ces trente der­nières années, ce qui permet aux riches de mettre à l’abri du fisc entre 21 000 et 32 000 mil­liards de dol­lars. Depuis 2009, plu­sieurs réseaux citoyens ont créé l’Indice d’opacité finan­cière qui permet d’établir la liste des pays qui favo­risent l’évasion fis­cale. En tête du clas­se­ment 2013, nous retrou­vons la Suisse, le Luxembourg, Hong Kong, les Îles Caïmans, Singapour et les États-Unis. Les reven­di­ca­tions semblent porter fruit puisque, depuis la crise de 2008, 120 pays se sont enga­gés à mettre fin au secret ban­caire.

Chantier 2 : démon­dia­li­ser la pla­nète

Aujourd’hui, près de 600 accords com­mer­ciaux en vigueur ou en cours de négo­cia­tion limitent les capa­ci­tés d’intervention des États au profit d’une éco­no­mie « glo­ba­li­sée », c’est-à-dire des entre­prises mul­ti­na­tio­nales et des grandes ins­ti­tu­tions finan­cières. De l’insurrection zapa­tiste au Chiapas mexi­cain (1994), aux mani­fes­ta­tions contre l’OMC à Seattle en 1999, en pas­sant par les mobi­li­sa­tions contre l’Accord mul­ti­la­té­ral sur les inves­tis­se­ments (AMI) en 1998, des actions ont obtenu des gains en démys­ti­fiant les effets du libre-échange et en ral­liant à leur cause cer­tains gou­ver­ne­ments. Ce fut le cas pour la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) qui fina­le­ment a été blo­quée par les popu­la­tions et les États d’Amérique latine en 2005. Aujourd’hui encore, la contes­ta­tion se pour­suit, d’où la para­ly­sie de l’OMC, tou­jours inca­pable d’imposer la « méde­cine » néo­li­bé­rale à l’ensemble du monde.

La ques­tion de la libé­ra­li­sa­tion du sec­teur de l’agriculture est un sujet très sen­sible qui peut conduire à poser des gestes dra­ma­tiques, mais aussi à éla­bo­rer des pro­po­si­tions por­teuses d’avenir. C’est pour dénon­cer le sort tra­gique réservé aux agri­cul­teurs de son pays, suite à l’ouverture de leur marché au riz amé­ri­cain, que le leader paysan sud-coréen, Lee Kyung Hae, s’est planté un poi­gnard dans le cœur, durant la Conférence de l’OMC à Cancún. En Inde, près de 250 000 pay­sans se sont sui­ci­dés depuis 1997. C’est pour remé­dier à ces drames que le mou­ve­ment paysan inter­na­tio­nal Via cam­pe­sina, qui regroupe 150 orga­ni­sa­tions repré­sen­tant 200 mil­lions de pay­sans, reven­dique la sou­ve­rai­neté ali­men­taire des peuples, ce qui signi­fie que les pay­sans doivent pro­duire avant tout pour se nour­rir, eux-mêmes, leurs familles et leurs com­mu­nau­tés. Sa pro­po­si­tion prin­ci­pale vise à sti­mu­ler l’agriculture locale et vivrière, plutôt que l’agro-industrie d’exportation.

C’est dans une pers­pec­tive simi­laire qu’il faut abor­der le cou­rant du com­merce équi­table. Il se base sur une rela­tion directe entre consom­ma­teurs conscien­ti­sés et res­pon­sables situés au Nord et petits pro­duc­teurs au Sud ras­sem­blés en coopé­ra­tives de pro­duc­tion. Cette nou­velle rela­tion de soli­da­rité fondée sur une juste rétri­bu­tion des pro­duc­teurs est pos­sible grâce à la mise en place de réseaux de dis­tri­bu­tion (Oxfam, Artisans du monde, la Fair Trade Federation en Amérique du Nord ou encore le Network of European Worldshops) et de cer­ti­fi­ca­tion (World Fair Trade Organization-WFTO, Fair trade Labelling Organizations-FLO, Max Havelaar). Le com­merce équi­table implique plus de deux mil­lions de pro­duc­teurs répar­tis dans 75 pays, avec un chiffre d’affaire en forte pro­gres­sion récem­ment évalué entre 5,5 et 6 mil­liards d’euros (2012). Du côté des consom­ma­teurs, près de 80 mil­lions de familles font régu­liè­re­ment le choix équi­table. Le chan­tier de la démon­dia­li­sa­tion de la pla­nète vise à des­ser­rer les liens tissés entre les pays par les accords com­mer­ciaux et finan­ciers. Il repose sur une diver­sité de stra­té­gie, allant de la contes­ta­tion des accords négo­ciés par les gou­ver­ne­ments. Dans tous les cas, au cœur de cette nou­velle manière de com­mer­cer, se trouve une pré­oc­cu­pa­tion fon­da­men­tale : le bien-être des com­mu­nau­tés et l’essor de l’économie locale.

Chantier 3 : Socialiser l’économie

Repenser les échanges inter­na­tio­naux sur des bases soli­daires consti­tue un chan­tier fon­da­men­tal du post-déve­lop­pe­ment envi­sagé par la mou­vance alter­mon­dia­liste. Cette approche se pro­longe par une nou­velle façon de conce­voir les rap­ports de pro­duc­tion. C’est le chan­tier ouvert par les orga­nismes d’économie sociale et soli­daire (ESS). Alternative à la logique capi­ta­liste cen­trée sur la maxi­mi­sa­tion du profit, la mobi­lité du capi­tal, la crois­sance abso­lue et la loi de la concur­rence, l’ESS est construite autour de cinq piliers :

  • Une lucra­ti­vité maî­tri­sée.
  • Une orga­ni­sa­tion interne démo­cra­tique (modèle coopé­ra­tif).
  • Une logique d’engagement social dans la com­mu­nauté.
  • Une orien­ta­tion vers la recherche du « bien vivre ».
  • Un ancrage ter­ri­to­rial local.

En France, le sec­teur de l’ESS consti­tue 10 % du PIB et emploi 2,35 mil­lions de sala­riés répar­tis dans plus de 200 000 entre­prises sociales et soli­daires. En Argentine, l’ESS, consi­dé­rée comme une stra­té­gie de sortie de crise suite à la faillite du pays en 2001, repré­sente 10 % du PIB et 22 % de la pro­duc­tion agri­cole. Au Canada, l’ESS four­nit de l’emploi à plus de 100 000 per­sonnes. Cette ten­dance visant la réin­ser­tion des popu­la­tions exclues se retrouve dans plu­sieurs autres pays d’Amérique latine et d’Afrique, où l’ESS appa­raît aujourd’hui comme une solu­tion afin de four­nir un ser­vice mini­mum de pro­tec­tion sociale à près de 80 % de la popu­la­tion, qui œuvrent dans les sec­teurs infor­mel et rural et qui ne peuvent béné­fi­cier des régimes publics ou privés. Si l’ESS semble aujourd’hui avoir le vent dans les voiles, elle n’est cepen­dant pas à l’abri des cri­tiques. Pour plu­sieurs, elle appa­raît comme une forme de sub­si­dia­rité de l’action publique qui permet à l’État de se déga­ger de ses obli­ga­tions vis-à-vis de ses admi­nis­trés, ce qui ali­mente la vision néo­li­bé­rale pré­co­ni­sant le recul de l’interventionnisme éta­tique dans le contexte de mon­dia­li­sa­tion.

Chantier 4 : Rendre leur dignité aux tra­vailleurs et aux tra­vailleuses

L’un des moteurs de la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale réside dans la pro­li­fé­ra­tion des inves­tis­se­ments directs étran­gers (IDE). Cette migra­tion du capi­tal rend compte de l’extension des rami­fi­ca­tions des entre­prises mul­ti­na­tio­nales, soit par la délo­ca­li­sa­tion des usines, soit par l’achat de filiales à l’étranger. Ce qui pousse les entre­prises à se mon­dia­li­ser en répar­tis­sant leurs unités de pro­duc­tion aux quatre coins du globe, c’est la recherche d’une plus grande com­pé­ti­ti­vité, et cela passe géné­ra­le­ment par une équa­tion simple : pro­duire plus à moindre frais. Et dans ce calcul, le coût et la doci­lité de la main-d’œuvre sont des fac­teurs de pre­mier plan.

Ce qu’on appelle le dum­ping social, c’est cette concur­rence déloyale entre pays qui conduit à une réduc­tion géné­ra­li­sée des condi­tions de tra­vail du fait de la délo­ca­li­sa­tion des emplois des pays à haut salaire et forte pro­tec­tion sociale, vers des pays où la main-d’œuvre est moins bien payée et pro­té­gée. Sachant qu’entre 1980 et 2008, le volume des IDE a été mul­ti­plié par 40, on prend la mesure de l’impact du phé­no­mène sur l’évolution des condi­tions de tra­vail. Une stra­té­gie de chan­ge­ment est donc néces­saire.

Dans cette vaste entre­prise, la pro­mo­tion du tra­vail décent consti­tue un axe impor­tant. Viser un tra­vail décent sup­pose de déployer, au niveau natio­nal mais aussi mon­dial, un ensemble de poli­tiques qui doivent être com­plé­men­taires et simul­ta­nées, et qui s’inscrivent sous quatre prio­ri­tés : la recherche du plein emploi, le déve­lop­pe­ment de la pro­tec­tion sociale, la défense des droits fon­da­men­taux au tra­vail et le ren­for­ce­ment du dia­logue social.

Le mou­ve­ment syn­di­cal inter­na­tio­nal s’est investi avec la mou­vance alter­mon­dia­liste dans la lutte pour pro­mou­voir le tra­vail décent. La Confédération syn­di­cale inter­na­tio­nale (CSI) regroupe 180 mil­lions de tra­vailleurs affi­liés à 315 orga­ni­sa­tions syn­di­cales répar­ties dans 156 pays. En 2013, la CSI a orga­nisé 274 actions de sen­si­bi­li­sa­tion sur le thème du tra­vail décent dans 64 pays. Ces actions sont déployées dans le cadre de coa­li­tions incluant syn­di­cats, asso­cia­tions de consom­ma­teurs, orga­nismes de coopé­ra­tion inter­na­tio­nal, etc.

C’est le cas de Clean Clothes Campaign ou Labour Behind the Label, des réseaux euro­péens qui dénoncent les condi­tions de tra­vail alié­nantes dans l’industrie du vête­ment. Également, The Asia Floor Wage Alliance reven­dique un salaire décent pour les tra­vailleurs de l’industrie tex­tile en Asie.

Notons aussi Play Fair, une cam­pagne mon­diale visant à pro­mou­voir les droits des tra­vailleurs œuvrant à la pré­pa­ra­tion d’événements spor­tifs inter­na­tio­naux (coupe du monde de foot­ball, jeux olym­piques…).

Chantier 5 : démo­cra­ti­ser la démo­cra­tie

Au-delà de la sphère éco­no­mique, l’univers du poli­tique doit lui aussi être repensé dans la pers­pec­tive du post-déve­lop­pe­ment. La démo­cra­tie repré­sen­ta­tive est entrée en crise, ren­dant de plus en plus évi­dente la frac­ture entre gou­ver­nants et gou­ver­nés. Les dif­fé­rents gou­ver­ne­ments qui se suc­cèdent appliquent les mêmes poli­tiques d’austérité (rigueur bud­gé­taire, réduc­tion des dépenses publiques, libé­ra­li­sa­tion com­mer­ciale et finan­cière). Pour contrer cette ten­dance à l’évitement du débat démo­cra­tique, de nom­breuses ini­tia­tives visent à pro­mou­voir la par­ti­ci­pa­tion citoyenne.

Dans la ville de Porto Alegre, qui a été l’hôte du pre­mier Forum social mon­dial, les citoyen-nes expé­ri­mentent le budget par­ti­ci­pa­tif, qui permet à la popu­la­tion de dis­cu­ter et défi­nir le budget et les poli­tiques publiques muni­ci­pales. Aujourd’hui, on évalue qu’il y a plus de 300 bud­gets par­ti­ci­pa­tifs dans le monde. Au-delà de cette pra­tique, appa­raît la volonté de redon­ner aux gens un pou­voir dans le pro­ces­sus d’élaboration des règles de la vie com­mune dans la mise en œuvre des poli­tiques publiques.

Démocratie par­ti­ci­pa­tive : 

Depuis 2003, les insur­gés du Chiapas ont ras­sem­blé les 38 muni­ci­pa­li­tés qu’ils contrôlent en cinq cara­coles. Ces ter­ri­toires zapa­tistes auto­nomes du gou­ver­ne­ment mexi­cain depuis 1994 sont admi­nis­trés par des Conseils de bon gou­ver­ne­ment. Les membres de ces conseils sont dési­gnés par consen­sus par les assem­blées com­mu­nau­taires des muni­ci­pa­li­tés admi­nis­trées et ne siègent que par rota­tion (pour des périodes de 10 jours). Ils ne reçoivent aucune rému­né­ra­tion pour ces tâches per­çues comme un ser­vice à la com­mu­nauté où la par­ti­ci­pa­tion des femmes est for­te­ment encou­ra­gée. Certes, par ce sys­tème de rota­tion des charges publiques, les Conseils peuvent perdre en effi­ca­cité, mais cela à l’avantage de per­mettre à tout le monde de prendre part à la ges­tion du bien commun et sur­tout d’apprendre par la pra­tique l’autogouvernement.

Cette logique d’auto-organisation se retrouve dans les mobi­li­sa­tions des Indignés et de Occupy. Par le geste sym­bo­lique de se réap­pro­prier l’espace public, de reven­di­quer La rue est à nous ! et d’occuper les parcs, les occu­pants signi­fiaient à la fois leur cri­tique des pro­ces­sus de pri­va­ti­sa­tion de la vie col­lec­tive, mais sur­tout, leur volonté de se réap­pro­prier la démo­cra­tie et de lutter contre la confis­ca­tion repré­sen­ta­tive. Sur les places occu­pées, que ce soit à New York, Madrid, Rio ou Montréal, les déci­sions col­lec­tives étaient prises en assem­blée géné­rale sur la place, les ani­ma­teurs d’assemblée et les ora­teurs étaient tirés au sort parmi des volon­taires, les charges au sein des cam­pe­ments étaient répar­ties selon une rota­tion sys­té­ma­tique, les formes d’échange et de com­mu­ni­ca­tion favo­ri­saient l’écoute active et le refus de la dic­ta­ture de l’urgence.

Chantier 6 : pra­ti­quer la sobriété heu­reuse

Pour la mou­vance alter­mon­dia­liste, lutter contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique exige une pro­fonde réforme du sys­tème pro­duc­ti­viste et pour le moment aucun gou­ver­ne­ment n’a le cou­rage d’aborder de front ce pro­blème. Certains pays adoptent même des posi­tions car­ré­ment régres­sives (le Canada, par exemple). L’urgence d’agir, pour­tant, appa­raît de plus en plus clai­re­ment. Selon le rap­por­teur des Nations unies sur les droits des migrants, 250 mil­lions de per­sonnes d’ici 2050 pour­raient deve­nir des « réfu­giés cli­ma­tiques » à cause des catas­trophes envi­ron­ne­men­tales.

Dans l’optique du post-déve­lop­pe­ment, la crois­sance éco­no­mique n’est pas la solu­tion, mais le pro­blème. Pour sortir du cycle infer­nal d’une crois­sance insou­te­nable, plu­sieurs pro­posent de mettre de l’avant la notion de décrois­sance convi­viale, voire la « sobriété heu­reuse ». Vivre sobre­ment, par ailleurs, ne veut pas dire se priver, mais plutôt refu­ser la société de gas­pillage fondée sur une consom­ma­tion com­pul­sive ou dit autre­ment, s’émanciper de la condi­tion de consom­ma­teur faus­se­ment hédo­niste pour rede­ve­nir des êtres humains socia­li­sés et soli­daires. En fait, la décrois­sance sup­pose de pro­duire plus de liens (sociaux) et moins de biens (maté­riels), de réen­cas­trer l’économie dans des rap­ports sociaux locaux, de proxi­mité. Cela est visible dans les nom­breuses expé­riences alter­na­tives autour des mon­naies locales et des sys­tèmes d’échanges locaux (SEL), du réseau des Associations pour le main­tien d’une agri­cul­ture pay­sanne en France, de l’agriculture sou­te­nue par la com­mu­nauté et du réseau des fer­miers de famille au Québec, de l’agro-écologie, du tou­risme vert de proxi­mité, de la finance lente et des coopé­ra­tives de toutes sortes.

Du PIB au BNB :

Plutôt que de mesu­rer le déve­lop­pe­ment et la richesse de manière pure­ment maté­rielle à l’aide du pro­duit inté­rieur brut (PIB), il importe d’adopter des indi­ca­teurs plus englo­bants, comme ceux éla­bo­rés par le Programme des Nations Unies pour le déve­lop­pe­ment, soit l’indice de déve­lop­pe­ment humain (IDH). Plusieurs sug­gèrent d’aller encore plus loin, en sui­vant le modèle du Bhoutan qui, depuis 1972, fait la pro­mo­tion du bon­heur natio­nal brut (BNB), qui mesure à la fois la crois­sance éco­no­mique, la pro­mo­tion de la culture natio­nale, la sau­ve­garde de l’environnement et une gou­ver­nance res­pon­sable. Signe d’un chan­ge­ment de men­ta­lité, l’Assemblée géné­rale de l’ONU a adopté en juillet 2011 une réso­lu­tion appe­lant à intro­duire la notion de bon­heur dans les indi­ca­teurs de déve­lop­pe­ment.

Chantier 7 : Vivre bien

Si le mou­ve­ment pour la décrois­sance trouve ses racines en Europe, les pays andins d’Amérique du Sud ont apporté leur pierre à l’édifice du post-déve­lop­pe­ment à tra­vers la notion du buen vivir (vivre bien). Ensemble de prin­cipes éthiques issus de la cos­mo­vi­sion amé­rin­dienne, le vivre bien (tra­duc­tion de sumak kawsay en que­chua) entend récon­ci­lier le déve­lop­pe­ment humain et celui de la nature. Il sug­gère de sub­sti­tuer à la logique actuelle de sur­ex­ploi­ta­tion des res­sources à des fins d’accumulation indi­vi­duelle illi­mi­tée de capi­tal, le res­pect des droits de la Terre-Mère (Pachamama) dans un rap­port d’équilibre et d’harmonie avec la nature. Il s’agit d’une rup­ture avec la concep­tion occi­den­tale du pro­ces­sus de civi­li­sa­tion qui tend à dis­so­cier l’homme de la nature.

Cet héri­tage ances­tral des peuples autoch­tones des Amériques a rejailli sur la scène inter­na­tio­nale pour enri­chir la réflexion sur le post-déve­lop­pe­ment à la faveur de deux phé­no­mènes conjonc­tu­rels. Le pre­mier est l’arrivée au pou­voir de l’Aymara Evo Morales en Bolivie (2006), suivie très vite de celle de Rafael Correa en Équateur (2007). Ces deux repré­sen­tants de la gauche latino-amé­ri­caine ont fait de la recon­nais­sance des peuples autoch­tones et de la cause envi­ron­ne­men­tale leur cheval de bataille. D’ailleurs, ces deux pays ont récem­ment ins­crit le droit de vivre bien dans leur nou­velle consti­tu­tion, garan­tis­sant à tous leurs citoyens le droit à l’eau et à l’alimentation, à un envi­ron­ne­ment sain, à la com­mu­ni­ca­tion, à la culture, à l’éducation, à l’habitat, à la santé, au tra­vail et à la sécu­rité sociale.

Pour sa part, l’Équateur arti­cule la lutte pour la jus­tice sociale, l’égalité et l’abolition des pri­vi­lèges, avec la construc­tion d’une société qui res­pecte la diver­sité et la nature. C’est cela qui moti­vait son Initiative Yasuní-ITT, lancée en 2007, et qui visait la pré­ser­va­tion d’une région ama­zo­nienne riche en bio­di­ver­sité et en res­sources pétro­lières, en gelant l’exploitation de ces res­sources fos­siles, sous réserve d’obtention d’un fonds de com­pen­sa­tion de la part de la com­mu­nauté inter­na­tio­nale. Malheureusement, le projet a été aban­donné devant le peu d’enthousiasme des pays déve­lop­pés à ali­men­ter ce fonds de soli­da­rité éco­lo­gique.

Autrement, devant le blo­cage des négo­cia­tions sur le renou­vel­le­ment du pro­to­cole de Kyoto, la Bolivie a convo­qué à Cochabamba en 2010 une confé­rence réunis­sant 35 000 par­ti­ci­pants, laquelle a débou­ché sur une décla­ra­tion sur les droits de la Pachamama. Le texte recon­naît la dette cli­ma­tique des pays déve­lop­pés par rap­port au reste du monde, fait la pro­mo­tion de la sou­ve­rai­neté ali­men­taire, des droits des peuples autoch­tones et des réfu­giés cli­ma­tiques et pro­pose la créa­tion d’un Tribunal inter­na­tio­nal pour la jus­tice cli­ma­tique et envi­ron­ne­men­tale. En somme, cette crise struc­tu­relle de notre modèle de déve­lop­pe­ment débouche sur un nou­veau projet social, l’écosocialisme qui entend sub­sti­tuer la qua­lité de vie à la quan­tité de biens accu­mulé comme étalon du bon­heur.

Chantier 8 : Prendre son temps

La vitesse et la mobi­lité ont été éri­gées au rang de vertu suprême de l’âge global. Ce n’est pas un hasard puisque ces deux phé­no­mènes se nour­rissent des inno­va­tions tech­no­lo­giques et du déve­lop­pe­ment indus­triel et sont liés au moteur de la mon­dia­li­sa­tion : la pro­duc­ti­vité. Puisque le temps, c’est de l’argent, il ne faut pas le perdre, et sur­tout, tou­jours cher­cher à en gagner. Pourtant, que l’on soit riche ou pauvre, déve­loppé ou sous-déve­loppé, nous avons tous 24 heures dans une jour­née. Aussi, s’émanciper signi­fie avant tout chan­ger le rap­port à l’espace et au temps. C’est tra­vailler moins pour vivre mieux. C’est se relo­ca­li­ser en pra­ti­quant la poli­tique de l’escargot. Telle est l’approche prônée par le mou­ve­ment Slow. Se défi­nis­sant comme un mou­ve­ment pour la sau­ve­garde et le droit au plai­sir, ce mou­ve­ment est né en Italie en 1986, pour défendre la gas­tro­no­mie contre les ravages du fast-food. Aujourd’hui, Slow Food compte près de 100 000 membres répar­tis dans 132 pays.

Ce mou­ve­ment pro­meut l’éducation au goût, défend la bio­di­ver­sité et sou­tient les éco­no­mies locales, durables et de petite échelle. Il se consacre à la pro­tec­tion des ali­ments de qua­lité et des méthodes de culture et de trans­for­ma­tion tra­di­tion­nelles et équi­tables. Le mou­ve­ment Slow Food estime que le seul type d’agriculture qui offre de vraies pers­pec­tives de déve­lop­pe­ment est celui qui se base sur la sagesse des com­mu­nau­tés locales en har­mo­nie avec l’écosystème qui les entoure. Pour le mou­ve­ment, « manger est un acte agri­cole », et les consom­ma­teurs infor­més et conscients de l’impact de leurs choix sur les logiques de pro­duc­tion ali­men­taire et sur la vie des pro­duc­teurs deviennent des copro­duc­teurs. Pour ces der­niers, les ali­ments de qua­lité doivent être bons, propres et justes. Bons, capables de sti­mu­ler et de satis­faire les sens de ceux qui les consomment. Propres, donc pro­duits sans porter atteinte aux res­sources de la terre, aux éco­sys­tèmes et à l’environnement, et sans mettre en danger la santé de qui­conque. Et fina­le­ment justes, c’est-à-dire res­pec­tueux de la jus­tice sociale dans le sens de rétri­bu­tions et des condi­tions de tra­vail équi­tables à chaque étape du pro­ces­sus, de la pro­duc­tion à la consom­ma­tion. Le mou­ve­ment Slow Food a par ailleurs encou­ragé la crois­sance du mou­ve­ment Cittaslow (Villes lentes), qui prône, notam­ment, la fer­me­ture du centre-ville au trafic auto­mo­bile un jour par semaine et la créa­tion d’espaces et d’occasions de contact entre pro­duc­teurs et consom­ma­teurs.

MANIFESTE DE L’ASSOCIATION SLOW-FOOD :

La vitesse est deve­nue notre prison et nous sommes tous atteints du même virus : la « Fast Life » qui bou­le­verse nos habi­tudes, nous pour­suit jusque dans nos foyers, nous condui­sant à nous nour­rir de « fast-food ».

Toutefois, l’homo sapiens se doit de recou­vrer la sagesse et se libé­rer du carcan de la vitesse s’il ne veut pas deve­nir une espèce en voie de dis­pa­ri­tion.

Aussi contre la folie uni­ver­selle de la « Fast Life » pre­nons la défense du plai­sir de vivre.

Contre ceux, et ils sont légions, qui confondent effi­ca­cité et fré­né­sie, nous pro­po­sons ce vaccin : jouir sûre­ment, len­te­ment, plei­ne­ment, et sans excès des plai­sirs des sens.

Afin de lutter contre l’avilissement du « fast-food », com­men­çons par la table avec le « Slow Food » et redé­cou­vrons la richesse et les saveurs de la cui­sine tra­di­tion­nelle.

Pour ne pas conclure

Contrairement à une image bien connue, le monde actuel n’est pas divisé entre, d’une part, un monde « déve­loppé » et, de l’autre, un monde « en déve­lop­pe­ment ». En réa­lité, il n’y a qu’un seul monde, et il est mal déve­loppé. Sortir des ornières dans les­quelles nous a engagé le capi­ta­lisme aujourd’hui finan­cia­risé n’est pas une mince affaire. Mais l’urgence éco­lo­gique et la quête lan­ci­nante de jus­tice sociale ne nous laissent pas le choix. Il nous faut recons­truire notre vie col­lec­tive, ses fon­de­ments éthiques et ses fina­li­tés. Il nous faut aussi nous redé­fi­nir per­son­nel­le­ment, parce que chan­ger le monde com­mence par se chan­ger soi-même.

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