Les nouvelles des NCS

Mis en ligne le 18 novembre 2015

NCS14_couvertureLa décroissance passe le CAP

Un lan­ce­ment du numéro sur la décrois­sance a eu lieu à Montréal au Bar « les Pas Sages » le 5 octobre, avec de bonnes dis­cus­sions ani­mées par Yves-Marie Abraham, Andrea Levy, Louis Marion et l’éminent pro­fes­seur Rodolphe de Koninck. Deux autres lan­ce­ments auront lieu à Gatineau et à Ottawa le 24 novembre. Merci aux res­pon­sables de ce numéro, notam­ment Andréa et Louis, et Yves-Marie Abraham.


PROCHAINE ASSEMBLÉE DES NCS

La pro­chaine assem­blée aura lieu le jeudi 10 décembre à 19 h, au lieu habi­tuel (CSN). À l’ordre du jour :

  • Où en sommes-nous avec l’automne « chaud » ? Quels ont été les points forts des mobi­li­sa­tions ? Et les points faibles ? Que faire en cas de lois spé­ciales ? À quoi s’attendre du côté du gou­ver­ne­ment Couillard?Première ébauche du projet de l’université popu­laire de 2016.
  • Première ébauche du projet de l’université popu­laire de 2016.
  • Les uni­ver­si­tés popu­laires des NCS en région.
  • Propositions de réor­ga­ni­sa­tion pour la revue et pro­chains numé­ros des NCS.
  • Acceptation de nou­veaux membres.

Ayez la gen­tillesse de nous pré­ve­nir si vous ne pouvez pas par­ti­ci­per pour ne pas retar­der la réunion. Envoyez un mes­sage à Édouard : edouardlavalliere@​yahoo.​fr

Les Comités

Réunion du comité d’organisation de l’université populaire 2016

Une ren­contre a « débrous­saillé » le projet de la pro­chaine uni­ver­sité popu­laire des NS. Sur quelques thèmes vou­lons-nous tra­vailler ? Avec qui ? Et de quelle manière, tenant compte du contexte (l’université aura lieu dans le cadre du Forum social mon­dial), pour­rons-nous atteindre nos objec­tifs d’éducation popu­laire et d’élaboration des stra­té­gies ? La ren­contre a eu lieu le jeudi 5 novembre. Un rap­port sera fait à la pro­chaine assem­blée le 10 décembre.

Réunion du comité de rédaction permanent

Ce comité de rédac­tion per­ma­nent a deux fonc­tions très impor­tantes :

  • Superviser la pro­duc­tion de chaque numéro (fina­li­sa­tion des manus­crits, édi­tion, mise en page, impres­sion, dif­fu­sion, etc.) : bref, tout le tra­vail pour mettre la revue en forme !
  • Penser et repen­ser la for­mule, l’améliorer, éven­tuel­le­ment inno­ver, pour rendre les NCS plus attrayants et plus utiles.
  • Chaque année, le comité se réunit pour un « brains­tor­ming » global pour dis­cu­ter :
  • Des élé­ments de bilan (ce que nous avons fait et ce que nous n’avons pas fait).
  • Des élé­ments de pers­pec­tives, incluant des chan­ge­ments, des inno­va­tions, etc.

Vous voulez connaître les détails, ven­dredi 13 novembre, à 18 h. Tous les membres des NCS sont invi­tés. Pour plus d’information concer­nant l’ordre du jour et le lieu, contac­tez Flavie Achard : fachard@​sympatico.​ca

Prochains numéros en marche

Plusieurs numé­ros prévus à partir de 2017 sont en pro­duc­tion ; si cela vous inté­resse d’y par­ti­ci­per, contac­tez Flavie :

  • La démo­cra­tie (est-ce que le socia­lisme et la démo­cra­tie sont solubles sachant que le capi­ta­lisme et la démo­cra­tie ne le sont pas vrai­ment !) (coor­donné par Michel Roche et Stéphane Chalifour)
  • Les enjeux du mou­ve­ment syn­di­cal (coor­donné par Hubert Forcier)
  • La gauche et la ques­tion amé­rin­dienne (coor­donné par Geneviève Beaudet et Julien Vadeboncoeur
  • Les enjeux du mou­ve­ment com­mu­nau­taire (l’équipe est en for­ma­tion).

Mini dossier : que faire après Harper ?

Stop_Harper

Justin et la démocratie « people » 

Jonathan Durand Folco

On peut se le dire sans hési­ter avec la défaite des conser­va­teurs : bon débar­ras ! L’attitude aus­tère et auto­cra­tique du gou­ver­ne­ment Harper, carac­té­ri­sée par le mépris de l’opposition par­le­men­taire, des reven­di­ca­tions de la société civile et des jour­na­listes, fait main­te­nant place à un nou­veau régime de l’hyperprésence, de l’enflure média­tique et d’un dis­cours empa­thique. Du popu­lisme conser­va­teur, on passe à la « peo­plei­sa­tion » et la « posi­tive poli­tics ». Pour remé­dier à la « crise de la repré­sen­ta­tion » et à la perte de confiance envers les élus, Trudeau pro­pose la légi­ti­mité de proxi­mité qui converge avec l’obsession des médias sur les vedettes et leur vie privée. On réduit la dis­tance entre la loi, les situa­tions par­ti­cu­lières, les repré­sen­tants et les gens ordi­naires. Bien qu’ancienne, cette logique atteint main­te­nant un paroxysme. Au lieu d’une démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive et déli­bé­ra­tive, on a un rap­pro­che­ment phy­sique et empa­thique visant à com­bler sym­bo­li­que­ment les attentes déçues de la popu­la­tion. Quelques ques­tions pour nous : Faut-il battre Justin à son propre jeu, en redou­blant d’ingéniosité pour aug­men­ter la popu­la­rité d’une vedette concur­rente qui saura séduire les élec­teurs en vue du pro­chain scru­tin ? Devons-nous plutôt miser sur une reva­lo­ri­sa­tion d’idéaux poli­tiques bien éta­blis pour oppo­ser à une forme vide un contenu plus sub­stan­tiel, quitte à redou­bler d’efforts pour convaincre les indé­cis de la per­ti­nence d’un projet alter­na­tif basé sur la gauche ou l’indépendance ? Et si le pro­blème n’était pas tant une affaire d’idéologie ou de pro­gramme, mais bien une ques­tion de façons de faire, de manières d’agir au-delà du cadre élec­to­ral ? Comment garder le sens même de l’action poli­tique et de la démo­cra­tie ?

La fin de la question nationale ? Pas vraiment

Michel Roche

Les porte-paroles fédé­ra­listes inter­prètent les résul­tats des der­nières élec­tions comme un autre clou dans le cer­cueil du projet indé­pen­dan­tiste. Même si les résul­tats du Bloc inter­disent d’avancer que la libé­ra­tion natio­nale pro­gresse inexo­ra­ble­ment, il faut éviter de conclure trop vite. De même, l’élection de 40 dépu­tés libé­raux au Québec n’autorise aucu­ne­ment à parler de vague rouge. Il existe 14 cir­cons­crip­tions anglo­phones et allo­phones acquises depuis long­temps au PLC, pour des rai­sons évi­dem­ment liées à la ques­tion natio­nale. Sur les 26 res­tantes, 9 ont permis au can­di­dat libé­ral de se fau­fi­ler avec moins de 35 % des voix. Cette mise au point vaut pour les autres partis : la moitié (8/16) des néo­dé­mo­crates ont obtenu 35 % ou moins, comme 70 % des blo­quistes et 50 % des conser­va­teurs. Au total, dans 30 des 78 cir­cons­crip­tions – toutes fran­co­phones –, les dépu­tés ont été élus avec 35 % des voix ou moins. Tout cela illustre bien les dis­tor­sions schi­zo­phré­niques d’un sys­tème élec­to­ral qui force plu­sieurs élec­teurs et élec­trices à « voter stra­té­gique » plutôt qu’en fonc­tion de leurs convic­tions les plus pro­fondes. Selon un récent son­dage [Le Devoir, 28‑10-2015], 36 % des Québécois répon­draient OUI à une ques­tion cal­quée sur celle qui a été posée pour le réfé­ren­dum écos­sais. Pourtant, quelques jours plus tôt, le Bloc qué­bé­cois obte­nait à peine plus de la moitié de ce pour­cen­tage. La volonté de se débar­ras­ser du gou­ver­ne­ment Harper a certes joué un rôle impor­tant dans la dis­per­sion du vote indé­pen­dan­tiste dont on peut pré­su­mer qu’elle a sur­tout servi le NPD. Mais cette expli­ca­tion ne suffit pas. Le déclin du Bloc se constate depuis plu­sieurs élec­tions, ce qui est lié au report répété d’une consul­ta­tion popu­laire sur l’avenir du Québec de la part du PQ. En l’absence d’affrontement sur le statut du Québec, une part crois­sante de l’électorat se détourne de la ques­tion natio­nale au profit d’autres enjeux (poli­tiques sociales, ques­tions envi­ron­ne­men­tales, poli­tique étran­gère, pro­blèmes de démo­cra­tie, etc.). Si la ques­tion natio­nale rede­vient un enjeu immé­diat, le Bloc repren­dra son envol et pour­rait même s’enrichir du pas­sage dans ses rangs de dépu­tés du NPD. Autrement, il dis­pa­raî­tra. Par ailleurs, la situa­tion pour­rait évo­luer en fonc­tion des poli­tiques du gou­ver­ne­ment Trudeau. À ce sujet, il est assez facile de pré­voir que ce der­nier demeu­rera imper­méable à toute idée de « réforme » de la consti­tu­tion, d’autant plus que le gou­ver­ne­ment Couillard ne risque pas de le faire bouger. Le blo­cage anti-Québec à Ottawa et l’offensive tous azi­muts de Québec contre les ins­ti­tu­tions et mesures pro­gres­sistes acquises de haute lutte pour­raient faire conver­ger à nou­veau le « social » et le « natio­nal ». Il faut l’espérer.

Se préparer aux prochaines batailles

David Bush et Doug Nesbitt

La situa­tion poli­tique crée depuis la défaite de Harper des oppor­tu­ni­tés pour la gauche et le mou­ve­ment syn­di­cal au Canada dit anglais. Voici quelques pistes pour la mobi­li­sa­tion et l’organisation à la base qui nous pro­viennent de nos amis toron­tois, les syn­di­ca­listes Bush et Nesbitt

Sauver les Postes !

Les Libéraux ont promis de mettre un terme, tem­po­rai­re­ment, au déman­tè­le­ment des postes, sans s’engager à long terme. De notre part, il faut déve­lop­per un mou­ve­ment popu­laire pour le main­tien du ser­vice postal. Peut-on penser à occu­per cer­tains bureaux de dépu­tés libé­raux pour leur rap­pe­ler le mes­sage ? Tout le mou­ve­ment syn­di­cal doit se s’impliquer, car une défaite des pos­tiers serait un coup très dur contre tout le monde.

Contre les légis­la­tions anti­syn­di­cales (lois C-377 et C525)

D’ici quelques semaines, les syn­di­cats tiennent des congrès pro­vin­ciaux en Ontario, en Saskatchewan et en Nouvelle-Écosse : quelle belle occa­sion pour confron­ter le nou­veau gou­ver­ne­ment et rap­pe­ler aux élus du PLC qu’ils avaient promis de revoir ces lois.

Le salaire mini­mum à 15 $

Durant la cam­pagne, Trudeau n’a rien dit sur la néces­sité de rele­ver le salaire mini­mum pour des cen­taines de mil­liers de bas sala­riés, ce à quoi s’opposent mor­di­cus ses amis au sein des gou­ver­ne­ments pro­vin­ciaux. Il faut relan­cer le débat sur la ques­tion de l’inégalité dans ce pays.

Le Partenariat Trans-Pacifique

Le nou­veau gou­ver­ne­ment, dans la lignée d’un PLC pro « libre »-échange, est favo­rable à ce projet négo­cié par Harper. Le PTP va dure­ment affec­ter cer­tains sec­teurs (l’automobile et l’agriculture) et ren­for­cera les capa­ci­tés des mul­ti­na­tio­nales pour contrô­ler davan­tage les droits d’auteurs, les bre­vets et l’internet. Le PTP doit être contesté dans la rue !

Changements cli­ma­tiques

La pla­te­forme libé­rale est claire : en faveur du pétrole sable et de son expor­ta­tion via les pipe­lines ! Face à la pro­chaine confé­rence COP-21, Trudeau n’a pris aucun enga­ge­ment. Il faut lutter pour une éco­no­mie sans car­bone.

La gauche face au NPD

Richard Fidler

Au Québec, le vote pour le NPD est passé de 43 % en 2011 à 25,4 % le 19 octobre der­nier, d’où les 16 sièges gagnés. En %, le vote pour le NPD au Québec est aussi impor­tant que celui obtenu en Colombie-Britannique et plus impor­tant que par­tout ailleurs au Canada. Il faut éga­le­ment obser­ver que les prin­ci­pales pertes du NPD au Québec l’ont été dans les comtés où le vote non fran­co­phone a été le plus impor­tant, majo­ri­tai­re­ment pour le Parti libé­ral. Selon des cal­culs approxi­ma­tifs, le NPD a reçu l’appui de 30 % des fran­co­phones. Au total donc, on peut donc dire que le NPD pos­sède une solide base au Québec. Pour sa part, le Bloc Québécois a démon­tré, dans le sillon du débat sur le niqab, qu’il ne peut plus pré­tendre être un parti pro­gres­siste. D’ailleurs cette année, aucune cen­trale syn­di­cale ne l’a endossé, pré­fé­rant appe­ler à un vote « stra­té­gique » pour ren­ver­ser Harper (en pra­tique, la FTQ a appelé à voter pour le NPD dans les comtés qui n’étaient pas aux mains des conser­va­teurs). De l’autre côté, le NPD a des points faibles : peu de membres notam­ment. D’autre part, du fait que Mulcair reste à peu près le seul à prendre la parole, l’identification du parti au chef est pro­blé­ma­tique, du fait de son hos­ti­lité à la sou­ve­rai­neté et aux droits impo­sant la pré­do­mi­nance de la langue fran­çaise. Par ailleurs, on ne sait pas si la menace évo­quée par Mulcair avant l’élection concer­nant la mise en place d’un NPD pro­vin­cial sera réa­li­sée. Quelles sont les options donc pour la gauche ? Des mili­tant-es affirment la néces­sité de « construire une alter­na­tive poli­tique à la gauche du NPD, capable de pré­sen­ter à la majo­rité popu­laire dans l’État cana­dien un autre projet de société per­met­tant de porter sur le ter­rain poli­tique les luttes popu­laires, contre l’austérité, la crise éco­lo­gique,» (voir les textes publiés sur Presse-toi à gauche). Le débat conti­nue (voir à ce sujet mes contri­bu­tions sur mon blogue, Life on the Left).

L’ère de l’absurde

Benoît Renaud

Tout comme l’élection de PKP à la tête du PQ démon­trait l’absurdité de la doc­trine affir­mant que l’indépendance n’est « ni à gauche, ni à droite », l’arrivée de Tom Mulcair comme chef du NPD consti­tuait une illus­tra­tion extrême de la stra­té­gie des diri­geants de ce parti consis­tant à viser le centre de l’échiquier poli­tique pour prendre la place des libé­raux. Mulcair incarne sans équi­voque ce natio­na­lisme cana­dien modé­ré­ment pro­gres­siste qui consti­tue le centre mou du pay­sage poli­tique. D’un côté comme de l’autre, la perte des points de repère qui défi­nis­saient des pro­jets poli­tiques sub­stan­tiels (libé­ra­tion natio­nale ou jus­tice sociale) a créé un énorme espace que vient de com­bler, au niveau fédé­ral, un PLC renou­velé qui a osé faire cam­pagne contre l’austérité.

Certes, l’acceptation sou­daine des défi­cits par les libé­raux (tant lors des récentes élec­tions onta­riennes que pour celle du 19 octobre) n’est que de la poudre aux yeux visant à faire oublier leurs poli­tiques pas­sées de com­pres­sions bud­gé­taires et de pri­va­ti­sa­tions comme leur enga­ge­ment his­to­rique en faveur des grandes entre­prises et des plus riches. Toutefois, en pra­tique, la per­cep­tion (bien avant l’incident du niqab) est pour le moment à l’effet que le NPD a été « dépassé sur sa gauche ». La posi­tion mi oléo­duc, mi bélu­gas du NPD à propos d’Énergie-Est a nourri les pre­mières semaines de la cam­pagne du Bloc. Puis, les coups com­bi­nés des conser­va­teurs et du Bloc, tablant sur le rejet ins­tinc­tif que pro­voque un bout de tissus exo­tique dans une partie de la popu­la­tion, ont fini de dégon­fler le ballon orange. Tout au long de la cam­pagne, comme le montre bien l’analyse des son­dages, les appuis aux libé­raux ont aug­menté, pen­dant que ceux du NPD décli­naient et que les conser­va­teurs d’accrochaient à leur base tra­di­tion­nelle.

À côté d’un NPD au dis­cours vide de sens, Trudeau a donné l’occasion aux natio­na­listes cana­diens ordi­naires et apo­li­tiques de choi­sir la copie (géné­tique) plutôt que la copie (car­bone, sur papier orange). Son gou­ver­ne­ment aux contours flous donne l’occasion à toutes les orga­ni­sa­tions d’essayer d’avoir une emprise sur un caucus per­méable. Le contraste avec la bêtise droi­tière des conser­va­teurs est sans doute une amé­lio­ra­tion, mais la classe capi­ta­liste cana­dienne sait qu’elle peut comp­ter sur les libé­raux pour ce qui importe vrai­ment, c’est-à-dire pré­ser­ver leur capa­cité à accu­mu­ler du capi­tal en pillant les res­sources et en pres­sant le citron de l’exploitation. N’oublions pas que les libé­raux ont appuyé sur presque tous les conser­va­teurs, en les cri­ti­quant de temps en temps et encore, du bout des lèvres. Ils ont même cri­ti­qué le régime Harper pour avoir trop peu dépensé dans l’équipement mili­taire ! S’il y a un anti­dote à la poli­tique-spec­tacle de Trudeau, cela ne vien­dra pas d’un renou­veau du PQ-BQ ou du NPD. Le retour du réel dans la vie poli­tique va devoir passer par les luttes et la dyna­mique des mou­ve­ments popu­laires. C’est de là qu’est sorti Québec soli­daire et dans le reste du Canada, de plus en plus de mili­tantes et de mili­tants constatent qu’un nou­veau départ est néces­saire. La conver­gence entre ces forces frag­men­taires devra se faire contre l’État et non pour sa sau­ve­garde, sur une base anti­co­lo­niale et de soli­da­rité inter­na­tio­nale.

ESPACE REFLEXION

Que sait-on de la crise qui vient ?

Par Michel Husson

Depuis quelques mois, les pro­nos­tics alar­mistes se mul­ti­plient. En effet, la crois­sance mon­diale ralen­tit, prin­ci­pa­le­ment dans les pays émer­gents. Ce phé­no­mène s’autoalimente avec la baisse du prix des matières pre­mières et se trans­met aux pays avan­cés. Le com­merce inter­na­tio­nal ralen­tit lui aussi, au même rythme que le PIB mon­dial, comme si la mon­dia­li­sa­tion pro­duc­tive avait atteint un pla­fond. Du côté de la « sphère finan­cière », les poli­tiques moné­taires accom­mo­dantes ne réus­sissent pas à mordre sur l’activité réelle et nour­rissent l’inquiétude des mar­chés finan­ciers qui ont déjà conduit à des crises de paie­ment dans les pays émer­gents dont ils se retirent bru­ta­le­ment. Bref, « l’incertitude et des forces com­plexes pèsent sur la crois­sance mon­diale », pour reprendre la for­mule du FMI. La ges­tion de la crise, dont nous ne sommes pas vrai­ment sortis, est menée selon deux prin­cipes essen­tiels : ne pas solder les comptes (les « séquelles ») et recons­ti­tuer le modèle néo­li­bé­ral d’avant-crise, en cher­chant à en contrô­ler les effets les plus délé­tères. Il s’agit en pra­tique de garan­tir les droits acquis par le « 1 % » et la liberté d’action des banques et des mul­ti­na­tio­nales, mais il n’est pas pos­sible de reve­nir au modèle d’avant-crise. Le trait le plus impor­tant et le plus lourd de consé­quences est sans doute l’incapacité de recons­ti­tuer la « Chinamérique », autre­ment dit l’axe qui struc­tu­rait l’économie mon­diale avant la crise. La Chine est entrée dans une phase de tran­si­tion, certes dif­fi­cile, vers un modèle de crois­sance centré sur la demande inté­rieure, et les États-Unis ont pu réduire leur défi­cit com­mer­cial, en partie grâce à leurs nou­velles sources d’énergie. Cette rétrac­tion, avec ses effets col­la­té­raux sur les pays émer­gents et l’Europe, dés­équi­libre toute l’économie mon­diale. Une nou­velle crise semble donc à peu près inévi­table, même s’il est dif­fi­cile de dis­cer­ner où se trou­vera le point de rup­ture (bourse, banque, changes ?). Chose cer­taine, de pro­fondes contra­dic­tions struc­tu­relles risquent d’exploser.


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