Les nouvelles des NCS

Numéro 25, mai 2016

Par Mis en ligne le 07 mai 2016

cropped-logo-NCS-512-1.jpg100 jours et quelques heures… avant l’Université populaire et le FSM

Le 9 août pro­chain, le FSM sera inau­guré par une marche dans les rues du centre-ville de Montréal, suivie d’une fête. Le len­de­main, la tem­pête des idées va com­men­cer, notam­ment à tra­vers l’« espace éman­ci­pa­tion » orga­nisé par les NCS. Il faudra tenir sa tuque bien serré, car le vent va être fort. Dans notre uni­ver­sité popu­laire, c’est la richesse et la com­plexité de ce pro­ces­sus d’émancipation que nous vou­lons abor­der. Nous allons partir d’un diag­nos­tic sans com­plai­sance des dis­po­si­tifs du pou­voir en place, celui du 1 %. Nous vou­lons com­prendre et dis­cu­ter, au-delà des appa­rences, des causes de l’exploitation, de la domi­na­tion, de l’exclusion et remon­ter jusqu’aux racines d’un sys­tème mu par l’accumulation pour l’accumulation et l’individualisme pos­ses­sif. Puis, nous allons passer de l’autre côté du mur pour décor­ti­quer les stra­té­gies de résis­tance et d’émancipation mises en place par les mou­ve­ments popu­laires par­tout dans le monde. Parallèlement, nous allons rêver, fêter, ima­gi­ner, créer des pas­se­relles entre toutes sortes de per­sonnes et de mou­ve­ments à tra­vers le monde. Dans cela, nous ferons appel aux leçons du passé pour entrer dans le cœur même des débats actuels où s’élaborent les grandes conver­gences. Nous aurons pour voir plus clair l’éclairage de jeunes et de jeunes de cœur qui réflé­chissent et tra­vaillent avec et pour les mou­ve­ments popu­laires, du Québec, des États-Unis, du Canada, d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et d’Europe. Et ainsi, on pourra puiser dans un immense réser­voir de pro­jets, d’outils, de métho­do­lo­gies et de nou­velles idées, pour aller plus loin, pour s’organiser, pour résis­ter et sur­tout, pour VAINCRE.

Ce n’est pas vrai qu’on va se laisser faire

Plusieurs cen­taines de mili­tantes et de mili­tants ont occupé ven­dredi 29 avril, le siège social de RBC, une des suc­cur­sales de la Banque Scotia, et les bureaux de KPMG à Montréal. Ces occu­pa­tions, appuyées par une mani­fes­ta­tion de 300 per­sonnes ont été orga­ni­sées par la Coalition Main rouge dans le cadre de sa jour­née natio­nale d’actions pour un réin­ves­tis­se­ment massif dans les pro­grammes sociaux et les ser­vices publics afin de deman­der des mesures concrètes pour lutter contre les échap­pa­toires fis­cales. À Québec, plus d’une cen­taine de mani­fes­tantes et de mani­fes­tants, à l’appel de l’Association des étu­diantes et des étu­diants en sciences sociales de l’Université Laval, du Regroupement d’éducation popu­laire en action com­mu­nau­taire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches, du Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale et du Regroupement des orga­nismes com­mu­nau­taires de la région, ont bloqué l’accès du minis­tère des Finances pour exiger un réin­ves­tis­se­ment massif dans l’action com­mu­nau­taire auto­nome, l’éducation et la santé. Dimanche 1er mai, plu­sieurs mani­fes­ta­tions ont eu lieu dans plu­sieurs régions du Québec à l’initiative des cen­trales syn­di­cales pour mar­quer notre refus des mesures de des­truc­tion du gou­ver­ne­ment Couillard contre l’État social.

FTQ 15$La lutte pour le 15 $ de l’heure : le vent se lève

C’est aux États-Unis, à Seattle, que des col­lec­tifs mili­tants répon­dant à l’appel de la conseillère muni­ci­pale Kshama Sawant se sont d’abord mis en place pour dénon­cer les condi­tions sala­riales déplo­rables qui affectent ce qu’on appelle aux É-U les « wor­king poor », qui sont plu­sieurs dizaines de mil­lions, notam­ment dans les ser­vices. Depuis, des syn­di­cats amé­ri­cains et d’autres groupes ont entre­pris la bataille à New York, Chicago, Portland, Los Angeles, San Francisco et plu­sieurs autres villes. En mars der­nier une grande vic­toire a été rem­por­tée quand la Californie (l’État le plus popu­leux des États-Unis) annon­çait qu’elle haus­se­rait le salaire mini­mum à 15 $ d’ici 2022. Au Québec, la FTQ, le Conseil cen­tral du Montréal métro­po­li­tain de la CSN, le Centre des tra­vailleurs et tra­vailleuses immi­grants de Montréal et l’organisme Au bas de l’échelle ont com­mencé une cam­pagne qui vou­drait s’élargir à l’échelle de tout le Québec. Sont visés par­ti­cu­liè­re­ment les tra­vailleuses et les tra­vailleurs pré­caires qui sont arna­qués par les agences de pla­ce­ment tem­po­raire, où on retrouve beau­coup d’immigrantes et d’immigrants. Selon Au bas de l’échelle, plus de 20 % de la main d’œuvre se retrouve dans cette caté­go­rie. Pour Dominique Daigneault du Conseil cen­tral, cette cam­pagne est l’occasion pour le « mou­ve­ment syn­di­cal de se renou­ve­ler et de mobi­li­ser l’ensemble des tra­vailleuses et des tra­vailleurs, syn­di­qués ou non ». (Unité, Conseil cen­tral du Montréal métro­po­li­tain, mai 2016). À l’Assemblée natio­nale, Manon Massé a pré­senté une motion sans pré­avis qui affir­mait que « toutes les tra­vailleuses et tous les tra­vailleurs qui tra­vaillent à temps plein ont droit à un salaire viable et ne devraient pas vivre dans la pau­vreté ». La motion deman­dait au gou­ver­ne­ment de haus­ser le salaire mini­mum à 15 $ de l’heure d’ici la fin de la pré­sente légis­la­ture, soit dans un peu plus de deux ans. La motion n’a pas été débat­tue, faute de consen­te­ment, notam­ment de la part du PQ. PKP trou­vait cela « exa­géré ».

cropped-logo-NCS-512-1.jpgRetour sur la lutte du Front commun

Tout au long du pro­ces­sus du Front commun, le carac­tère démo­cra­tique de la négo­cia­tion s’est atté­nué. Plus celle-ci avan­çait, plus le pro­ces­sus s’est cen­tra­lisé dans les mains des comi­tés de négo­cia­tion et des direc­tions des fédé­ra­tions et cen­trales syn­di­cales. Si cer­taines per­sonnes affirment qu’il s’agit d’un pro­ces­sus inévi­table, je pré­tends le contraire. La grève étu­diante de 2012 a démon­tré d’une façon écla­tante que les mili­tantes et les mili­tants peuvent ana­ly­ser des ententes, se pro­non­cer et maî­tri­ser les élé­ments clés de la négo­cia­tion et de la mobi­li­sa­tion. La démo­cra­tie syn­di­cale ne peut se limi­ter à l’exercice du vote des délé­gué-es ou des membres. Elle implique une par­ti­ci­pa­tion active et construc­tive au pro­ces­sus de déli­bé­ra­tion. Prendre le temps de débattre a éga­le­ment pour effet de dimi­nuer la pres­sion sur l’équipe de négo­cia­tion, de sortir du timing imposé par le gou­ver­ne­ment et d’ainsi aug­men­ter le rap­port de force. Au bout de la ligne, les diri­geants syn­di­caux, des pré­si­dences des cen­trales aux délé­gué-es des syn­di­cats, devraient avoir plus de défé­rence pour les assem­blées géné­rales. Des docu­ments écrits devraient être dif­fu­sés avant les ins­tances afin de per­mettre aux délé­gué-es d’être pré­pa­rés. Finalement, il faut en finir avec la tra­di­tion du ral­lie­ment obli­ga­toire et de son corol­laire, le geste de rup­ture que consti­tue la dis­si­dence. Ainsi, les ins­tances inter­mé­diaires pour­raient garder leurs pré­ro­ga­tives de recom­man­der, ou non, aux assem­blées géné­rales. Les délé­gué-es pour­raient avoir comme res­pon­sa­bi­lité de rap­por­ter fidè­le­ment les déci­sions et le contenu des déli­bé­ra­tions à leurs assem­blées. Cela aurait aussi pour avan­tage de déchar­ger les res­pon­sables de la négo­cia­tion. Si cer­taines per­sonnes conçoivent la démo­cra­tie syn­di­cale comme un mal néces­saire, je la conçois comme un outil de la lutte et comme la plus grande force du mou­ve­ment syn­di­cal.
Benoît Lacoursière, extrait d’un texte qui paraî­tra dans un dos­sier sur le Front commun dans le pro­chain numéro des NCS, août 2016

chico_whitaker_(2)Ne pas oublier les 98 %

De pas­sage à Montréal à la fin d’avril, le bré­si­lien Chico Whitaker nous a rap­pelé que la bataille actuelle n’était pas vrai­ment entre le 1 % et les 99 %, mais entre le 1 % (la droite et les élites) et le 1 % (mili­tant-es et orga­ni­sa­tions). Certes, le dis­cours inventé par Occupy, le 1 % contre les 99 %, a quelque chose de vrai. Objectivement, la société est pola­ri­sée entre une poi­gnée d’ultrariches et la vaste majo­rité des gens. Subjectivement cepen­dant, cela n’est pas tout à fait vrai. À part le péri­mètre res­treint qui est engagé dans la lutte (plus ou moins un autre 1 %), beau­coup de gens ont des com­por­te­ments qui varient. Plusieurs sont les gens, nous disait Whitaker, qui ont si peu de res­sources que l’essentiel de leur vie est consa­cré à sur­vivre. Il y aussi des gens du peuple qui s’identifient à l’élite, qui pensent que cette élite a raison et que de toutes les manières, ainsi est l’ordre « natu­rel » des choses. Enfin, tou­jours dans ces 98 %, il y a pas­sa­ble­ment de per­sonnes qui veulent et qui peuvent lutter, pas néces­sai­re­ment comme le 1 % mili­tant, mais qui sont là, en tout cas, sou­vent. Quand ce 1 % fait bien ce tra­vail, une grande partie des 98 % s’investit dans la lutte et alors, il y a un réel pro­ces­sus de trans­for­ma­tion. On le voit aujourd’hui, par exemple en Bolivie, peut-être en Espagne et encore à une plus petite échelle, à tra­vers toutes sortes de mou­ve­ments et de luttes popu­laires dans le monde, y com­pris dans notre vil­lage qué­bé­cois. Les 98 % qué­bé­cois sont appa­rus dans la rue au prin­temps 2012, parce que le 1 % (l’ASSÉ) a bien fait son tra­vail, pas en redi­sant des bana­li­tés, pas en se sub­sti­tuant, mais en éla­bo­rant la stra­té­gie, en tis­sant le fil. Faire ce tra­vail, cela demande de la déter­mi­na­tion et de la patience. Il faut avan­cer là où on peut avan­cer, tenir compte des condi­tions, y com­pris des pro­jets, des rêves, des lan­gages qui existent et qui font que les peuples se forgent une iden­tité. Tenir compte de cela, c’est tout un art, qui n’est jamais donné d’avance, qui n’existe pas dans un grand livre de recettes. « On avance en mar­chant », disent les zapa­tistes, mais il faut faire atten­tion disent-ils, car « c’est un mara­thon, et non un sprint ».
Pierre Beaudet

Université populaire des NCS - 2016Université populaire : appel à toutes et à tous

Le projet d’université popu­laire de 2016 est en train de prendre forme. Cela sera comme d’habitude une ving­taine d’ateliers et de ren­contres pleines de décou­vertes, d’explorations et de débats. Cette année, puisque nous serons dans le cadre du FSM, nous avons inter­na­tio­na­lisé davan­tage notre pro­gramme, ce qui fera qu’on aura la chance d’échanger avec des cama­rades fran­çais, amé­ri­cains, bré­si­liens, maro­cains, pales­ti­niens et d’autres de plu­sieurs natio­na­li­tés et ori­gines. Comme dans les années pré­cé­dentes, nous aurons, pour lancer les débats, des per­sonnes en pro­ve­nant des mou­ve­ments popu­laires, des syn­di­cats, des groupes fémi­nistes, éco­lo­gistes, étu­diants, des com­mu­nau­tés autoch­tones. Vous pouvez voir le pro­gramme pro­vi­soire qui est déjà sur notre site.

À tra­vers tout cela, nous avons un défi sup­plé­men­taire qui est celui du finan­ce­ment. Dans les années pré­cé­dentes, une bonne partie de nos reve­nus pro­ve­naient des frais d’inscription, ce qui repré­sen­tait bon an mal an une bonne partie de nos frais. Cependant cette année, puisque nous sommes dans le Forum social, nous ne rece­vrons pas ces frais d’inscription. Pour ces rai­sons, nous vou­lons deman­der aux ami-es et membres des NCS si vous pouvez appor­ter une aide finan­cière « extra­or­di­naire » pour que nous pas­sions à tra­vers de manière cor­recte et sans endet­ter notre col­lec­tif qui jusqu’à pré­sent, a tou­jours réussi à vaincre avec ses moyens.

Le comité de coor­di­na­tion : Flavie Achard, Pierre Beaudet, John Bradley, Donald Cuccioletta et Édouard Lavallière

FSM 2016 sigleQuelques échos du Forum social mondial

Plus de 8000 per­sonnes et 400 orga­ni­sa­tions se sont déjà ins­crites pour par­ti­ci­per au FSM, ce qui est un chiffre encou­ra­geant et pas­sa­ble­ment plus élevé que lors des FSM pré­cé­dents. Cela inclut un grand nombre de per­sonnes et de groupes de l’extérieur du Québec. L’évènement aura lieu prin­ci­pa­le­ment à l’UQAM avec des pro­lon­ge­ments à McGill, Concordia, Cégep du Vieux-Montréal, ainsi que dans un cer­tain nombre d’espaces publics et de parcs. Plusieurs « espaces » regrou­pant des orga­ni­sa­tions sont mis en place sur divers thèmes comme le tra­vail, l’environnement, les autoch­tones, les jeunes, les femmes, sans comp­ter l’ « espace éman­ci­pa­tion » des NCS. Il reste par ailleurs pro­ba­ble­ment plu­sieurs défis pour que le FSM soit un moment fort pour les mou­ve­ments popu­laires dans le monde. La struc­ture décen­tra­li­sée du Forum et le fait que le comité de coor­di­na­tion ne soit pas impu­table aux orga­ni­sa­tions (c’est un regrou­pe­ment d’individus) fait en sorte que sub­siste jus­te­ment une ten­sion entre la néces­sité de l’inclusivité d’une part et l’impératif de déve­lop­per des stra­té­gies coor­don­nées d’autre part. Le Forum doit évo­luer dans ce domaine pour dépas­ser les limites des exer­cices pré­cé­dents où la dimen­sion « souk » l’emportait par­fois sur la dimen­sion « stra­té­gies » où des mou­ve­ments éla­borent ensemble des moyens de ren­for­cer leurs luttes. On verra ce qu’il en sera néan­moins dans les pro­chaines semaines et sur­tout lors du Forum du 9 au 14 août.

Espace de réflexion

Notre destin est de lutter

L’une des trom­pe­ries de ceux d’en haut est de convaincre ceux d’en bas que ce qu’on n’obtient pas faci­le­ment tout de suite, on ne l’obtient jamais. Ils veulent nous convaincre que les luttes longues et dif­fi­ciles ne font que nous épui­ser et n’aboutissent à rien. Ils brouillent le calen­drier d’en bas avec celui d’en haut : élec­tions, com­pa­ru­tions, réunions, rendez-vous avec l’histoire, dates com­mé­mo­ra­tives, qui n’ont comme effet que d’occulter la dou­leur et la colère. Le sys­tème n’a pas peur des explo­sions, si mas­sives et lumi­neuses soient-elles. Si le gou­ver­ne­ment tombe, il en a un autre dans son panier pour le rem­pla­cer. Ce qui le ter­ro­rise, c’est la per­sé­vé­rance de la rébel­lion et de la résis­tance d’en bas.

Car en bas, on suit un autre calen­drier. Une marche d’un autre pas. C’est une autre his­toire. C’est une autre dou­leur et une autre colère. Un peu plus chaque jour, nous, ceux d’en bas, pour­tant si dif­fé­rents et dis­per­sés, sommes atten­tifs non seule­ment à notre dou­leur et à notre colère, mais aussi à pour­suivre notre che­mi­ne­ment avec per­sé­vé­rance et à ne jamais nous avouer vain­cus.

Croyez-moi, votre lutte ne dépend pas du nombre de mani­fes­tants, du nombre d’articles publiés, du nombre de men­tions dans les réseaux sociaux, du nombre d’invitations que vous rece­vez. Votre lutte, notre lutte, les luttes d’en bas en géné­ral, dépendent de notre résis­tance. De ne pas nous rendre, de ne pas nous vendre ni ne bais­ser les bras.

En tant que zapa­tistes, nous avons aussi appris que rien ne s’obtient vite et faci­le­ment, ni ce qu’on mérite ni ce dont on a besoin. Car l’espoir, en haut, est une mar­chan­dise, mais en bas, c’est une lutte pour se convaincre d’une chose : nous allons obte­nir ce que nous méri­tons et néces­si­tons, parce qu’on s’organise et qu’on lutte pour cela.

Notre destin n’est pas le bon­heur. Notre destin est de lutter, de lutter tou­jours, à toute heure, à tout moment, en tout lieu. Peu importe si le vent nous est favo­rable. Peu importe si nous avons le vent et tout le reste contre nous. Peu importe que la tem­pête arrive.

Sous-com­man­dant Galeano, Armée zapa­tiste de libé­ra­tion natio­nale (EZLN)

Les commentaires sont fermés.