no 24

Les nouvelles des NCS

Avril 2016

Par Mis en ligne le 06 avril 2016

Le Forum social mondial en marche et l’université populaire des NCS

FSM 2016 sigleDu 9 au 14 août pro­chain, vous le savez, Montréal accueille le monde des mou­ve­ments et des résis­tances de toute la pla­nète. Les NCS vont d’ailleurs orga­ni­ser leur uni­ver­sité popu­laire à l’intérieur du FSM. Pour le moment, les ins­crip­tions dépassent 5000 per­sonnes et 400 orga­ni­sa­tions. Elles viennent de chez nous, mais aussi des États-Unis, de la France, du Brésil, du Japon, de la Chine, du Mali, de la Palestine et d’ailleurs. Cette année, plu­sieurs groupes se sont mis ensemble pour créer des « espaces » thé­ma­tiques dans les­quels seront abor­dés les plis et les replis de l’éducation, de la santé, de l’environnement, du tra­vail, des jeunes et de la soli­da­rité inter­na­tio­nale. Tout cela sera mis pro­chai­ne­ment en ligne.

https://​fsm2016​.org

Par ailleurs, les orga­ni­sa­tions peuvent main­te­nant s’inscrire et ins­crire leurs acti­vi­tés https://​fsm2016​.org/​p​a​r​t​i​c​i​p​e​r​/​e​n​r​e​g​i​s​t​r​e​r​-​u​n​e​-​o​r​g​a​n​i​s​a​tion/

En attendant, voici un exposé de la thématique de quelques ateliers de l’université populaire des NCS.

La philosophie, ça sert aussi à réfléchir

Les mou­ve­ments popu­laires sont presque tou­jours à la course. Les impé­ra­tifs du moment s’accumulent, on a rare­ment le temps de prendre une dis­tance. Des cher­cheur-es de pointe qui tra­vaillent sur les concepts, les théo­ries, l’histoire, il n’y en a peu qui veulent tra­vailler avec les mou­ve­ments popu­laires. En partie parce que le sys­tème uni­ver­si­taire les enferme dans un étau impi­toyable. En partie parce qu’il y en a qui pré­fèrent se mettre au ser­vice des domi­nants. Mais il y a des excep­tions et parmi celles-ci, il y a un intel­lec­tuel de haut vol qui s’appelle Boaventura Sousa Santos. Il navigue entre son Portugal natal, les États-Unis et le Brésil. C’est aussi un habi­tué du Forum social mon­dial. Il a donc accepté notre invi­ta­tion pour venir à Montréal en août pro­chain. Boaventura tra­vaille à ce qu’il appelle la « socio­lo­gie des émer­gences ». C’est une méthode pour per­ce­voir les ten­dances dans le réel et l’actuel, ce qui s’en vient mais qui n’est pas encore là. C’est impor­tant, notam­ment pour com­prendre les mou­ve­ments popu­laires dont l’impact est sou­vent à retar­de­ment. Une autre piste qu’il explore, c’est ce qu’il appelle une « alter » épis­té­mo­lo­gie. Dans les uni­ver­si­tés et le monde de la recherche, on fonc­tionne avec des concepts éta­blis, des para­digmes qui, pour la plu­part, viennent du monde occi­den­tal et de la période des Lumières où ont été éla­bo­rées les idées contem­po­raines qui servent à com­prendre l’État, la démo­cra­tie, le pro­grès. Or, nous dit Boaventura, il importe de com­prendre que d’autres peuples ont créé d’autres épis­té­mo­lo­gies, d’autres métho­do­lo­gies pour com­prendre le monde. Ainsi les Amérindiens héritent d’une culture mil­lé­naire qui conçoit le monde comme un tout orga­nique, un ensemble d’entités, impli­quant humains, non-humains et même élé­ments natu­rels. Dans notre phi­lo­so­phie occi­den­tale héri­tée d’Aristote, le monde est construit sur une hié­rar­chie au sommet de laquelle « trônent » les humains. On en arrive par après à consi­dé­rer les formes de vie ainsi que la terre comme des « res­sources », à notre ser­vice, sans voir l’interaction, la com­plé­men­ta­rité, l’interdépendance de tout ce qui existe sur cette pacha­mama. Comment s’en sortir ? Comment apprendre de la phi­lo­so­phie des Andins ? On pourra lors de l’université popu­laire dis­cu­ter dans un ate­lier orga­nisé par Jean-Guy Ouellet, par ailleurs coor­don­na­teur du pro­chain numéro des NCS qui porte sur la jus­tice.

Pierre Beaudet

L’histoire, c’est aussi maintenant et aujourd’hui

Outre ses figures légen­daires tel Louis-Joseph Papineau et Robert Nelson, le mou­ve­ment patriote a été un mou­ve­ment popu­laire dont l’originalité ren­voie à la radi­ca­li­sa­tion d’une coa­li­tion inédite de pay­sans, d’urbains et de membres éclai­rés de l’élite tous portés par l’idéal répu­bli­cain. Outre la sépa­ra­tion de l’Église et de l’État, la décla­ra­tion d’indépendance publiée le 28 février 1838 par Robert Nelson affir­mait « les droits égaux pour les Blancs et les autoch­tones, l’abolition du régime sei­gneu­rial, la liberté de presse et l’égalité des langues fran­çaise et anglaise ». Comment en expli­quer l’échec et quel en fut l’héritage quelques années plus tard lorsqu’en 1867 les élites fran­çaises et anglaises d’Amérique concluaient le pacte consti­tu­tion­nel cana­dien ? Comment, par extra­po­la­tion, le moment répu­bli­cain que revê­tirent les deux sou­lè­ve­ments allait trans­fi­gu­rer notre rap­port au poli­tique et, par­tant, poser les jalons d’une iden­tité natio­nale ? C’est pour voir plus clair qu’on orga­nise à l’université popu­laire un ate­lier sur ce « moment répu­bli­cain ». Tout le monde sait que ce projet a été vaincu, qu’il a fallu des décen­nies pour recons­truire un mou­ve­ment popu­laire au Québec, mais on ne connaît pas trop les causes. C’est ce que cet ate­lier ser­vira à décor­ti­quer en août pro­chain.

Stéphane Chalifour

Une rencontre d’un troisième type

Les NCS portent atten­tion à ce qui se passe dans le monde, même si notre point cen­tral demeure le vil­lage de Gaulois. Le monde, au niveau de la mili­tance et de la réflexion cri­tique, on l’oublie par­fois, c’est aussi les États-Unis où pro­li­fèrent des mou­ve­ments, des réseaux et des publi­ca­tions. Prenez une minute pour connaître, par exemple un projet inté­res­sant de revue qui s’appelle Jacobin. Celui-ci repré­sente la nou­velle géné­ra­tion mili­tante, celle des mou­ve­ments de lutte contre Occupy, qui réor­ga­nise l’action syn­di­cale et qui déve­loppe une ana­lyse renou­ve­lée du capi­ta­lisme et de l’impérialisme « made in the USA ». On espère entendre leurs points de vue lors du FSM cet été. En atten­dant, vous pouvez entendre l’entretien de Bashakar Sunkara, fon­da­teur et rédac­teur en chef de Jacobin (https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​s​2​7​o​Z​_​Jnu7k) et aussi lire la revue en ligne (https://​www​.jaco​bin​mag​.com/).

Thomas Chiasson-LeBel

Le Moyen-Orient dans l’étau

Tout le monde voit ce qui se passe dans cette tra­gique partie du monde, notam­ment en Syrie. État au centre de l’échiquier poli­tique et his­to­rique du Moyen-Orient, la Syrie est aujourd’hui un champ de ruines résul­tant de la guerre mul­ti­forme met­tant aux prises la dic­ta­ture de Bachar El-Assad face à des groupes dits isla­miques et une galaxie d’organisations démo­cra­tiques. Ces confron­ta­tions sont ali­men­tées et mani­pu­lées par l’ingérence des grandes puis­sances de même que par celle de divers pays de la région qui cherchent à affir­mer leur hégé­mo­nie, notam­ment Israël, la Turquie, l’Arabie saou­dite et l’Iran. L’opposition démo­cra­tique arabe et kurde résiste de peine et de misère. Gilbert Achcar, un cher­cheur d’origine liba­naise qui tra­vaille à Londres, sera parmi nous au FSM pour dis­cu­ter de cette crise. Gilbert est un phare inter­na­tio­na­le­ment reconnu pour ses recherches sur cette région. Son livre publié en 2013, Le Peuple veut. Une explo­ra­tion radi­cale du sou­lè­ve­ment arabe, nous permet d’aller plus loin.

Refat Sabbah

Crise écologique : le futur e(s)t maintenant

Cet ate­lier vise à nous secouer : les choix sont clairs… Soit un monde réchauffé de 4 °C avec une des­truc­tion mas­sive de la bio­sphère et le risque d’effondrement de la civi­li­sa­tion humaine… Ou le début d’une recons­truc­tion pro­fonde de l’économie et de la société. La dis­cus­sion vise à ana­ly­ser les stra­té­gies éco­so­cia­listes dans le contexte des reven­di­ca­tions et des luttes sur cette ques­tion. L’américain Fred Magdoff et la qué­bé­coise Andrea Levy pren­dront la parole.

John Bradley

Immigration, travail et exclusion

Le phé­no­mène migra­toire, sous les effets conju­gués de la glo­ba­li­sa­tion et du néo­li­bé­ra­lisme, a connu un accrois­se­ment sans exemple. Le dépla­ce­ment massif des mains-d’oeuvre des pays du Sud vers ceux du Nord s’effectue au profit de l’accumulation du capi­tal à l’échelle pla­né­taire. L’une des consé­quences d’un tel chan­ge­ment est le nombre impor­tant d’immigrants et d’immigrantes avec des emplois très pré­caires. Dans un contexte où les droits du tra­vail, les acquis sociaux et éco­no­miques de la popu­la­tion en géné­ral subissent, sur­tout au Québec, les assauts répé­tés de l’application des poli­tiques néo­li­bé­rales, l’éventualité d’une lutte com­mune s’impose. Cet ate­lier sera ali­menté par les réflexions d’Eric Shragge (Centre des tra­vailleurs immi­grants), Chantal Ismé (mili­tante fémi­niste), Will Prosper (mili­tant com­mu­nau­taire de Montréal-Nord), Mireille Fanon-Mendes-France (Fondation Fanon).

Ricardo Gustave

Oser rêver : vers Front commun Québec-Canada

L’approfondissement de la crise éco­no­mique mon­diale nous inter­pelle tous et toutes. Dans ce contexte, la lutte de libé­ra­tion natio­nale au Québec peut jouer un rôle de cata­ly­seur pour un chan­ge­ment social fon­da­men­tal au Québec qui aura inévi­ta­ble­ment un impact dans l’État cana­dien. La soli­da­rité de la classe ouvrière cana­dienne aura dans cette pers­pec­tive un impact déter­mi­nant pour contrer l’offensive de l’establishment cana­dien tout en favo­ri­sant le déve­lop­pe­ment de sa propre lutte. L’exemple de l’étouffement de la lutte anti-aus­té­rité en Grèce par la Banque cen­trale euro­péenne est révé­la­teur à cet égard. L’atelier sera animé par André Frappier (Montréal), David Bush (Toronto), Leslie Thompson (Halifax), Matthew Brett (Winnipeg), Sarah Beuhler (Vancouver), Kevin Skerrett (Ottawa) et Clifton Nicholas (Kanesatake).

André Frappier

Rendez-vous avec des héros dont on ne parle pas

On se sou­vient sou­vent des grands per­son­nages de l’histoire (Mandela, Gandhi, Rosa Luxembourg, etc.), mais beau­coup moins sou­vent des héros qui tiennent, sou­vent à bout de bras, des luttes et des résis­tances. On peut penser à un en par­ti­cu­lier. C’est main­te­nant un grand-papa, mais cela fait 50 ans qu’il résiste dans une société pas facile du tout qui s’appelle Israël. Il s’appelle Michel Warschawski, mais tout le monde le connaît comme Mikado. Ce fils d’un grand rabbin de France est arrivé dans la tour­mente comme mili­tant étu­diant lié à des groupes d’extrême gauche. Ceux-ci, à l’époque, appuyaient la lutte pales­ti­nienne et même les mou­ve­ments qui met­taient en place l’Organisation pour la libé­ra­tion de la Palestine (OLP). Il fal­lait le faire, car la grande majo­rité des Israéliens, y com­pris de gauche, voyaient les Palestiniens en géné­ral et les mou­ve­ments en par­ti­cu­lier comme une vul­gaire bande de ter­ro­ristes. Mikado a tenu bon. Il est allé en prison pour refu­ser de servir dans l’armée. Encore aujourd’hui, il ren­contre les Palestiniens et les Palestiniennes dans les ter­ri­toires occu­pés et construit des pro­jets pour animer d’innombrables cam­pagnes autour d’un des rares orga­nismes qu’on peut défi­nir d’israélo-palestinien, l’Alternative Information Center (AIC). Être loyal à la cause en Israël et en Palestine, ce n’est pas seule­ment se lamen­ter sur les poli­tiques répres­sives de l’État. Ce n’est pas seule­ment condam­ner la répres­sion, qui est la consé­quence d’une poli­tique d’occupation illé­gale et injuste. C’est remon­ter à la cause et la cause, c’est la réa­lité d’un État colo­nial. Quant à la solu­tion, il n’y en pas 34, il y en a une, et c’est la fin de cette occu­pa­tion. C’est seule­ment à cette condi­tion que les deux peuples pour­raient vivre ensemble. Aujourd’hui dans cette région du monde, la machine de guerre israé­lienne roule à plein régime. Les Palestiniens sont divi­sés. L’opinion en Israël est tra­ver­sée de cou­rants racistes et extré­mistes qui appellent à l’expulsion, voire pire encore, des Palestiniens. Se tenir droit n’est pas facile. Mais il faut tenir. Et c’est pour­quoi les Palestiniens et les Palestiniennes, avec l’aide de leurs ami-es dans le monde, veulent relan­cer la lutte. Le moyen qu’ils ont trouvé, c’est une grande cam­pagne de boy­cot­tage d’Israël : la cam­pagne BDS (boy­cott, dés­in­ves­tis­se­ment, sanc­tions), vous en avez entendu parler. Il n’est pas facile pour un Israélien de dire qu’il appuie BDS. Comme cela ne l’était pas pour les quelques Sud-Africains blancs qui tra­vaillaient avec la résis­tance afri­caine à l’époque de l’apartheid. Pour Mikado, BDS n’a rien d’une opé­ra­tion contre les Israéliens, encore moins d’un projet anti­sé­mite (comme le répètent le gou­ver­ne­ment israé­lien et ses com­plices à Ottawa). C’est un choix néces­saire qui peut faire bouger les choses et peut-être même, avec un peu de chance, rame­ner l’idée de la paix dans ce pays de guerre. On rêve un peu, comme Mandela en 1982, quand il crou­pis­sait dans les pri­sons de l’apartheid. Et pour­tant, quelques années plus tard, l’impensable est devenu pen­sable.

Pierre Beaudet

Le mur des femmes contre les oléoducs

Ce projet auquel par­ti­cipent nos cama­rades Élise Vaillancourt et Marie-Josée Béliveau reprend vie ce prin­temps et cet été, notam­ment avec une marche qui va par­cou­rir la Gaspésie (https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​1​5​6​9​7​3​4​1​4​6​6​1​8146/). La pre­mière marche en 2014 fait l’objet d’un superbe docu­men­taire réa­lisé par Olivier D. Asselin, Pipelines, pou­voir et démo­cra­tie, et qui est petit bijou d’éducation popu­laire, car il raconte l’histoire de l’intérieur d’une mobi­li­sa­tion, de ses succès, de ses limites. À voir abso­lu­ment (https://​www​.face​book​.com/​o​n​f​p​i​p​e​l​ines/).

Pour plus d’information : Élise (elise.​vaillancourt.​ev@​gmail.​com)

Espaces réflexions

La deuxième vie du FSM

Par Pascale Dufour, pro­fes­seure à l’Université de Montréal

En 2001, le pre­mier Forum social mon­dial a été ana­lysé comme un moment mili­tant « inédit ». Espace et non mou­ve­ment, dédié à la recherche des alter­na­tives et au ré-enchan­te­ment du monde, véri­ta­ble­ment trans­na­tio­nale, por­teur de construc­tion de soli­da­ri­tés croi­sées entre des orga­ni­sa­tions situées par­tout sur la pla­nète ; la plu­part des obser­va­teurs voyaient dans le FSM, une rampe de lan­ce­ment cré­dible pour le déve­lop­pe­ment de pers­pec­tives poli­tiques alter­na­tives. Surtout, la forme du FSM sem­blait conte­nir ce qui appa­rais­sait le plus néces­saire, à savoir : la prise en compte et la valo­ri­sa­tion des dif­fé­rences à tra­vers le globe (au lieu d’une solu­tion mur-à-mur). Autrement dit, la forme FSM ten­tait d’éviter les écueils des modes de fonc­tion­ne­ment poli­tique de la gauche et de l’extrême-gauche des années 1960 et 1970 qui avaient déchiré les milieux pro­gres­sistes. Depuis 2001, les expé­riences suc­ces­sives des FSM et leur dif­fu­sion à d’autres échelles (régio­nales, natio­nales et locales) démontrent très cer­tai­ne­ment la force de la for­mule. Néanmoins, quelques ques­tions demeurent qui laissent penser que la péren­nité des FSM n’est peut-être pas une fin en soi. Nous en men­tion­nons deux.

Premièrement, les FSM demeurent ancrés dans le monde des « orga­ni­sa­tions » au sens de groupes for­mels consti­tués. Même si empi­ri­que­ment, il est tout à fait pos­sible de par­ti­ci­per à un FSM sans carte de membre offi­ciel d’une orga­ni­sa­tion ; pour s’impliquer plus acti­ve­ment dans l’organisation de l’évènement, il est attendu que la per­sonne s’engage au nom d’un col­lec­tif (et non en son nom propre). On sait, par ailleurs, que l’engagement mili­tant se fait de moins en moins en allé­geance avec des orga­ni­sa­tions for­melles, mais plus par « agglu­ti­na­tion » d’intérêts et d’identités, qui peuvent, tem­po­rai­re­ment prendre la forme de réseaux affi­ni­taires ou de col­lec­tifs, mais qui ne se réduisent pas à ceux-ci. Il y a là un grand défi pour les FSM : arti­cu­ler le fonc­tion­ne­ment du monde des « orga­ni­sa­tions » et les autres formes d’action col­lec­tive dans la pla­ni­fi­ca­tion des évè­ne­ments et la mobi­li­sa­tion.

Deuxièmement, il est de plus en plus dif­fi­cile de jus­ti­fier la plus-value des ras­sem­ble­ments mon­diaux vis-à-vis d’autres types d’action col­lec­tive. Les coûts envi­ron­ne­men­taux liés au dépla­ce­ment, les res­sources maté­rielles néces­saires que cela implique ; la décon­nexion pos­sible entre l’évènement FSM et les crises poli­tiques en cours, sont des dimen­sions sou­le­vées régu­liè­re­ment pour remettre en cause la per­ti­nence même des ras­sem­ble­ments mon­diaux. Ces ques­tions ont accom­pa­gné les forums sociaux tout au long de leur exis­tence. Mais force est de consta­ter qu’il est de plus en plus dif­fi­cile d’y répondre dans un contexte qui a, lui, bien changé. Aller dans un FSM, c’était par­ti­ci­per à cet espoir col­lec­tif d’autres mondes pos­sibles. En 2016, on assiste à une cris­pa­tion natio­nale qui dépasse les fron­tières de l’Europe ; les poli­tiques d’austérité dans les démo­cra­ties du Nord ont affai­bli la croyance en la pos­si­bi­lité de réfor­mer le sys­tème éco­no­mique et l’Amérique latine ne joue plus son rôle de conti­nent-leader pro­gres­siste. À la ques­tion pour­quoi les FSM conti­nuent comme mode d’action col­lec­tive, il pour­rait être ten­tant de répondre de manière sim­pliste, parce que nous en avons pris l’habitude et/​ou parce que c’est une stra­té­gie média­tique effi­cace. Espérons que l’édition 2016 appor­tera d’autres réponses.

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