Les nouvelles classes dominantes et la fin de la civilisation bourgeoise

Mis en ligne le 17 juillet 2008

Par Samir Amin

Sommaire

  1. La ploutocratie, nouvelle classe dirigeante du capitalisme sénile. Dans les pays capitalistes, la «bourgeoisie» telle qu’on la connaissait a disparu : désormais, l’ordre social veut que la puissance financière et économique soit prépondérante.
  2. Les nouveaux dirigeants sont les «gagnants» de la finance. Dans le monde capitaliste, les discours idéologiques se modifient. Les «gagnants» sont désormais encensés, au détriment des «perdants», méprisés… et la connivence est une force absolue.
  3. La gauche européenne désarmée face au système. L’Europe s’est alignée sur les États-Unis, avec son «capitalisme de connivence» et riposte en ayant recours au moralisme et au gouvernement des juges. Seule une remise en question totale du système capitaliste pourrait y mettre fin.
  4. Les affairistes, nouvelle classe dominante dans les périphéries. Les différentes classes sociales s’organisent aussi par rapport à leur environnement. Le capitalisme entraine des bouleversements, notamment aux périphéries des oligopoles, où les hommes de pouvoir ont pris le dessus.
  5. Le capitalisme sénile et la fin de la civilisation bourgeoise. Dernier épisode de la série sur la fin de la civilisation bourgeoise, où l’on voit que le phénomène décrit n’est pas passager, et correspond même à la fin d’une civilisation toute entière.

1. La ploutocratie, nouvelle classe dirigeante du capitalisme sénile

Dans les pays capitalistes, la «bourgeoisie» telle qu’on la connaissait a disparu : désormais, l’ordre social veut que la puissance financière et économique soit prépondérante.

La logique de l’accumulation est celle de la concentration et de la centralisation croissantes du capital. La concurrence, dont l’idéologie du système vante les vertus réelles mais tout également imaginaires, opère toujours ; mais elle n’est plus que la concurrence entre un nombre de plus en plus restreint d’oligopoles. Elle n’est ni la concurrence «parfaite», ni la «transparence» qui n’ont jamais existé et dont le capitalisme réellement existant s’éloigne toujours davantage au fur et à mesure de son développement. Or nous sommes parvenus à un niveau de centralisation des pouvoirs de domination du capital tel que les formes d’existence et d’organisation de la bourgeoisie telles qu’on les a connues jusqu’ici sont abolies.

Les capitalistes, nouvelle classe dirigeante

La bourgeoisie était constituée de familles bourgeoises stables. D’une génération à l’autre les héritiers perpétuaient une certaine spécialisation dans les activités de leurs entreprises. La bourgeoisie construisait et se construisait dans la longue durée. Cette stabilité favorisait la confiance dans les «valeurs bourgeoises», leur rayonnement dans la société toute entière. Dans une très large mesure, la bourgeoisie, classe dominante, était acceptée comme telle. Pour les services qu’elle rendait, elle paraissait mériter son accès aux privilèges de l’aisance ou de la richesse. Elle paraissait aussi largement nationale, sensible aux intérêts de la nation, quels qu’aient été les ambiguïtés et les limites de ce concept manipulable et manipulé.

La nouvelle classe dirigeante, celle du capitalisme contemporain tel qu’il paraît émerger de l’évolution des trente dernières années, sort brutalement de cette tradition. Le scandale d’Enron et quelques autres du même type ont sans doute contribué à révéler la nature de la transformation. Non que la fraude ait été une pratique sans précédant, bien sûr. Ce qui est beaucoup plus grave – et nouveau – c’est que la logique dominante des options de gestion du «nouveau» capitalisme produit nécessairement la recherche maximale de l’opacité, de la tromperie, voire de la falsification systématique des informations. Les uns qualifient les transformations en question de financiarisation, les autres de déploiement d’un actionnariat actif rétablissant pleinement les droits de la propriété (voire d’un actionnariat populaire). Ces qualifications laudatives, qui d’une certaine manière légitiment le changement, omettent de rappeler comme il le faudrait que l’aspect majeur de la transformation concerne le degré de concentration du capital et de centralisation du pouvoir qui lui est attaché.

«Self made men»

Sans doute la grande concentration du capital n’est-elle pas chose nouvelle. Dès la fin du XIXe siècle ce que Hilferding, Hobson et Lénine qualifieront de capitalisme des monopoles est une réalité. Sans doute cette concentration a-t-elle été – depuis – toujours en avance aux États-Unis sur les autres pays du capitalisme central. La formation de la très grande firme, devenant transnationale, est amorcée aux États-Unis avant la seconde guerre mondiale et se déploie triomphalement après ; l’Europe suit. Sans doute également l’idéologie étatsunienne du «self made man» (les Rockefeller, Ford et autres) tranche-t-elle avec le conservatisme familial dominant en Europe. Comme également le culte de la concurrence «vraie», quand bien même n’existerait-elle pas ; ce qui explique les lois «anti-trusts» précoces – dès 1890 ! Mais par delà ces différences réelles dans les cultures politiques concernées, la même transformation dans la forme d’existence de la nouvelle classe dirigeante du capitalisme caractérise aussi bien l’Europe que les États-Unis.

2. Les nouveaux dirigeants sont les «gagnants» de la finance

Dans le monde capitaliste, les discours idéologiques se modifient. Les «gagnants» sont désormais encensés, au détriment des «perdants», méprisés… et la connivence est une force absolue.

La nouvelle classe dirigeante se compte sur les doigts de quelques mains, guère plus. De surcroît une bonne proportion de celle ci est constituée de nouveaux venus qui se sont imposés plus par le succès de leurs opérations financières (notamment en bourse) que par leur contribution aux percées technologiques propres à notre époque. Leur ascension ultra rapide fait contraste avec celle de leurs prédécesseurs, qui s’étalait sur de nombreuses décennies. Le foisonnement de l’apparition de «nouvelles pousses» (start up en anglais) présente également une caractéristique nouvelle – l’instabilité extrême entraînant l’échec de pratiquement tous ces ambitieux naïfs, en dépit de la rhétorique élogieuse inconsidérée développée à leur endroit.

Transformation de l’idéologie capitaliste

La centralisation des pouvoirs est encore plus marquée que la concentration des capitaux, au niveau des firmes de production comme à celui des conglomérats de contrôle financier. Cette centralisation renforce l’interpénétration des pouvoirs économiques et politiques. Encore une fois non que cette interpénétration soit chose nouvelle. Après tout la nature de classe du pouvoir – fut-il démocratique – signifie que la classe politique dirigeante est au service du capital. Inversement la fortune capitaliste a toujours invité certains hommes du pouvoir à en partager les bénéfices. Mais, semble-t-il, cette interpénétration tend à devenir quasi homogénéisation, ce qui est nouveau, et trouve son expression dans les transformations du discours idéologique.

L’idéologie «traditionnelle» du capitalisme plaçait l’accent sur les vertus de la propriété en général, en particulier de la petite – en fait moyenne ou moyenne grande – considérée par sa stabilité comme porteuse de progrès technologique et social. En contrepoint la nouvelle idéologie encense les «gagnants» et méprise les «perdants» sans autre considération. La rhétorique dominante propose en trompe l’œil l’image de succès pour renvoyer les échecs à des circonstances personnelles et par là même évacuer la responsabilité du système social. Doit-on faire observer ici que cette idéologie qui évoque une sorte de «darwinisme social» (la référence à Darwin étant en fait inappropriée) est proche de celle qui règle les rapports à l’intérieur d’une association de malfaiteurs ? Car le «gagnant» a ici presque toujours raison, même lorsque les moyens qu’il a mis en œuvre, s’ils ne tombent pas sous le coup de la loi pénale, frisent l’illégal et en tout cas ignorent les valeurs morales communes.

Ceci traduit la connivence entre le monde des affaires et les institutions chargées de l’audit et de la «notation», tout comme la complicité au moins tacite des pouvoirs publics. La rhétorique concernant la transparence n’est, à la lumière de cette réalité, qu’un médiocre discours de propagande.

Le modèle américain responsable ?

Les spécificités du mode de financement des entreprises aux États-Unis, c’est à dire comme on sait le recours au marché financier (émissions en bourse d’actions et d’obligations) préféré au soutien des banques et/ou de l’État (par le canal d’institutions publiques spécialisées), sont, dit-on, à l’origine de cette conjonction. C’est partiellement vrai. Car il reste que les modèles allemand et japonais qui privilégient l’intégration financière banques/entreprises ou celui de la France assis sur les interventions des institutions financières d’État, n’ont pas préservé les systèmes européens en question des dérapages en cours allant dans le même sens.

S’il en est ainsi c’est parce que la raison fondamentale des évolutions en question réside dans le niveau élevé de centralisation du capital, sans commune mesure avec ce qu’il était il y a trois décennies. La «connivence» entre le pouvoir «économique» et le pouvoir «politique» qui fusionnent pour devenir le pouvoir tout court renvoie à ce que Marx et Braudel ont dit du capitalisme : qu’il n’est pas réductible au «marché» (comme le répète ad nauseam le discours dominant), mais au contraire s’identifie dans les pouvoirs «au-dessus du marché» (les oligopoles, l’État). Que cette connivence aujourd’hui, dans le «nouveau capitalisme», soit d’une force équivalente à ce qu’elle était aux débuts du capitalisme (dans la République de Venise administrée comme une société anonyme des plus riches marchands, ou à l’époque «colbertiste» et «élizabethienne» des Monarchies absolues), après avoir été fortement atténuée aux XIXe et XXe siècles, témoigne seulement que le système est bien devenu obsolète, entré dans la phase de sénilité.

3. La gauche européenne désarmée face au système

L’Europe s’est alignée sur les États-Unis, avec son «capitalisme de connivence» et riposte en ayant recours au moralisme et au gouvernement des juges. Seule une remise en question totale du système capitaliste pourrait y mettre fin.

Le capitalisme contemporain est devenu par la force de la logique de l’accumulation, un «capitalisme de connivence». Le terme anglais «crony capitalism» ne peut plus être réservé aux seules formes «sous-développées et corrompues» de l’Asie du Sud est et de l’Amérique latine que les «vrais économistes» (c’est à dire les croyants sincères et convaincus des vertus du libéralisme) fustigeaient hier. Il s’applique désormais aussi bien au capitalisme contemporain des États-Unis et de l’Europe. Dans son comportement courant, cette classe dirigeante se rapproche alors de ce qu’on connaît de celui des «mafias», quand bien même le terme paraîtrait insultant et extrême.

Recours au moralisme et aux juges

Le «système» ne sait pas réagir à cette dérive, tout simplement parce qu’il n’est pas en mesure de remettre en question la centralisation du capital. Les mesures qu’il prend rappellent alors étrangement les lois «anti trusts» de la fin du XIXe siècle (le Sherman Act), dont on connaît les limites de l’efficacité. En parfait accord avec la tradition des États-Unis, la société riposte par un recours renforcé au moralisme et au gouvernement des juges. On sait que dans l’affaire Enron, le procureur de New York, Eliot Spitzer, s’est taillé une belle popularité en exhibant, dans un show médiatique bien préparé, des milliardaires menottes aux poings. Du jamais vu aux États-Unis. La loi Saranes Oxley Act légitimera à l’avenir une plus grande intervention des juges dans la vie des entreprises. Gageons que ces interventions finiront par s’inscrire dans le jeu des connivences qu’elles prétendent éradiquer.

L’Europe était équipée pour réagir différemment. Par sa culture politique qui se méfie du moralisme et du gouvernement des juges auxquels elle préfère la régulation par voie législative, par ses modèles de financement moins soumis aux aléas du marché financier, l’Europe n’était pas condamnée par une prétendue exigence implacable de «l’économie» à s’aligner sur le modèle de la dictature apparente du marché financier (de la bourse), celui-ci étant en fait manipulé par une petite oligarchie. Pourtant l’Europe s’est alignée sur les États-Unis, contre ses intérêts mêmes puisque le marché financier ouvert en question permet tout simplement aux fonds de pensions des États-Unis de s’emparer des meilleurs segments des économies européennes (en particulier de l’économie française, dont 50 % du capital coté en bourse est désormais contrôlé par les États-Unis) et d’en écrémer les profits. La raison qui explique ce comportement d’apparence absurde est la volonté du grand capital de ne jamais heurter le «grand frère», garant en dernier ressort de l’ordre capitaliste («Mieux vaut Hitler que le Front Populaire», une option qui n’est pas nouvelle).

Faut-il une remise en question généralisée ?

A plus long terme une cristallisation nouvelle de la gauche européenne, dans la lignée de sa culture politique, est évidemment capable de remettre en question cet alignement et la dérive qui l’accompagne. Mais alors il est probable que cela ne puisse se faire sans par là même remettre en question le capitalisme dans certains de ses aspects essentiels. Les avancées démocratiques par lesquelles cette recomposition de la gauche pourrait s’imposer, à leur tour remettraient en question les modèles des pouvoirs oligarchiques centralisés en place. Mais la gauche européenne n’est malheureusement pas engagée sur cette voie.

Le système politique du capitalisme contemporain est désormais un système ploutocratique. Celui-ci s’accommode de la poursuite de la pratique de la démocratie représentative, devenue «démocratie de basse intensité» : vous êtes libre de voter pour qui vous voulez, cela n’a aucune importance puisque c’est le marché et non le Parlement qui décide de tout ! Il s’accommode aussi ailleurs de formes de gestion autocratique du pouvoir ou de farces électorales.

4. Les affairistes, nouvelle classe dominante dans les périphéries

Les différentes classes sociales s’organisent aussi par rapport à leur environnement. Le capitalisme entraine des bouleversements, notamment aux périphéries des oligopoles, où les hommes de pouvoir ont pris le dessus.

Le contraste entre centres et périphéries n’est pas nouveau ; il a accompagné l’expansion capitaliste mondialisée dès ses origines, il y a cinq siècles. De ce fait, les classes dirigeantes locales des pays du capitalisme périphérique – qu’il s’agisse de pays indépendants ou même de colonies – ont toujours été des classes dirigeantes subalternisées mais néanmoins alliées par les bénéfices qu’elles tiraient de leur insertion dans le capitalisme mondialisé.

La diversité de ces classes, en grande partie issues de celles qui dominaient leurs sociétés avant leur soumission au capitalisme/impérialisme, est considérable. Leurs transformations du fait de cette intégration/soumission n’en sont pas moins considérables : anciens maîtres politiques devenus grands propriétaires fonciers, anciennes aristocraties d’État modernisées etc. La reconquête de l’indépendance a souvent entraîné la substitution à ces classes subordonnées anciennes (collaboratrices) de nouvelles classes dirigeantes – bureaucraties, bourgeoisies d’État – plus légitimes aux yeux de leurs peuples (au départ) du fait de leur association aux mouvements de libération nationale.

Des pouvoirs déracinés

Mais ici encore, dans ces périphéries dominées par l’impérialisme ancien (les formes antérieures à 1950) ou par l’impérialisme nouveau (celui de la période de Bandoung jusque vers 1980), les classes dirigeantes locales bénéficiaient d’une stabilité relative visible. Les générations successives d’aristocrates et de nouveaux bourgeois, pendant longtemps, puis la génération nouvelle issue des forces politiques qui ont dirigé les libérations nationales, adhéraient à des systèmes de valeurs, morales et nationales. Les hommes (plus rarement les femmes) qui en étaient les représentants bénéficiaient de légitimité à des degrés divers.

Les bouleversements entraînés par le capitalisme des oligopoles du centre impérialiste collectif nouveau (la triade États-Unis/Europe/Japon) ont véritablement déraciné les pouvoirs de toutes ces anciennes classes dirigeantes des périphéries pour leur substituer ceux d’une nouvelle classe que je qualifierai «d’affairistes». Ce terme est d’ailleurs en circulation spontanée dans beaucoup de pays du Sud.

Réussite, argent et convoitise, mais sans légitimité

L’affairiste en question est un «homme d’affaires», pas un entrepreneur créatif. Il tient sa richesse de ses relations avec le pouvoir en place et les maîtres étrangers du système qu’il s’agisse de représentants des États impérialistes (de la CIA en particulier) ou des oligopoles. Il opère comme un intermédiaire, fort bien rémunéré, qui bénéficie d’une véritable rente politique dont il tire l’essentiel de la richesse qu’il accumule. L’affairiste n’adhère plus à un système de valeurs morales et nationales quelconque. A l’image caricature de son alter-ego des centres dominants il ne connaît plus que la «réussite», l’argent, la convoitise qui se profile derrière un prétendu éloge de l’individu. Là encore les comportements maffieux, voire criminels, ne sont jamais éloignés.

Certes des phénomènes de ce genre ne sont pas tout à fait nouveaux. La nature même de la domination impérialiste et de la soumission des classes dirigeantes locales à celle-ci encourageait l’émergence de ce type d’homme de pouvoir. Mais ce qui est certainement nouveau, c’est que le genre en question se retrouve aujourd’hui occuper la presque intégralité de la scène du pouvoir et de la richesse. Ce sont les «amis», les seuls amis de la ploutocratie dominante à l’échelle mondiale. Leur fragilité tient au fait qu’ils ne bénéficient pas d’une légitimité quelconque aux yeux de leurs peuples, ni de celle que conférait la «tradition», ni de celle que donnait la participation à la libération nationale.

5. Le capitalisme sénile et la fin de la civilisation bourgeoise

Dernier épisode de la série sur la fin de la civilisation bourgeoise, où l’on voit que le phénomène décrit n’est pas passager, et correspond même à la fin d’une civilisation toute entière.

Les caractères des nouvelles classes dominantes décrits ici ne sont pas de la nature de phénomènes conjoncturels passagers. Ils correspondent rigoureusement aux exigences de fonctionnement du capitalisme contemporain.

La civilisation bourgeoise – comme toute civilisation – ne se réduit pas à la logique de la reproduction de son système économique. Elle intégrait un volet idéologique et moral : l’éloge de l’initiative individuelle certes, mais aussi l’honnêteté et le respect du droit, voire la solidarité avec le peuple exprimée au moins au niveau national. Ce système de valeurs assurait une certaine stabilité à la reproduction sociale dans son ensemble, empreignait le monde des représentants politiques à son service.

Inculture et vulgarité des «dominants»

Ce système de valeurs est en voie de disparition. Pour faire place à un système sans valeurs. Beaucoup de phénomènes visibles témoignent de cette transformation : un Président des États-Unis criminel, des pitres à la tête d’États européens (Berlusconi, Sarkozy, les jumeaux polonais etc.), des autocrates sans envergure dans nombre de pays du Sud qui ne sont pas des «despotes éclairés» mais des despotes tout court, des ambitieux obscurantistes (les Talibans, les «sectes» chrétiennes et autres, les esclavagistes bouddhistes). Tous sont des admirateurs sans réserve du «modèle américain». L’inculture et la vulgarité caractérisent une majorité croissante de ce monde des «dominants».

Une évolution dramatique de cette nature annonce la fin d’une civilisation. Elle reproduit ce qu’on a déjà vu se manifester dans l’histoire dans les époques de décadence. Un «monde nouveau» est en voie de construction. Mais non pas celui (meilleur) qu’appellent de leurs vœux beaucoup de mouvements sociaux naïfs qui certes mesurent l’ampleur des dégâts mais n’en comprennent pas les causes. Un monde bien pire que celui à travers lequel la civilisation bourgeoisie s’était imposée.

Pour toutes ces raisons, je considère que le capitalisme contemporain des oligopoles doit être désormais qualifié de sénile, quelles que soient ses succès immédiats apparents, car il s’agit de succès qui enfoncent dans la voie d’une nouvelle barbarie. (Je renvoie ici à mon chapitre, Révolution ou décadence ? vieux de près de 30 ans).


Source: Marianne 2 – série de 5 articles sur le thème : Les nouvelles classes dominantes et la fin de la civilisation bourgeoise


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