Les nouveaux espaces de l’économie contemporaine

Par Mis en ligne le 13 octobre 2010
Couverture ouvrage
16 nou­velles ques­tions d’économie contem­po­raine
par Daniel Cohen (dir.), Philippe Askenazy (dir.)
Éditeur : Albin Michel, 608 pages
Résumé : Une entre­prise sti­mu­lante dans la conti­nuité d’Economiques 1, dont l’intérêt et la limite est la pro­fonde ori­gi­na­lité des thèses et pro­po­si­tions déve­lop­pées.

Après la réus­site du pre­mier tome de la col­lec­tion Economiques (à com­prendre comme Agrippa d’Aubigné entend Les Tragiques, et non comme une réfé­rence à un coût ou une qua­lité peu élevés), dont non​fic​tion​.fr fit l’écho en 2008 1, Daniel Cohen et Philippe Askenazy dirigent une nou­velle fois une assem­blée de cher­cheurs du CEPREMAP 2, en charge d’éclairer leurs lec­teurs sur trois thèmes cen­traux en éco­no­mie poli­tique : la crise finan­cière, le mal fran­çais, l’Etat-providence. Entre les deux tomes, nous sommes passés de vingt-sept à seize nou­velles ques­tions, mais la dis­pa­rité des thèmes et la dif­fi­culté de trou­ver une cohé­rence d’ensemble à l’ouvrage, points déjà sou­li­gnés pour le pré­cé­dent opus, n’ont pas com­plè­te­ment dis­paru 3.

Un nouveau regard sur la crise financière.

Le pre­mier thème, pro­po­sant de « nou­velles réflexions sur la crise finan­cière », est réel­le­ment pas­sion­nant.

L’article d’André Orléan, « De l’euphorie à la panique », déve­loppe une thèse à contre-cou­rant de la doxa théo­ré­tico-poli­tique, qui consi­dère que la crise n’est que le résul­tat de déviances, de dérives, ou d’excès de la part des mar­chés finan­ciers. Cela sous-entend que le déve­lop­pe­ment et le raf­fi­ne­ment des mar­chés finan­ciers est une chose bonne en soi. Selon l’auteur, la crise a eu lieu parce que les mar­chés finan­ciers sont irra­tion­nels par nature, et ne favo­risent pas, bien au contraire, la fixa­tion d’un prix per­met­tant d’autoréguler l’offre et la demande de capi­taux.

La théo­rie éco­no­mique néo-libé­rale pré­sente en effet les mar­chés finan­ciers comme étant en mesure de faire se ren­con­trer offre et demande du crédit dans des condi­tions pures et par­faites : aucune bar­rière à l’entrée, par­faite trans­pa­rence, libre concur­rence, ratio­na­lité des acteurs. Un actif for­te­ment demandé voit son prix aug­men­ter, quand sa vente, due à un éloi­gne­ment pré­sumé de sa valeur fon­da­men­tale, en fait bais­ser le cours. Le jeu du marché libre fait ainsi en sorte que l’actif évolue tou­jours aux marges de sa valeur fon­da­men­tale, basée sur les per­for­mances de ce dont il est une éma­na­tion : son sous-jacent (une part d’entreprise, dans le cas d’une action). Pour l’auteur, repre­nant les concepts key­né­siens de « concours de beauté », ou de « psy­cho­lo­gie de masse » des mar­chés, les mar­chés finan­ciers se sont au contraire « auto-intoxi­qués » : la valeur de l’actif n’était pas liée à sa valeur fon­da­men­tale, mais bien au fait qu’il soit demandé ou vendu. En somme, plutôt que de reflé­ter la valeur intrin­sèque d’un actif, le prix deve­nait cette valeur. Le pro­ces­sus haus­sier, dans ces condi­tions, est inévi­table. L’auteur indique ainsi qu’en cela la crise que nous venons de tra­ver­ser n’est pas unique : elle est même tra­gi­que­ment clas­sique. Son ampleur, elle, est unique, du fait du déve­lop­pe­ment expo­nen­tiel de la titri­sa­tion. L’auteur en tire la conclu­sion, inverse à celle des res­pon­sables du G20, que les mar­chés finan­ciers sont inef­fi­cients par nature, et qu’une cor­rec­tion de ceux-ci, par une régu­la­tion plus pous­sée du pro­ces­sus de titri­sa­tion, n’est pas suf­fi­sante.

Les consé­quences en termes de poli­tique éco­no­mique sont en effet cru­ciales. Si l’on estime, avec la plu­part des ana­lystes éco­no­miques et les res­pon­sables poli­tiques du G20, que la crise n’est que la résul­tante d’un excès des acteurs évo­luant sur les mar­chés finan­ciers, la réponse poli­tique à appor­ter doit effec­ti­ve­ment consis­ter à en sup­pri­mer les sym­boles les plus déran­geants (para­dis fis­caux, bonus garan­tis, stock options), et à régu­ler les espaces mar­chands échap­pant jusqu’à pré­sent à tout contrôle (shadow ban­king, mar­chés des déri­vés en tout genre). Si l’on estime en revanche que les mar­chés finan­ciers sont en eux-mêmes sources de désta­bi­li­sa­tion, d’irrationalité, d’inefficience et d’excès, alors intro­duire une régu­la­tion pour plus de trans­pa­rence sur les opé­ra­tions ne suffit pas : il faut recloi­son­ner les mar­chés. L’on peut regret­ter que, dans cette contri­bu­tion, André Orléan ne s’appesantisse pas plus sur les solu­tions à appor­ter pour ce faire.

Gabrielle Demange décrit dans un article tech­nique les « dérives de l’ingénierie finan­cière », en décryp­tant le méca­nisme cen­tral de la titri­sa­tion, qui n’eût été pos­sible sans un per­fec­tion­ne­ment sans cesse plus poussé des méthodes mathé­ma­tiques à l’origine de leur construc­tion. Cette com­plexité fit leur succès, et elle pré­ci­pita leur perte. L’auteur montre en effet que la com­plexité crois­sante des ins­tru­ments finan­ciers, aug­men­tée d’une déré­gle­men­ta­tion des mar­chés, si elle permit un fort accrois­se­ment des échanges, encou­ra­gea dans le même temps une cer­taine absence d’incitation à une valo­ri­sa­tion cor­recte de ces pro­duits de la part des acteurs (et notam­ment le sys­tème ban­caire), et opa­ci­fia les rela­tions inter­ban­caires. Les inno­va­tions finan­cières (titri­sa­tion et tech­niques de cou­ver­ture dyna­mique) et la déré­gle­men­ta­tion ont ainsi favo­risé une mau­vaise valo­ri­sa­tion des pro­duits, ainsi que l’absence d’information sur les posi­tions réelles des ins­ti­tu­tions finan­cières, deux fac­teurs ayant joué un rôle fon­da­men­tal dans la crise.

Les contri­bu­tions d’Anne Perrot, Xavier Ragot, Philippe Martin et Thierry Mayer, Sylvie Lambert et Marc Gurgand, ont pour ambi­tion de révé­ler l’impact de cette crise sur l’économie réelle : dans ses méca­nismes de trans­mis­sion à l’économie réelle 4, dans son impact sur les poli­tiques concur­ren­tielles 5 et com­mer­ciales 6, et dans la décou­verte d’un nou­veau canal de trans­mis­sion de la crise au Sud : par les trans­ferts des migrants. Ce der­nier point est par­ti­cu­liè­re­ment ori­gi­nal. En effet, Sylvie Lambert et Marc Gurgand indiquent que, si les flux de capi­taux privés vers les pays à bas reve­nus ont chu de 30 mil­liards d’euros en 2007 à 7 mil­liards en 2009, le mon­tant des remises des migrants n’a cessé d’augmenter, pour dépas­ser le mon­tant de l’aide inter­na­tio­nale, et rejoindre le mon­tant des Investissements Directs à l’Etranger pour l’ensemble des pays en voie de déve­lop­pe­ment, soit 267 mil­liards de dol­lars en 2007. Depuis dix ans, ces remises ont joué un rôle contra­cy­clique bien­venu dans les pays des­ti­na­taires, repré­sen­tant par­fois 50 % du PIB, en amé­lio­rant le bien-être des familles qui en béné­fi­cient, en aug­men­tant le taux de sco­la­rité et dimi­nuant le taux de tra­vail des enfants.

Ce rôle contra­cy­clique n’est plus à l’œuvre avec la crise. La contra­cy­cli­cité est pos­sible quand les chocs sont asy­mé­triques. La hausse du chô­mage, mais aussi la baisse du dollar, ont par exemple fait bais­ser de 11% le mon­tant des remises des migrants mexi­cains aux Etats-Unis vers le Mexique. Le rôle des remises des migrants pour­rait bien être devenu un des canaux de trans­mis­sion de la crise.

Le mal fran­çais : éco­no­mie poli­tique plus que poli­tique éco­no­mique.

Le second grand thème abordé est rela­tif à ce que les auteurs appellent : « le mal fran­çais ».

Le mal, et non les maux. En effet, n’allez point cher­cher ici une ana­lyse des grands sujets macroé­co­no­miques où le modèle fran­çais s’essouffle et souffre, ni de com­pa­rai­son poin­tilleuse avec les bonnes pra­tiques inter­na­tio­nales. Bien loin des fic­tions éco­no­miques diag­nos­ti­quant les mala­dies pré­cises, et connues, du modèle socio-éco­no­mique fran­çais, et pro­po­sant des réformes choc, salu­taires, miracles, mais irréa­li­sables en l’état, cette deuxième partie vise à poser les bases d’une com­pré­hen­sion presque empa­thique du mal qui ronge la société fran­çaise, et qui l’empêche d’accomplir les réformes néces­saires.

Yann Algan et Pierre Cahuc nous pro­posent un résumé de leur livre La société de défiance, paru en 2007, et que non​fic​tion​.fr avait déjà eu le loisir de pré­sen­ter 7, et de cri­ti­quer, dans un entre­tien avec Olivier Blanchard 8. Se basant sur des com­pa­rai­sons inter­na­tio­nales, les deux auteurs indiquent que le mal qui ronge la société fran­çaise est celui du manque de confiance : en son pro­chain, en l’Etat, en les ins­ti­tu­tions. Cette défiance envers autrui entraîne inci­visme et cor­rup­tion, com­por­te­ments non coopé­ra­tifs et, para­doxa­le­ment, demande de régu­la­tion forte. Loin d’être déter­miné cultu­rel­le­ment, cet état d’âme col­lec­tif est au contraire condi­tionné his­to­ri­que­ment par deux phé­no­mènes à l’œuvre depuis la fin de la Seconde Guerre mon­diale : le cor­po­ra­tisme et l’étatisme. Cloisonnant et hié­rar­chi­sant les dif­fé­rents corps de la société, la France n’est plus capable de répondre aux défis posés par l’économie moderne, basée sur les ser­vices (par essence décen­tra­li­sés) et l’innovation, la trans­pa­rence et l’initiative indi­vi­duelle.

La démons­tra­tion, malgré quelques faci­li­tés ou aspects contes­tables (La France manque-t-elle vrai­ment de talent inno­va­teur ? La France n’est-elle pas à la pointe, par exemple, de la recherche mathé­ma­tique ? Pourquoi des ins­ti­tu­tions inef­fi­cientes per­durent-elles ?), ne manque pas de chair et de piquant. L’on regret­tera néan­moins que le lien avec les maigres per­for­mances éco­no­miques de la France durant les trente der­nières années n’ait pas été plus déve­loppé. C’est la limite de l’exercice : parler d’âme n’est pas parler chiffres. Il s’agit plus d’un projet de société que d’une pro­po­si­tion tech­nique de réforme. En outre, l’article se contente de faire la syn­thèse d’un livre paru avant la crise, en 2007. Il aurait été inté­res­sant que l’article des mêmes auteurs, « Postface à la société de défiance », plutôt qu’une jus­ti­fi­ca­tion sur la méthode employée pour construire la théo­rie pré­sen­tée, pro­pose une vision renou­ve­lée de celle-ci au regard des pre­miers constats que nous pou­vons tirer de trois ans de crise.

Les articles du même thème, de Claudia Senik, André Clark, Karine van der Straeten, sont la décli­nai­son poli­tique de la même idée : les Français plus mal­heu­reux (ou moins heu­reux) que les autres, oubliant qu’à l’origine de l’économie, comme à l’origine de la société, il y a ce geste simple, et pour­tant si com­pli­qué, de faire confiance à autrui, en viennent à saper les fon­de­ments du vivre-ensemble, à sépa­rer les élus des élec­teurs, quand ceux-ci auraient le plus besoin de ceux-là. Bruno Amable, dans le der­nier article de ce thème sur le mal fran­çais, pro­pose en somme une vision syn­thé­tique de tout ce qui pré­cède, en éclai­rant les méca­niques à l’œuvre, et en offrant un cours dense d’économie poli­tique, mêlant inti­me­ment déboires et faux succès éco­no­miques avec la crise de la repré­sen­ta­tion poli­tique, symp­tôme d’une société sans projet.

Intéressante partie, donc, mais man­quant de lien fort et construit entre éco­no­mie et société, et qui ne nous dit pas, parce qu’elle ne nous le montre pas, si c’est l’absence de confiance qui fait la crise poli­tique et éco­no­mique, ou si c’est la crise poli­tique et éco­no­mique qui crée la défiance. Néanmoins, on le pressent dans toute cette partie, c’est vers la néces­sité d’une cer­taine audace réfor­ma­trice que nous amènent ces contri­bu­tions. Devant une situa­tion éco­no­mique et poli­tique de souf­france exis­ten­tielle, héri­tée certes de maux passés mais avivée par un pré­sent qui ne sait plus les gérer et qui n’a pas de modèle alter­na­tif à pro­po­ser, la France paraît attendre un nou­veau pacte poli­tique et social, qui serait à la source d’une reprise de confiance per­met­tant d’envisager, si l’on en croit les méca­nismes décryp­tés, crois­sance et bon­heur.

Quelles menaces sur l’Etat-providence ? La réhabilitation conceptuelle du politique.

Le troi­sième thème est clas­sique dans son impor­tance, ori­gi­nal dans son approche, mais déce­vant dans son hori­zon pra­tique.

Classique, car il traite en pro­fon­deur de deux enjeux éco­no­miques lourds affec­tant la France : le poids et le finan­ce­ment des dépenses de santé, les retraites et le taux d’emploi des seniors.

Original, car Brigitte Dormont déve­loppe l’hypothèse sti­mu­lante que le coût payé par la société fran­çaise pour ses dépenses de santé est encore bien infé­rieur aux gains qu’elles pro­curent, en termes de bien-être macro­so­cial et éco­no­mique. L’auteur sug­gère donc de les aug­men­ter encore. Non mesu­rés par le PIB, ces gains semblent tou­te­fois bien imma­té­riels et très dif­fi­ci­le­ment cal­cu­lables. Plus immé­dia­te­ment convain­cante est sa démons­tra­tion selon laquelle ce n’est pas le vieillis­se­ment en tant que tel qui fait aug­men­ter les dépenses de santé, mais, dans une faible mesure, la mor­bi­dité (terme bien triste pour dési­gner la proxi­mité de la mort), et sur­tout la dif­fu­sion du pro­grès tech­nique médi­cal. Ce pro­grès permet de révé­ler de nou­veaux besoins, de trai­ter de nou­velles patho­lo­gies, bref d’étendre le champ et l’efficacité des dépenses de santé. Il est aussi à l’origine de l’allongement de la durée de vie sans inca­pa­cité sévère, et semble donc être un des élé­ments pri­mor­diaux de l’augmentation du bien-être dont nous par­lions plus haut.

Ce bien-être en plus, com­ment le finan­çons-nous ? Qu’en fai­sons-nous ? Brigitte Dormont répond à la pre­mière ques­tion en regret­tant sim­ple­ment que le débat en France sur le sujet ne soit pas mieux posé, ce qu’à la lec­ture de son article nous ne pou­vons que conve­nir.

Si la variable démo­gra­phique pour le risque santé n’a pas d’effets aussi évi­dents qu’à pre­mière vue, son inci­dence sur le risque vieillesse est en revanche cru­ciale. Antoine Bozio et Thomas Piketty choi­sissent de pré­sen­ter leur réforme des retraites, très dif­fé­rente de celle votée au Parlement. Plus qu’une solu­tion aux défis du vieillis­se­ment et du creu­se­ment des défi­cits des caisses de retraite en cours et à venir, les auteurs pro­posent une remise à plat d’un sys­tème frag­menté, illi­sible, com­plexe, et qui entre­tient chez les citoyens l’impression que les coti­sa­tions sont un impôt, et non un droit à un revenu dif­féré. Par cette ambi­tion, les auteurs rejoignent par leur pro­po­si­tion pra­tique l’ensemble du thème du mal fran­çais, en pré­sen­tant un sys­tème qui ren­drait la retraite lisible, évi­dente, natu­relle, et per­met­trait pro­ba­ble­ment aux Français d’adopter un regard plus rai­son­nable, et donc plus pro­duc­tif, sur leur vie active. Les deux auteurs pro­posent ainsi de passer au modèle sué­dois de retraites. Chaque indi­vidu aurait droit à un compte indi­vi­duel notion­nel, per­met­tant la mobi­lité pro­fes­sion­nelle et sta­tu­taire, et offrant à chacun la pos­si­bi­lité de savoir à chaque ins­tant où il en est de ses coti­sa­tions, de ses droits, de ce qui lui reste à accom­plir afin d’avoir droit à une retraite décente. Cette visi­bi­lité accrue sur l’après vie active per­met­trait, selon les auteurs, de géné­rer d’importants effets posi­tifs sur la vie active même, en rédui­sant les incer­ti­tudes et en res­tau­rant la confiance. Les auteurs rap­pellent que cette réforme doit être soi­gneu­se­ment pensée, négo­ciée, pré­sen­tée. La Suède a accom­pli sa réforme après une longue phase de négo­cia­tion, et l’a étalée sur qua­torze ans. L’Italie a adopté une réforme en ce sens dans un délai plus rapide et sans réelles négo­cia­tions, pro­dui­sant des effets plus nuan­cés : la tran­si­tion est ainsi très longue, et les taux de coti­sa­tions cré­di­tés sur les comptes notion­nels sont plus élevés que les coti­sa­tions effec­tives, ce qui rend le sys­tème moins lisible qu’en Suède, et sur­tout moins effi­cace.

Jean-Olivier Hairault, François Langot, et Theptida Sopraseuth pré­sentent dans le der­nier, mais non moins cru­cial, article de ce livre, une expli­ca­tion et une solu­tion au très péna­li­sant pro­blème de la fai­blesse du taux d’emploi des seniors. La France, avec la Belgique et l’Italie, pré­sente un taux par­ti­cu­liè­re­ment faible, qui péna­lise à la fois sa crois­sance, son bien-être, mais aussi ses comptes d’assurance-chômage et vieillesse. L’explication, selon les auteurs, réside dans « l’effet hori­zon » lié à l’âge légal de départ à la retraite (en France : 60 ans), ainsi qu’aux poli­tiques publiques de dis­pense de recherche d’emploi ou de pré­re­traite. En outre, la déci­sion de pro­lon­ger son acti­vité au-delà de l’âge légal est péna­li­sée par une taxe expli­cite (les coti­sa­tions ver­sées en plus) et impli­cite (les pen­sions ver­sées en moins) que le sys­tème des sur­cotes ne résout pas. Afin de pal­lier ces insuf­fi­sances mani­festes, les auteurs pro­posent trois (plus une) solu­tions com­plé­men­taires : la sur­cote actua­riel­le­ment neutre (au détri­ment des caisses de retraite), la sur­cote avec sortie en capi­tal (avec la limite intrin­sèque de ne plus pré­mu­nir du risque de vie plus longue), la libé­ra­li­sa­tion du cumul emploi-retraite . La der­nière solu­tion est le recul de l’âge légal de départ à la retraite, qui résou­drait méca­ni­que­ment la fai­blesse du taux d’emploi des 55-60 ans. Ce point, très for­te­ment débattu et contesté dans le cadre de la réforme actuelle des retraites, semble ne pas faire de doute pour les auteurs, qui l’illustrent de nom­breux exemples inter­na­tio­naux. Déplacer « l’horizon » du départ à la retraite per­met­trait ainsi aux employeurs d’étaler sur plus de temps l’investissement fait dans un employé « senior », quand celui-ci serait incité à devoir recal­cu­ler la valeur qu’il accorde au chô­mage et à l’emploi étant donnée sa « dis­tance » à la retraite.

Ces nou­velles ques­tions d’économie contem­po­raine consti­tuent une entre­prise inté­res­sante et vive, qui pense l’économie plus lar­ge­ment que par ses méca­nismes théo­riques et appli­ca­tions pra­tiques, et qui, malgré un fil direc­teur un peu lâche et quelques pro­po­si­tions par­fois impré­cises, ne soumet pas moins à la réflexion poli­tique réfor­ma­trice de pas­sion­nantes ques­tions, et livre quelques pistes de solu­tions à explo­rer .

rédac­teur : Nicolas SEJOUR, Critique à non​fic​tion​.fr
Illustration : http://​www​.flickr​.com/​p​h​o​t​o​s​/​z​i​lpho/

Notes :
1 – 27 ques­tions d’économie contem­po­raine, http://​www​.non​fic​tion​.fr/​a​r​t​i​c​l​e​-​1​2​9​3​-​l​e​c​o​n​o​m​i​e​_​e​n​_​t​r​a​v​a​u​x​_​v​e​r​s​i​o​n​_​e​n​s.htm
2 – Centre pour la recherche éco­no­mique et ses appli­ca­tions
3 – Le nombre et la variété des contri­bu­tions nous ont aussi contraint à ne rete­nir que quelques unes d’entre elles, qui ont par­ti­cu­liè­re­ment attiré notre atten­tion
4 – Xavier Ragot déve­loppe les dif­fé­rentes étapes de la crise, ce qui lui permet de mettre en évi­dence la dif­fi­culté actuelle à per­ce­voir les causes fon­da­men­tales de celle-ci, et rejoint en cela le pro­blème sou­levé par André Orléan
5 – Anne Perrot montre ainsi que la crise n’a pas remis en cause le bien-fondé des prin­cipes à l’origine de la poli­tique de la concur­rence et de l’ouverture des fron­tières
6 – Philippe Martin et Thierry Mayer s’interrogent sur les canaux de trans­mis­sion de la crise au com­merce inter­na­tio­nal, qui a connu un effon­dre­ment 20% en quelques mois, et relèvent que les réflexes pro­tec­tion­nistes furent peu nom­breux, et d’impact limité
7 – http://​www​.non​fic​tion​.fr/​a​r​t​i​c​l​e​-​1​5​7​-​a​u​t​o​p​s​i​e​_​d​u​n​_​m​a​l​_​f​r​a​n​c​a​i​s.htm
8 – http://​www​.non​fic​tion​.fr/​a​r​t​i​c​l​e​-​1​5​8​-​v​o​u​s​_​a​v​e​z​_​d​i​t​_​s​o​c​i​e​t​e​_​d​e​_​d​e​f​i​a​n​c​e.htm

Titre du livre : 16 nou­velles ques­tions d’économie contem­po­raine
Auteur : Daniel Cohen (dir.), Philippe Askenazy (dir.)
Éditeur : Albin Michel
Collection : Essais
Date de publi­ca­tion : 17/03/10
N° ISBN : 2226187235

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