Les négociations dans le secteur public québécois : quel rapport de forces ?

René Charest

La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) a signé la semaine passée une entente avec le gouvernement appuyée par 90% de ses membres. Entretemps, les multiples tables de négociations s’activent depuis l’ultimatum lancée d’une manière provocatrice par le Premier Ministre. Le match de la négociation est loin d’être terminé, mais nous pouvons d’ores et déjà faire certains constats sur la stratégie de la CAQ face au secteur public.

Offensive et contre-offensive

Comme ces prédécesseurs libéraux, le premier ministre Legault était prêt à passer aux actes contre le mouvement syndical québécois. Il voulait certainement convoquer toute son expérience ministérielle au Parti Québécois pour asséner le grand coup anti-syndical. Il a usé, depuis un an , de plusieurs tactiques qui le prouvent. Pour autant, pour la première fois depuis le sommet socio-économique depuis 1995, le mouvement syndical était dans une bonne posture financière pour commencer les négociations dans le secteur public. Dans certaines organisations comme l’Alliance du personnel technique et professionnel de la santé et des services sociaux (APTS) et la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIIQ), on émettait l’hypothèse que le gouvernement Legault avait à sa disposition une réserve de 8 milliards de dollars de laquelle on pouvait investir une partie appréciable dans le secteur public. On pouvait donc commencer à penser que l’époque de l’austérité était terminée. On pouvait enfin penser à obtenir une compensation satisfaisante pour les sacrifices passées. Or, les organisations syndicales ont oublié que même si la CAQ est différente du Parti libéral sur certaines questions et que François Legault n’est pas Philippe Couillard, il n’en demeure pas moins que le gouvernement actuel s’inscrit dans une perspective néolibérale. Et pour ce faire, il importe d’affaiblir de plus en plus la capacité de négocier des 560,000 travailleur.e.s syndiqué.e.s du secteur public québécois.

La guerre de position vue par François Legault

La première tactique du premier ministre a été de rapidement dégonfler le ballon de la réserve financière. Comme par magie, la réserve de 8 milliards est disparue. Elle a été utilisée pour combler les réductions de taxe scolaire et l’augmentation des allocations familiales. Le Premier Ministre reprend la dichotomie propre à la droite populiste : la réserve va au peuple et non pas aux syndicats.

Deuxièmement, François Legault s’est efforcé de semer la zizanie dans le mouvement syndical. Les seuls groupes d’employées qui obtiennent l’attention du gouvernement sont les préposé.e.s aux bénéficiaires et les enseignant.e.s du primaire. Bien sûr, personne ne pourra remettre en question ces métiers essentiels et particulièrement dans un contexte de crise sanitaire. Mais le gouvernement sait très bien que des divisions historiques existent entre les organisations syndicales et qu’un financement ciblé vers l’un ou l’autre de ces groupes va inévitablement entraîner l’accroissement de ces divisions tant dans le secteur de la santé et des services sociaux que dans l’éducation.

Entrettemps, le comité de négociation gouvernemental joue au jeu des variations sur le même thème. Les offres n’ont à peu près pas changé depuis le début de la négociation :  récompenser les préposé.e.s aux bénéficiaires et les enseignant.e.s au primaire avec une augmentation minimale pour combler l’inflation pour l’ensembles des syndiqué.e.s. Dans ce sens, on parle de maintenir les offres totalisant 3,3 milliards dont une proposition de 5% sur trois ans. Après avoir annoncé cinq dates butoir pendant 18 mois, il semble que le gouvernement Legault ait gardé en tête le même leitmotiv.

À suivre

Les négociations ne sont pas terminées. Certaines mobilisations ont commencé à prendre forme dans certains secteurs. Par exemple, dans le secteur de la santé et des services sociaux, des organisations ont commencé à aller chercher des mandats de grèves d’une manière très forte. Il sera important de suivre ces mobilisations dans les prochaines semaines et analyser les stratégies syndicales qui seront à l’œuvre pour résister aux attaques du gouvernement Legault.