"Groupes faibles"

Les mouvements sociaux, laboratoires de la démocratie

Par Mis en ligne le 19 septembre 2010

Daniel Mouchard ana­lyse les tra­vaux récents sur les mou­ve­ments sociaux de popu­la­tions mar­gi­nales ou « exclues » comme de véri­tables labo­ra­toires de la démo­cra­tie sociale. À tra­vers l’étude des dyna­miques de sub­jec­ti­va­tion à l’oeuvre dans ces mou­ve­ments, des contra­dic­tions internes de ces acteurs col­lec­tifs ainsi que des moda­li­tés d’irruption dans l’espace public, il replace les mou­ve­ments sociaux dans l’histoire de la cri­tique sociale.

De la mar­gi­na­lité à la cen­tra­lité : ainsi est-il pos­sible de décrire, de façon lapi­daire, le trajet de l’analyse des mou­ve­ments sociaux dans la socio­lo­gie et la science poli­tique fran­çaises. À l’exception de cer­tains tra­vaux en effet (en par­ti­cu­lier ceux d’Alain Touraine et de son équipe) [1], il faut attendre les années 1990 pour que l’objet « mou­ve­ments sociaux » (ou « mobi­li­sa­tions », ou, dans un sens plus large et plus impré­cis « action col­lec­tive ») connaisse une crois­sance rapide et expo­nen­tielle dans le champ des sciences sociales fran­çaises, jusqu’à deve­nir le lieu d’une très impor­tante accu­mu­la­tion de recherches et de connais­sances empi­riques [2]. Sans qu’il soit pos­sible de reve­nir ici en détail sur les causes et les étapes de cette montée en puis­sance (ce qui, au demeu­rant, consti­tue­rait cer­tai­ne­ment un inté­res­sant exer­cice de socio­lo­gie des sciences), on se conten­tera de noter que l’émergence de cette pré­oc­cu­pa­tion scien­ti­fique cor­res­pond à celle d’une nou­velle géné­ra­tion de cher­cheurs, qui, inci­tés par quelques aînés, vont opérer simul­ta­né­ment l’investissement de ter­rains empi­riques jusqu’ici en friche et l’importation théo­rique de tra­vaux étran­gers (notam­ment nord-amé­ri­cains) consa­crés à l’analyse de l’action col­lec­tive. Symbolique à cet égard est la paru­tion, en 1993, de Lutter ensemble, coécrit par Olivier Fillieule et Cécile Péchu [3]. A un moment où les sciences sociales fran­çaises n’offrent encore que peu d’instruments théo­riques dis­po­nibles, l’ouvrage donne à voir la richesse des tra­vaux nord-amé­ri­cains et l’ampleur des inves­ti­ga­tions qu’ils per­mettent d’ouvrir.

Mais un autre trait essen­tiel pour la com­pré­hen­sion de l’analyse des mou­ve­ments sociaux « à la fran­çaise » appa­raît éga­le­ment ici : les co-auteurs de l’ouvrage tra­vaillent tous deux sur un type spé­ci­fique de pro­tes­ta­tion, celles de groupes à faibles res­sources. Les pre­miers tra­vaux d’O. Fillieule portent en effet sur les mobi­li­sa­tions de chô­meurs [4], et ceux de C. Péchu sur celles de mal-logés et sans-logis [5], tra­vaux aux­quels vien­dront bien­tôt s’ajouter ceux de Johanna Siméant sur les sans-papiers [6]. Ce point est impor­tant à noter car, on le verra, la socio­lo­gie des mou­ve­ments sociaux fran­çaise va être mar­quée, dans ses déve­lop­pe­ments ulté­rieurs, par un fort tro­pisme en direc­tion de ces groupes.

Au demeu­rant, la notion de « groupes à faibles res­sources » pose un cer­tain nombre de pro­blèmes [7]. Cette qua­li­fi­ca­tion laisse en effet sub­sis­ter de nom­breux flous : où, ainsi, tracer la démar­ca­tion du « faible » et du « fort » ? Et le concept global de « res­sources » ne masque-t-il pas une forte diver­sité des capi­taux et des posi­tions déte­nus ? Ainsi en va-t-il, pour ne prendre qu’un exemple, du mou­ve­ment « alter­mon­dia­liste » (dont on verra qu’il sera un ter­rain de recherche par­ti­cu­liè­re­ment investi par la socio­lo­gie fran­çaise des mobi­li­sa­tions) : s’il est pos­sible d’avancer que ce groupe peut être qua­li­fié de groupe à faibles res­sources quant à sa posi­tion dans le champ du pou­voir, il n’en reste pas moins que la majo­rité de ses membres sont déten­teurs, à titre indi­vi­duel, d’importantes res­sources cultu­relles, voire éco­no­miques [8]. Plus géné­ra­le­ment, au sein des mobi­li­sa­tions de groupes déte­nant de faibles res­sources éco­no­miques et sociales à titre indi­vi­duel (chô­meurs, sans-papiers, mal-logés…), agissent éga­le­ment de nom­breux entre­pre­neurs de mobi­li­sa­tion pos­sé­dant quant à eux un capi­tal beau­coup plus impor­tant. Il semble donc que la notion de groupes à faibles res­sources, pour être cla­ri­fiée, et opé­ra­toire, gagne donc à être uti­li­sée dans un sens précis, dési­gnant le faible volume de res­sources poli­tiques déte­nues par un groupe en tant que col­lec­tif, autre­ment dit sa posi­tion domi­née dans le champ du pou­voir. C’est la raison pour laquelle on pour­rait en lieu et place employer l’expression, peut-être plus éclai­rante, forgée par Michael Lipsky : celle de « groupes rela­ti­ve­ment sans pou­voir » [9].

Car c’est autour des mobi­li­sa­tions de ces groupes « rela­ti­ve­ment sans pou­voir » que la socio­lo­gie fran­çaise des mou­ve­ments sociaux s’est déve­lop­pée, et c’est à celles-ci qu’elle conti­nue à se consa­crer lar­ge­ment [10]. On peut alors som­mai­re­ment dis­tin­guer, au sein de cette caté­go­rie large, plu­sieurs types de groupes aux­quelles de nom­breuses recherches vont être consa­crées. Il s’agit d’abord des mobi­li­sa­tions d’« exclus » : ce terme, tout aussi impré­cis qu’englobant, désigne dif­fé­rents groupes sociaux ayant pour point commun d’être placés dans une situa­tion de pri­va­tion forte de res­sources essen­tielles (éco­no­miques, juri­diques, sani­taires…). De nom­breux tra­vaux (qui seront cités dans la suite de ce texte) ont retracé les condi­tions de pos­si­bi­lité de mobi­li­sa­tions a priori « impro­bables » [11], qu’elles impliquent des groupes de chô­meurs, de sans-papiers, de mal-logés, de prostitué(e)s, ou de malades du sida, et ont ana­lysé la genèse et le déve­lop­pe­ment des nom­breuses orga­ni­sa­tions qui ont pris en charge la cause de ces groupes (Agir ensemble contre le chô­mage, Mouvement natio­nal des chô­meurs et pré­caires, comi­tés de chô­meurs CGT, Droit au loge­ment, Droits devant !, col­lec­tifs de sans-papiers…).

Le mou­ve­ment dit « alter­mon­dia­liste » et ses nom­breuses orga­ni­sa­tions (dont ATTAC est en France la tête de pont) consti­tuent un autre chan­tier de recherche très dyna­mique : si, comme on l’a déjà sou­li­gné, la base sociale de ce mou­ve­ment se carac­té­rise majo­ri­tai­re­ment par des res­sources cultu­relles et éco­no­miques rela­ti­ve­ment fortes, il n’en reste pas moins que l’altermondialisme défend la cause de groupes faibles, tant du point de vue de la situa­tion maté­rielle que de la situa­tion dans le champ du pou­voir [12]. Il par­tage à ce titre un cadre pro­blé­ma­tique commun avec les mou­ve­ments d’ « exclus » [13].

Il faut enfin sou­li­gner un impor­tant renou­vel­le­ment des études sur les conflits au sein du monde du tra­vail, objets d’une longue tra­di­tion de recherche en France, mais cher­chant ici à saisir les mobi­li­sa­tions de nou­velles caté­go­ries plus ou en moins en marge du sala­riat tra­di­tion­nel, en par­ti­cu­lier les pré­caires et les inter­mit­tents du spec­tacle. Là aussi, ces nou­velles caté­go­ries de tra­vailleurs par­tagent un cadre pro­blé­ma­tique commun dans la mesure où leur posi­tion « mar­gi­nale » dans le monde du tra­vail les place sou­vent dans des situa­tions maté­rielles instables [14]. Ces dif­fé­rents groupes et mobi­li­sa­tions sont au demeu­rant for­te­ment liés dans le dérou­le­ment concret de la pro­tes­ta­tion : ils agissent sou­vent ensemble, et leurs reven­di­ca­tions et leurs causes sont fré­quem­ment enche­vê­trées [15]. A partir du début des années 1990, on assiste donc bien au déve­lop­pe­ment d’un cycle de pro­tes­ta­tion [16].

Les tra­vaux empi­riques, qui sont dans une grande majo­rité des cas menés par des cher­cheurs nou­veaux entrants dans le champ, ont permis d’amasser une somme très impor­tante de connais­sances sur ces groupes sociaux et leur action. La remarque est d’ailleurs de plus en plus fré­quem­ment for­mu­lée d’une cer­taine limite de la cumu­la­ti­vité dans ce domaine. C’est au demeu­rant le cas pour tous les sec­teurs scien­ti­fiques connais­sant un fort déve­lop­pe­ment.

Mais, pour pré­sen­ter briè­ve­ment les résul­tats de ces recherches, on vou­drait ici prendre le pro­blème sous un autre angle, qui déplace cette ques­tion : on vou­drait se deman­der en quoi ces mou­ve­ments sociaux sont des labo­ra­toires de la démo­cra­tie [17], et, plus spé­ci­fi­que­ment, de la repré­sen­ta­tion démo­cra­tique envi­sa­gée sous ses dif­fé­rents angles. Laboratoire non pas au sens où ce seraient des cas « exem­plaires », mais au sens où ils incarnent et rendent visibles à l’état émergent cer­taines ten­dances et ten­sions fon­da­men­tales de la repré­sen­ta­tion démo­cra­tique [18]. On peut en effet consi­dé­rer que les mou­ve­ments sociaux « à faibles res­sources » sont, dans un espace public démo­cra­tique, une forme de mise en repré­sen­ta­tion d’individus et de groupes n’ayant pas accès, pour diverses rai­sons, aux canaux les plus ins­ti­tu­tion­na­li­sés de l’expression publique et de la repré­sen­ta­tion poli­tique [19].

C’est en ce sens qu’il peut être inté­res­sant de confron­ter les tra­vaux issus de la socio­lo­gie fran­çaise des mou­ve­ments sociaux à des œuvres socio­lo­giques et phi­lo­so­phiques tou­chant à l’histoire et à la dyna­mique de la repré­sen­ta­tion démo­cra­tique. Ceci en sui­vant plu­sieurs axes pro­blé­ma­tiques du concept for­te­ment poly­sé­mique de repré­sen­ta­tion : la repré­sen­ta­tion comme construc­tion iden­ti­taire, la repré­sen­ta­tion comme orga­ni­sa­tion, la repré­sen­ta­tion comme ins­crip­tion dans un espace public [20].

Subjectivations : l’insurrection des iden­ti­tés

Pour un groupe « rela­ti­ve­ment sans pou­voir », la pre­mière insur­rec­tion est celle de l’identité. Il en effet consub­stan­tiel à la posi­tion domi­née que de subir, avec une inten­sité certes variable, la stig­ma­ti­sa­tion, voire le déni d’existence. Les indi­vi­dus et les groupes concer­nés deviennent alors objets plus que sujets de dis­cours : comme le dit Erving Goffman, « l’individu stig­ma­tisé se trouve au centre d’une arène où s’affrontent les argu­ments et les dis­cours, tous consa­crés à ce qu’il devrait penser de lui-même » [21]. L’enjeu, dont on peut consi­dé­rer qu’il consti­tue un préa­lable (non pas chro­no­lo­gique, mais logique) à toute dyna­mique de mobi­li­sa­tion, est bien alors de s’arracher à cette objec­ti­va­tion, et de consti­tuer un « nous » alter­na­tif, se réap­pro­priant une iden­tité col­lec­tive jusqu’ici impo­sée. Les tra­vaux sur les mobi­li­sa­tions four­millent d’exemples de ces pro­ces­sus, qu’on pourra qua­li­fier, à la suite de Rancière, de sub­jec­ti­va­tions : ce pro­ces­sus qui « crée [des sujets] en trans­for­mant des iden­ti­tés défi­nies dans l’ordre natu­rel de la répar­ti­tion des fonc­tions et des places en ins­tances d’expériences d’un litige » [22]. La sub­jec­ti­va­tion est donc une opé­ra­tion conflic­tuelle par essence, com­prise dans un pro­ces­sus de mobi­li­sa­tion. Elle passe d’abord par une série d’opérations dis­cur­sives, en par­ti­cu­lier par un tra­vail sur la déno­mi­na­tion du groupe, et par l’insertion de cette déno­mi­na­tion dans une nar­ra­tion uni­ver­sa­li­sante de l’injustice. Ce tra­vail de déno­mi­na­tion est aussi une forme d’inversion du stig­mate imposé. Ainsi de l’invention des termes « sans-papiers », « sans-emploi », « sans-toit », et plus lar­ge­ment « sans-droits », pour sortir de la pas­si­vité et de la néga­ti­vité des dési­gna­tions domi­nantes (« chô­meurs », « clan­des­tins » ou « illé­gaux », « SDF », « exclus »…) [23]. Ainsi du tra­vail mené par cer­tains col­lec­tifs de pré­caires et d’intermittence valo­ri­sant le « tra­vail dis­con­tinu » comme nou­veau levier iden­ti­taire, face au sala­riat tra­di­tion­nel [24]. Ainsi encore de la construc­tion du terme « alter­mon­dia­liste » pour contrer les conno­ta­tions « rétro­grades » du vocable « anti­mon­dia­li­sa­tion » [25].

Mais l’opération de sub­jec­ti­va­tion n’est pas que dis­cur­sive : les formes concrètes d’action adop­tées par les groupes mobi­li­sés (le « réper­toire d’action » mis en évi­dence par les tra­vaux de Charles Tilly [26]) sont tout autant por­teuses de ce mes­sage iden­ti­taire. Johanna Siméant a ainsi montré com­ment la grève de la faim, en tant qu’elle fait du corps une arme, est aussi réap­pro­pria­tion de ce corps et des stig­mates phy­siques qu’il a subis [27]. On pour­rait faire la même remarque à propos des actions « coup de poing » menées par Act Up (le « zap »), pro­dui­sant une visi­bi­lité publique alter­na­tive, offen­sive, des corps malades [28].

Ces opé­ra­tions de sub­jec­ti­va­tion, dans leur diver­sité, sont donc prises dans le même mou­ve­ment : celui d’un « arra­che­ment » [29] aux stig­mates et aux repré­sen­ta­tions impo­sées, pour consti­tuer une autre nar­ra­tion col­lec­tive, celle de la colère. Se des­sine ainsi, ce qu’on peut appe­ler, en repre­nant un concept devenu récem­ment très popu­laire au sein de la socio­lo­gie des mobi­li­sa­tions, une éco­no­mie morale spé­ci­fique des groupes mobi­li­sés. Forgée par E.P. Thompson pour rendre compte des moda­li­tés de pro­tes­ta­tion des domi­nés, l’expression vise à dési­gner « la charge morale par­ti­cu­lière à la pro­tes­ta­tion » [30], autre­ment dit la mise en forme du sen­ti­ment d’injustice (du « tort », dirait Rancière), et des sujets de cette injus­tice, et de leur inclu­sion dans un monde poli­tique commun [31].

On rejoint alors un ensemble de pro­blèmes his­to­riques plus géné­raux rela­tifs à la consti­tu­tion de la sphère poli­tique démo­cra­tique, et à son inclu­si­vité [32]. Relue du point de vue de la socio­lo­gie des mou­ve­ments sociaux, l’histoire de la démo­cra­tie est en effet celle de la défi­ni­tion conflic­tuelle du corps poli­tique, et des luttes de groupes qui en sont a priori exclus pour y avoir une place. Cette lutte porte en elle des ten­sions et des contra­dic­tions : jusqu’à quel point la mise en scène de la sin­gu­la­rité de la pos­ture exclue et domi­née permet-elle d’atteindre la géné­ra­lité ? Cette ques­tion tra­verse par exemple l’ouvrage de Joan Scott, La citoyenne para­doxale, por­tant sur l’histoire du combat fémi­niste : « com­ment contes­ter la dis­cri­mi­na­tion (…) quand la dif­fé­rence – toute forme de dif­fé­rence phy­sique ou sociale – est répu­tée être l’antithèse de l’universalisme de l’individu abs­trait ? » [33]. Ce dilemme est éga­le­ment repé­rable dans les tra­vaux sur les mobi­li­sa­tions contem­po­raines : ainsi les stra­té­gies pra­tiques de retour­ne­ment de stig­mate menées par les mobi­li­sa­tions de « sans » sont-elles sou­mises à la menace per­ma­nente d’une retom­bée dans le par­ti­cu­la­risme, et dans la « poli­tique de la pitié » [34]. Envisagée sous cet angle, la socio­lo­gie des mou­ve­ments sociaux, et par­ti­cu­liè­re­ment ceux impli­quant les « groupes rela­ti­ve­ment sans pou­voir », a direc­te­ment à voir avec la consti­tu­tion du peuple, avec ce « tra­vail de la repré­sen­ta­tion » dont parle P. Rosanvallon, constam­ment soumis à une ten­sion qu’il exprime ainsi : « le prin­cipe poli­tique [de la démo­cra­tie] consacre la puis­sance d’un sujet col­lec­tif dont le prin­cipe socio­lo­gique tend à dis­soudre la consis­tance et à réduire la visi­bi­lité » [35]. Autrement dit, la consti­tu­tion de la com­mu­nauté poli­tique est en constant renou­vel­le­ment, tra­ver­sée par des flux de mobi­li­sa­tion et de pro­tes­ta­tion qui ques­tionnent ses limites.

Organisations : dans la « contra­dic­tion her­mé­neu­tique »

Mais la ques­tion de la consti­tu­tion d’un sujet poli­tique est insé­pa­rable de celle de son orga­ni­sa­tion : un des prin­ci­paux acquis de la socio­lo­gie des mobi­li­sa­tions nord-amé­ri­caine a jus­te­ment été d’analyser de façon pré­cise et réa­liste les dyna­miques orga­ni­sa­tion­nelles des mou­ve­ments sociaux (pré­ci­sé­ment dénom­més « social move­ment orga­ni­za­tions »). La consti­tu­tion d’une mobi­li­sa­tion ne va pas de soi : il n’y a pas de rela­tion méca­nique entre l’existence du mécon­ten­te­ment et sa tra­duc­tion dans un mou­ve­ment social. Pour que cette tra­duc­tion se réa­lise, de nom­breux fac­teurs entrent en jeu, rela­tifs tant à l’état géné­ral de la struc­ture sociale et poli­tique [36] qu’aux dyna­miques de coa­li­tion et de « ren­contres » à l’origine de la créa­tion des orga­ni­sa­tions. Les tra­vaux dits de la « mobi­li­sa­tion des res­sources » ont ainsi mis en évi­dence le rôle déci­sif joué par les « entre­pre­neurs de mobi­li­sa­tion » à fortes res­sources per­son­nelles, sou­vent dis­tincts socio­lo­gi­que­ment des « béné­fi­ciaires directs ». Mais cet apport indis­pen­sable au pro­ces­sus d’organisation est en même temps lourd de ten­sions poten­tielles entre ceux-ci et ceux-là, par­ti­cu­liè­re­ment quand la base sociale de la mobi­li­sa­tion consi­dé­rée dis­pose, elle, de « faibles res­sources ». La socio­lo­gie des mobi­li­sa­tions relève maints exemples de ces ten­sions intra ou inter-orga­ni­sa­tion­nelles, ten­sions d’autant plus fortes que les mou­ve­ments consi­dé­rés ici se carac­té­risent jus­te­ment par des ten­ta­tives de construc­tion de formes alter­na­tives de repré­sen­ta­tion. Ces ten­ta­tives, por­tées à la fois par des mili­tants for­te­ment socia­li­sés à la cri­tique de la bureau­cra­tie et par des indi­vi­dus à faibles res­sources mais for­te­ment méfiants à l’égard de l’organisation [37], s’expriment bien dans le modèle du réseau. Comme le sou­lignent Luc Boltanski et Eve Chiappello, ces orga­ni­sa­tions « s’autodécrivent dans la logique du réseau » [38]. Mais cette « auto­des­crip­tion », valo­ri­sant la déli­bé­ra­tion par consen­sus, la sou­plesse, l’absence de hié­rar­chie, se heurte, comme le montrent de nom­breux exemples, à de consi­dé­rables dif­fi­cul­tés pra­tiques fai­sant resur­gir les logiques de la délé­ga­tion [39]. Ainsi, le statut et l’existence des porte-parole, leur légi­ti­mité et leur éven­tuelle dis­sem­blance de la « base » du groupe mobi­lisé appa­raît comme un point de cris­tal­li­sa­tion de ces ten­sions, de même que la forme de l’organisation [40], ou encore la tem­po­ra­lité de l’action [41].

On retrouve là aussi, sous un angle par­ti­cu­lier, un autre cou­rant de pro­blèmes rela­tifs à l’expérience de la repré­sen­ta­tion démo­cra­tique, liés ici à l’idée même de l’institution. Luc Boltanski a récem­ment dési­gné cet ordre de phé­no­mènes par l’expression contra­dic­tion her­mé­neu­tique, enten­due comme « ten­sion entre l’être sans corps de l’institution et l’être de chair de celui qui parle en son nom » [42] : une « inquié­tude », qui « porte sur la ques­tion de savoir si les porte-parole qui per­mettent à l’institution de s’exprimer tra­duisent bien la volonté de cet être sans corps ou ne font, sous l’apparence de lui prêter leur voix, qu’imposer leur propre volonté, avec comme des­sein caché de satis­faire leurs désirs égoïstes » [43]. Cette ten­sion inhé­rente à l’idée même de repré­sen­ta­tion comme orga­ni­sa­tion (et donc comme ins­ti­tu­tion) s’exprime avec une par­ti­cu­lière clarté dans l’espace des mou­ve­ments sociaux, qui donne à voir des orga­ni­sa­tions à l’état de genèse, en voie d’institutionnalisation, où ces contra­dic­tions sont donc exa­cer­bées. Mais ce lieu d’exacerbation montre aussi la com­plexité du phé­no­mène : en effet, ne consi­dé­rer les ten­ta­tives de construire un modèle de repré­sen­ta­tion alter­na­tif que comme des « illu­sions » mas­quant la réa­lité d’une loi d’airain bureau­cra­tique serait sim­pli­fi­ca­teur. On assiste bien plutôt à un conflit per­ma­nent de ratio­na­li­tés et de jus­ti­fi­ca­tions [44] : on rejoint là les remarques de Luc Boltanski sur le carac­tère consti­tu­tif de la contra­dic­tion her­mé­neu­tique pour l’expérience sociale (et, pour­rait-on ajou­ter, plus par­ti­cu­liè­re­ment pour l’expérience démo­cra­tique).

Cette ten­sion s’exprime aussi dans le rap­port ambi­va­lent entre­tenu au champ poli­tique par les orga­ni­sa­tions mobi­li­sées : si un cer­tain nombre d’entrepreneurs de mobi­li­sa­tion ont connu une socia­li­sa­tion forte au sein d’organisations poli­tiques par­ti­sanes, le dis­cours porté col­lec­ti­ve­ment par les orga­ni­sa­tions mani­feste une forte méfiance vis-à-vis d’un danger de « récu­pé­ra­tion poli­tique ». Comme Cécile Péchu l’a montré, cette dis­tance hos­tile à l’égard du champ poli­tique par­ti­cipe alors d’un pro­ces­sus de dis­so­cia­tion entre « champ mili­tant » et « champ par­ti­san » [45]. Dans une logique assez proche, la construc­tion du concept d’ « espace des mou­ve­ments sociaux », appli­qué aux mou­ve­ments de groupes à faibles res­sources [46], mani­feste que le cycle de mobi­li­sa­tion consi­déré ici se déve­loppe de façon rela­ti­ve­ment auto­nome vis-à-vis du champ poli­tique. La construc­tion de ce « champ mili­tant » ou de cet « espace des mou­ve­ments sociaux » (sans entrer ici dans les détails de cette dis­tinc­tion ter­mi­no­lo­gique) aurait elle aussi un impact sur les méca­nismes de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive.

Irruptions : les fron­tières de l’espace public

La posi­tion spé­ci­fique des groupes consi­dé­rés ici intro­duit enfin une autre spé­ci­fi­cité eu égard à la ques­tion de la repré­sen­ta­tion démo­cra­tique, et à un double titre. C’est tout d’abord la façon dont ces groupes cherchent à s’inscrire dans l’espace public, alors qu’ils sont a priori, pour une partie d’entre eux, confi­nés à ses marges. Le terme adé­quat pour décrire ce pro­ces­sus pour­rait être celui d’irruption : les formes d’action mises en œuvre par ces dif­fé­rents mou­ve­ments, qu’elles consistent en des défis lancés aux fron­tières de l’espace public « légal », ou en la construc­tion d’espaces publics « alter­na­tifs », ont bien pour point commun de mettre en ques­tion, pra­ti­que­ment, l’unicité et l’intangibilité du concept d’espace public « au sin­gu­lier » [47]. Depuis l’analyse menée par Cécile Péchu des usages de l’« illé­ga­lisme sec­to­riel » par Droit au loge­ment [48], plu­sieurs tra­vaux ont enri­chi cette connais­sance de l’irruption dans l’espace public, par l’occupation, le squat, la créa­tion de lieux alter­na­tifs [49].

Il est frap­pant à cet égard de consta­ter en quoi les résul­tats de la socio­lo­gie des mobi­li­sa­tions ren­contrent les mul­tiples réflexions cri­tiques menées depuis un cer­tain temps à propos du concept d’espace public, celui-ci devant être plu­ra­lisé, dif­fé­ren­cié, et requa­li­fié à la fois comme enjeu de lutte constante, et comme lieu où se mani­festent et se confrontent les dif­fé­rences et les rap­ports de domi­na­tion.

Cette mise en ques­tion théo­rique et pra­tique du concept d’espace public tel qu’il s’est struc­turé his­to­ri­que­ment est ren­for­cée par un autre phé­no­mène : les mou­ve­ments de trans­na­tio­na­li­sa­tion de l’action col­lec­tive, d’abord ini­tiés par les mobi­li­sa­tions de « sans » au niveau euro­péen [50], puis pro­lon­gés et consi­dé­ra­ble­ment ren­for­cés par l’altermondialisme. Si les conclu­sions des enquêtes empi­riques incitent à une grande pru­dence quant au carac­tère effec­ti­ve­ment trans­na­tio­nal des mou­ve­ments en ques­tion [51], il n’en reste pas moins que, même de façon par­tielle et inache­vée, ce chan­ge­ment d’échelle des mou­ve­ments affecte le deve­nir his­to­rique de l’espace public, et son carac­tère démo­cra­tique.

Mais l’irruption, si elle s’opère dans un espace, est aussi sur­gis­se­ment face à un adver­saire. De ce point de vue, une autre ques­tion trans­ver­sale à la socio­lo­gie des mobi­li­sa­tions récentes, même si elle n’est pas tou­jours expli­ci­tée, est le rap­port que ces mou­ve­ments entre­tiennent à l’État. Si les rela­tions de confron­ta­tion et de pres­sion immé­diate dans le but d’obtenir des res­sources que seul l’État peut dis­pen­ser (papiers, allo­ca­tions, loge­ment….) res­tent bien entendu pri­mor­diales, il est néan­moins pos­sible de repé­rer une évo­lu­tion de plus long terme dans les rela­tions mou­ve­ments sociaux – État : les formes de la cri­tique de l’Etat évo­luent en effet, dans le sens d’un objec­tif de « [52] » des pra­tiques éta­tiques [53] et d’une émer­gence de l’autonomie des per­sonnes comme hori­zon d’attente des mou­ve­ments [54]. Les mises en cause de l’institution éta­tique par les groupes mobi­li­sés, qu’elles soient dis­cur­sives (registres de dénon­cia­tion) ou pra­tiques (mul­ti­pli­ca­tion des formes et des moda­li­tés de la déso­béis­sance civique, mais aussi de la contre-exper­tise dans des domaines variés [55]) se déploient alors sous la forme de ce qu’on peut appe­ler un radi­ca­lisme auto­li­mité [56]. En défi­ni­tive, et pour reprendre là encore le voca­bu­laire de Luc Boltanski, il est pos­sible d’avancer que l’histoire des mou­ve­ments sociaux, dont de la pro­tes­ta­tion, repré­sente une partie de l’histoire de la cri­tique. Et les tra­vaux qui portent sur la séquence récente de cette his­toire dans le contexte fran­çais, dont nous avons essayé de retra­cer ici quelques grands traits, sont riches d’enseignements sur les évo­lu­tions de cette cri­tique. Comme le montre cette cita­tion typique extraite d’un texte d’Act Up, elle mêle expres­sion de la colère et demande de recon­nais­sance, contes­ta­tion de l’état des choses et exi­gence de s’y ins­crire, en somme une exi­gence sin­gu­lière de repré­sen­ta­tion : « des gens en colère prennent la parole en leur nom, sortent de la mar­gi­na­lité à laquelle les ont contraints des années de rési­gna­tion gou­ver­ne­men­tale, d’hypocrisie cari­ta­tive et de dis­cours com­pas­sés. Tout ça nous ren­voie à notre propre his­toire poli­tique : la visi­bi­lité contre les appels à la dis­cré­tion, la colère de l’urgence contre la raison des experts, la conquête des droits contre l’attente des dons » [57].

Notes :

[1] Voir, parmi de nom­breux ouvrages, Alain Touraine, La voix et le regard, Paris, Seuil, 1978. Il faut éga­le­ment citer les pré­sen­ta­tions de tra­vaux nord-amé­ri­cains (Olson, Tilly, Oberschall…) réa­li­sées par Pierre Birnbaum et François Chazel : Pierre Birnbaum, François Chazel (dir.), Sociologie poli­tique, Paris, Colin, 1978. Pour une mise en pers­pec­tive voir Frédéric Sawicki, Johanna Siméant, « Décloisonner la socio­lo­gie de l’engagement mili­tant », Sociologie du tra­vail, 1, 2009. [2] Pour un bilan, voir Xavier Crettiez, Isabelle Sommier (dir.), France rebelle, Paris, Michalon, 2006. [3] Olivier Fillieule, Cécile Péchu, Lutter ensemble. Les théo­ries de l’action col­lec­tive, Paris, L’Harmattan, 1993. [4] Voir Olivier Fillieule, « Conscience poli­tique, per­sua­sion et mobi­li­sa­tion des enga­ge­ments. L’exemple du Syndicat des chô­meurs », in Olivier Fillieule (dir.), Sociologie de la pro­tes­ta­tion, Paris, L’Harmattan, 1993. [5] Cécile Péchu « Quand les ‘exclus’ passent à l’action’ », Politix, 34, 1996 ; Droit Au Logement, genèse et socio­lo­gie d’une mobi­li­sa­tion, Paris, Dalloz, 2006. [6] Johanna Siméant, La cause des sans-papiers, Paris, Presses de Sciences Po, 1998. [7] Sur la labi­lité de la notion de pré­ca­rité, voir éga­le­ment Magali Boumaza, Emmanuel Pierru, « Des mou­ve­ments de pré­caires à l’unification d’une cause », Sociétés contem­po­raines, 65, 2007. [8] Voir notam­ment Boris Gobille, Aysen Uysal, « Cosmopolites et enra­ci­nés », in Eric Agrikoliansky, Isabelle Sommier (dir.) Radiographie du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste, Paris, La Dispute, 2005. Les tra­vaux de Sophie Maurer mettent quant à eux en évi­dence l’hétérogénéité interne des mou­ve­ments de chô­meurs dans le volume de res­sources déte­nues par les par­ti­ci­pants : Sophie Maurer, Les chô­meurs en action. Mobilisation col­lec­tive et res­sources com­pen­sa­toires, Paris, L’Harmattan, 2001. [9] Michael Lipsky, « La contes­ta­tion comme res­source poli­tique », in Jean-Gustave Padioleau (dir.), L’opinion publique, Paris-La Haye, Mouton, 1981. [10] Ce qui peut d’ailleurs sus­ci­ter en retour des cri­tiques sur le faible nombre de tra­vaux consa­crés à l’ « action col­lec­tive des domi­nants » : voir par exemple Michel Offerlé, Sociologie des orga­ni­sa­tions patro­nales, Paris, La Découverte, 2009. [11] Lilian Mathieu, « Les mobi­li­sa­tions impro­bables : pour une approche contex­tuelle et com­pré­hen­sive », in Stéphane Cadiou, Stéphanie Dechezelles, Antoine Roger (dir.), Passer à l’action : les mobi­li­sa­tions émer­gentes, Paris, L’Harmattan, 2007. [12] Pour une mise en pers­pec­tive géné­rale, voir Eric Agrioliansky, Olivier Fillieule, Nonna Mayer (dir.), L’altermondialisme en France, Paris, Flammarion, 2005. [13] Du reste, des groupes à faibles res­sources (chô­meurs, pré­caires, sans-papiers…) tentent éga­le­ment de s’organiser au sein du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste : voir sur ce point Guillaume Garcia, Baptiste Giraud, Daniel Mouchard, Karel Yon, « La ques­tion sociale au Forum social », in Radiographie du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste, op. cit. [14] Evelyne Perrin, Chômeurs et pré­caires au cœur de la ques­tion sociale, Paris, La Dispute, 2002. [15] Sur les connexions entre les orga­ni­sa­tions d’ « exclus », et l’altermondialisme, visibles notam­ment aux pre­miers moments de celui-ci, voir Daniel Mouchard, « Le creu­set de la mobi­li­sa­tion anti-AMI de 1998 », in L’altermondialisme en France, op. cit. [16] Voir sur cette notion Sydney Tarrow, Power in Movement : Collective Action, Social Movements and Politics, Cambridge, Cambridge University Press, 1994. Raisonner en termes de cycles, dans le contexte fran­çais, permet éga­le­ment de metre en evi­dence les nom­breux liens qui unissent le cycle de pro­tes­ta­tion des années 1990 et celui de l’après mai-1968 : voir sur ce point Daniel Mouchard, Etre repré­senté. Mobilisations d’ « exclus » dans la France contem­po­raine, Paris, Economica, 2009 ; Lilian Mathieu, Les années 70, un âge d’or des luttes ?, Paris, Textuel, 2010. [17] Pierre Rosanvallon, La contre-démo­cra­tie, Paris, Seuil, 2006. [18] Daniel Mouchard, « Sur la ‘nou­veauté’ des mobi­li­sa­tions : quelle per­ti­nence pour la pro­blé­ma­tique de l‘émergence ? », in Passer à l’action, op. cit. [19] Ce qui permet effec­ti­ve­ment de décrire le déve­lop­pe­ment de ces mou­ve­ments comme l’ « émer­gence de nou­velles pré­ten­tions à repré­sen­ter », accen­tuant la concur­rence dans la sphère de la repré­sen­ta­tion (Assia Boutaleb, Violaine Roussel, « Malaise dans la repré­sen­ta­tion », Sociétés contem­po­raines, 74, 2009, p. 5). [20] Voir sur ce point Daniel Mouchard, Etre repré­senté, op. cit. [21] Erving Goffman, Stigmate, Paris, Minuit, 1977, p. 147. [22] Jacques Rancière, La mésen­tente, Paris, Galilée, 1995, p. 60. [23] Voir, sur le cas des « sans », Daniel Mouchard, « Les mobi­li­sa­tions des ‘sans’ dans la France contem­po­raine : l’émergence d’un ‘radi­ca­lisme auto­li­mité’ ? », Revue fran­çaise de science poli­tique, 4, 2002 ; Xavier Dunezat, « Chômeurs en lutte et sans-papiers en lutte : groupe mobi­lisé et luttes internes », com­mu­ni­ca­tion au col­loque « Identifier, s’identifier », Lausanne, 2006. Sur le cas des malades du sida mobi­li­sés, voir Janine Barbot, Les malades en mou­ve­ments, Paris, Balland, 2002. Sur le cas des pros­ti­tuées, voir Lilian Mathieu, Mobilisations de pros­ti­tuées, Paris, Belin, 2001. Il faut à ce sujet sou­li­gner l’important nombre de tra­vaux actuel­le­ment consa­crés aux tra­jec­toires indi­vi­duelles d’engagement, ou « car­rières mili­tantes », dans les­quelles ces fac­teurs iden­ti­taires jouent un rôle cru­cial : voir notam­ment Christophe Broqua, Olivier Fillieule, Trajectoires d’engagement : AIDES et Act Up, Paris , Textuel, 2001 ; Julien Damon, « Des rai­sons indi­vi­duelles de la mobi­li­sa­tion col­lec­tive de SDF », Revue fran­çaise des affaires sociales, 2, 2002. [24] Voir sur le cas des inter­mit­tents, Jérémy Sinagaglia, « Le mou­ve­ment des inter­mit­tents du spec­tacle : entre pré­ca­rité démo­bi­li­sa­trice et pré­caires mobi­li­sa­teurs », Sociétés contem­po­raines, 65, 2007 ; et sur le cas des pré­caires : Daniel Mouchard, « La recons­truc­tion du sujet poli­tique : mobi­li­sa­tions de chô­meurs et reven­di­ca­tion de ‘revenu garanti’ », Raisons poli­tiques, 4, 2000 ; Sarah Abdelnour, Annie Collovald, Lilian Mathieu, Frédéric Péroumal, Evelyne Perrin, « Précarité et luttes col­lec­tives », Sociétés contem­po­raines, 74, 2009. [25] Voir Isabelle Sommier, Olivier Fillieule, Eric Agrikoliansky (dir.), Généalogie des mou­ve­ments alter­mon­dia­listes en Europe, Paris, Karthala, 2008 ; et sur l’émergence de la thé­ma­tique « alter­mon­dia­liste », Jean-Gabriel Contamin, « Les grèves de décembre 1995 : un moment fon­da­teur ? », in L’altermondialisme en France, op. cit. [26] Voir Charles Tilly, La France conteste, (trad. Fr.), Paris, Fayard, 1986. [27] Johanna Siméant, « Violence d’un réper­toire : les sans-papiers en grève de la faim », Cultures et conflits, 9-10, 1993. [28] Victoire Patouillard, « Une colère poli­tique. L’usage du corps dans une situa­tion excep­tion­nelle : le zap d’Act Up », Sociétés contem­po­raines, 31, 1998 ; Christophe Broqua, Agir pour ne pas mourir ! Act-Up, les homo­sexuels, et le sida, Paris, Presses de Sciences Po, 2006. [29] Jacques Rancière, La mésen­tente, op. cit. [30] Didier Fassin, « Les éco­no­mies morales revi­si­tées », Annales HSS, 6, 2009, p. 1245. [31] Cécile Péchu, « ’ Laissez parler les objets ! ’ De l’objet des mou­ve­ments sociaux aux mou­ve­ments sociaux comme objets », in Pierre Favre, Olivier Fillieule, Fabien Jobard (dir.), L’atelier du poli­tiste. Théories, action, repré­sen­ta­tions, Paris, La Découverte, 2007. Il serait ici éga­le­ment inté­res­sant d’évoquer les liens qui peuvent être faits entre la socio­lo­gie des mobi­li­sa­tions et le para­digme des luttes pour la recon­nais­sance forgé par Axel Honneth. Voir à ce sujet Nancy Fraser, Qu’est ce que la la jus­tice sociale ?, (trad. Fr.), Paris, La Découverte, 2005. [32] Ann Philipps, « Stratégies de la dif­fé­rence : poli­tique des idées ou poli­tique de la pré­sence ? », Mouvements, 3, 1999. [33] Joan Scott, La citoyenne para­doxale, (trad. Fr.) Paris, Albin Michel, 1998, p. 13 [34] Voir Johanna Siméant, La cause des sans-papiers, op.cit. ; Daniel Mouchard Etre repré­senté, op.cit., et plus géné­ra­le­ment sur cette ques­tion Luc Boltanski, La souf­france à dis­tance, Paris, Métaillié, 1993. [35] Pierre Rosanvallon , Le peuple introu­vable, Paris, Gallimard, 1998, p. 12. [36] Comment le montrent par exemple les tra­vaux désor­mais clas­siques d’Anthony Oberschall ou de Sydney Tarrow. Pour une syn­thèse géné­rale en fran­çais sur ces dif­fé­rents tra­vaux, et sur la socio­lo­gie des mobi­li­sa­tions en géné­ral, voir Erik Neveu, Sociologie des mou­ve­ments sociaux, Paris, La Découverte, 2005. [37] Sur ce point, voir l’ouvrage clas­sique de Frances Fox Piven, Richard Cloward, Poor People’s Movements : Why They Succeed, How They Fail, New York, Vintage Books, 1977. Voir sur ce point Valérie Cohen, « Expérience du chô­mage et par­cours sociaux de chô­meurs mobi­li­sés », art. cit [38] Luc Boltanski, Eve Chiappello, Le nouvel esprit du capi­ta­lisme, Paris, Gallimard, 1999, p. 434. [39] L’exposition média­tique consti­tuant un fac­teur ampli­fi­ca­teur de ces dif­fi­cul­tés : voir Guillaume Garcia, « Framing Emerging Social Mobilizations : A Comparative Study of French Homeless, Illegal Immigrants and Unemployed Movements in TV News », French Politics, 4, 2008 ; Brigitte Le Grignou, Charles Patou, « Mouvement des chô­meurs : mais que font les médias ? », in Jacques Gerstlé (dir.), Les effets d’information en poli­tique, Paris, L’Harmattan, Paris, 2001. [40] Voir (à propos d’AC !), Charles Patou, « La forme de l’action col­lec­tive chez AC », Cahiers de RESSY, 3, juin 2000, et (à propos du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste), Eric Agrikoliansky, Dominique Cardon, « Un pro­gramme en débats : forum, formes et for­mats », in Radiographie du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste, op. cit. [41] Voir sur ce point Didier Demazière, Maria-Teresa, Pignoni, Chômeurs : du silence à la révolte, Paris, Hachette, 1998. [42] Luc Boltanski, De la cri­tique. Précis de socio­lo­gie de l’émancipation, Paris, Gallimard, 2009, p. 131. [43] Ibid., p. 133 [44] Daniel Mouchard, « ‘Politique déli­bé­ra­tive’ et logiques de mobi­li­sa­tion », Politix, 57, 2002. [45] Cécile Péchu, « Les géné­ra­tions mili­tantes à Droit Au Logement et l’autonomisation d’un champ mili­tant », Revue fran­çaise de science poli­tique, 1-2, 2001. [46] Lilian Mathieu, « Éléments pour une ana­lyse des coa­li­tions contes­ta­taires : la lutte contre le sida et le mou­ve­ment des chô­meurs, de “Nous sommes la gauche” à Occupation », Revue fran­çaise de science poli­tique, 1, 2009. [47] Bastien François, Erik Neveu, « Pour une socio­lo­gie poli­tique des espaces publics contem­po­rains », in Bastien François, Erik Neveu (dir.), Espaces publics mosaïques, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 1999. [48] Cécile Péchu, « Quand les ‘exclus’ passent à l’action », art. cit. [49] Isabelle Coutant, Politiques du squat, Paris, La Dispute, 2000 ; Cécile Péchu, Droit au loge­ment, op. cit. [50] Didier Chabanet, « Les Marches euro­péennes contre le chô­mage, la pré­ca­rité et les exclu­sions », in Richard Balme, Didier Chabanet, Vincent Wright (dirs.), L’action col­lec­tive en Europe, Paris, Presses de Sciences Po, 2002. [51] Daniel Mouchard, « Les alter­mon­dia­lismes (intro­duc­tion) », Critique inter­na­tio­nale, 27, 2005. [52] civi­li­sa­tion [53] Etienne Balibar, Droit de cité, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube, 1997. [54] Daniel Mouchard, « Les mobi­li­sa­tions de ‘sans’ dans la France contem­po­raine », art. cit. [55] Nicolas Dodier, Leçons poli­tiques de l’épidémie de sida, Paris, Editions de l’EHESS, 2003 ; Daniel Mouchard, « Expertise », in Olivier Fillieule, Lilian Mathieu, Cécile Péchu (dir.), Dictionnaire des mou­ve­ments sociaux, Paris, Presses de Sciences Po, 2009. [56] Andrew Arato, Jean Cohen, Civil Society and Political Theory, Cambridge, MIT Press, 1992. [57] Act Up, « Evidemment nous en sommes », Occupation, 1998, p. 3-4 cité par Lilan Mathieu, « Eléments pour une ana­lyse des coa­li­tions contes­ta­taires », art. cit. , p. 93.

Auteur-e-s : Daniel Mouchard

Thèmes : Démocratie & budget par­ti­ci­pa­tif – mili­tan­tisme – Mouvement alter­mon­dia­liste & forums sociaux – Relations entre mou­ve­ments sociaux & gou­ver­ne­ments

Source-s : La Vie des Idées – 7 sep­tembre 2010

Les opi­nions expri­mées et les argu­ments avan­cés dans cet article demeurent l’entière res­pon­sa­bi­lité de l’auteur-e et ne reflètent pas néces­sai­re­ment ceux du CETRI.

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