Les groupes populaires face à l’État

Les mouvements des femmes au Québec : acteurs incontournables de changement social

Histoire et théories

Par Mis en ligne le 10 décembre 2018

Depuis bien avant la Révolution tran­quille, les mou­ve­ments des femmes sont à l’origine de nom­breuses avan­cées sociales. En effet, les luttes pour les droits civiques et poli­tiques de toutes les femmes, contre la pau­vreté et les vio­lences envers elles, pour l’égalité, l’accès à la contra­cep­tion, au tra­vail ou à l’éducation se tra­duisent la plu­part du temps, après des com­bats épiques, en lois, poli­tiques, plans d’action, stra­té­gies (aide sociale, vio­lence conju­gale, agres­sions et exploi­ta­tion sexuelles, éga­lité, etc.) au fil des reven­di­ca­tions por­tées par les mou­ve­ments fémi­nistes et leurs alliés. Force est de consta­ter que les com­por­te­ments et la culture changent len­te­ment : ce n’est pas sans heurts que les femmes obtiennent ces avan­cées qui pro­fitent pour­tant à l’ensemble de la société. Leurs dis­cours dérangent. Malgré les efforts consen­tis et les gains réels, les pla­fonds de verre demeurent (dans l’emploi, les inéga­li­tés sala­riales, la retraite, la vio­lence, le mou­ve­ment #moiaussi, etc.). Les récents chan­ge­ments socio­po­li­tiques sont défa­vo­rables aux mou­ve­ments sociaux. Les mou­ve­ments des femmes doivent néces­sai­re­ment s’ajuster à ces nou­velles réa­li­tés, tant dans les pra­tiques qu’au niveau de l’analyse poli­tique. Cela implique une réflexion que nous par­ta­ge­rons ici.

Quelques jalons

Accordé en 1940 aux femmes alloch­tones du Québec, le droit de vote repré­sente un des gains juri­diques le plus sou­vent évo­qués. Il a fallu attendre jusqu’en 1960 pour que les femmes autoch­tones de par­tout au Canada puissent obte­nir ce droit. Durant ces années, la mobi­li­sa­tion des femmes s’articulait autour de la recon­nais­sance de leur droit de gérer leurs biens et de signer des contrats. Finalement, des modi­fi­ca­tions au niveau légis­la­tif se sont tra­duites par une loi qui permet aux femmes mariées en sépa­ra­tion de biens d’obtenir la capa­cité de gérer leurs biens et de signer des contrats (1964).

Les années 1960 : la relance

En 1965, les femmes qué­bé­coises fondent la Fédération des femmes du Québec (FFQ) et l’Association fémi­nine d’éducation et d’action sociale (AFEAS). Ces deux orga­ni­sa­tions font de l’éducation et se mobi­lisent pour arra­cher la loi sur le divorce, le pre­mier régime qué­bé­cois d’allocations fami­liales et octroyer aux mères le régime matri­mo­nial de la société d’acquêts et la loi de l’aide sociale, qui permet de rompre une union tout en ayant la pos­si­bi­lité de sub­ve­nir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants.

Plusieurs groupes de femmes se mettent en place pour agir contre la pau­vreté des femmes, pour l’accès au libre choix d’avoir des enfants et contre les vio­lences sexistes. Leur mobi­li­sa­tion avec d’autres mou­ve­ments sociaux aura permis le déploie­ment d’un filet de sécu­rité sociale, notam­ment l’aide juri­dique, la Commission de la santé de la sécu­rité au tra­vail (CSST), le pro­gramme d’indemnisation pour les vic­times d’actes cri­mi­nels (IVAC), les mesures autour du congé de mater­nité dans les conven­tions col­lec­tives, etc. Également en 1971, les femmes obtiennent le droit d’être jurées.

Les années 1970 : le bond en avant

Fin des années 1960 et début des années 1970, le Québec ins­taure l’universalité et la gra­tuité des soins de santé et la mise en place des centres locaux de ser­vices com­mu­nau­taires (CLSC), ce qui faci­lite gran­de­ment l’accès aux soins pour les femmes. En édu­ca­tion, le déve­lop­pe­ment des cégeps et du réseau des uni­ver­si­tés du Québec permet un accès aux études post­se­con­daires pour les femmes.

En 1973, le gou­ver­ne­ment crée le Conseil du statut de la femme qui publiera plu­sieurs études, dont Pour les Québécoises : éga­lité et indé­pen­dance (1978). Dans le sillon de ces tra­vaux émergent dif­fé­rents groupes de femmes tels les centres de santé des femmes, les mai­sons d’hébergement pour femmes vic­times de vio­lence, les centres des femmes, les centres d’aide et de lutte contre les agres­sions à carac­tère sexuel, etc.

Un mou­ve­ment des femmes met en lumière les impacts de la mater­nité et des vio­lences conju­gales et sexuelles dans la vie des femmes. Les fémi­nistes affirment le droit de dire non à des rap­ports sexuels à l’intérieur du mariage ou dans toute rela­tion. Elles contestent les sys­tèmes poli­cier et judi­ciaire et réa­lisent l’ampleur des mythes, pré­ju­gés et jus­ti­fi­ca­tions pour excu­ser les vio­lences envers les femmes.

En 1976, la Charte qué­bé­coise des droits et liber­tés de la per­sonne est ins­tau­rée. La dis­cri­mi­na­tion en raison du sexe devient pros­crite. En 1977, l’autorité paren­tale rem­place le concept de l’autorité pater­nelle. Au plan inter­na­tio­nal, en 1981, la Convention sur l’élimination de toute forme de dis­cri­mi­na­tion à l’égard des femmes est rati­fiée par le Canada et le Québec. En 1982, la Charte cana­dienne des droits et liber­tés faci­lite la défense de la dis­cri­mi­na­tion fondée sur le sexe en matière de jus­tice.

Les années 1980 : avancées et reculs

Durant les années 1980, les mou­ve­ments des femmes du Québec pour­suivent leurs actions d’éducation popu­laire et leurs reven­di­ca­tions pour l’amélioration des condi­tions de vie des femmes, des citoyennes, des mères et des tra­vailleuses. Les mou­ve­ments s’allient avec les femmes autoch­tones pour appuyer leur reven­di­ca­tion d’éliminer les dis­po­si­tions dis­cri­mi­na­toires de la Loi sur les Indiens (une femme autoch­tone qui épouse un blanc ne perd plus son statut), ce qui est obtenu en 1985.

Les mou­ve­ments des femmes et les groupes œuvrant pour la défense des familles ont aussi contri­bué aux modi­fi­ca­tions du droit de la famille. Entrée en vigueur en 1981, la réforme consent à l’égalité juri­dique des époux, permet aux femmes de conser­ver leur nom, donne l’égalité juri­dique aux enfants, pro­tège la rési­dence fami­liale et octroie une pres­ta­tion com­pen­sa­toire. La Loi sur le patri­moine fami­lial, adop­tée en 1989, permet une meilleure pro­tec­tion des femmes mariées et tra­vailleuses au foyer lors d’un divorce.

Le tra­vail des groupes de femmes et de leurs alliés permet enfin qu’en 1986, le Québec se dote d’une poli­tique d’intervention en matière de vio­lence conju­gale.

Lors de ces deux décen­nies, les mou­ve­ments des femmes se conso­lident dans les com­mu­nau­tés locales, régio­nales et pro­vin­ciales. Les années 1980 se ter­minent avec deux évé­ne­ments para­doxaux pour les mou­ve­ments des femmes : le juge­ment de la Cour suprême dans l’affaire Chantale Daigle (août 1989) qui décri­mi­na­lise l’avortement et la tuerie de 14 femmes à l’École poly­tech­nique le 6 décembre 1989. Le mas­sacre de Polytechnique a eu de grands impacts dans plu­sieurs sphères de la société qué­bé­coise, dont les mou­ve­ments fémi­nistes. D’abord, bien que l’auteur ait laissé une lettre dans laquelle il ins­cri­vait clai­re­ment son geste dans une pers­pec­tive anti­fé­mi­niste, les médias et les poli­ti­ciens ont refusé cette ver­sion pour ne rete­nir que le pro­blème de santé men­tale. Ce refus de recon­naître la cause et les res­sorts du geste de Marc Lépine a privé les mou­ve­ments des femmes d’une tri­bune média­tique ainsi que d’appuis impor­tants. La grande ouver­ture des médias, de la popu­la­tion et des élus aux écrits et aux gestes anti­fé­mi­nistes qui ont marqué les années sui­vantes a fait taire les fémi­nistes et dis­cré­dité leurs actions et leurs dis­cours. En refu­sant leur ana­lyse, la société remise leurs luttes et balaie leurs apports. Premier évé­ne­ment mar­quant augu­rant du déclin des pré­oc­cu­pa­tions sociales et fémi­nistes dans la popu­la­tion et au gou­ver­ne­ment, cela a des effets insi­dieux sur les alliances exis­tantes.

Les années 1990 : les femmes contre le néolibéralisme

En 1995, des mil­liers de mar­cheuses sortent dans les rues pen­dant dix jours sous la ban­nière Du pain et des roses. Jalon impor­tant, ce moment aura permis de faire des gains sans pareil, comme l’augmentation du salaire mini­mum, la dimi­nu­tion du temps de par­rai­nage et la créa­tion de la loi sur l’équité sala­riale. Dans la même année, le régime de per­cep­tion auto­ma­tique des pen­sions ali­men­taires est mis en place et la pra­tique des sages-femmes est léga­li­sée.

Au cours de cette décen­nie, le ton change. Le projet de social-démo­cra­tie qui ins­pi­rait le Québec depuis la Révolution tran­quille est balayé par le néo­li­bé­ra­lisme, voire le néo­con­ser­va­tisme et l’individualisme. Les rela­tions entre les acteurs sociaux (État et groupes com­mu­nau­taires) changent, ce qui modi­fie la per­cep­tion des luttes col­lec­tives pour l’amélioration des condi­tions de vie des femmes.

Le défi­cit zéro devient l’obsession au détri­ment des droits et des condi­tions de vie des citoyens et des citoyennes. Les devoirs et res­pon­sa­bi­li­tés de l’État face à l’éducation, la santé, les ser­vices sociaux, la soli­da­rité sociale, la répar­ti­tion de la richesse, les droits de la per­sonne sont remis en ques­tion. Les lois, poli­tiques, règle­ments et pro­grammes de finan­ce­ment sont revus dans cette optique. Les condi­tions de vie des femmes et de leurs familles, par­ti­cu­liè­re­ment les plus mar­gi­na­li­sées, en sont for­te­ment affec­tées. Les poli­tiques néo­li­bé­rales visent le chan­ge­ment indi­vi­duel des femmes, des hommes, des jeunes et des familles et non des mesures per­met­tant de pré­ve­nir et d’améliorer les condi­tions des citoyennes et des citoyens.

Ce chan­ge­ment de para­digme (du col­lec­tif vers l’individu), asso­cié au désen­ga­ge­ment conti­nuel de l’État, influence éga­le­ment le nerf de la guerre : le finan­ce­ment des groupes com­mu­nau­taires et fémi­nistes. Plusieurs groupes qui n’interviennent pas direc­te­ment auprès des femmes (pro­mo­tion de l’égalité, défense de droits, etc.) ont perdu une grande part de leur finan­ce­ment. Les autres déploient une partie de leur mis­sion grâce aux pro­jets ponc­tuels (accueil et inté­gra­tion des migrants, exploi­ta­tion sexuelle). La plu­part doivent com­plé­ter leur budget avec un grand apport de la com­mu­nauté. Plusieurs groupes des mou­ve­ments des femmes cana­diennes ont dû fermer leurs portes à la suite des com­pres­sions de pro­grammes du gou­ver­ne­ment Harper. Les groupes qué­bé­cois de femmes ont mieux résisté grâce à la recon­nais­sance finan­cière par cer­tains minis­tères qué­bé­cois des orga­nismes d’action com­mu­nau­taire auto­nome. Mais la situa­tion per­dure ; de nom­breuses orga­ni­sa­tions connaissent aujourd’hui une dif­fi­culté à se finan­cer et, iro­ni­que­ment, le gou­ver­ne­ment actuel sou­haite les assu­jet­tir à la loi sur la trans­pa­rence et l’éthique en matière de lob­byisme au même titre que les pétro­lières.

Les années 2000 : les grands défis

Depuis les années 2010, le gou­ver­ne­ment frappe plu­sieurs ins­ti­tu­tions et ins­tru­ments démo­cra­tiques : la perte d’expertise au Secrétariat à la condi­tion fémi­nine, le Conseil du statut de la femme réduit à peau de cha­grin, le refus de l’application de l’analyse dif­fé­ren­ciée selon les sexes, la dis­pa­ri­tion des ins­tances régio­nales tels les confé­rences régio­nales des élus et leurs comi­tés éga­lité. Ces orga­nismes et outils per­met­taient aux citoyens et citoyennes et aux orga­nismes de la société civile d’influencer les poli­tiques et le déve­lop­pe­ment de leur ter­ri­toire. Le tra­vail d’alliance, de par­te­na­riat avec l’État ainsi que de repré­sen­ta­tion poli­tique auprès des élues devient extrê­me­ment dif­fi­cile.

Dans l’espace public, on évoque main­te­nant le post-fémi­nisme, comme si l’égalité était déjà atteinte. Ce dis­cours est uti­lisé pour remettre en ques­tion des exper­tises, des pra­tiques, des ana­lyses et même des sta­tis­tiques éla­bo­rées par les fémi­nistes et les mou­ve­ments des femmes. Il permet aux gou­ver­ne­ments de se déta­cher com­plè­te­ment de l’analyse col­lec­tive et de la ques­tion des rap­ports sociaux de sexe. Plus besoin de défendre les droits des femmes, de chan­ger des lois, des poli­tiques ou des pra­tiques gou­ver­ne­men­tales, sociales ou éco­no­miques, car les per­sonnes – hommes ou femmes tous égaux – sont indi­vi­duel­le­ment res­pon­sables de s’assumer et de faire res­pec­ter leurs droits. C’est ainsi que les vio­lences subies par les femmes deviennent un fac­teur indi­vi­duel dans la poli­tique en iti­né­rance du gou­ver­ne­ment du Québec. Il est donc très com­pli­qué de cor­ri­ger la situa­tion des femmes autoch­tones qui comptent plu­sieurs mil­liers de dis­pa­rues et d’assassinées.

Ce dis­cours mar­gi­na­lise les propos et pro­po­si­tions des groupes fémi­nistes qui conti­nuent à iden­ti­fier les lieux où per­sistent les inéga­li­tés et des moyens pour les faire dis­pa­raître. Il permet au gou­ver­ne­ment de remettre en ques­tion les ins­tru­ments de gou­ver­nance mis en place pour contrer les inéga­li­tés. Il contri­bue à faire du dis­cours fémi­niste une affaire du passé.

Les groupes fémi­nistes consi­dèrent la symé­tri­sa­tion des condi­tions de vie des femmes et des hommes comme une néga­tion de la dis­cri­mi­na­tion sys­té­mique à laquelle les femmes font face[2]. Lorsqu’il uti­lise l’analyse dif­fé­ren­ciée selon les sexes inter­sec­to­rielle (ADS+) pour ana­ly­ser les dif­fé­rences entre les femmes et les hommes sans l’associer à une ana­lyse fémi­niste des rap­ports sociaux de sexe, le gou­ver­ne­ment s’égare et laisse la place à un dis­cours anti­fé­mi­niste.

L’antiféminisme, l’idée que l’égalité est atteinte, que les femmes sont aussi vio­lentes que les hommes sont des cou­rants pro­fonds qui tra­versent la société. Cela inter­pelle et force à réflé­chir non seule­ment aux façons de contrer ces dis­cours, mais aussi sur l’ancrage réel du fémi­nisme dans les valeurs qué­bé­coises. C’est une lame de fond qui a des effets impor­tants sur l’amélioration des condi­tions de vie des femmes et du res­pect de leurs droits.

Au Québec, les mou­ve­ments fémi­nistes figurent parmi les plus orga­ni­sés au monde. Ils béné­fi­cient d’une impor­tante et rare légi­ti­mité. Ils se sont dotés de struc­tures de repré­sen­ta­tion et de coor­di­na­tion per­met­tant de déve­lop­per des actions de grande enver­gure, notam­ment celles asso­ciées à la Marche mon­diale des femmes, une ren­contre désor­mais inter­na­tio­nale et démar­rée au Québec. Cette forte orga­ni­sa­tion des réseaux repose sur la grande capa­cité de mobi­li­sa­tion autour d’un projet de société, de concer­ta­tion des groupes et de col­la­bo­ra­tion entre des actrices issues d’horizons divers. Cet acquis des mou­ve­ments des femmes a permis de faire écla­ter nombre de silos. La diver­sité des domaines d’intervention, des réflexions, des stra­té­gies et des actions des mou­ve­ments des femmes qué­bé­cois consti­tue une autre de leurs forces.

Convergences

Ces mou­ve­ments sont éga­le­ment riches de leur diver­sité. À la lumière de l’analyse fémi­niste inter­sec­tion­nelle, ils en recon­naissent l’importance et appellent à une large plu­ra­lité dans leurs rangs. Ils tra­vaillent à inclure les luttes des femmes des plus mar­gi­na­li­sées – en situa­tion de han­di­cap, raci­sées, immi­grantes, de la diver­sité sexuelle et de genre, autoch­tones, etc. – afin d’œuvrer à l’égalité pour toutes. L’entente de réci­pro­cité entre la Fédération des femmes du Québec et Femmes autoch­tones du Québec est un bel exemple de ces alliances por­teuses d’un avenir riche des apports de toutes et tous. Le Comité des 12 jours d’action contre les vio­lences envers les femmes et sa déter­mi­na­tion à offrir une tri­bune aux femmes moins repré­sen­tées sont un autre bel exemple des apports posi­tifs de l’inclusion du plus grand nombre.

Aujourd’hui, de nom­breux centres et col­lec­tifs de recherches fémi­nistes (Institut de recherches et d’études fémi­nistes de l’UQAM, Réseau qué­bé­cois en études fémi­nistes, Collectif de recherche fémi­niste anti-vio­lence, etc.) tra­vaillent de concert avec les groupes afin de déve­lop­per des connais­sances et une lit­té­ra­ture qui cor­res­pondent à leurs réa­li­tés, à leurs valeurs et à leurs façons de faire : par, pour et avec les femmes.

Par ailleurs, il y a 20 ans, le Forum pour un Québec fémi­nin plu­riel appe­lait le mou­ve­ment des femmes à tenir davan­tage compte des femmes de toutes les régions du Québec. Aujourd’hui, les femmes des 17 régions sont très orga­ni­sées et peuvent comp­ter sur un impor­tant enra­ci­ne­ment. Les pra­tiques nova­trices des unes sont par­ta­gées et ins­pirent les autres : les stra­té­gies poli­tiques, de com­mu­ni­ca­tion, la construc­tion de reven­di­ca­tions, la repré­sen­ta­tion poli­tique. Les tables de groupes de femmes pré­sentes dans cha­cune des régions du Québec assurent avec brio la coor­di­na­tion de ce réseau, malgré la perte de moyens impor­tants au cours des der­nières années.

À l’échelle inter­na­tio­nale, la Marche mon­diale des femmes a tissé des rela­tions de proxi­mité avec d’autres mou­ve­ments sociaux. Il s’agit d’interinfluence par laquelle les mou­ve­ments déve­loppent des pra­tiques et des ana­lyses avec une cer­taine réci­pro­cité. Par exemple, Via Campesina et les Amis de la Terre ont déve­loppé des cam­pagnes de lutte contre les vio­lences envers les femmes, en large partie en raison de l’influence de la Marche mon­diale des femmes. À l’inverse, la Marche mon­diale des femmes a déve­loppé une réflexion fémi­niste sur des enjeux comme la sou­ve­rai­neté ali­men­taire ou le réchauf­fe­ment de la pla­nète. Des alliances se sont ainsi créées.

Au Québec, les mou­ve­ments des femmes tra­vaillent très sou­vent de concert avec d’autres groupes et c’est une condi­tion essen­tielle à l’éradication des vio­lences et de la pau­vreté pour toutes. L’égalité de fait pour toutes les femmes ne sera pos­sible que lorsqu’elle sera portée par le plus large mou­ve­ment.

Il ne fait aucun doute pour nos groupes que les mou­ve­ments des femmes au Québec ont un passé glo­rieux et un avenir très cer­tai­ne­ment encore utile. Nos luttes sont mal­heu­reu­se­ment tou­jours d’actualité, plu­sieurs mou­ve­ments et sta­tis­tiques tendent à le prou­ver quo­ti­dien­ne­ment.

Nous affir­mons que les auto­ri­tés doivent recon­naître notre enra­ci­ne­ment dans nos com­mu­nau­tés res­pec­tives et les besoins à partir des­quels nous avons été créés, notam­ment par du finan­ce­ment adé­quat. Le gou­ver­ne­ment doit conti­nuer à appli­quer sa poli­tique de recon­nais­sance de l’action com­mu­nau­taire où notre par­ti­ci­pa­tion à la qua­lité du tissu social qué­bé­cois est démon­trée.

Il reste tou­jours néces­saire pour les mou­ve­ments des femmes d’œuvrer pour l’égalité réelle pour toutes. Néanmoins, ils doivent s’adapter à la conjonc­ture et faire preuve d’imagination tant dans la recherche de finan­ce­ment que dans le tra­vail d’éducation popu­laire, de mobi­li­sa­tion et d’alliances.

Il est plus que temps que les exper­tises des groupes et leur ana­lyse poli­tique et sociale soient mieux connues et recon­nues. La chasse aux sor­cières (coupes de finan­ce­ment, dis­cré­dit de leurs dis­cours, menaces directes ou indi­rectes, etc.) dont sont par­fois vic­times les mou­ve­ments des femmes témoigne encore, s’il fal­lait en ajou­ter, de la néces­sité de leurs actions.

Le Groupe des 13[1]

  1. Les trois rédac­trices du texte pour le Groupe des 13 sont : Marie-Hélène Senay, coor­don­na­trice de la sec­tion Communication et ana­lyse de la Fédération des mai­sons d’hébergement pour femmes, Anne St-Cerny, coor­don­na­trice à Relais-Femmes et Marie-Andrée Gauthier, coor­don­na­trice au Réseau des tables régio­nales de groupes de femmes. Le Groupe des 13 (G13) se réunit depuis 1986 et ras­semble plus de 20 groupes et regrou­pe­ments pro­vin­ciaux de groupes fémi­nistes. Lieu de concer­ta­tion, il sert de porte-voix pour l’ensemble des réa­li­tés diverses que repré­sentent nos groupes : des femmes autoch­tones, des femmes en situa­tion de han­di­cap aux femmes immi­grantes et raci­sées, des mai­sons d’hébergement à l’employabilité, des tables de concer­ta­tion des groupes de femmes aux centres d’aide et de lutte contre les agres­sions à carac­tère sexuel, des centres de femmes à la santé sexuelle et repro­duc­tive, des orga­nismes de sou­tien aux familles mono­pa­ren­tales et recom­po­sées, de la défense de droits à la pres­ta­tion de ser­vices, du milieu de vie à l’éducation popu­laire. Pour la liste des membres du Groupe des 13, voir : <http://​rcentres​.qc​.ca/​2​0​1​8​/​1​0​/​1​8​/​g​r​o​u​p​e​-​d​e​s-13/>.
  2. Voir à ce sujet l’analyse des États géné­raux de l’action et l’analyse fémi­nistes, Mouvement des femmes : survie, auto­no­mie et renou­vel­le­ment, mai 2011, < http://​www​.etats​ge​ne​raux​du​fe​mi​nisme​.ca/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​/​m​o​u​v​e​m​e​n​t​-​d​e​s​-​f​e​m​m​e​s​-​s​u​r​v​i​e​-​a​u​t​o​n​o​m​i​e​-​e​t​-​r​e​n​o​u​v​e​l​l​ement>.


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