Les militants du mouvement de la justice climatique tirent un bilan positif de leur mobilisation

Par , Mis en ligne le 20 décembre 2009

Copenhague Envoyé spécial

Pour l’autre sommet de Copenhague, celui des alter­na­tifs, l’heure est au bilan. La mobi­li­sa­tion enga­gée depuis des mois par les éco­lo­gistes danois et les deux coa­li­tions Climate Justice Now et Climate Justice Action a porté ses fruits : la plus grande mani­fes­ta­tion jamais orga­ni­sée à propos du climat, le 12 décembre, aurait ras­sem­blé plus de 50 000 per­sonnes dans les rues de Copenhague.

Les mani­fes­ta­tions du 16 décembre, pla­cées sous le mot d’ordre « Reclaim the power » (« Reprenez le pou­voir »), ont per­turbé la confé­rence offi­cielle ; des mil­liers de mili­tants de tous pays se sont retrou­vés dans la capi­tale danoise pour éla­bo­rer des stra­té­gies d’action.

Dix ans après la « bataille de Seattle », lors d’un sommet de l’Organisation mon­diale du com­merce (OMC), Copenhague marque un renou­veau de la contes­ta­tion. « Le mou­ve­ment de la jus­tice cli­ma­tique est en train de se consti­tuer et de s’installer, note Nicolas Haeringer, du Mouvement pour une alter­na­tive non vio­lente. Il se forme sur une alliance plus large que l’altermondialisme, parce qu’il absorbe les éco­lo­gistes et les autonomes. »

NOUVELLE GÉNÉRATION

« Cela a été rendu pos­sible par les éco­lo­gistes danois qui ont lancé le Klimaforum (contre-sommet), note Tord Björk, un mili­tant sué­dois. Ils sont orien­tés vers une éco­lo­gie pra­tique, mais ils ont l’esprit ouvert : ils ont su inté­grer la ques­tion sociale, celle des femmes, ils ont voulu une base démocratique. »

Autre rap­pro­che­ment : « On a très bien tra­vaillé avec les mou­ve­ments de l’hémisphère Sud », dit Rebecca William, une porte-parole de Climate Justice Action.

Le mou­ve­ment de la jus­tice cli­ma­tique accom­pagne aussi l’arrivée d’une nou­velle géné­ra­tion en poli­tique : « L’écologie est popu­laire dans cette géné­ra­tion, dit Rebecca William. C’est nous qui allons vivre la crise cli­ma­tique dans toute son inten­sité. Et puis, notre mou­ve­ment est hori­zon­tal, sans hié­rar­chie, on fait confiance aux indi­vi­dus, ça enthou­siasme les jeunes. »

Sur le fond, Copenhague consacre l’unification de la cri­tique sociale et de l’interrogation éco­lo­giste. La « décla­ra­tion popu­laire du Klimaforum », adop­tée durant le sommet, affirme ainsi que le chan­ge­ment cli­ma­tique résulte « d’un sys­tème éco­no­mique global » fondé sur « l’appropriation par les élites des res­sources pla­né­taires, locales et natio­nales ». Elle stig­ma­tise « une élite glo­bale pri­vi­lé­giée enga­gée dans une pro­duc­tion extrême moti­vée par le profit et dans une scan­da­leuse sur­con­som­ma­tion ».

Face à ces nou­velles formes de contes­ta­tion, les auto­ri­tés cherchent des réponses. Le gou­ver­ne­ment danois a fait voter, en novembre, une loi per­met­tant les inter­pel­la­tions pré­ven­tives et assou­plis­sant le contrôle judiciaire.

Des cen­taines d’interpellations ont été effec­tuées par la police danoise pen­dant la confé­rence. Plusieurs porte-parole du mou­ve­ment de la jus­tice cli­ma­tique res­taient empri­son­nés, ven­dredi 18 décembre, pour « inci­ta­tion à la vio­lence ».

Pour Dorothy Guerrero, mili­tante phi­lip­pine, « beau­coup d’entre nous ont l’habitude de voir cela dans leurs propres pays, mais pour un pays qui a une répu­ta­tion démo­cra­tique comme le Danemark, c’est vrai­ment cho­quant ».

Hervé Kempf

ROUSSET Pierre

* Article paru dans le Monde, édi­tion du 19.12.09. LLE MONDE | 18.12.09 | 15h47 • Mis à jour le 18.12.09 | 17h10 .


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