Les militants du mouvement de la justice climatique tirent un bilan positif de leur mobilisation

Copenhague Envoyé spécial

Pour l’autre sommet de Copenhague, celui des alternatifs, l’heure est au bilan. La mobilisation engagée depuis des mois par les écologistes danois et les deux coalitions Climate Justice Now et Climate Justice Action a porté ses fruits : la plus grande manifestation jamais organisée à propos du climat, le 12 décembre, aurait rassemblé plus de 50 000 personnes dans les rues de Copenhague.

Les manifestations du 16 décembre, placées sous le mot d’ordre « Reclaim the power » (« Reprenez le pouvoir »), ont perturbé la conférence officielle ; des milliers de militants de tous pays se sont retrouvés dans la capitale danoise pour élaborer des stratégies d’action.

Dix ans après la « bataille de Seattle », lors d’un sommet de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Copenhague marque un renouveau de la contestation. « Le mouvement de la justice climatique est en train de se constituer et de s’installer, note Nicolas Haeringer, du Mouvement pour une alternative non violente. Il se forme sur une alliance plus large que l’altermondialisme, parce qu’il absorbe les écologistes et les autonomes. »

NOUVELLE GÉNÉRATION

« Cela a été rendu possible par les écologistes danois qui ont lancé le Klimaforum (contre-sommet), note Tord Björk, un militant suédois. Ils sont orientés vers une écologie pratique, mais ils ont l’esprit ouvert : ils ont su intégrer la question sociale, celle des femmes, ils ont voulu une base démocratique. »

Autre rapprochement : « On a très bien travaillé avec les mouvements de l’hémisphère Sud », dit Rebecca William, une porte-parole de Climate Justice Action.

Le mouvement de la justice climatique accompagne aussi l’arrivée d’une nouvelle génération en politique : « L’écologie est populaire dans cette génération, dit Rebecca William. C’est nous qui allons vivre la crise climatique dans toute son intensité. Et puis, notre mouvement est horizontal, sans hiérarchie, on fait confiance aux individus, ça enthousiasme les jeunes. »

Sur le fond, Copenhague consacre l’unification de la critique sociale et de l’interrogation écologiste. La « déclaration populaire du Klimaforum », adoptée durant le sommet, affirme ainsi que le changement climatique résulte « d’un système économique global » fondé sur « l’appropriation par les élites des ressources planétaires, locales et nationales ». Elle stigmatise « une élite globale privilégiée engagée dans une production extrême motivée par le profit et dans une scandaleuse surconsommation ».

Face à ces nouvelles formes de contestation, les autorités cherchent des réponses. Le gouvernement danois a fait voter, en novembre, une loi permettant les interpellations préventives et assouplissant le contrôle judiciaire.

Des centaines d’interpellations ont été effectuées par la police danoise pendant la conférence. Plusieurs porte-parole du mouvement de la justice climatique restaient emprisonnés, vendredi 18 décembre, pour « incitation à la violence ».

Pour Dorothy Guerrero, militante philippine, « beaucoup d’entre nous ont l’habitude de voir cela dans leurs propres pays, mais pour un pays qui a une réputation démocratique comme le Danemark, c’est vraiment choquant ».

Hervé Kempf

ROUSSET Pierre

* Article paru dans le Monde, édition du 19.12.09. LLE MONDE | 18.12.09 | 15h47 • Mis à jour le 18.12.09 | 17h10 .