Les migrations africaines clandestines

Par Mis en ligne le 28 mars 2011

Les chiffres montrent depuis 2000 une nette aug­men­ta­tion des arres­ta­tions de migrants sub­sa­ha­riens, sup­plan­tant en quelque sorte leurs homo­logues nord afri­cains. Ainsi, en 1996, les Africains sub­sa­ha­riens qui ont tra­versé la Méditerranée vers l’Espagne ne repré­sen­taient que 1,8 % du nombre total de migrants. Mais cette pro­por­tion a aug­menté de 2 % en 1999 à 50,6 % en 2004. Selon l’Office des Nations-Unies contre la drogue et le crime (rap­port de 2006), de 200 à 300 000 Africains entrent clan­des­ti­ne­ment en Europe chaque année. De ce nombre, 100 000 sont inter­cep­tés en ten­tant leur chance sans comp­ter ceux qui meurent en chemin. Finalement, l’invasion est elle vrai­ment un mythe ou la migra­tion irré­gu­lière afri­caine vers l’Europe a-t-elle signi­fi­ca­ti­ve­ment aug­menté ces der­nières années ? Sur la base de diverses études, entre 65 000 et 120 000 Africains sub­sa­ha­riens arrivent au Maghreb chaque année, dont envi­ron 20-40 % finissent par tra­ver­ser pour aller en Europe. Ceci va à l’encontre de l’idée répan­due selon laquelle l’Afrique du nord n’est qu’une simple zone de tran­sit mais sou­ligne éga­le­ment le côté approxi­ma­tif des infor­ma­tions dis­po­nibles. En fin de compte, les entrées irré­gu­lières se chiffrent à quelques dizaines plutôt qu’à des cen­taines de mil­liers.

Ainsi, le Maghreb, et le Maroc en par­ti­cu­lier, à partir des années 1990 est devenu le point de pas­sage quasi obligé des migrants ayant de plus en plus de dif­fi­cul­tés à obte­nir l’indispensable « visa Schengen », dans cet espace euro­péen ins­ti­tu­tion­na­lisé à l’échelle conti­nen­tale par le traité d’Amsterdam en 1997. De plus, l’insécurité en Algérie ainsi que les émeutes de 2000 en Libye, ont ren­forcé la posi­tion du Maroc comme le pays de tran­sit pri­vi­lé­gié par les migrants, au-delà de sa situa­tion géo­gra­phique favo­rable (proxi­mité de l’Espagne et les enclaves de Ceuta et Melilla). C’est sur des bateaux arti­sa­naux (pate­ras) diri­gés par des pêcheurs locaux que les migrants gagnent les côtes espa­gnoles. Le fait nou­veau réside dans le chan­ge­ment de routes mari­times emprun­tées du fait de l’intensification des contrôles aux fron­tières et la répres­sion de plus en plus sys­té­ma­tique dans les pays du Maghreb, y com­pris au Maroc et en Libye. Les migrants se sont donc pro­gres­si­ve­ment tour­nés vers les pays côtiers de l’extrême ouest du conti­nent, tels que le Sénégal, la Gambie, la Guinée, la Mauritanie ou le Cap Vert, pour rejoindre les îles Canaries (par les cuya­cos), afin d’éviter les zones deve­nues réso­lu­ment hos­tiles à leur égard.

(Extrait d’un texte paru dans le numéro 5 des NCS, Migrations : Stratégies, acteurs et résis­tances)

Les commentaires sont fermés.