L’université populaire des NCS

Les impacts de la révolution numérique dans l’éducation Avec Florence Piron et Yannick Delbecque

Axe 2 – La révolution numérique et les enjeux pour les 99 %

Par Mis en ligne le 01 octobre 2019

Devant la mar­chan­di­sa­tion des savoirs à tra­vers la fidé­li­sa­tion de « la clien­tèle étu­diante » par les cor­po­ra­tions invi­tant les ins­ti­tu­tions d’enseignement à uti­li­ser leurs logi­ciels privés, la mise en commun des savoirs, la réap­pro­pria­tion des moyens de com­mu­ni­ca­tion et la créa­tion d’espaces col­lec­tifs d’apprentissage sont autant de pra­tiques poli­tiques citoyennes à explo­rer davan­tage.

En ce qui concerne les pra­tiques édu­ca­tives et le libre accès aux publi­ca­tions scien­ti­fiques, Florence Piron estime que l’utilisation des TIC dans le domaine de l’éducation au sein de la recherche offre de luxu­riantes pos­si­bi­li­tés per­met­tant de nous infor­mer, de nous former et sur­tout d’échanger en groupe afin de trou­ver des solu­tions col­lec­tives et de nous réap­pro­prier les savoirs sou­vent contrô­lés par les grandes cor­po­ra­tions. La publi­ca­tion de wikis[2] et de livres en libre accès ou encore l’utilisation de Zotero[3] demeurent des outils à notre dis­po­si­tion nous per­met­tant de refu­ser la dépen­dance envers les cor­po­ra­tions. Cependant, il importe de faire sortir les profs de leur sou­mis­sion envers les édi­teurs com­mer­ciaux. Cette sortie d’un cadre ins­ti­tu­tion­nel d’assujettissement de la recherche aux inté­rêts des cor­po­ra­tions se fait notam­ment par la science ouverte qui est orien­tée vers l’idéal du libre par­tage des connais­sances, du tra­vail col­la­bo­ra­tif et de la science comme commun. La recherche ouverte regroupe plu­sieurs pra­tiques qui vont du libre accès aux publi­ca­tions scien­ti­fiques à la recherche-action par­ti­ci­pa­tive et à la démo­cra­tie scien­ti­fique, en pas­sant par la créa­tion de lieux alter­na­tifs de recherche (labo­ra­toires ouverts), l’ouverture et le par­tage des don­nées de recherche et biblio­gra­phiques, l’écriture scien­ti­fique col­la­bo­ra­tive, le recours au Web 2.0 et aux réseaux sociaux pour valo­ri­ser les recherches, l’intérêt pour les savoirs locaux, les sciences citoyennes et par­ti­ci­pa­tives, la cri­tique des pra­tiques conven­tion­nelles d’évaluation par les pairs et la prio­rité accor­dée aux logi­ciels libres et aux licences ouvertes. Pour confron­ter la per­sis­tante frac­ture numé­rique entre le Nord et le Sud, il faut dyna­mi­ser le mou­ve­ment du libre, et créer une société glo­bale du savoir comme alter­na­tive à l’économie du savoir.

Selon Yannick Delbecque, il importe de dis­cu­ter un enjeu poli­tique encore peu abordé au sein des ins­ti­tu­tions d’enseignement : le choix de plates-formes uti­li­sées. Le choix des plates-formes ne fait géné­ra­le­ment pas l’objet d’appels d’offres ou de consul­ta­tions auprès du corps pro­fes­so­ral, ce qui a pour consé­quence que les ins­ti­tu­tions pré­co­nisent les plates-formes com­mer­ciales plutôt que les plates-formes libres[4]. Incontestablement, le choix des plates-formes a un impact sur les conte­nus ensei­gnés et les façons d’intervenir auprès des étu­diants et des étu­diantes. En invi­tant ceux-ci et celles-ci à uti­li­ser un iPad de telle ou telle com­pa­gnie en fonc­tion de ses vertus péda­go­giques, les pro­fes­seur-e-s deviennent des pro­mo­teurs de com­pa­gnies pri­vées. La sur­veillance des publi­ca­tions des pro­fes­seurs et cher­cheurs demeure éga­le­ment un enjeu poli­tique incon­tour­nable, dans un contexte d’assujettissement des ins­ti­tu­tions d’enseignement aux cor­po­ra­tions ; il devient dif­fi­cile de s’adonner à la cri­tique des déci­sions des ins­ti­tu­tions consi­dé­rant que ces der­nières sont rede­vables aux cor­po­ra­tions par le biais de contrats.

Entre-temps, s’investir dans les mou­ve­ments de résis­tance citoyens demeure une démarche poli­tique effi­cace et pro­met­teuse[5]. La rédac­tion d’un guide syn­di­cal por­tant sur le droit d’auteur et les licences libres consti­tue­rait une solide base poli­tique à partir de laquelle il serait pos­sible de réflé­chir col­lec­ti­ve­ment afin de trans­for­mer nos pra­tiques ins­ti­tu­tion­nelles. À nous, citoyennes et citoyens sou­cieux de la cir­cu­la­tion élar­gie de la connais­sance, d’occuper les ter­ri­toires du libre afin de faire fleu­rir des com­mu­nau­tés de pra­tiques inno­vantes et sti­mu­lantes.

Synthèse d’Anne-Marie Le Saux[1]

Notes

  1. Florence Piron est pro­fes­seure au dépar­te­ment d’information et de com­mu­ni­ca­tion de l’Université Laval. Yannick Delbecque est pro­fes­seur de mathé­ma­tique au cégep Saint-Laurent et mili­tant pour le logi­ciel libre. Anne-Marie Le Saux est pro­fes­seure de socio­lo­gie au cégep de Maisonneuve
  2. Sites Web col­la­bo­ra­tifs où il est pos­sible de modi­fier ou d’ajouter du contenu. Le plus connu des wikis aujourd’hui est Wikipédia, ency­clo­pé­die par­ti­ci­pa­tive sur Internet visant la mise en commun des savoirs.
  3. Le blogue Zotero sou­haite dif­fu­ser des com­pé­tences, actua­li­tés et outils rela­tifs au logi­ciel de ges­tion biblio­gra­phique libre et gra­tuit.
  4. Au sein des ins­ti­tu­tions col­lé­giales, l’utilisation d’un logi­ciel de cor­rec­tion gram­ma­ti­cale tel qu’Antidote n’a pas fait l’objet de consul­ta­tion auprès du corps pro­fes­so­ral. Notons qu’il existe un équi­valent libre : Grammalecte.
  5. L’organisme FACiL est à ce titre des plus sti­mu­lants. Cet orga­nisme sans but lucra­tif se donne comme mandat de pro­mou­voir l’adoption, l’usage et la démo­cra­ti­sa­tion de l’infor­ma­tique libre. Fondée offi­ciel­le­ment en avril 2003, l’organisation est issue de l’évolution de Linux-Québec.org et de l’implication d’acteurs pro­ve­nant de divers hori­zons.


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