UNIVERSITÉ POPULAIRE DES NCS – 2016

Les héritages du mouvement populaire au Québec

FSM 2016: Espace Émancipation

Par Mis en ligne le 05 août 2016

Jeudi 11 août 2016 à 13 h, à l’UQAM, DS-3375

Marche des femmesLa néces­sité de saisir les chan­ge­ments induits par le néo­li­bé­ra­lisme nous amène à porter un nou­veau regard sur l’histoire du mou­ve­ment popu­laire depuis les années 1960 au Québec où a fleuri un réseau dense de résis­tances et de construc­tion d’alternatives. Comment les luttes popu­laires et syn­di­cales se sont-elles trans­for­mées depuis les années 1960-1970 ? Comment le mou­ve­ment com­mu­nau­taire peut-il récon­ci­lier le tra­vail de pres­ta­tion de ser­vices et la lutte contre l’État ? Les mou­ve­ments citoyens spon­ta­nés peuvent-ils ins­pi­rer les mou­ve­ments ?

Les intervenant-e-s

• Eric Shragge (mili­tant, Centre des tra­vailleurs et tra­vailleuses immi­grants)
• Jocelyne Lamoureux (pro­fes­seure au dépar­te­ment de socio­lo­gie, UQAM)
• Jean Panet-Raymond (mili­tant et socio­logue)
• Suzanne-G. Chartrand (membre des NCS)

Une longue marche[1]

Dans la foulée de la « Révolution tran­quille », on voit des couches de citoyens et citoyennes mar­gi­na­li­sés par le sys­tème poli­tique et éco­no­mique tenter de s’organiser sur leur propre base. Très rapi­de­ment, les comi­tés de citoyens vont débor­der cet espace limité pour se déve­lop­per au niveau des quar­tiers et tou­cher des pro­blèmes plus vastes : santé, jus­tice, endet­te­ment, etc. Plus tard, dans les années 60, on voit une radi­ca­li­sa­tion poli­tique de plu­sieurs sec­teurs de la société dont les comi­tés de citoyens. Parmi ces der­niers, plu­sieurs mili­tants et mili­tantes sentent la néces­sité de sur­mon­ter la frag­men­ta­tion des groupes et de mettre l’accent sur le contenu poli­tique des luttes. En jonc­tion avec un mou­ve­ment syn­di­cal qui lui aussi, à cette époque, connaît une forte com­ba­ti­vité, les groupes popu­laires déve­loppent une foule d’initiatives dont la for­ma­tion de comi­tés d’action poli­tique. Ceux-ci, à Montréal, vont se regrou­per pour créer en 1969 un parti muni­ci­pal, le Front d’action poli­tique. On voyait ainsi surgir les élé­ments d’un projet poli­tique alter­na­tif à ten­dance socia­li­sante et démo­cra­tique. Pourtant, les années 70 ver­ront se désa­gré­ger cette ten­ta­tive par le mou­ve­ment popu­laire et syn­di­cal de consti­tuer un contre-pou­voir. D’autres ten­dances sont en effet à l’œuvre dans la société qué­bé­coise. D’une part, il faut rele­ver l’apparition d’une gauche poli­tique mar­xiste-léni­niste dont les pra­tiques envers les groupes popu­laires ont eu comme effet d’en sabor­der un grand nombre et d’en réduire d’autres à de simples cour­roies de trans­mis­sion du « parti ». D’autre part, l’État qué­bé­cois encadre de plus en plus le champ social en récu­pé­rant, lui aussi, cer­taines ini­tia­tives du mou­ve­ment popu­laire. Ainsi, les expé­riences de cli­niques popu­laires de santé et les cli­niques juri­diques ser­vi­ront à la créa­tion des Centres locaux de ser­vices com­mu­nau­taires (CLSC) en 1972 et au ser­vice d’aide juri­dique. Cette ten­dance va s’accélérer avec l’arrivée au pou­voir, en 1976, d’un nou­veau joueur sur la scène poli­tique, le Parti qué­bé­cois, qui réus­sit assez rapi­de­ment à mono­po­li­ser une bonne partie du sou­tien des mou­ve­ments syn­di­cal et popu­laire. Malgré l’échec de la radi­ca­li­sa­tion poli­tique, le mou­ve­ment popu­laire et com­mu­nau­taire va conti­nuer à s’enraciner avec la mise sur pied de plu­sieurs regrou­pe­ments locaux et natio­naux, l’expansion du sec­teur des coopé­ra­tives d’habitation, une toute nou­velle atten­tion portée envers la soli­da­rité inter­na­tio­nale et enfin une plus grande pro­fes­sion­na­li­sa­tion des inter­ven­tions faites par les groupes. Ainsi, pour les der­nières années de la décen­nie 80 et tout au long de la sui­vante, les deux prin­ci­paux fronts de lutte pour le mou­ve­ment com­mu­nau­taire seront, d’un côté, l’obtention d’une recon­nais­sance par l’État qué­bé­cois, tenant compte de leur auto­no­mie et spé­ci­fi­cité, ainsi qu’un finan­ce­ment adé­quat et récur­rent. Le mou­ve­ment com­mu­nau­taire est donc, comme l’ensemble des forces sociales qui tentent d’humaniser ce monde, à la croi­sée des che­mins.

Christian Brouillard

Références

  • Fédération des femmes du Québec, Une his­toire brève de la marche mon­diale des femmes, 2010

[1] Extrait du texte « Constitution d’un mouvement » paru dans À Bâbord!, n° 10, été 2005

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