En dépit des milliards dépensés par d'autres

Les Haïtiens porteront le blâme de l’échec

Par Mis en ligne le 10 janvier 2012

Haïti : Le site « Counterpunch » a publié un article coup de poing titré « Haïti après le séisme », le mardi 3 jan­vier 2012. Plein de chiffres et de réfé­rences docu­men­tées, le papier four­nit des détails sur la des­ti­na­tion et sur l’utilisation de l’aide, presque deux ans après cette catas­trophe majeure ayant pro­vo­qué un élan de soli­da­rité et de géné­ro­sité sans pareil envers le peuple haï­tien. Selon les esti­ma­tions de l’ONU, 1 mil­liard 600 mil­lions de dol­lars amé­ri­cains ont été donnés pour l’assistance huma­ni­taire et plus de 2 mil­liards pour le relè­ve­ment au cours des deux der­nières années. Cependant, « deux ans après, c’est comme si le trem­ble­ment de terre s’était pro­duit il y a deux mois », ont relevé les auteurs du papier, Bill Quigley et Amber Ramanaukas. 
Plus d’un demi-mil­lion de sans-abri vivent encore dans des camps, la majeure partie des débris des mai­sons détruites n’est pas encore enle­vée. Il s’est avéré que peu d’argent est allé direc­te­ment à Haïti comme l’a pensé le public d’une manière géné­rale. La com­mu­nauté inter­na­tio­nale a choisi de contour­ner le peuple haï­tien, les ONG haï­tiennes et le gou­ver­ne­ment d’Haïti. Les fonds ont plutôt été cana­li­sés vers d’autres gou­ver­ne­ments, des ONG inter­na­tio­nales et des com­pa­gnies pri­vées, selon les auteurs de l’article, sou­li­gnant qu’en dépit de tout cela que ce sont les Haïtiens, les « vic­times », qui por­te­ront au final « le blâme » à cause des échecs.

Méticuleusement, Bill Quigley et Amber Ramanaukas, pour répondre à la lan­ci­nante ques­tion posée par les Haïtiens et d’autres per­sonnes à tra­vers le monde sur la des­ti­na­tion de l’argent de l’aide, ont iden­ti­fié sept sec­teurs où l’argent est allé et où il n’est pas allé.

Les États-Unis au crible

Après le trem­ble­ment de terre, les États-Unis ont alloué 379 mil­lions de dol­lars d’aide et envoyé 5 000 hommes de troupe en Haïti. L’Associated Press a décou­vert que sur ces 379 mil­lions de dollars,la majo­rité de ce mon­tant n’est pas par­venu direc­te­ment ou indi­rec­te­ment à Haïti. L’agence a révélé que 33 cen­times sur chaque dollar ont servi à rem­bour­ser les frais pour les mili­taires envoyés en Haïti. 43 cen­times sur chaque dollar ont été diri­gés vers des ONG ou des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales comme « Save the chil­dren », Programme ali­men­taire mon­dial (PAM) et l’Organisation pan­amé­ri­caine de la santé (OPS). Le gou­ver­ne­ment haï­tien et les haï­tiens n’ont rien reçu direc­te­ment, ont sou­li­gné les auteurs de l’article « Haïti après le séisme ».

Le total de l’enveloppe de 1 mil­liard 600 mil­lions de dol­lars allouée par les Etats-Unis pour les efforts huma­ni­taires a été ven­tilé dans un rap­port du Congrès amé­ri­cain en août 2010. 655 mil­lions ont été rem­bour­sés au minis­tère de la Défense ; 220 mil­lions au minis­tère de la Santé qui a donné des sub­ven­tions à des Américains ayant par­ti­cipé à des opé­ra­tions d’évacuation d’Haïtiens ; 350 mil­lions ont été donnés à l’USAID pour des opé­ra­tions d’assistance-désastre ; 150 mil­lions de dol­lars pour le minis­tère de l’Agriculture des États-Unis pour une assis­tance ali­men­taire d’urgence ; 15 mil­lions pour le minis­tère de la Sécurité inté­rieure et l’Immigration pour les frais d’immigration, selon l’article de Counterpunch.

L’assistance inter­na­tio­nale a suivi la même voie. L’envoyé spé­cial pour l’ONU a rap­porté que sur les 2,4 mil­liards de dol­lars des fonds pour les opé­ra­tions huma­ni­taires, 34 % ont retourné dans les pays dona­teurs pour payer leurs propres citoyens, civils ou mili­taires impli­qués dans les réponses immé­diates après le désastre ; 28 % de cette enve­loppe ont été donnés à des agences onu­siennes et des agences non gou­ver­ne­men­tales pour des pro­jets spé­ci­fiques de l’ONU ; 26 % ont été donnés à des contrac­tants privés et d’autres ONG ; 6 % pour des ser­vices ; 5 % pour la société natio­nale et inter­na­tio­nale de la Croix-Rouge ; 1 % au gou­ver­ne­ment haï­tien pour four­nir des tentes aux sinis­trés et quatre-dixième de 1 % a été alloué pour les ONG haï­tiennes, a pour­suivi l’article. En clair, moins de 1 penny sur chaque dollar amé­ri­cain du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain a été donné au gou­ver­ne­ment haï­tien, selon l’AP, cité plus loin dans l’article du Counterpunch. C’est aussi vrai pour d’autres dona­teurs inter­na­tio­naux qui ont com­plè­te­ment contourné le gou­ver­ne­ment haï­tien, a sou­li­gné ce texte.

Les ONG et les entre­prises haï­tiennes tenues à l’écart

Le Centre de recherche sur les poli­tiques éco­no­miques, qui a ana­lysé 1 490 contrats donnés par le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain de jan­vier 2010 à avril 2011, a trouvé que seule­ment 23 contrats ont été octroyés à des entre­prises haï­tiennes. 194 mil­lions de dol­lars ont été donnés à des contrac­tants, 4,8 mil­lions à des com­pa­gnies haï­tiennes, soit seule­ment 2,5 % du mon­tant global, a révélé l’article de Bill Quigley et Amber Ramanaukas. D’un autre côté, des contrac­tants dans la région de Washington ont reçu des contrats pour 76 mil­lions, soit 39, 4 % du mon­tant total.

La Croix-Rouge amé­ri­caine a reçu plus de 486 mil­lions de dol­lars. Deux tiers de ce mon­tant ont été alloués pour des opé­ra­tions d’urgence et de relè­ve­ment. Mais, a ajouté l’article, les infor­ma­tions sortent dif­fi­ci­le­ment de la Croix-Rouge dont le conseil d’administration touche 500 000 dol­lars par an. En regar­dant un contrat de 8,6 mil­lions de dol­lars entre l’USAID et le CHF pour le ramas­sage de débris à Port-au-Prince, l’article sou­ligne les connec­tions du CHF avec des hommes poli­tiques influents à Washington.

Rolling Stone, dans un excellent article de Janet Reitman sur un autre contrat de 1,5 mil­lion de dol­lars amé­ri­cains entre l’USAID et la firme « Dalberg global deve­lop­ment advi­sors », a révélé que l’équipe de cette firme n’avait aucune expé­rience à l’étranger, aucune expé­rience dans la pla­ni­fi­ca­tion urbaine ni d’expérience dans les opé­ra­tions de désastre. « Un seul membre de cette firme parle fran­çais », avait révélé l’article de Rolling Stone cité par Bill Quigley et Amber Ramanaukas dans Counterpunch. L’USAID a revu son tra­vail et a com­pris qu’il était clair que ces gens n’étaient même pas des­cen­dus de leurs SUVs, selon Rolling Stone.

Selon « Haïti après le séisme » de Counterpunch, le fonds Clinton-Bush a col­lecté 54 mil­lions de dol­lars depuis sa créa­tion en jan­vier 2010. Et il a financé, entre autres, à hau­teur de 2 mil­lions de dol­lars, la construc­tion d’un hôtel de 29 mil­lions de dollars.

D’un autre côté, Bill Quigley et Amber Ramanaukas se demandent qu’est-ce que la Croix-Rouge et des ONG ont fait de près de 2 mil­liards de dol­lars de dons four­nis par des par­ti­cu­liers après le séisme.

Près de deux ans après le trem­ble­ment de terre, moins de 1 % des 412 mil­lions de dol­lars d’un fonds alloué à la recons­truc­tion d’infrastructures a été dépensé par l’USAID quant le niveau de décais­se­ment devait être de 12 % d’ici au mois de novembre 2011 confor­mé­ment aux exi­gences du dépar­te­ment d’Etat, selon le rap­port du « US Governement accoun­ta­bi­lity office » (GAO).

La per­for­mance de la CIRH et du FRH est aussi pauvre. Le Miami Herald a noté, selon « Counterpunch », qu’au mois de juillet 2011, des pro­jets d’un mon­tant de 3 mil­liards 200 mil­lions de dol­lars ont été approu­vés par la CIRH. Seulement cinq pro­jets d’un mon­tant total de 84 mil­lions de dol­lars ont pu être achevés.
Au terme cet article, Bill Quigley et Amber Ramanaukas ont fait des recom­man­da­tions pour le future. Plus de trans­pa­rence, d’équité et plus d’implication des Haïtiens et du gou­ver­ne­ment d’Haïti dans la reconstruction.

Comme ça ils seront peut-être plus faciles à blâmer….

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