Les grands enjeux des résistances autochtones

Par Mis en ligne le 02 août 2013

« Les diverses réalités, l’humain, la vie non-humaine et l’environnement naturel, ne peuvent se développer dans la conflictualité. Cette idée, qui semblait ésotérique il n’y a pas si longtemps, resurgit dans un monde où la voix des autochtones résonne de plus en plus fortement. »

Geneviève Beaudet

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Aujourd’hui, les autoch­tones occupent une place par­ti­cu­lière, mais non unique, dans le dis­po­si­tif stra­té­gique mis en place par l’État cana­dien. En théo­rie en tout cas, cette réa­lité indique qu’une conver­gence entre le mou­ve­ment autoch­tone et le mou­ve­ment popu­laire au Québec et au Canada est néces­saire. Mais on le sait, les obs­tacles sont impor­tants. D’emblée, les mou­ve­ments sociaux doivent partir de la réa­lité colo­niale struc­tu­rée par les États et impo­sée aux peuples autoch­tones. La reven­di­ca­tion autoch­tone n’est pas seule­ment pour récla­mer de meilleures condi­tions et même des droits, mais pour briser le rap­port qui conti­nue de les sub­ju­guer comme peuples. À un autre niveau, il faut accep­ter que les Blancs, y com­pris le peuple qué­bé­cois, ne sont pas « pro­prié­taires » du ter­ri­toire. Il n’y a pas de rela­tion durable qui ne parte de cette réa­lité, ce qui impose de dia­lo­guer de peuple sou­ve­rain à peuple sou­ve­rain, d’égal à égal.

Une bataille opiniâtre

On le sait et on le voit, impo­ser un tel dia­logue d’égal à égal n’est pas une mince tâche. Les élites et les poli­tiques éta­tiques tentent tou­jours de divi­ser par la déma­go­gie, le men­songe et la coop­ta­tion. Mais dans l’histoire récente, il y a eu des luttes et des conver­gences. Souvenons-nous de la cam­pagne cou­ra­geuse du Réseau de soli­da­rité avec les autoch­tones au moment de la crise d’Oka, ou encore aux inter­ven­tions per­sis­tantes de la Ligue des droits et liber­tés. Encourageons-nous du fait que des intel­lec­tuels, des artistes, des ensei­gnants blancs et autoch­tones réus­sissent à se mettre ensemble pour éveiller et édu­quer, comme la revue Recherches amé­rin­diennes, le Festival « Présence autoch­tone »), sans comp­ter les ini­tia­tives étu­diantes qui abondent à l’UQAM et à Concordia, de même qu’au campus de Val d’Or de l’UQAT par exemple. Ces efforts sont admi­rables pour chan­ger la per­cep­tion du « peuple invi­sible », selon la belle et triste expres­sion du poète et cinéaste Richard Desjardins.

Aujourd’hui, il faut aller plus loin. Est-ce fai­sable ? À une échelle modeste, c’est ce que des citoyens de Villeray à Montréal ont fait durant l’été 2010 en lien avec un projet de la com­mu­nauté inuite (réha­bi­li­ta­tion d’un hôpi­tal), et cette action a sus­cité un vif débat. Sur un registre poli­tique, c’est exac­te­ment ce que Françoise David vient de dire en appui aux actions d’Idle no More et en oppo­si­tion aux poli­tiques de Harper qui mènent à « l’érosion des normes envi­ron­ne­men­tales, l’exploitation accé­lé­rée des res­sources natu­relles, au non-res­pect de la sou­ve­rai­neté des nations autoch­tones » (11 décembre 2012).

Pour vrai­ment concré­ti­ser tout cela, on peut écou­ter les popu­la­tions autoch­tones. Comme l’explique Dalie Giroux (dans un article à paraître dans le numéro 9 des NCS), celles-ci ont une autre concep­tion du monde. La pré­sence humaine sur la terre n’est pas sépa­rée de cette terre. Les humains sont une com­po­sante d’une réa­lité plus vaste où ils coexistent dans une dépen­dance mutuelle et per­pé­tuelle avec les autres formes de vie et même de non-vie. Cette néces­saire soli­da­rité, c’est ce que veulent dire les Quechuas et les Aymaras des Andes par la PACHAMAMA, un terme qu’on a de la dif­fi­culté à tra­duire (la « terre-mère »). Les diverses réa­li­tés, l’humain, la vie non-humaine et l’environnement natu­rel, ne peuvent se déve­lop­per dans la conflic­tua­lité. Cette idée, qui sem­blait éso­té­rique il n’y a pas si long­temps, resur­git dans un monde où la voix des autoch­tones résonne de plus en plus for­te­ment.

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