Les femmes et LA crise de LA civilisation

Par , Mis en ligne le 05 septembre 2010

La conver­gence des dif­fé­rents aspects de la crise glo­bale du capi­ta­lisme aujourd’hui nous confirme dans l’idée que nous sommes face à des crises éco­no­miques, éco­lo­giques et sociales sys­té­miques qui en se com­bi­nant pro­duisent une crise de civi­li­sa­tion.

Dans cet article nous vou­lons mon­trer les façons dont cette crise concerne plus par­ti­cu­liè­re­ment les femmes.

Cette contri­bu­tion, issue du sémi­naire femmes tenu à l’IIRE en juillet 2009, est sou­mise à la dis­cus­sion du Congrès mon­dial de la Quatrième Internationale par Hall (Commission de Recours, Grande-Bretagne) et Philomena (Comité International, France).

Avant le début de la crise, les femmes étaient déjà les plus mal loties, il n’est donc pas sur­pre­nant que nous res­sen­tions plus for­te­ment les effets de ces désastres. Malgré les avan­cées grâce aux luttes des femmes, leur posi­tion de subor­di­na­tion sur le marché du tra­vail reste le reflet de la divi­sion sexuelle du tra­vail et du statut infé­rieur des femmes à l’intérieur de la famille capi­ta­liste patriar­cale. La famille, com­bi­née avec le sys­tème d’éducation, conti­nue à repro­duire l’idée que les femmes sont fon­da­men­ta­le­ment infé­rieures aux hommes – ou qu’elles ont au mieux une autre voca­tion en étant les soi­gnantes aussi bien des enfants que des per­sonnes âgées – et c’est sur cette idée que l’État revient pour tailler dans les ser­vices publics. La famille reste le lieu prin­ci­pal de la vio­lence et de la répres­sion contre les femmes.

Et on peut en être cer­tain, ce qui est testé aujourd’hui sur elles pour que les capi­ta­listes n’aient pas à payer pour la crise, sera imposé demain à toute la classe ouvrière, comme nous l’avons vu dans beau­coup d’autres exemples, en par­ti­cu­lier avec le temps par­tiel.

En réponse à cette situa­tion, nous devons tenir compte de l’oppression spé­ci­fique des femmes dans nos reven­di­ca­tions, en tant qu’organisation poli­tique, et dans les mobi­li­sa­tions. Cela veut dire que nous met­trons en avant dans cer­tains cas des demandes spé­ci­fiques les concer­nant (par exemple, l’avortement, des droits à la retraite) mais aussi que nous tien­drons compte de leur point de vue dans tout ce que nous disons.

Si par exemple, la reven­di­ca­tion d’une dimi­nu­tion du temps de tra­vail par jour/​semaine est dans l’intérêt des sala­rié-e-s, elle est par­ti­cu­liè­re­ment impor­tante pour les femmes ayant une double jour­née de tra­vail. Un autre exemple : en consé­quence de la crise finan­cière, nous met­tons en avant la natio­na­li­sa­tion des banques, bien que nous sachions que la crise éco­no­mique n’est pas uni­que­ment une crise ban­caire. Mais les femmes, étant une des par­ties les plus pauvres de la classe tra­vailleuse, sont par­ti­cu­liè­re­ment frap­pées par l’augmentation des taux d’intérêt et la limi­ta­tion des faci­li­tés de crédit.

Le contexte dans lequel nous for­mu­lons ces demandes est évi­dem­ment dif­fé­rent selon les pays et ces reven­di­ca­tions doivent répondre aux réa­li­tés concrètes dans les­quelles nous tra­vaillons. Le pro­gramme déve­loppé par les cama­rades belges lors des élec­tions euro­péennes de 2009 « Une Europe éco­so­cia­liste sera fémi­niste ou ne sera pas » en est un bon exemple.

Les femmes par­ti­cipent à la résis­tance aux attaques et à la lutte pour créer un autre monde éco­so­cia­liste et fémi­niste qui devient de plus en plus néces­saire dans notre quo­ti­dien. Pour réus­sir cela, leur auto-orga­ni­sa­tion sera déci­sive. Les avan­cées réa­li­sées par celles de l’Équateur dans l’Assemblée Constituante et la cam­pagne contre la dette publique, ne consti­tuent pas des faveurs accor­dées par Correa, elles sont le résul­tat de l’auto-organisation des femmes ce qui a créé un rap­port de forces per­met­tant de gagner.

Les femmes et le changement climatique

La majo­rité des femmes des pays du Sud vivent dans la pau­vreté et l’inégalité, et ce sont elles qui sont frap­pées les pre­mières par la crise cli­ma­tique, pro­ve­nant des émis­sions pro­duites prin­ci­pa­le­ment par les pays du Nord. Quatre-vingt pour cent du 1,3 mil­liard de per­sonnes vivant sous le seuil de pau­vreté dans le monde sont des femmes.

Dans le Sud, les femmes pro­duisent 80% de la nour­ri­ture. La déser­ti­fi­ca­tion, la perte de res­sources en eau, etc., ont un impact énorme sur leur vie quo­ti­dienne. Quand les gens sont obli­gés de partir parce que l’endroit où ils vivent ne pro­duit plus de nour­ri­ture à cause du chan­ge­ment cli­ma­tique, ce seront les femmes et leurs enfants qui for­me­ront la majo­rité des per­sonnes dépla­cées.

Un rap­port publié par Oxfam en juin 2009, « The Winds of Change : Climate change, poverty and the envi­ron­ment in Malawi » (Les vents du chan­ge­ment : chan­ge­ment cli­ma­tique, pau­vreté et l’environnement au Malawi) explique que les femmes sont les pre­mières vic­times du chan­ge­ment cli­ma­tique à cause des rôles mul­tiples qui sont les leurs en tant que pay­sannes, pro­duc­trices de nour­ri­ture, d’eau et de bois de chauf­fage, et s’occupant des enfants. Le rap­port explique éga­le­ment que celles du Malawi n’ont aucun pou­voir sur la prise des déci­sions et que le chan­ge­ment cli­ma­tique accen­tue les inéga­li­tés. Il explique en plus que l’aggravation de la pau­vreté aug­men­tera la pres­sion sur elles afin qu’elles se pros­ti­tuent pour obte­nir de la nour­ri­ture, ce qui à son tour aug­men­tera le risque de conta­mi­na­tion par le virus du SIDA. L’augmentation des infec­tions par le virus, à son tour, affai­blira la capa­cité des popu­la­tions de résis­ter au chaos cli­ma­tique.

En 2008, le nombre de per­sonnes mal nour­ries à aug­menté de 800.000 pour atteindre le chiffre global de plus de 1 mil­liard. En même temps, on voit réap­pa­raître des mala­dies comme le cho­léra, mala­die par­fai­te­ment évi­table, mais qui surgit de nou­veau dans cette crise de civi­li­sa­tion.

Le combat des femmes pour avoir accès à une édu­ca­tion publique et des soins de santé gra­tuits, y com­pris l’avortement, la contra­cep­tion et l’éducation sexuelle, est un élé­ment essen­tiel pour lutter contre la crise cli­ma­tique dans le sud. Elles sont sou­vent à l’avant-poste des cam­pagnes pour défendre et élar­gir ces droits essen­tiels.

La réponse néo-mal­thu­sienne à la crise cli­ma­tique pré­tend qu’il y a trop de monde sur la pla­nète, elle cherche à limi­ter le droit des femmes à dis­po­ser de leur corps, c’est une réponse raciste car la crois­sance démo­gra­phique est plus impor­tante dans les pays du sud. Nous lut­tons pour l’élargissement des droits des femmes concer­nant le contrôle de leur fécon­dité et en même temps nous lut­tons pour l’éradication de la pau­vreté, seul moyen pour que la pres­sion démo­gra­phique dans les com­mu­nau­tés dimi­nue. Nous lut­tons éga­le­ment contre le consu­mé­risme capi­ta­liste, une consom­ma­tion de pro­duits sans valeur d’usage et nocives pour l’environnement.

L’impact crois­sant de l’agrobusiness, la pro­duc­tion d’agrocarburants et la vente de terres aux mul­ti­na­tio­nales pour conti­nuer à extraire du pétrole et d’autres richesses, sont à l’origine d’une perte de terre et d’autonomie pour les petits pro­duc­teurs, dont une majo­rité sont des femmes, sou­vent de com­mu­nau­tés indi­gènes. Les pes­ti­cides détruisent la pro­duc­tion bio des petits pro­duc­teurs.

Les femmes indi­gènes et les femmes pay­sannes sans terre jouent un rôle cen­tral dans la défense des éco­sys­tèmes fores­tiers contre les gou­ver­ne­ments qui veulent les vendre aux plus offrants et aux mul­ti­na­tio­nales sou­hai­tant les uti­li­ser pour pro­duire des agro­car­bu­rants et pour en extraire d’autres richesses comme l’eau, les bois tro­pi­caux ( à crois­sance très lente) et aussi du pétrole et des mine­rais divers. Les actions des femmes de Via Campesina au Brésil, qui ont détruit les plan­ta­tions d’eucalyptus d’Aracruz Celulosa, sont un exemple vic­to­rieux de leur rôle diri­geant dans la défense de la bio­sphère. Au sein de beau­coup de com­mu­nau­tés indi­gènes elles jouent éga­le­ment un rôle cen­tral dans la défense des terres ances­trales.

  • Baisse de la consom­ma­tion d’énergie par l’arrêt des pro­duc­tions qui gas­pillent, dont l’industrie de l’armement, l’industrie nucléaire, la publi­cité, l’expansion du trans­port aérien
  • Relocalisation de la pro­duc­tion, y com­pris de l’agriculture
  • Arrêt de l’utilisation de res­sources éner­gé­tiques dan­ge­reuses et expan­sion des éner­gies renou­ve­lables
  • Transports publics de bonne qua­lité et gra­tuits

Les femmes et la crise économique

La mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale a aug­menté consi­dé­ra­ble­ment le tra­vail pré­caire, avec des contrats à court terme et l’extension mas­sive du temps par­tiel. Au même moment, l’économie infor­melle s’est éten­due du sud vers des régions du nord et vers des sec­teurs qui, avant, fai­saient partie de l’économie for­melle.

La majo­rité de ceux qui tra­vaillent dans l’économie infor­melle sont des femmes et des enfants. Un à deux pour cent des popu­la­tions urbaines dans le monde par exemple, essaient de sur­vivre en triant des déchets dans les décharges. Il s’agit en majo­rité de femmes et d’enfants. La demande indus­trielle de papier recy­clé, sur­tout en Chine, dimi­nue déjà à cause de la réces­sion, ce qui signi­fie que les prix de ces pro­duits sont en forte baisse . Les sec­teurs de la popu­la­tion qui vivent de la col­lec­tion et de la vente du papier usé se retrouvent donc dans une situa­tion beau­coup plus dif­fi­cile pour sur­vivre.

Lors d’une réces­sion, on voit qu’il y a perte de tra­vail dans le sec­teur infor­mel et en même temps on voit des bou­lots du sec­teur formel se dépla­cer vers le sec­teur infor­mel. Des indus­tries expor­ta­trices du sud comme le sec­teur du tex­tile, qui employait beau­coup de femmes, ont connu une crois­sance rapide : ces der­nières sept années, plus de 100.000 nou­veaux emplois ont été créés en Afrique par exemple. Mais avec la crise, la demande a chuté. Aux Philippines 42.000 emplois ont été perdus en un jour dans le sec­teur du tex­tile, des semi-conduc­teurs et de l’industrie élec­tro­nique où la majo­rité des sala­riés étaient des femmes (Oxfam Report, Paying the Price for the Economic Crisis, mars 2009).

L’industrie manu­fac­tu­rière expor­ta­trice est un sec­teur où les tra­vailleurs n’ont pra­ti­que­ment pas de droits, ce qui fait que la plu­part des femmes qui ont perdu leur emploi dans ce sec­teur n’ont reçu ni prime de licen­cie­ment, ni revenu de rem­pla­ce­ment payé par la sécu­rité sociale. Même là où ces droits existent léga­le­ment, les patrons ignorent leurs obli­ga­tions parce qu’il n’y a pas d’organisation de sala­riés pour impo­ser l’application de ces droits.

L’expansion du micro­cré­dit a été impor­tante pour qu’un nombre crois­sant de femmes du sud acquièrent une cer­taine indé­pen­dance éco­no­mique. Mais avec la réces­sion, l’accès au crédit a été for­te­ment réduit, ce qui a eu un impact néga­tif pour leur indé­pen­dance éco­no­mique et donc sociale et poli­tique.

La perte d’emplois dans le sec­teur formel causé par la crise, a eu des consé­quences dif­fé­rentes dans plu­sieurs pays. L’industrie auto­mo­bile – un des sec­teurs les plus tou­chés – est en majo­rité mas­cu­line. Dans cer­tains endroits, en géné­ral dans des pays indus­tria­li­sés du monde capi­ta­liste avan­cés où la crise a déjà frappé dure­ment, il y a eu d’importantes pertes d’emploi dans le sec­teur des ser­vices, sec­teur avec une majo­rité de sala­riées femmes. Dans d’autres pays, on peut s’attendre à ce qu’il soit touché pro­chai­ne­ment.

Bien que les chiffres sur le taux de chô­mage des hommes et des femmes soient dif­fi­ciles à trou­ver, il semble que la dif­fé­rence entre eux n’ait pas aug­menté. Mais cela sera le cas dès le moment où la crise aura eu des consé­quences plus grandes dans le sec­teur des ser­vices. Selon l’Oxfam, la majo­rité des pertes d’emplois concerne les femmes dans le sud tandis qu’aux États-Unis, leur chô­mage a aug­menté plus vite que celui des hommes en mai 2009 (5,6% pour les femmes et 4,1% pour les hommes – Womenstake​.org).

Les femmes tra­vailleuses conti­nuent à être vic­times de dis­cri­mi­na­tions lorsqu’elles sont enceintes, malgré la pro­tec­tion légale qui existe dans les pays capi­ta­listes avan­cés. La pos­si­bi­lité d’une gros­sesse se trouve en effet der­rière les dis­cri­mi­na­tions contre les femmes en âge de pro­créer. En Grande-Bretagne il semble que cet état de fait se soit aggravé dans la réces­sion. Voici ce qu’écrit l’Alliance contre la Discrimination lors d’une Grossesse, une coa­li­tion de plu­sieurs groupes qui mènent cam­pagne sur ce pro­blème :

« Il y a une aug­men­ta­tion alar­mante des licen­cie­ments de femmes enceintes et de jeunes mères. Certains employeurs semblent uti­li­ser la réces­sion pour enfreindre la loi contre la dis­cri­mi­na­tion. Avec le ralen­tis­se­ment éco­no­mique nos orga­ni­sa­tions reçoivent un nombre crois­sant de coups de télé­phone de femmes enceintes ou jeunes mères vic­times de dis­cri­mi­na­tion. Nous avons des cas concrets de femmes licen­ciées parce qu’elles étaient enceintes ou de mères retour­nant du congé mater­nel qui découvrent que leur emploi a dis­paru. »

« Avant la réces­sion, la Commission de l’Égalité des Chances esti­mait déjà le nombre de licen­cie­ments de femmes enceintes à 30.000 par an et ce chiffre va pro­ba­ble­ment aug­men­ter. Cette consé­quence cho­quante de la réces­sion n’est pas seule­ment immo­rale et nuit pro­fon­dé­ment à l’égalité des genres sur les lieux de tra­vail – elle est aussi illé­gale. » [1]

Le pre­mier signe visible de la crise actuelle, la crise des sub­primes aux États-Unis, a par­ti­cu­liè­re­ment frappé les femmes – sur­tout les femmes de cou­leur. Trente-deux pour cent d’entre elles ayant un crédit hypo­thé­caire ont un crédit sub­prime contre 24% des hommes ; les pro­prié­taires de maison Afro-Américains ou Latinos ont 30% de chance en plus de rece­voir un prêt à haut risque (sub­prime) (Ms Foundation for Women).

Le taux de pau­vreté est évi­dem­ment en hausse lors d’un ralen­tis­se­ment éco­no­mique ; les coûts des besoins de base comme la nour­ri­ture, les trans­ports et l’énergie aug­mentent, tout comme le nombre de familles pauvres. Une fois qu’une famille est tombée dans la pau­vreté, il lui est dif­fi­cile d’en sortir. On estime que 60% des familles, dont le revenu se situe dans les 20% les plus bas, res­tent dans cette situa­tion dix ans après (Ms Foundation for Women).

Quand les femmes n’ont plus de pers­pec­tive d’emploi ni aujourd’hui ni dans le futur, même pas dans le sec­teur infor­mel dont les rangs se gonflent de plus en plus, l’histoire nous apprend qu’elles se retournent vers celle du mariage et de l’éducation des enfants comme seule alter­na­tive accep­table. D’autres vont vendre leur corps pour main­te­nir un toit au-dessus de la tête de leurs enfants.

  • Nationalisation des banques sous contrôle popu­laire, exten­sion de la four­ni­ture de micro­cré­dits et aug­men­ta­tion des aides gou­ver­ne­men­tales par­ti­cu­liè­re­ment aux femmes.
  • Diminution du temps de tra­vail par jour/​semaine sans perte de salaire
  • Abolition des CDD, un emploi en CDI avec tous les droits pour tous les sala­rié-e-s
  • Contre toute dis­cri­mi­na­tion sur les lieux de tra­vail y com­pris les dis­cri­mi­na­tions de genre, de statut mari­tal, d’âge ou d’orientation sexuelle
  • Création de nou­veaux emplois ouverts aux hommes et aux femmes
  • Pas de dis­cri­mi­na­tions concer­nant les retraites et les allo­ca­tions sociales

Les femmes et les Services publics

La défense des ser­vices de base – en pre­mier lieu l’eau mais éga­le­ment l’électricité, le loge­ment et les trans­ports – sous contrôle public et à un prix abor­dable – de pré­fé­rence gra­tuits – est essen­tielle. Les femmes ont sou­vent joué un rôle diri­geant dans les luttes pour défendre et élar­gir ces ser­vices de base, de la lutte vic­to­rieuse contre la pri­va­ti­sa­tion de l’eau en Cochabamba (Bolivie) en 2000 aux luttes contre les pri­va­ti­sa­tions des che­mins de fer, de la culture du riz et du coton au Mali.

La crise éco­no­mique à laquelle nous sommes confronté-e-s aujourd’hui, ne verra aucune pause dans les poli­tiques néo­li­bé­rales de pri­va­ti­sa­tions et d’attaques contre les ser­vices publics. Ceci touche plus par­ti­cu­liè­re­ment les femmes qui forment la majo­rité des sala­rié-e-s dans les ser­vices publics et elles sont aussi le groupe qui dépend le plus de ces ser­vices. Les attaques contre les sys­tèmes de santé en Europe en sont un exemple per­ma­nent. En France, on ferme les écoles mater­nelles publiques et gra­tuites pour les enfants à partir de deux ans, au profit de jar­dins d’éveil privés et payants ce qui entraîne des pertes d’emploi dans le sec­teur public et aug­mente le prix à payer pour la prise en charge des enfants. Au Mexique, l’externalisation par l’État d’un nombre crois­sant de centres pour la petite enfance au profit de mana­gers-pro­prié­taires a mené à un déclin sévère de la qua­lité du ser­vice ; le résul­tat le plus cruel a été la mort de 48 enfants en juin 2009 lors d’un incen­die dans un centre pour enfants à Hermosillo, Sonora. Le centre était la pro­priété de membres de la famille d’officiels haut placés du gou­ver­ne­ment, il était situé sous le même toit qu’un entre­pôt de mar­chan­dises. Face à la cor­rup­tion et l’impunité des res­pon­sables, l’horreur dans l’opinion a créé un mou­ve­ment qui a fait perdre le poste de gou­ver­neur au parti domi­nant, mais les cou­pables n’ont tou­jours pas été jugés.

Dans les pays où l’avortement est léga­lisé ( sous cer­taines condi­tions), les cou­pures dans les ser­vices de santé ont déjà des consé­quences pour l’accès des femmes à l’avortement et à la contra­cep­tion. Les maison d’accueil de crise (viol, vio­lences) et d’autres ser­vices pour les femmes reçoivent moins de sub­ven­tions. Sous le pré­texte de néces­sité éco­no­mique, cer­tains qui consi­dèrent ces ser­vices comme des options sup­plé­men­taires et d’autres qui ne les ont jamais approu­vés, seront heu­reux de couper les sub­ven­tions pour ces pro­jets.

Les ser­vices sociaux à la per­sonne sont de plus en plus pri­va­ti­sés par­tout en Europe : au moins est-ce le cas en France, en Suède, en Belgique et en Grande-Bretagne. Il s’agit de tra­vailleuses qui sont employées pour le tra­vail à domi­cile (net­toyer la maison et le linge, pré­pa­rer la nour­ri­ture, soins des enfants et par­fois des han­di­ca­pés ou des per­sonnes âgées) dans la maison de familles aisées (orga­nisé par l’État ou par des entre­prises pri­vées). Ces femmes tra­vaillent par­fois sur cinq postes dif­fé­rents avec un nombre d’heures très limité à chaque endroit et un temps de trajet par­fois aussi long que celui du tra­vail. Ces emplois ont un statut très bas, ils ont peu de pro­tec­tion sociale et le déve­lop­pe­ment de ces ser­vices est uti­lisé comme argu­ment pour réduire les ser­vices publics, en par­ti­cu­lier dans le sec­teur des maison de retraite.

Les très bas salaires dans ce sec­teur se tra­duisent en pau­vreté pour les femmes concer­nées. Et au vu des « réformes » des sys­tèmes de sécu­rité sociale dans plu­sieurs pays, les chô­meurs ont l’obligation d’accepter toute offre d’emploi sous peine de perdre leur allo­ca­tion ; il devient donc de plus en plus dif­fi­cile pour les sala­rié-e-s de refu­ser ces emplois tandis que les patrons peuvent dis­po­ser d’une force de tra­vail de moins en moins coû­teuse. Ces évo­lu­tions ont aussi comme résul­tat que les dif­fé­rences se creusent entre les femmes qui ont un pou­voir éco­no­mique et social plus grand et qui deviennent les employeurs de celles – sou­vent noires ou migrantes – qui n’en ont pas.

  • Pour la défense et l’expansion des ser­vices publics sous le contrôle des sala­rié-e-s et des uti­li­sa­teurs
  • Pour l’extension de ser­vices publics de la petite enfance de haute qua­lité

Les femmes et la migration

Le nombre total des migrant-e-s inter­na­tio­naux a plus que doublé dans le cou­rant des qua­rante der­nières années tandis que le pour­cen­tage de la popu­la­tion mon­diale qui est migrante, est resté assez stable. Il y a actuel­le­ment 175 mil­lions de migrants inter­na­tio­naux c’est-à-dire envi­ron 3,5% de la popu­la­tion mon­diale. Presque la moitié sont des femmes, malgré l’idée admise que les migrants sont en majo­rité des hommes. Les migra­tions s’effectuent dans la plu­part des cas vers des pays limi­trophes, il y a des migra­tions à l’intérieur de cer­tains pays et il y a des migra­tions vers d’autres conti­nents.

L’argent qui est ren­voyé à la maison par les migrants, joue un rôle cru­cial dans l’économie de plu­sieurs pays du sud. En 2008, cet argent repré­sen­tait par exemple pour les Philippines, la somme de 16,4 mil­liards de $ US ; en mars 2009, la somme envoyée était de 1,47 mil­liard $ US. Ces ren­vois d’argent repré­sentent pour sept pays d’Amérique Latine et des Caraïbes plus de 10% du P.I.B, et il est plus impor­tant que le flux de dol­lars des expor­ta­tions les plus impor­tantes.

Avec l’approfondissement de la crise, la migra­tion des femmes aug­men­tera encore pour plu­sieurs rai­sons : elles émigrent parce qu’elles ne trouvent plus d’emploi chez elles, ou bien cet emploi n’est pas assez payé pour entre­te­nir la famille. Au Philippines, il y a 4,5 mil­lions de familles qui ne peuvent pas se pro­cu­rer le mini­mum de nour­ri­ture.

Dans cer­tains cas en effet, la majo­rité des migrants sont des femmes : il en est ainsi pour les migrants phi­lip­pins qui sont pour 70% des femmes, employées le plus sou­vent au noir dans le tra­vail domes­tique. Le RMPP (sec­tion Philippine de la IV Internationale) fait un tra­vail en Europe pour orga­ni­ser les Philippinas migrantes et pour essayer d’obtenir des droits pour ces tra­vailleuses.

Comme tant d’autres femmes d’Asie, d’Afrique, d’Amérique Latine et d’Europe de l’Est, les femmes phi­lip­pines sont tra­vailleuses domes­tiques, elles repré­sentent un chaî­non du sys­tème de soins domes­tiques global. Les femmes du pre­mier monde veulent se libé­rer du tra­vail domes­tique et pour­suivre une car­rière dans la sphère publique. Elles recherchent une autre femme pour rem­plir les fonc­tions domes­tiques. La migra­tion des tra­vailleuses domes­tiques est donc basée sur une demande éma­nant de la seg­men­ta­tion du marché du tra­vail selon le genre, dans les pays rece­vant les migrants. Les femmes des Philippines qui répondent à cette demande, ont elles-mêmes des enfants à la maison. Vu la divi­sion du tra­vail dans les ménages, elles ne peuvent pas exiger que leur mari reprenne les tâches domes­tiques. En plus, sou­vent les maris eux-mêmes sont aussi des migrants dans le sec­teur du bâti­ment.

La solu­tion pour les femmes migrantes, c’est d’employer à leur tour une femme comme domes­tique à la maison. Dans la famille des non migrants, mais où la mère est absente, il y donc aussi une demande de soins pour les enfants. Puisque cette famille ne peut pas se payer une tra­vailleuse à domi­cile, ce tra­vail est pris en charge par la fille aînée.

Au bout de cette chaîne mon­diale, la fille aînée va prendre soin de ses frères et sœurs, elle aura donc moins de temps libre pour jouer, étu­dier ou pour tra­vailler en dehors de la maison. Souvent aussi, la grand-mère s’occupe des enfants de la femme émi­grée. Ceci dimi­nue la pres­sion sur les enfants plus âgés mais signi­fie éga­le­ment que des grand-mères vivent pen­dant qua­rante ou cin­quante ans avec la res­pon­sa­bi­lité de soi­gner et d’éduquer des enfants. Chaque femme, le long de cette chaîne, a le sen­ti­ment qu’elle fait son devoir, on se passe les coûts cachés et à la fin, on arrive chez la fille aînée dans la famille qui ne migre pas. Le tra­vail des soins et de l’éducation des enfants dimi­nue en valeur le long de la chaîne et à la fin il devient gra­tuit.

Les familles de migrants sont pri­vées de l’affection et des soins per­son­nels par leurs mères, celles-ci se retrouvent comme mar­chan­dise sur le marché mon­dial. Cette « nou­velle mar­chan­dise » est promue et sou­te­nue par l’État. Les deux femmes pré­si­dentes des Philippines (Aquino et Arroyo) ont fait de ces migrantes, des « héroïnes » à cause du sacri­fice pour leur famille et pour que la nation pro­gresse grâce à l’argent ren­voyé au pays. La pré­si­dente Arroyo a promis aux pays du Moyen-Orient d’envoyer des tra­vailleuses à domi­cile, effi­caces et fiables. Si les pré­si­dentes parlent de ces migrantes comme des « nou­velles héroïnes », c’est pour ama­douer la détresse face à la sépa­ra­tion et l’exploitation.

Les femmes migrantes et leurs familles sont sacri­fiées sur l’autel de la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale. Celles qui tra­vaillent dans les ménages sont direc­te­ment vic­times de la crise finan­cière glo­bale, elles ne peuvent même pas reven­di­quer une prime de licen­cie­ment quand elles perdent leur tra­vail car elles tra­vaillent presque tou­jours au noir.

Un gou­ver­ne­ment comme celui des Philippines ignore ses propres obli­ga­tions légales de pro­tec­tion des migrants de son pays (Republic Act 8042 – Migrant Workers and Overseas Filipino Act de 1995). Depuis 2002 par exemple, six tra­vailleurs des Philippines, dont une femme, ont été exé­cu­tés en Arabie Saoudite, d’autres ont été condam­nés à mort pour des crimes qu’ils n’ont pas commis. La vio­lence (coups, viols, déten­tion forcée) envers les femmes migrantes tra­vailleuses à domi­cile, venant d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine dans les pays qui les accueillent, est bien connue.

Toutes les per­sonnes dépla­cées, ne deviennent pas des tra­vailleurs migrants. Des hommes, des femmes et des enfants sont dépla­cés en grand nombre à cause de guerres – y com­pris des guerres civiles – et par le chan­ge­ment cli­ma­tique parce que leurs lieux de vie deviennent inha­bi­tables. Les gens essayent d’échapper aux per­sé­cu­tions poli­tiques en quit­tant leur pays d’origine. Des femmes fuient la vio­lence à l’intérieur de la famille ou un mariage forcé. Beaucoup des migrants fuient en tant que réfu­giés poli­tiques en espé­rant obte­nir un endroit de sécu­rité dans le pays vers lequel ils fuient. Malheureusement, la majo­rité d’entre eux sont trai­tés comme des parias ou des pro­fi­teurs.

Le trafic des femmes a aussi connu une aug­men­ta­tion. Sa forme la plus connue, c’est le com­merce pour leur exploi­ta­tion sexuelle, en par­ti­cu­lier celles en pro­ve­nance de l’Europe de l’Est, d’Amérique latine, et d’Asie vers l’Europe occi­den­tale, il s’est créé ainsi un vaste réseau de tra­vailleuses for­cées du sexe. Mais le nombre de femmes qui sont ven­dues à l’intérieur de leur propre pays comme esclaves domes­tiques aug­mente aussi : une recherche par des fémi­nistes péru­viennes a démon­tré récem­ment que le groupe le plus impor­tant de femmes dans leur pays qui se trou­vaient vic­time de trafic, étaient des femmes indi­gènes kid­nap­pées et envoyées comme tra­vailleuses en ville. Ceci démontre bien les inéga­li­tés crois­santes à l’intérieur du pays.

Les femmes réfu­giées ou vic­times du trafic, ont encore moins de droits que les femmes tra­vailleuses, émi­grées. La majo­rité des réfu­giées res­tent dans d’autres pays du sud. Les condi­tions de vie des réfu­gié-e-s dans les pays capi­ta­listes avan­cés se sont dété­rio­rées ces der­nières années avec la mise en place de mesures plus répres­sives en Amérique du Nord, en Europe et Australasie (? ? ,) avec pour but de les exclure au maxi­mum. Ceci a pris dif­fé­rentes formes : tra­ver­sée des fron­tières plus dif­fi­cile, empri­son­ne­ment d’un grand nombre – femmes enceintes et enfants de tout âge inclus – dans des condi­tions inhu­maines et accès aux droits sociaux dans le pays « hôte » plus dif­fi­cile.

Ce n’est plus seule­ment l’extrême droite qui a fait des réfu­giés les boucs émis­saires de la crise, mais aussi des poli­ti­ciens des partis majo­ri­taires. Par le vote d’une loi d’urgence en Italie en février 2009, Berlusconi a essayé de manière cynique d’accuser les réfu­giés, et en par­ti­cu­lier les Roms, de vio­lence contre les femmes , tout en aug­men­tant le pou­voir de l’État.

  • Contre l’économie infor­melle
  • Pour la régu­la­ri­sa­tion du statut des migrants

Idéologie

La crise de civi­li­sa­tion est aussi le moteur de la crois­sance des idées réac­tion­naires. La poli­tique de Berlusconi qui blâme les immi­grés pour toutes les consé­quences de la crise et qui uti­lise cela comme excuse afin d’introduire des lois fortes sécu­ri­taires – donc anti-immi­grés – en est un exemple extrême.

La reli­gion a une emprise gran­dis­sante sur des par­ties de plus en plus impor­tantes des popu­la­tions et le fon­da­men­ta­lisme de toutes les grandes reli­gions consti­tue une menace. Le corps des femmes est un ter­rain de lutte pour tous les fon­da­men­ta­listes.

Un exemple frap­pant c’est la manière dont les élé­ments réac­tion­naires de l’Église Catholique d’Irlande ont uti­lisé la menace que le Traité de Lisbonne for­ce­rait l’Irlande à léga­li­ser l’avortement, pour sou­te­nir l’opposition réac­tion­naire au Traité, malgré le fait que ce projet de Traité ne contient rien sur l’avortement. Ceci a forcé l’Union Européenne à donner des garan­ties for­melles que l’adoption du Traité ne man­da­te­rait pas l’Irlande à léga­li­ser l’avortement, tout comme elle a été forcée de le faire sur la ques­tion de la pré­ser­va­tion de sa neu­tra­lité.

La col­lu­sion entre des gou­ver­ne­ments de droite et les hié­rar­chies reli­gieuses conti­nue à jouer de l’Italie à l’Iran, malgré les chan­ge­ments récents inter­ve­nus aux États-Unis. Une des consé­quences de ce chan­ge­ment est le ren­ver­se­ment de la poli­tique du gou­ver­ne­ment Bush qui refu­sait aux femmes de finan­cer des pro­jets de for­ma­tion sur les contra­cep­tifs – et même des ser­vices d’avortement. Ceci aura poten­tiel­le­ment un impact posi­tif pour les droits des femmes, plus par­ti­cu­liè­re­ment en Afrique. Mais le meurtre du doc­teur Tiller, un des rares méde­cins aux É.-U. qui pra­ti­quait ouver­te­ment des avor­te­ments tar­difs, doit nous rap­pe­ler que le fon­da­men­ta­lisme y reste encore bien vivant.

En plus, la doc­trine fon­da­men­ta­liste du régime de Bush a eu un impact néga­tif pro­fond sur la lutte contre le SIDA en Afrique, elle a détruit les vies de nom­breuses femmes. Soixante et un pour cent des malades du SIDA en Afrique sub-saha­rienne sont des femmes. Dans cer­tains pays le taux d’infection des femmes jeunes dépasse lar­ge­ment celui des hommes. Par exemple au Swaziland, il y a quatre fois plus de femmes entre 15 et 24 ans que d’hommes du même âge qui sont infec­tées. Le manque d’information sur la trans­mis­sion de la mala­die, la cupi­dité des com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques qui a sévè­re­ment limité l’accessibilité des anti­ré­tro­vi­raux dans les com­mu­nau­tés en ayant le plus besoin, sont les causes prin­ci­pales de ces ravages.

Au Nicaragua, en 2008, les Sandinistes ont jeté leurs prin­cipes poli­tiques par-dessus bord concer­nant la ques­tion de l’avortement dans le but de gagner les élec­tions, malgré le fait que rien n’indiquait que cela aug­men­te­rait leur nombre de votants. Ils n’ont pas sim­ple­ment aban­donné leur posi­tion anté­rieure mais ils ont éga­le­ment décidé de pour­suivre acti­ve­ment le mou­ve­ment des femmes en traî­nant devant la jus­tice neuf fémi­nistes connues dans le cadre d’un avor­te­ment thé­ra­peu­tique effec­tué sur une fillette de neuf ans, vic­time d’un viol. Est-ce un hasard si ces fémi­nistes sou­te­naient la belle-fille du Président Ortega dans son action contre lui pour abus sexuels ?

La col­lu­sion entre le gou­ver­ne­ment de droite du PAN et le PRI, au Mexique, a permis d’introduire une légis­la­tion sur le « droit à la vie » dans 13 états – ren­dant ainsi beau­coup plus dif­fi­cile l’extension du droit à l’avortement jusqu’à 12 semaines, intro­duit par le PRD dans le dis­trict de la ville de Mexico. Ceci a été pos­sible grâce au fait que cette avan­cée posi­tive s’est réa­li­sée au niveau des super­struc­tures et pas grâce à des mobi­li­sa­tions de masse qui auraient pu chan­ger les consciences en pro­fon­deur.

Le gou­ver­ne­ment Lula au Brésil a conti­nué l’élaboration d’un com­pro­mis avec le Vatican jusqu’au point d’envisager la pos­si­bi­lité d’introduire l’éducation reli­gieuse dans les pro­grammes sco­laires. A la fin de 2008, le pré­sident du Congrès, Arlindo Chinaglia, a créé une com­mis­sion par­le­men­taire d’enquête sur l’avortement. Elle avait comme mandat d’étudier l’institutionnalisation de la cri­mi­na­li­sa­tion des femmes qui défendent une loi pour l’avortement et de celles qui sont obli­gées d’y avoir recours. En plus, la Justice de l’État du Mato Grosso do Sul, dans la ville de Campo Grande, vient de citer devant la jus­tice, pour avoir pra­ti­qué des avor­te­ments, plus de 10.000 femmes en uti­li­sant les registres médi­caux d’une cli­nique clan­des­tine. Environ 1.200 femmes risquent d’être pour­sui­vies en procès.

En Afghanistan, un des trois pays au monde où les femmes meurent plus tôt que les hommes, nous avons assisté au spec­tacle gro­tesque du vote d’une loi qui léga­lise le viol dans le cadre du mariage et le débat sur une clause qui per­met­trait aux hommes d’affamer léga­le­ment leur femme si elle refuse d’avoir des contacts sexuels avec lui. C’est dans ce pays que ceux qui avaient com­mencé la guerre le 11 sep­tembre 2001, décla­raient de manière cynique qu’ils le fai­saient au nom de la défense des droits des femmes. Mais le gou­ver­ne­ment qu’ils ont mis en place est aussi réac­tion­naire et dépen­dant des fon­da­men­ta­listes isla­mistes que leurs pré­dé­ces­seurs ( qui étaient, eux aussi, une créa­tion de l’impérialisme des États-Unis).

La nou­velle consti­tu­tion afghane a accepté un « code de la famille » séparé pour les popu­la­tions shiites et c’est dans ce cadre que le débat actuel se déroule – dans le contexte de la pré­pa­ra­tion des élec­tions. Comme dans autant de cas, la vie et le corps des femmes sont ins­tru­men­ta­li­sés. Les femmes afghanes se sont orga­ni­sées contre cet état de fait – avec le sou­tien moral de fémi­nistes d’autres pays – mais ces pro­tes­ta­tions ont été vigou­reu­se­ment atta­quées par les fon­da­men­ta­listes.

En tant que fémi­nistes, nous sommes aussi confron­tées à une attaque d’une autre source : les idées post-fémi­nistes et mas­cu­li­nistes. En par­tant du point de vue que le fémi­nisme était allé « trop loin », ces cou­rant uti­lisent les théo­ries dif­fé­ren­tia­listes pour atta­quer les droits indi­vi­duels des femmes à l’avortement, au divorce et à la pro­tec­tion contre la vio­lence.

  • Séparation com­plète des reli­gions et de l’État, contre l’influence reli­gieuse dans l’élaboration des lois et dans la mise en place des ● ser­vices juri­diques, de la santé et de l’éducation.
  • Pour le droit à l’avortement, la contra­cep­tion et l’éducation sexuelle.

La violence

La crise de civi­li­sa­tion s’accompagne d’une alié­na­tion tou­jours plus pro­fonde et donc d’une aug­men­ta­tion des vio­lences à tous les niveaux de la société.

Dans la sphère privée comme dans la sphère publique les femmes sont les vic­times de ces vio­lences : tous les trois jours en France, une femme meurt par la vio­lence conju­gale. La domi­na­tion mas­cu­line au tra­vail mène à une vio­lence physique/​psychologique/​sexuelle lar­ge­ment répan­due et ce phé­no­mène s’aggrave avec l’approfondissement de la crise.

La guerre est l’exemple le plus clair et le plus brutal (et bru­ta­li­sant) de cette vio­lence. Elle est deve­nue dès la fin du ving­tième siècle et le début du vingt-et-unième un phé­no­mène où il est normal que les popu­la­tions civiles soient for­te­ment tou­chées, et donc où les femmes et les enfants sont frap­pés en grand nombre.

Depuis la guerre dans les Balkans, et ensuite lors des guerres dans la région des Grands Lacs en Afrique, nous consta­tons l’utilisation de plus en plus fré­quente du viol comme arme de guerre.

Les preuves de l’étendue des viols en Bosnie entre 1992 et 1995 par les forces serbes ont obligé le Tribunal Pénal International pour l’ancienne Yougoslavie (TPIY) à trai­ter ouver­te­ment de ces abus et en 1996, et pour la pre­mière fois, le viol a été reconnu comme crime de guerre. Selon le groupe femmes Tresjevka, plus de 35.000 femmes et enfants ont été déte­nus dans des « camps du viol » par les Serbes. Les femmes musul­manes et croates pri­son­nières y ont été vio­lées consciem­ment et ren­dues enceintes. Ceci dans le cadre d’une société patriar­cale, dans laquelle les enfants héritent de l’origine eth­nique du père, les « camps du viol » vou­laient donc faire naître une nou­velle géné­ra­tion d’enfants serbes – il s’agissait véri­ta­ble­ment d’un net­toyage eth­nique par d’autres moyens.

Les mêmes hor­reurs ont été subies par les femmes dans la région des Grands Lacs en Afrique. Leur corps était devenu un enjeu des luttes parce que c’est à tra­vers lui que les nou­velles géné­ra­tions sont pro­duites, et dans une guerre eth­nique, le but ultime c’est d’empêcher l’ennemi de se repro­duire. La vio­lence sexuelle est deve­nue dans ce contexte une stra­té­gie déli­bé­rée et effi­cace de la guerre dans cette région.

Les actes sexuels vio­lents veulent bru­ta­li­ser et ins­tal­ler la peur chez les vic­times et dans la popu­la­tion en géné­ral, car il n’y a pas de dis­cri­mi­na­tion selon l’âge, des fillettes de quelques mois et des femmes de 84 ans ont souf­fert des mêmes vio­lences. Les agences de l’ONU tra­vaillant dans l’Est de la République Démocratique du Congo estiment qu’environ 50.000 femmes y ont été vio­lées entre 1996 et 2002 et que près de 55% des femmes ont vécu des vio­lences sexuelles dans le conflit au sud du Kivu. On estime que 250.000 femmes ont été vio­lées pen­dant le géno­cide ruan­dais.

Un rap­port d’Amnesty International sur Haïti (novembre 2008) pré­cise qu’on y constate l’émergence d’une ten­dance, parmi des groupes d’hommes armés, à atta­quer des filles, cette tra­di­tion du viol est appa­rue comme une arme poli­tique durant la rébel­lion qui a chassé Aristide en 2004. Les rebelles armés on com­mencé à l’utiliser pour faire peur et pour punir les femmes qui avaient sou­tenu le gou­ver­ne­ment démo­cra­tique. « Parmi les bandes de cri­mi­nels, le viol est devenu une pra­tique cou­rante » nous dit le rap­port. Sur les 105 cas rap­por­tés en novembre 2008, 55 % concer­naient des filles de moins de 18 ans. En 2007, on en a signalé 238, dont 140 sur des filles qui étaient âgées de 19 mois à 18 ans. Et tout ceci se passe malgré la pré­sence de troupes onu­siennes depuis 2004.

Les femmes en Palestine, et plus par­ti­cu­liè­re­ment à Gaza, conti­nuent à souf­frir à cause de l’occupation israé­lienne. Des femmes enceintes, qui sont sur le point d’accoucher ou qui ont besoin de soins médi­caux à des stades ulté­rieurs de leur gros­sesse, ren­contrent sou­vent le refus du pas­sage à tra­vers les check points vers Israël, et les hôpi­taux de Gaza ne reçoivent pas les four­ni­tures médi­cales néces­saires, même si ces der­nières sont appor­tées par des convois huma­ni­taires. D’innombrables femmes ont fait des fausses couches ou sont mortes dans cette bar­ba­rie. Pendant les bom­bar­de­ments sur Gaza au début 2009, 192 femmes ont trouvé la mort. Et l’état de siège conti­nue à avoir des consé­quences très néga­tives sur toute la société, y com­pris sur la santé phy­sique et men­tale des femmes et des enfants.

Dans d’autres endroits, nous voyons les consé­quences de la mili­ta­ri­sa­tion ram­pante des socié­tés, ce qui mène à une cri­mi­na­li­sa­tion de plus en plus grande de la société civile et à une répres­sion vio­lente par l’appareil d’état. La vio­lence sexuelle, y com­pris le viol, est uti­li­sée de plus en plus comme ins­tru­ment. En 2006, la police a lancé à Atenco( Mexique) une attaque vio­lente contre les mou­ve­ments sociaux, cau­sant deux morts, et des attaques sexuelles contre 26 femmes. La guerre contre la drogue, sur­tout en Amérique latine, et la guerre contre le ter­ro­risme sont ici les deux faces d’une même médaille.

Nous avons aussi vu les ter­ribles tor­tures sexuelles pra­ti­quées par les troupes US – y com­pris par des femmes – à Abu Graïb et Guantanamo. Ces abus contre des déte­nus mâles, sup­po­sés être croyants, ont clai­re­ment l’intention d’humilier les vic­times et de les atta­quer phy­si­que­ment.

Nous voyons ensuite que les pré­ju­gés – le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie et le sexisme qui avaient reculé grâce aux acquis des mou­ve­ments – aug­mentent de nou­veau avec en plus la montée de l’islamophobie. Ces pré­ju­gés s’expriment de façon plus vio­lente comme on peut le consta­ter dans le nombre gran­dis­sant de meurtres pour ces motifs.

Dans le cas des femmes, il y a le phé­no­mène du fémi­ni­cide, qui est apparu pour la pre­mière fois dans la ville de Juárez City (État de Chihuahua au Mexique) au début des années 1990 et qui conti­nue jusqu’à ce jour. Il est devenu clair lorsque les femmes se sont orga­ni­sées et ont réagi contre ce pro­blème, que des cen­taines de femmes sont tuées sim­ple­ment parce qu’elles sont femmes, et cette situa­tion n’est pas limi­tée à cette seule ville mexi­caine. Le phé­no­mène est pré­sent dans tout le ter­ri­toire natio­nal du Mexique ainsi que dans d’autres pays d’Amérique Latine comme le Guatemala, le Salvador, le Honduras, le Costa Rica, le Chili, l’Argentine et aussi l’Espagne. Il faut com­prendre le fémi­ni­cide comme l’extension (il)logique et la nor­ma­li­sa­tion des autres formes de vio­lence contre les femmes. Comme d’autres crimes sem­blables , ils sont per­pé­trés par des hommes qui ont dif­fé­rents types de rela­tions avec les vic­times.

  • Pour des sys­tèmes de sou­tien et d’aide aux femmes vic­times ou vic­times poten­tielles de vio­lences, des centres de femmes, le droit à un loge­ment indé­pen­dant et aux allo­ca­tions sociales, une for­ma­tion adap­tée pour les tra­vailleurs sociaux, la police et la jus­tice.
Hall, Philomena

Notes

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