Résumé d'une présentation à venir dans le cadre de l’Université populaire d’été des NCS

Les féministes peuvent-elles faire de la politique autrement ?

Par Mis en ligne le 18 août 2011

Pour le mou­ve­ment fémi­niste, faire de la poli­tique autre­ment fait partie de son his­toire. En effet, le mou­ve­ment des femmes s’est consti­tué en mou­ve­ment popu­laire dans les années 70 et a pris son ampleur dans les années 80. La société qué­bé­coise a assisté, à ce moment, à une trans­for­ma­tion en pro­fon­deur des rap­ports sociaux de sexe. Ces trans­for­ma­tions, sou­vent radi­cales, sont tou­jours en cours et ont touché l’ensemble de la société qué­bé­coise. Le mou­ve­ment fémi­niste fait de la poli­tique autre­ment en se fon­dant sur trois prin­cipes gui­dant sa com­po­si­tion, sa vision et son action : l’importance de l’autonomie du mou­ve­ment, la trans­for­ma­tion des rap­ports sociaux pour atteindre l’égalité pour toutes et la remise en ques­tion du pou­voir dit tra­di­tion­nel (entendre patriar­cal).

L’autonomie du mou­ve­ment fémi­niste a tou­jours été un enjeu de fond. L’autonomie de ses membres et des groupes qui le com­posent vis-à-vis les grandes struc­tures telles que les partis poli­tiques, les syn­di­cats ou autres groupes com­mu­nau­taires, de même que l’autonomie vis-à-vis les hommes (la non-mixité), est essen­tielle à son action. L’émergence d’un parti poli­tique se disant fémi­niste, ne change rien au besoin de pré­ser­ver cette auto­no­mie, au contraire. Un mou­ve­ment se défi­nit par sa capa­cité à être maître d’œuvre de ses orien­ta­tions, de sa com­po­si­tion et de ses actions des plus libé­rales aux plus radi­cales. Un parti poli­tique répond à des impé­ra­tifs dif­fé­rents et ne peut satis­faire les besoins de trans­for­ma­tions sociales et les choix orga­ni­sa­tion­nels du mou­ve­ment fémi­niste même s’il peut être un allié.

Le fémi­nisme, comme ana­lyse et comme vision poli­tique, vise à trans­for­mer, en pro­fon­deur, les rap­ports entre les individuEs et les groupes de per­sonnes. C’est là le vrai sens de la poli­tique. Il faut se rap­pe­ler qu’à une époque pas si loin­taine, être fémi­niste, c’était divi­ser la classe ouvrière, c’était bour­geois ou contre révo­lu­tion­naire et ce n’était sur­tout pas ça LA poli­tique. Avec son slogan, le privé est poli­tique, ses reven­di­ca­tions tou­chant autant l’État que les individuEs, ses remises en ques­tion des poli­tiques de droite ou de gauche, le fémi­nisme des années 80 a fait énor­mé­ment de chemin et obligé une remise en ques­tion de la gauche.

L’autre prin­cipe essen­tiel pour faire de la poli­tique autre­ment, c’est la remise en ques­tion du pou­voir patriar­cal et de son carac­tère soi disant « natu­rel ». Le fémi­nisme a fait valoir l’importance de recon­naître le pou­voir que l’on a, de le ques­tion­ner et de s’engager à le par­ta­ger dans une pers­pec­tive d’atteinte d’une société plus juste et éga­li­taire. Peu de mou­ve­ments sociaux sont allés aussi loin dans la remise en ques­tion du pou­voir entre ses membres.

Ces prin­cipes fémi­nistes pour­raient cepen­dant être très utiles pour guider une réflexion pour faire de la poli­tique autre­ment. Dans le contexte qué­bé­cois : recon­naître l’importance de l’existence et du main­tien des mou­ve­ments sociaux incluant leur auto­no­mie, inté­grer l’analyse fémi­niste à nos actions afin de viser des chan­ge­ments en pro­fon­deur de notre société et accep­ter de par­ta­ger le pou­voir nous per­met­traient d’avancer vers une réelle démo­cra­tie.

Diane Matte, coor­don­na­trice de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle

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