Altermondialisme

Les enjeux du Forum Social Mondial 2011 à Dakar

Par Mis en ligne le 17 janvier 2011
Les enjeux du Forum Social Mondial à Dakar s’organisent autour de trois grandes ques­tions : la situa­tion mon­diale et la crise ; la situa­tion des mou­ve­ments sociaux et citoyens ; le pro­ces­sus des forums sociaux mon­diaux.

La situation mondiale et la crise

La situa­tion mon­diale est carac­té­ri­sée par la pro­fon­deur de la crise struc­tu­relle de la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste. Les quatre dimen­sions de la crise, sociale, géo­po­li­tique, éco­lo­gique et idéo­lo­gique, seront abor­dées à Dakar. La crise sociale sera abor­dée à partir notam­ment des inéga­li­tés, de la pau­vreté, des dis­cri­mi­na­tions. La crise géo­po­li­tique sera dis­cu­tée à partir notam­ment des guerres et des conflits, de l’accès aux matières pre­mières, de l’émergence des nou­velles puis­sances mon­diales. La crise éco­lo­gique sera pré­sente à partir notam­ment du chan­ge­ment cli­ma­tique, de l’épuisement des res­sources natu­relles, de l’eau, de l’accaparement des terres, de la déser­ti­fi­ca­tion, de la bio­di­ver­sité. La crise idéo­lo­gique sera débat­tue à partir notam­ment des idéo­lo­gies sécu­ri­taires, de la remise en cause des liber­tés et de la démo­cra­tie, de la culture, de la science, de la moder­nité. L’hypothèse d’une crise de civi­li­sa­tion, très pré­sente depuis le Forum social de Belém, sera appro­fon­die.

L’évolution de la crise met en évi­dence une situa­tion contra­dic­toire. Les ana­lyses por­tées par le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste sont accep­tées et recon­nues et contri­buent à la crise de l’idéologie néo­li­bé­rale. Les pro­po­si­tions issues des mou­ve­ments sont accep­tées comme base de réfé­rence ; par exemple, le contrôle du sec­teur ban­caire et finan­cier, la sup­pres­sion des para­dis fis­caux et judi­ciaires, les taxes inter­na­tio­nales, le concept de sécu­rité ali­men­taire, consi­dé­rées il n’y a pas si long­temps comme des héré­sies, sont à l’ordre du jour du G8 et du G20. Pour autant, elles ne se tra­duisent pas dans des poli­tiques viables ; elles sont déviées et récu­pé­rées et se heurtent à l’arrogance des classes domi­nantes sûres de leur pou­voir.

La vali­da­tion des hypo­thèses se tra­duit par une cer­taine bana­li­sa­tion de la parole du mou­ve­ment. Elle néces­site d’affiner les pers­pec­tives et de donner plus de place au débat stra­té­gique, à l’articulation entre l’urgence et la durée, les résis­tances et la trans­for­ma­tion en pro­fon­deur. La situa­tion met en évi­dence la double nature de la crise, celle d’un emboî­te­ment entre la crise du néo­li­bé­ra­lisme, qui est une phase de la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste, et une crise de la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste elle-même ; une crise du sys­tème qui peut être ana­ly­sée comme une crise de civi­li­sa­tion, celle de la civi­li­sa­tion occi­den­tale qui s’est impo­sée au début du 15ème siècle.

Les alliances stra­té­giques dans cette situa­tion doivent cor­res­pondre à une double exi­gence. La pre­mière exi­gence concerne la lutte contre la pau­vreté, la misère, les inéga­li­tés, la pré­ca­rité, les atteintes aux liber­tés dans le monde pour per­mettre l’amélioration des condi­tions de vie et l’expression des couches popu­laires direc­te­ment frap­pées par les poli­tiques éco­no­miques et sociales domi­nantes. La deuxième exi­gence met en évi­dence qu’un autre monde pos­sible et néces­saire passe par la rup­ture avec les modes de pro­duc­tion, de consom­ma­tion et de redis­tri­bu­tion éco­no­miques, sociaux, éco­lo­giques, avec les rap­ports de force géo­po­li­tiques posés ces der­nières décen­nies et les modèles démo­cra­tiques mis en avant par l’occident.

Trois pro­po­si­tions émergent dans les réponses à la crise : celles du néo-conser­va­tisme qui pro­posent la sau­ve­garde de la logique domi­nante et des pri­vi­lèges qui lui sont atta­chés au prix de la res­tric­tion des liber­tés, de la pour­suite de l’accroissement des inéga­li­tés et de l’extension des conflits et des guerres ; celle d’une refon­da­tion en pro­fon­deur du capi­ta­lisme défen­due par les tenants du « Green new-deal » qui pro­posent une régu­la­tion mon­diale, des redis­tri­bu­tions rela­tives et une pro­mo­tion volon­ta­riste des « éco­no­mies vertes » ; celle d’une alter­na­tive radi­cale éco­lo­gique et sociale qui cor­res­ponde à un dépas­se­ment du sys­tème actuel­le­ment domi­nant. L’espace du Forum social mon­dial regroupe tous ceux qui refusent l’option néo­con­ser­va­trice et le main­tien de la logique néo­li­bé­rale. Il consti­tue un espace de dis­cus­sion, vigou­reux et évo­lu­tif, entre les mou­ve­ments qui se situent dans la pers­pec­tive d’un « débor­de­ment » d’un « Green new-deal » et ceux qui défendent la néces­sité des alter­na­tives radi­cales.

La référence au contexte africain

Le Forum social mon­dial de Dakar mettra en avant plu­sieurs ques­tions essen­tielles que la réfé­rence au contexte afri­cain per­met­tra de mieux mettre en évi­dence. L’accent sera mis sur la place de l’Afrique dans la situa­tion mon­diale et dans la crise. L’Afrique est un révé­la­teur et un ana­ly­seur de la situa­tion mon­diale. L’Afrique n’est pas pauvre ; elle est appau­vrie. L’Afrique n’est pas mar­gi­na­li­sée ; elle est exploi­tée. Elle est indis­pen­sable à l’équilibre éco­no­mique et éco­lo­gique du monde par ses matières pre­mières et ses res­sources natu­relles et humaines qui sont convoi­tées tant par les pays du Nord que par les pays émer­gents, avec la com­pli­cité active d’une partie des diri­geants des Etats afri­cains.

L’accent sera aussi mis sur la déco­lo­ni­sa­tion en tant que pro­ces­sus his­to­rique inachevé. La crise du néo­li­bé­ra­lisme et celle de l’hégémonie des Etats-Unis ins­crivent la pos­si­bi­lité d’une nou­velle phase de la déco­lo­ni­sa­tion, ainsi que l’affaiblissement des puis­sances colo­ni­sa­trices euro­péennes. La repré­sen­ta­tion Nord-Sud est en train de chan­ger ce qui n’annule pas la réa­lité des contra­dic­tions géo­po­li­tiques et éco­no­miques entre le Nord et le Sud.

L’accent sera mis sur les dia­spo­ras et les migra­tions en tant que ques­tion struc­tu­relle de la mon­dia­li­sa­tion. Cette ques­tion sera abor­dée à partir de la situa­tion actuelle des migrants et de leurs droits. Elle sera ins­crite dans le temps long à partir d’un retour sur la traite escla­va­giste. Elle sera mise en pers­pec­tive à partir du rôle gran­dis­sant, éco­no­mique et cultu­rel, des dia­spo­ras.

L’accent sera mis sur l’évolution du sys­tème inter­na­tio­nal, des ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales et des négo­cia­tions inter­na­tio­nales. Elle concer­nera par­ti­cu­liè­re­ment des ques­tions qui rendent criantes les néces­si­tés d’une régu­la­tion mon­diale : les équi­libres éco­lo­giques ; les migra­tions et les dia­spo­ras ; les conflits et les guerres.

La situation des mouvements sociaux et citoyens

La conver­gence des mou­ve­ments qui consti­tue l’espace du Forum social mon­dial est enga­gée dans des résis­tances sociales, éco­lo­giques et démo­cra­tiques. Les luttes sociales se pro­longent dans les luttes citoyennes, pour les liber­tés et contre les dis­cri­mi­na­tions. Les résis­tances sont indis­so­ciables des pra­tiques concrètes d’émancipation qui sont por­tées par les mou­ve­ments.

L’orientation stra­té­gique des mou­ve­ments s’organise autour de l’accès aux droits pour tous, de l’égalité des droits et de l’impératif démo­cra­tique. Les mou­ve­ments sont por­teurs d’un nou­veau mou­ve­ment his­to­rique d’émancipation qui pro­longe et renou­velle les mou­ve­ments pré­cé­dents. C’est autour de la défi­ni­tion des droits, de leur mise en œuvre et de leur garan­tie que se défi­nit une nou­velle période d’émancipation pos­sible. Elle implique que soit revi­si­tées les concep­tions des dif­fé­rentes géné­ra­tions des droits : les droits civils et poli­tiques for­ma­li­sés par les révo­lu­tions du 18ème siècle, réaf­fir­més avec la Déclaration uni­ver­selle des droits de l’Homme, com­plé­tés par les approches de remise en cause des tota­li­ta­rismes des années 60 ; les droits des peuples portés par le mou­ve­ment de déco­lo­ni­sa­tion autour du droit à l’autodétermination, du contrôle des res­sources natu­relles, du droit au déve­lop­pe­ment et du droit à la démo­cra­tie ; les droits éco­no­miques, sociaux et cultu­rels spé­ci­fiés dans la Déclaration uni­ver­selle et pré­ci­sés par le Protocole addi­tion­nel adop­tés par l’Assemblée géné­rale des Nations Unies en 2000.

Une nou­velle géné­ra­tion de droits est en ges­ta­tion ; elle cor­res­pond à l’expression de la dimen­sion pla­né­taire et aux droits qui se défi­nissent dans la recherche d’un autre monde par rap­port à la mon­dia­li­sa­tion domi­nante. De ce point de vue, deux ques­tions seront très pré­sentes à Dakar : les droits envi­ron­ne­men­taux dans la pers­pec­tive de la pré­ser­va­tion de la pla­nète ; les droits des migrants et des migra­tions qui inter­pellent la place des fron­tières et l’organisation de l’espace mon­dial. Le FSM de Belém a mis en évi­dence l’intérêt de l’approche des mou­ve­ments dans la ques­tion éco­lo­gique dans ses dif­fé­rentes dimen­sions, du climat à l’épuisement des res­sources natu­relles et de la bio­di­ver­sité, à l’accaparement de l’eau, des terres et des matières pre­mières. Le FSM de Dakar mettra en évi­dence une nou­velle approche des migra­tions avec la liai­son entre migra­tions et dia­spo­ras et la Charte mon­diale des migrants.

Le FSM de Dakar sera aussi un moment d’interrogation sur la déco­lo­ni­sa­tion inache­vée et sur l’ouverture d’une nou­velle phase de la déco­lo­ni­sa­tion. C’est dans cette pers­pec­tive que se situe l’évolution des rap­ports entre le Nord et le Sud. Certes la repré­sen­ta­tion Nord-Sud change ; du point de vue de la struc­tu­ra­tion sociale, il y a un Nord dans le Sud et un Sud dans le Nord. L’émergence de grands Etats modi­fie l’équilibre éco­no­mique et géo­po­li­tique mon­dial. Elle est confor­tée par la montée en puis­sance de plus de trente Etats qui peuvent être consi­dé­rés comme émer­gents. Pour autant, les formes de domi­na­tion res­tent déter­mi­nantes dans l’ordre du monde ; la notion du Sud conserve une forte actua­lité. Le Forum social mon­dial met l’accent sur une ques­tion nou­velle, celle du rôle his­to­rique et stra­té­gique des mou­ve­ments sociaux et citoyens de l’ensemble des pays émer­gents, par rap­port à leur Etat et par rap­port à la place de ces Etats dans le monde à venir. Cette ques­tion qui a déjà marqué l’espace des forums avec le rôle joué par les mou­ve­ments bré­si­liens et indiens, prend une impor­tance stra­té­gique avec l’évolution géo­po­li­tique liée à la crise.

Le Forum social mon­dial est l’espace de la ren­contre entre les mou­ve­ments de diverses natures et des dif­fé­rentes régions du monde. Cette ren­contre avait déjà com­mencé à partir des réseaux regrou­pant les dif­fé­rents mou­ve­ments natio­naux. Deux évo­lu­tions s’affirment à tra­vers le pro­ces­sus des forums. D’abord, les rap­pro­che­ments entre les mou­ve­ments par grandes régions, leurs carac­té­ris­tiques et leurs situa­tions spé­ci­fiques. Ainsi, les mou­ve­ments en Amérique Latine, en Amérique du Nord, en Asie du Sud et notam­ment en Inde, en Asie du Sud-Est, au Japon, en Europe, en Russie. Le Forum social mon­dial de Dakar sera marqué par deux évo­lu­tions impor­tantes. L’importance nou­velle des mou­ve­ments de la région Maghreb-Machrek a marqué l’année 2010 et la pré­pa­ra­tion de Dakar. La vigueur du mou­ve­ment social afri­cain sera visible à Dakar, à partir des mou­ve­ments pay­sans, syn­di­caux de sala­riés, des femmes, des jeunes, des habi­tants, des migrants et des refou­lés, des groupes cultu­rels et ori­gi­naires, des comi­tés contre la pau­vreté et la dette, de l’informel et de l’économie soli­daire, etc. Ces mou­ve­ments sont visibles, avec leur conver­gence et leur diver­sité dans les sous-régions afri­caines, en Afrique du Nord, sur­tout le Maghreb, en Afrique de l’Ouest et cen­trale, en Afrique de l’Est et en Afrique Australe.

Au cours du Forum social mon­dial de Dakar, une ques­tion très pré­sente sera celle des débou­chés poli­tiques des mobi­li­sa­tions sociales et citoyennes. Elle concerne à la fois la ques­tion de l’expression poli­tique des mou­ve­ments et des pro­lon­ge­ments des mou­ve­ments par rap­port aux ins­ti­tu­tions, à la scène poli­tique et au gou­ver­ne­ment des Etats. Au niveau de l’ensemble des mou­ve­ments, la réflexion pro­gresse sur l’importance de pré­ci­ser, à tra­vers l’invention d’une nou­velle culture poli­tique, le rap­port entre pou­voir et poli­tique. Le pro­ces­sus des FSM a posé des bases de cette nou­velle culture poli­tique (hori­zon­ta­lité, diver­sité, conver­gence des réseaux citoyens et des mou­ve­ments sociaux, acti­vi­tés auto­gé­rées, …) mais doit encore inno­ver sur plu­sieurs approches de la poli­tique et du pou­voir pour pou­voir dépas­ser l’ancienne culture poli­tique qui reste lar­ge­ment domi­nante. Par ailleurs, la tra­duc­tion poli­tique des avan­cées des mobi­li­sa­tions dépend des situa­tions. Elle se dif­fé­ren­cie sui­vant les niveaux de la nature des ins­ti­tu­tions et des repré­sen­ta­tions poli­tiques : au niveau local avec la pos­si­bi­lité de peser sur les choix des auto­ri­tés locales ; au niveau natio­nal et inter­na­tio­nal avec le gou­ver­ne­ment des Etats, les régimes poli­tiques et les ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales ; au niveau régio­nal et mon­dial avec les alliances géoé­co­no­miques et géo­cul­tu­relles et avec la construc­tion d’une opi­nion poli­tique mon­diale et d’une conscience uni­ver­selle.

Le processus des forums sociaux mondiaux

Après le Forum social de Belém, pen­dant l’année glo­bale d’actions 2010, plus de qua­rante évé­ne­ments ont montré la vigueur du pro­ces­sus. Parmi eux, le forum des dix ans à Porto Alegre, le forum social des Etats-Unis, celui de Mexico et le forum des Amériques, plu­sieurs forums en Asie, le forum mon­dial de l’éducation en Palestine, plus de huit forums au Maghreb et au Machrek, etc. Chaque évé­ne­ment asso­cié a été décidé et orga­nisé par un comité d’initiative local. Celui-ci se réfère à la Charte des prin­cipes du Forum social mon­dial, adopte une métho­do­lo­gie qui laisse une place impor­tante aux acti­vi­tés auto­gé­rées, déclare son ini­tia­tive au Conseil International du FSM. Cette mul­ti­pli­ca­tion ouvre une pers­pec­tive d’extension du pro­ces­sus des forums. Elle a pris une autre forme avec celle des « forums éten­dus » qui consiste à asso­cier à un forum, par des liai­sons inter­net, des ini­tia­tives locales dans dif­fé­rents pays. Ainsi, au moment du Forum mon­dial de l’éducation en Palestine, plus de qua­rante ini­tia­tives se sont asso­ciées aux diverses mani­fes­ta­tions de Ramallah. Les ini­tia­tives asso­ciées du « Dakar étendu » inno­vera dans le pro­ces­sus des forums.

La pré­pa­ra­tion du FSM de Dakar s’est appuyée sur les évé­ne­ments de l’année glo­bale d’actions 2010 et sur une série d’initiatives qui a cher­ché à faire conver­ger les mobi­li­sa­tions et a permis d’explorer de nou­velles pistes en matière de l’organisation et de la métho­do­lo­gie des forums. Ainsi, on peut déjà rete­nir les cara­vanes conver­gentes vers Dakar en pas­sant par le forum des femmes à Kaolack, les jour­nées migra­tions et dia­spo­ras, les assem­blées de conver­gence pour les actions, les forums asso­ciés (l’Assemblée mon­diale des habi­tants, science et démo­cra­tie, syn­di­cal, des auto­ri­tés locales et des auto­ri­tés locales de péri­phé­rie, des par­le­men­taires, de la théo­lo­gie de la libé­ra­tion, etc.)

Après Dakar, un nou­veau cycle du pro­ces­sus des forums sociaux sera engagé. Le ren­for­ce­ment du pro­ces­sus des forums sociaux pour­rait rejoindre les grandes mobi­li­sa­tions qui comme Rio+20, les mobi­li­sa­tions pour le G8-G20, ou d’autres en accep­te­raient la démarche. Elles seraient recon­nues comme des évé­ne­ments asso­ciés au pro­ces­sus des forums, renouant ainsi avec les mobi­li­sa­tions qui, comme à Seattle en 1999, ont contri­bué à son lan­ce­ment.

Auteur-e-s : Gustave MassiahEconomiste, membre du Conseil scien­ti­fique et ancien vice-pré­sident d’ATTAC, pré­sident du Centre de recherche et d’information pour le déve­lop­pe­ment

Thèmes : Mouvement alter­mon­dia­liste & forums sociaux

Source-s : e-jous­sour

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