Les élections ontariennes et ce qui suit

Mis en ligne le 16 janvier 2008

Analyse des élec­tions du 10 octo­bre 2007 en Ontario, où on a observé le plus faible taux de par­ti­ci­pa­tion de l’histoire de la pro­vince. La pla­te­forme du NPD en par­ti­cu­lier n’a pas su consti­tuer un attrait pour l’électorat et offrir une alter­na­tive face au néo­li­bé­ra­lisme.

Il y a deux obser­va­tions ini­tia­les à faire au sujet des élec­tions du 10 octo­bre 2007 en Ontario. La pre­mière, et la plus impor­tante, concerne le taux de par­ti­ci­pa­tion. Avant 2007, le taux le plus bas était celui de 1923 – 54.7%. Les élec­tions de 2007 ont « dépassé » ce score, éta­blis­sant un nou­veau record de 52.8%. La baisse du taux de par­ti­ci­pa­tion se pour­suit depuis 1995, où il était alors de 10 points plus élevé qu’en 2007.

EVANS Bryan
11 jan­vier 2008

Étant donné les pro­blè­mes éco­no­mi­ques et envi­ron­ne­men­ta­les de l’Ontario, la situa­tion est très pré­oc­cu­pante. Cétait une bonne occa­sion pour sen­si­bi­li­ser et mobi­li­ser les tra­vailleurs et tra­vailleu­ses ainsi que les étu­dian­tEs autour d’une séries d’enjeux impor­tants, qui incluent l’effondrement du sec­teur manu­fac­tu­rier, la pola­ri­sa­tion des reve­nus et de la richesse, l’intérêt renou­velé pour l’énergie nucléaire et un réfé­ren­dum sur la réforme du sys­tème élec­to­ral. Malgré cela, une armée de citoyen­NEs d’Ontario n’a pas été suf­fi­sam­ment moti­vée par le dis­cours qu’ont tenu les partis pour aller voter.
La deuxième obser­va­tion concerne les résul­tats : les Libéraux ont obtenu 71 sièges, les Conservateurs 26, et le NPD, 10. Pour les Libéraux au pou­voir, il s’agissait de la perte d’un siège et d’un déclin de 4.3% de leur vote. Les mal­heu­reux Conservateurs ont obte­nus 2 sièges de plus, mais leur vote popu­laire a chuté de 2.4%. Pour sa part, le NPD a obtenu 3 sièges de plus et 2.1% du vote, mais deux des sièges avaient déjà été acquis lors d’élections par­tiel­les. Enfin, les Verts n’ont pas obtenu de sièges, mais par contre, ils ont eu 8% du vote, soit 3.7% de plus que lors des der­niè­res élec­tions. Malgré cela, la vic­toire du Premier Ministre McGinty et de son parti est pré­sen­tée comme la conso­li­da­tion d’une nou­velle dynas­tie poli­ti­que !
On peut expli­quer le manque d’intérêt à ces élec­tions. Aucun des partis, incluant les Verts et le NPD, n’offrait à l’électorat d’alternatives face au néo­li­bé­ra­lisme. Néanmoins, il y avait quel­ques dif­fé­ren­ces d’importance entre les pla­te­for­mes des quatre partis, en ce qui concerne les dépen­ses socia­les, l’éducation publi­que, la repré­sen­ta­tion pro­por­tion­nelle et le réin­ves­tis­se­ment dans les infra­struc­tu­res. Mais les Conservateurs, les Verts, et les Libéraux ont tous ouver­te­ment favo­risé le projet néo­li­bé­ral du patro­nat.
Il man­quait aux pro­po­si­tions du NPD le sens des struc­tu­res du pou­voir actuel, des idées pour la construc­tion de nou­vel­les bases démo­cra­ti­ques ainsi que des rup­tu­res signi­fi­ca­ti­ves avec les poli­ti­ques fis­ca­les et admi­nis­tra­ti­ves du néo­li­bé­ra­lisme. La popu­la­rité des Verts et de leur pla­te­forme est crois­sante et dans cer­tains domai­nes-clefs, ils remet­tent réel­le­ment en ques­tion la via­bi­lité du NPD en tant qu’acteur élec­to­ral sérieux. Sa posi­tion de parti étant por­teuse de réfor­mes sub­stan­tiel­les a été depuis long­temps com­pro­mise. Cela demande une expli­ca­tion.
Des slo­gans creux : « Optez pour l’orange ! »
Pour les Néo-démo­cra­tes onta­rien­NEs, les élec­tions de l’automne ont marqué un autre résul­tat déce­vant dans le contexte d’une série d’échecs datant de la défaite du gou­ver­ne­ment de Bob Rae au milieu des années 1990, alors qu’il a pris un virage néo­li­bé­ral. Le NPD a com­mencé la cam­pa­gne élec­to­rale avec 10 sièges et a ter­miné avec le même nombre. Il a gagné un nou­veau siège à Hamilton, mais il n’a pu rete­nir un siège obtenu quel­ques mois aupa­ra­vant lors d’élections par­tiel­les.
L’augmentation du vote de 2.1% par rap­port à 2003, où il avait obtenu 16 %, reste très en-des­sous de la moyenne de 24% qu’il obte­nait avant le gou­ver­ne­ment Rae. Il est vrai que le vote a été serré dans plu­sieurs autres cir­cons­crip­tions.
Mais dans plu­sieurs cir­cons­crip­tions où le vote favo­rise tra­di­tion­nel­le­ment le NPD, les élec­teurs et les élec­tri­ces n’ont pas été suf­fi­sam­ment moti­véEs pour appuyer le parti qui his­to­ri­que­ment était le leur. Le slogan du NPD « optez pour l’orange » son­nait creux, comme l’idée « brillante » de quel­ques consul­tants en rela­tions publi­ques bien rému­né­rés. Le slogan était vide de contenu et ne disait rien de par­ti­cu­lier aux tra­vailleurs et aux tra­vailleu­ses.
La pla­te­forme du NPD conte­nait six pro­po­si­tions : 1) un rem­bour­se­ment de $450 de la taxe sur la santé pour ceux et celles qui gagnent moins de $48,000 ; 2) la hausse immé­diate du salaire mini­mum à $10 ; 3) une loi pour obli­ger les manu­fac­tu­riers à divul­guer les toxi­nes qu’ils émet­tent ; 4) un réin­ves­tis­se­ment de $200 par étu­diantE dans le sys­tème d’éducation ; 5) le retour des frais d’inscription au niveau de ceux de 2003 ; et 6) l’amélioration des soins à domi­cile et la réduc­tion des listes d’attente. À plu­sieurs égard cela res­sem­blait à la pla­te­forme libé­rale, tout en étant encore moins géné­reux.
On dit sou­vent sur la scène poli­ti­que cana­dienne que le NPD res­sem­ble à « des libé­raux pres­sés ». Mais cette pla­te­forme res­sem­blait plutôt à des libé­raux en perte de vitesse. C’est le genre de pla­te­forme que n’importe quel fonc­tion­naire (ou consul­tant poli­ti­que) aurait pu bri­co­ler. Elle ne fai­sait que fai­ble­ment écho des luttes actuel­les des mou­ve­ment sociaux les plus impor­tants (et, de manière étrange, même des enjeux sur les­quels le parti lui-même a tra­vaillé pen­dant le der­nier gou­ver­ne­ment ; notam­ment l’énergie et les ques­tions plus larges comme le revenu mini­mum vital).
À l’ère du néo­li­bé­ra­lisme, cette pla­te­forme pour­rait être perçue comme étant une série de pro­po­si­tions utiles qui, au moins par­tiel­le­ment, vont à l’encontre de l’idéologie du « tout au marché ». Mais une telle éva­lua­tion serait trop géné­reuse. En effet, la pla­te­forme ne pré­sente pas une vision cohé­rente d’une société plus éga­li­taire, plus démo­cra­ti­que, incluant une éco­no­mie sou­te­na­ble.
Quand on demande aux fonc­tion­nai­res du parti pour­quoi ce choix de pro­po­si­tions, ils répon­dent sim­ple­ment qu’elles seraient faci­le­ment réa­li­sa­bles dans le cas où le NPD serait en mesure d’influencer un gou­ver­ne­ment mino­ri­taire. C’est un mode de pensée poli­ti­que boi­teux : limi­ter autant que pos­si­ble la pla­te­forme avant les élec­tions, mener une cam­pa­gne qui est sym­bo­li­que, qui parle de pro­mes­ses non-tenues et qui relè­gue la pla­te­forme dans les marges ; et puis espé­rer négo­cier quel­ques élé­ments modes­tes de la pla­te­forme dans le cas où il y aura un gou­ver­ne­ment mino­ri­taire. Il est facile de voir que ce qui en résulte est un pro­gramme appau­vri, un calcul tac­ti­que sans ima­gi­na­tion et une absence d’attrait pour l’électorat.
EVANS Bryan
* La ver­sion ori­gi­nale anglaise, repro­duite aussi sur ESSF, de cet arti­cle est plus longue (Bulletin no. 79, 11/I-08 Socialist projet ). La ver­sion fran­çaise (abré­gée) est parue sur le site qué­bé­cois « Presse-toi à gauche ! » (tra­duit par David Mandel) :
http://​www​.pres​se​gau​che​.org/​s​p​i​p.php ?arti­cle1395

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