Les élections ontariennes et ce qui suit

Analyse des élections du 10 octobre 2007 en Ontario, où on a observé le plus faible taux de participation de l’histoire de la province. La plateforme du NPD en particulier n’a pas su constituer un attrait pour l’électorat et offrir une alternative face au néolibéralisme.

Il y a deux observations initiales à faire au sujet des élections du 10 octobre 2007 en Ontario. La première, et la plus importante, concerne le taux de participation. Avant 2007, le taux le plus bas était celui de 1923 – 54.7%. Les élections de 2007 ont « dépassé » ce score, établissant un nouveau record de 52.8%. La baisse du taux de participation se poursuit depuis 1995, où il était alors de 10 points plus élevé qu’en 2007.

EVANS Bryan
11 janvier 2008

Étant donné les problèmes économiques et environnementales de l’Ontario, la situation est très préoccupante. Cétait une bonne occasion pour sensibiliser et mobiliser les travailleurs et travailleuses ainsi que les étudiantEs autour d’une séries d’enjeux importants, qui incluent l’effondrement du secteur manufacturier, la polarisation des revenus et de la richesse, l’intérêt renouvelé pour l’énergie nucléaire et un référendum sur la réforme du système électoral. Malgré cela, une armée de citoyenNEs d’Ontario n’a pas été suffisamment motivée par le discours qu’ont tenu les partis pour aller voter.
La deuxième observation concerne les résultats : les Libéraux ont obtenu 71 sièges, les Conservateurs 26, et le NPD, 10. Pour les Libéraux au pouvoir, il s’agissait de la perte d’un siège et d’un déclin de 4.3% de leur vote. Les malheureux Conservateurs ont obtenus 2 sièges de plus, mais leur vote populaire a chuté de 2.4%. Pour sa part, le NPD a obtenu 3 sièges de plus et 2.1% du vote, mais deux des sièges avaient déjà été acquis lors d’élections partielles. Enfin, les Verts n’ont pas obtenu de sièges, mais par contre, ils ont eu 8% du vote, soit 3.7% de plus que lors des dernières élections. Malgré cela, la victoire du Premier Ministre McGinty et de son parti est présentée comme la consolidation d’une nouvelle dynastie politique !
On peut expliquer le manque d’intérêt à ces élections. Aucun des partis, incluant les Verts et le NPD, n’offrait à l’électorat d’alternatives face au néolibéralisme. Néanmoins, il y avait quelques différences d’importance entre les plateformes des quatre partis, en ce qui concerne les dépenses sociales, l’éducation publique, la représentation proportionnelle et le réinvestissement dans les infrastructures. Mais les Conservateurs, les Verts, et les Libéraux ont tous ouvertement favorisé le projet néolibéral du patronat.
Il manquait aux propositions du NPD le sens des structures du pouvoir actuel, des idées pour la construction de nouvelles bases démocratiques ainsi que des ruptures significatives avec les politiques fiscales et administratives du néolibéralisme. La popularité des Verts et de leur plateforme est croissante et dans certains domaines-clefs, ils remettent réellement en question la viabilité du NPD en tant qu’acteur électoral sérieux. Sa position de parti étant porteuse de réformes substantielles a été depuis longtemps compromise. Cela demande une explication.
Des slogans creux : « Optez pour l’orange ! »
Pour les Néo-démocrates ontarienNEs, les élections de l’automne ont marqué un autre résultat décevant dans le contexte d’une série d’échecs datant de la défaite du gouvernement de Bob Rae au milieu des années 1990, alors qu’il a pris un virage néolibéral. Le NPD a commencé la campagne électorale avec 10 sièges et a terminé avec le même nombre. Il a gagné un nouveau siège à Hamilton, mais il n’a pu retenir un siège obtenu quelques mois auparavant lors d’élections partielles.
L’augmentation du vote de 2.1% par rapport à 2003, où il avait obtenu 16 %, reste très en-dessous de la moyenne de 24% qu’il obtenait avant le gouvernement Rae. Il est vrai que le vote a été serré dans plusieurs autres circonscriptions.
Mais dans plusieurs circonscriptions où le vote favorise traditionnellement le NPD, les électeurs et les électrices n’ont pas été suffisamment motivéEs pour appuyer le parti qui historiquement était le leur. Le slogan du NPD « optez pour l’orange » sonnait creux, comme l’idée « brillante » de quelques consultants en relations publiques bien rémunérés. Le slogan était vide de contenu et ne disait rien de particulier aux travailleurs et aux travailleuses.
La plateforme du NPD contenait six propositions : 1) un remboursement de $450 de la taxe sur la santé pour ceux et celles qui gagnent moins de $48,000 ; 2) la hausse immédiate du salaire minimum à $10 ; 3) une loi pour obliger les manufacturiers à divulguer les toxines qu’ils émettent ; 4) un réinvestissement de $200 par étudiantE dans le système d’éducation ; 5) le retour des frais d’inscription au niveau de ceux de 2003 ; et 6) l’amélioration des soins à domicile et la réduction des listes d’attente. À plusieurs égard cela ressemblait à la plateforme libérale, tout en étant encore moins généreux.
On dit souvent sur la scène politique canadienne que le NPD ressemble à « des libéraux pressés ». Mais cette plateforme ressemblait plutôt à des libéraux en perte de vitesse. C’est le genre de plateforme que n’importe quel fonctionnaire (ou consultant politique) aurait pu bricoler. Elle ne faisait que faiblement écho des luttes actuelles des mouvement sociaux les plus importants (et, de manière étrange, même des enjeux sur lesquels le parti lui-même a travaillé pendant le dernier gouvernement ; notamment l’énergie et les questions plus larges comme le revenu minimum vital).
À l’ère du néolibéralisme, cette plateforme pourrait être perçue comme étant une série de propositions utiles qui, au moins partiellement, vont à l’encontre de l’idéologie du « tout au marché ». Mais une telle évaluation serait trop généreuse. En effet, la plateforme ne présente pas une vision cohérente d’une société plus égalitaire, plus démocratique, incluant une économie soutenable.
Quand on demande aux fonctionnaires du parti pourquoi ce choix de propositions, ils répondent simplement qu’elles seraient facilement réalisables dans le cas où le NPD serait en mesure d’influencer un gouvernement minoritaire. C’est un mode de pensée politique boiteux : limiter autant que possible la plateforme avant les élections, mener une campagne qui est symbolique, qui parle de promesses non-tenues et qui relègue la plateforme dans les marges ; et puis espérer négocier quelques éléments modestes de la plateforme dans le cas où il y aura un gouvernement minoritaire. Il est facile de voir que ce qui en résulte est un programme appauvri, un calcul tactique sans imagination et une absence d’attrait pour l’électorat.
EVANS Bryan
* La version originale anglaise, reproduite aussi sur ESSF, de cet article est plus longue (Bulletin no. 79, 11/I-08 Socialist projet ). La version française (abrégée) est parue sur le site québécois « Presse-toi à gauche ! » (traduit par David Mandel) :
http://www.pressegauche.org/spip.php ?article1395