Les élections fédérales, un défi pour le mouvement social

Mis en ligne le 12 septembre 2008

Par François Cyr et Pierre Beaudet

À la veille des élec­tions fédé­rales, la pro­gres­sion du Parti Conservateur dans les son­dages reflète un lent mais sys­té­ma­tique dépla­ce­ment du centre de gra­vité du bloc domi­nant au Canada. Certes dans le cadre d’un exer­cice élec­to­ral, rien n’est joué d’avance sur­tout en raison du mode de scru­tin qui réserve bien des sur­prises. Mais il y a une réelle pos­si­bi­lité que Stephen Harper puisse consti­tuer un gou­ver­ne­ment majo­ri­taire et sur­tout, pro­cé­der à la grande (contre)révolution conser­va­trice à laquelle il aspire en phase avec les sec­teurs domi­nants au Canada. Pour les domi­nés, les enjeux, et les risques, sont très impor­tants d’autant plus qu’il ne faut pas sous-esti­mer éga­le­ment l’éventualité d’une réélec­tion des Républicains en novembre à Washington. Un « axe » Harper-McCain pour­rait être lourd de consé­quences.

Un projet de rupture

Depuis plu­sieurs années, Stephen Harper tente de « recon­fi­gu­rer » par petites touches le Parti Conservateur autour de ce qu’il voit comme un pro­gramme de droite cohé­rent, qui implique une série de rup­tures avec la gou­ver­nance et l’ordre social tra­di­tion­nels au Canada depuis la fin de la guerre, et ce, dans le sillon des « révo­lu­tions » qui ont triom­phé aux États-Unis et en Angleterre dans les années 1980, mais sans tou­te­fois dis­po­ser de la marge de manœuvre néces­saire pour impo­ser la tota­lité du pro­gramme idéo­lo­gique de la droite reli­gieuse amé­ri­caine. Ce ne sont pas des chan­ge­ments mineurs dans l’architecture du pou­voir dont il est ques­tion, mais une pro­fonde refonte de l’État, de la société, de l’économie.

La contre-révo­lu­tion Harper veut briser le « consen­sus » key­né­sien qui s’est imposé depuis 50 ans et qui com­por­tait un grand « com­pro­mis » social. Ce com­pro­mis impli­quait des poli­tiques inter­ven­tion­nistes pour assu­rer un « équi­libre » entre l’accumulation du capi­tal d’une part, et la redis­tri­bu­tion des res­sources vers les classes moyennes et popu­laires. Aujourd’hui sous l’égide du néo­li­bé­ra­lisme, ce grand « com­pro­mis » n’apparaît plus « néces­saire » aux yeux des domi­nants qui misent sur la frag­men­ta­tion des domi­nés et éga­le­ment sur l’internationalisation (la glo­ba­li­sa­tion) du capi­ta­lisme.

Pour briser le key­né­sia­nisme, Harper entend déman­te­ler l’appareil d’État fédé­ral qui en avait assuré le fonc­tion­ne­ment, notam­ment les pro­grammes de régu­la­tion des inves­tis­se­ments et du déve­lop­pe­ment éco­no­mique régio­nal, le main­tien de vastes pro­grammes sociaux sous forme d’interventions directes ou en termes de trans­ferts fédé­raux, l’appui aux domaines de l’éducation et de la culture, et d’autres struc­tures qui avaient struc­turé au Canada un « filet de sécu­rité social » assez ample.

N’oublions pas tou­te­fois que les grandes contre-réformes du pro­gramme de l’assurance-emploi ont éga­le­ment été le fait du Parti Libéral à l’ère de Jean Chrétien et de Paul Martin, tout comme le début d’engagement dans le bour­bier Afghan. Logiquement, ce « dégrais­sage » de l’État fédé­ral pour­rait s’accompagner d’une cer­taine décen­tra­li­sa­tion vers les pro­vinces, dans une logique pure­ment néo­li­bé­rale où le gou­ver­ne­ment se « déleste » des dépenses dans le sec­teur social, les infra­struc­tures, etc.

Les domi­nants entre­temps veulent des domi­nés ato­mi­sés, sans sécu­rité et droit, prêts à se jeter les uns contre les autres, « tout le monde contre tout le monde ». Cependant la nature de l’État cana­dien est telle que ces pro­ces­sus de dévo­lu­tion des pou­voir peuvent dif­fi­ci­le­ment atteindre le même niveau que dans d’autres régimes fédé­raux.

La nouvelle géographie de l’accumulation

En fin de compte, les domi­nants cana­diens sont en train de refaire leur cohé­rence autour d’un projet qui mise sur la double arti­cu­la­tion d’un sec­teur finan­cier puis­sant, hégé­mo­nisé par les grandes conglo­mé­rats de Toronto, et d’un sec­teur des res­sources dont le centre de gra­vité se situe dans l’ouest et le nord du Canada. Appelons cela pour sim­pli­fier l’axe Toronto-Calgary.

Le capi­ta­lisme cana­dien se trouve ainsi dans une « nou­velle niche » à l’échelle glo­bale. Ce qui ne signi­fie pas la fin de son rôle his­to­rique de pour­voyeur de res­sources natu­relles selon l’axe nord-sud comme en témoigne les gigan­tesques pro­jets d’approvisionnement pétro­lier des sables bitu­mi­neux et l’intérêt crois­sant pour le dos­sier de l’eau.

Pour être per­for­mant, il doit, autant que faire se peut, être « débar­rassé » des seg­ments à la traîne, héri­tés du com­pro­mis key­né­sien, notam­ment le sec­teur manu­fac­tu­rier, qui n’est plus aussi « ren­table » dans le contexte de l’économie capi­ta­liste glo­ba­li­sée. Pour le grand capi­tal, toute ten­ta­tive via des poli­tiques volon­ta­ristes de l’État fédé­ral de sauver ce sec­teur est un obs­tacle dans la grande restruc­tu­ra­tion de l¹é­co­no­mie cana­dienne.

Parallèlement, le sec­teur finan­cier veut éli­mi­ner les régu­la­tions qui nuisent encore à son plein essor, notam­ment les struc­tures finan­cières contrô­lées par l’État, comme par exemple la Caisse de dépôts et de pla­ce­ment du Québec.

À l’échelle mon­diale, les domi­nants cana­diens cherchent aussi un nou­veau posi­tion­ne­ment. Depuis 2001 mais avant bien avant, l’empire amé­ri­cain a entre­pris de se redé­ployer pour per­pé­tuer son hégé­mo­nie, essen­tiel­le­ment à tra­vers le ren­for­ce­ment et l’internationalisation de sa puis­sance mili­taire, notam­ment dans des zones stra­té­giques comme le Moyen-Orient. Exacerbé par l’administration Bush, ce projet conti­nue son œuvre des­truc­tive et néces­site une conso­li­da­tion des alliances stra­té­giques et c’est là qu’entre en scène Harper.

Le PM cana­dien a bien vu en effet qu’il faut bifur­quer et aban­don­ner l’époque où le Canada rêvait de pra­ti­quer une « troi­sième voie » pour deve­nir un sup­plé­tif effi­cace des États-Unis et aussi un ter­ri­toire où tout est inté­gré du nord au sud du « péri­mètre » que cela soit au niveau mili­taire, poli­tique, éco­no­mique, sécu­ri­taire. Le rôle mili­taire accru du Canada va de pair avec le dit Partenariat pour la sécu­rité et la pros­pé­rité qui ren­force le contrôle du ter­ri­toire cana­dien aux États-Unis déjà opé­ra­tion­nel depuis la créa­tion de NORAD

Contrôler, punir, criminaliser

Venons-en enfin à la partie la plus « sul­fu­reuse » de l’équation Harper. Avec un vernis mora­li­sant (Famille, Dieu, Patrie), il faut mar­gi­na­li­ser la dis­si­dence et la résis­tance, en allant jusqu’à la cri­mi­na­li­sa­tion pure et simple de ceux et celles qui disent non. Punir les immi­grants et les réfu­giés est une entrée en matière inté­res­sante pour créer un état de non-droit pour une partie crois­sante de la popu­la­tion.

Accompagner cette répres­sion d’une pseudo idéo­lo­gie de « guerre de civi­li­sa­tion » (l’islamophobie) est une partie inté­grante de cette stra­té­gie, de même que la mise au pas des sec­teurs cultu­rels et des médias. Les domi­nants qui ne sont certes pas idiots savent très bien que ce projet dans toutes ses com­po­santes n’est pas accep­table pour la grande majo­rité de la popu­la­tion. Les plus âgés se sou­viennent des batailles épiques qu’il a fallu faire pour arra­cher le com­pro­mis key­né­sien. Les plus jeunes ne se sentent pas confor­tables avec l’idéologie de paco­tille néo­con­ser­va­trice et la pers­pec­tive de tra­vailler dans la pré­ca­rité pour le reste de leurs jours.

Certes, une vio­lente bataille des idées est néces­saire pour faire accep­ter l’inacceptable. Pour les domi­nants, il est impor­tant d’utiliser à plein le néo­con­ser­va­tisme chré­tien, du racisme anti-immi­grant, de la peur de l’autre. Mais ce n’est pas assez pour conso­li­der ce nou­veau pou­voir. D’où la ten­ta­tion per­ma­nente pour les domi­nants actuels de sup­pri­mer, ou au moins, d¹af­fai­blir la démo­cra­tie libé­rale, struc­tu­rée autour des Parlements res­pon­sables, des gou­ver­ne­ments impu­tables, de l’indépendance du judi­ciaire et des médias, et des liber­tés fon­da­men­tales. Les lois liber­ti­cides ainsi accom­pagnent une pro­fonde déca­dence de ces ins­ti­tu­tions consti­tu­tives de l’État capi­ta­liste moderne et ouvrent la porte à une sorte de « proto fas­cisme » qu’on a vu aux États-Unis ces der­nières années. Même si au Canada la situa­tion s’est déve­lop­pée autre­ment, Harper a démon­tré qu¹il était prêt à aller très loin par ses pra­tiques occultes et son mépris des ins­ti­tu­tions.

Pourquoi l’élection maintenant ?

Depuis plus de trente mois où il exerce le pou­voir en tant que chef d’un gou­ver­ne­ment mino­ri­taire, Harper a quand même réussi à impo­ser ses vues sur de nom­breux dos­siers, dont la guerre en Afghanistan, la non-défense du sec­teur manu­fac­tu­rier en Ontario et au Québec et des attaques sans pré­cé­dent contre les femmes, les artistes, les jeunes, etc. En dépit de plu­sieurs son­dages démon­trant qu’il n’a pas la majo­rité de la popu­la­tion der­rière lui, Harper pense cette fois-ci l’emporter sur­fant sur l’affaiblissement rela­tif du vote blo­quiste au Québec et de la crise de lea­der­ship des libé­raux, qui a été pour l’essentiel le prin­ci­pal parti de gou­ver­ne­ment au Canada.

Certes, le lamen­table lea­der­ship de Stéphane Dion suite à l’impact délé­tère du scan­dale des com­man­dites explique en partie cette déban­dade, mais en poli­tique on est fort de la fai­blesse de ses adver­saires. La frag­men­ta­tion du parti entre une « droite » (géné­ra­le­ment iden­ti­fiée à Michael Ignatieff) et un « centre » (Bob Ray) reflète une frac­ture pro­fonde d’un parti du centre, qui a géré le key­né­sia­nisme pen­dant si long­temps et qui se retrouve désem­paré aujourd’hui. Durant les der­nières années du règne Chrétien-Martin, le PLC a évolué vers le néo­li­bé­ra­lisme, en sabrant dans les pro­grammes sociaux (notam­ment l’assurance-chômage). Ce fai­sant, il a érodé ses propres bases popu­laires, sans tou­te­fois convaincre les sec­teurs de la droite de venir vers lui.

Aujourd’hui le cen­trisme ne tient plus la route devant la marche forcée du néo­li­bé­ra­lisme. C’est ainsi que Harper peut espé­rer faire de son parti le nou­veau parti de gou­ver­ne­ment au Canada. Pour cela, il joue sur un autre atout, celui de l’impasse du PLC sur la ques­tion qué­bé­coise. Malgré des ten­ta­tives plus ou moins convain­cantes d’enterrer le désas­treux héri­tage tru­deauiste, les Libéraux (et encore plus Stéphane Dion) conti­nuent de réduire la nation qué­bé­coise à un « groupe eth­nique » dont il faut assu­rer les droits dans un Canada « mul­ti­cul­tu­rel ».

Harper a vu le trou béant et s’est empressé de le rem­plir de ses for­mules vides dans le genre « Le Québec est une nation » et de recon­naître, du bout des lèvres, le dés­équi­libre fiscal, sans rien régler sur le fond à cet effet. Au bout de la ligne, les nou­veaux domi­nants cana­diens pensent qu’ils vont s’en tirer avec une alliance plus ou moins ouverte avec les natio­na­listes mous au Québec.

Le reflux du mouvement nationaliste

En toile de fond de tout cela, il y a évi­dem­ment le recul durable du PQ (et dans une moindre mesure, du Bloc qué­bé­cois). Comme bien des partis de centre-gauche, le PQ est écar­telé par le néo­li­bé­ra­lisme. La seule porte de sortie à court terme, pour les diri­geants du parti qui sont prêts à tout pour reve­nir au pou­voir, est d’épouser le social-libé­ra­lisme, ou, autre­ment dit, le « néo­li­bé­ra­lisme à visage humain», comme le disent si bien les « lucides ». Parallèlement, il faut mettre sur les tablettes le projet de sou­ve­rai­neté en le ren­voyant à la semaine des quatre jeudis.

Néanmoins, le lea­der­ship natio­na­liste a de sérieux pro­blèmes. À un pre­mier niveau, les domi­nants qué­bé­cois, qu’on peut appe­ler pour sim­pli­fier Québec inc, ne sont plus « joueurs ». Finie est l’époque en effet où une bour­geoi­sie en deve­nir essayait de jouer sur les « deux tableaux » en fai­sant comme Péladeau papa. Aujourd’hui pour Quebecor World inc, comme pour les autres fleu­rons de Québec inc s’impose la même logique néo­li­bé­rale et glo­bale que pour tous les domi­nants. Il faut s’internationaliser et réduire la por­tion du sur­plus que les domi­nés avaient réussi à arra­cher par des décen­nies de luttes. Et si cela ne marche pas, on peut tou­jours liqui­der l’entreprise construite à la sueur des tra­vailleurs au profit des énormes requins qui abondent sur la pla­nète (pen­sons au rachat d’Alcan par exemple).

Mais comme c’est sou­vent le cas, un mal­heur ne vient jamais seul. Le mou­ve­ment natio­na­liste voit s’éroder éga­le­ment l’appui des classes moyennes et popu­laires qui ne sont plus convain­cues, à voire le PQ gérer comme il l’a fait ces der­nières années, qu’il repré­sente une alter­na­tive, ni sur le plan social, ni sur le plan de la ques­tion natio­nale. Pendant que se déroule ce déclin, le Bloc Québécois qui a su bien manœu­vré ces der­nières années se retrouve sur la corde raide. Certes, les blo­quistes, diri­gés par d’anciens syn­di­ca­listes comme Gilles Duceppe, Pierre Paquette, Francine Lalonde, défendent les causes sociales et les droits du Québec (comme le fait géné­ra­le­ment le PQ lorsqu’il est dans l’opposition). Néanmoins le Bloc subit la perte d’influence du projet sou­ve­rai­niste en ce moment. Ce reflux nous semble aussi sinon plus impor­tant que celui vécu dans le sillon de la pre­mière défaite réfé­ren­daire de 1980.

Les dominés sont à la défensive

Stephen Harper pense se fau­fi­ler enfin pour une autre raison. Les domi­nés, la grande majo­rité de la popu­la­tion en fin de compte, sont divi­sés. Leurs repères sont brouillés par les offen­sive suc­ces­sives à la sauce néo­li­bé­rale, y com­pris par ceux qui ont pré­cédé Stephen Harper. Les orga­ni­sa­tions et les pro­jets sont vacillants. Pensons par exemple au NPD, qui a déjà eu sa place sur l’échiquier des luttes au Canada anglais. Aujourd’hui, Jack Layton cour­tise les couches moyennes déçues du Parti Libéral. Comme ceux qui l’ont pré­cédé, il n’a pas trouvé de « solu­tion » à la ques­tion natio­nale qué­bé­coise sinon que de clamer ses « bonnes inten­tions ». Pour très peu de gens le NPD repré­sente une alter­na­tive dans un contexte où les mou­ve­ments sociaux au Canada anglais sont à la défen­sive et assom­més par le lea­der­ship stric­te­ment défen­sif des grandes orga­ni­sa­tions syn­di­cales.

Au Québec tou­te­fois, la résis­tance est plus vive, ancrée dans une his­toire de luttes sociales et natio­nales. Des cen­taines de « petites » batailles et de « petites » résis­tances qui sont loin d’être aussi « petites qu’on le dit mettent de gros grains de sable dans l’engrenage des domi­nants, comme on l’a vu cet été même avec la belle lutte des tra­vailleurs et des tra­vailleuses de l’hôtellerie.

Bref, les réseaux sont encore actifs, et plu­sieurs nou­veaux pro­jets sont dans la boîte à outils, dont Québec soli­daire. Dans une cer­taine mesure l’actuelle cam­pagne de Gilles Duceppe contre la droite conser­va­trice dure et ses valeurs reflète cet état de chose.

La gauche doit donc, dans un tel contexte, se méfier de ses réflexes tra­di­tion­nels qui consiste à se dés­in­té­res­ser des élec­tions et par­ti­cu­liè­re­ment des élec­tions fédé­rales. Particulièrement celle qui se déroule pré­sen­te­ment et qui est lourde de consé­quences pour la suite des choses. Une vic­toire des conser­va­teurs majo­ri­taires est aussi sinon plus lourde de consé­quences qu’était la pers­pec­tive d’une vic­toire adé­quiste il y a quelques années, laquelle avait donné lieu à une impor­tant sur­saut de mobi­li­sa­tion des sec­teurs pro­gres­sistes de la société qué­bé­coise.

Savoir être tactiques

Il faut donc éviter une situa­tion où le mou­ve­ment social devra confron­ter l’assaut direct et brutal du pou­voir d’état, ce qui nous attend à coup sûr avec Stephen Harper. Comment donc esqui­ver le pire ? Au Québec, cela peut faire une grosse dif­fé­rence si les conser­va­teurs réus­sissent à arra­cher au Bloc Québécois quelques comtés dans le centre de la pro­vince et même dans les péri­phé­ries de Montréal, en capi­ta­li­sant sur l’écœurement des élec­teurs et l’appui de la droite qué­bé­coise regrou­pée autour du PLQ et de l’ADQ et avec l’appui vigou­reux de Québec inc. Nous devons donc tenter d’empêcher cela, mais sur nos propres bases.

Vous nous voyez venir évi­dem­ment. Tel que dit aupa­ra­vant, nous ne pen­sons pas que le Bloc, en tant que membre de la famille domi­nante du natio­na­lisme qué­bé­cois, puisse se renou­ve­ler et expri­mer un projet accep­table pour les domi­nés au Québec. Le projet est trop lourd d’ambigüités et même face aux grands enjeux qui confrontent notre société (pen­sons par exemple à la guerre en Afghanistan), tant le Bloc que le PQ ne cessent de ter­gi­ver­ser.

Cependant d’un point de vue de gauche, il faut blo­quer Harper. Dans ce sens, nous nous retrou­vons d’accord (pour une fois) avec la FTQ qui appelle à voter pour le Bloc. Dans la majo­rité des régions du Québec, c’est le Bloc qui peut faire échec à Harper.

3 réponses à “Les élections fédérales, un défi pour le mouvement social”

  1. Thomas Chiasson-Lebel dit :

    La tactique sans le tact : le Hic !

    Réponse au texte de Pierre Beaudet et François Cyr inti­tulé « Les élec­tions fédé­rales, un défi pour le mou­ve­ment social »

    Bien que les partis en lice pour les pro­chaines élec­tions fédé­rales puissent cher­cher à uti­li­ser des tac­tiques et des stra­té­gies pour par­ve­nir à leur fin (être élu), le carac­tère formel de la tac­tique et de notre sys­tème élec­to­ral oblige la gauche à regar­der la ques­tion de la tac­tique lors des pro­chaines élec­tions fédé­rales d’un œil dif­fé­rent. Ce carac­tère formel réside dans le résul­tat de l’action éven­tuel­le­ment concer­tée à gauche : l’élection de l’un ou l’autre des dépu­tés, et fina­le­ment, la vic­toire majo­ri­taire ou mino­ri­taire de l’un des partis dans la course.

    La tac­tique, en raison de sa défi­ni­tion propre, est une action ou un ras­sem­ble­ment de moyens qui vise un objec­tif précis ou l’atteinte d’un résul­tat. Lorsqu’un parti rem­porte une vic­toire élec­to­rale, bien que cer­tains puissent pré­tendre que la vic­toire n’est que le résul­tat du rejet d’un autre parti, il n’en demeure pas moins que cette vic­toire donne for­mel­le­ment la légi­ti­mité au parti élu de gou­ver­ner et d’appliquer son pro­gramme, voire d’y déro­ger puisque c’est le pou­voir que lui accorde le fait d’être élu. Ainsi, en choi­sis­sant d’appuyer l’un ou l’autre des can­di­dats, ou en déci­dant d’appeler à voter pour l’un ou l’autre des partis, indé­pen­dam­ment du contenu poli­tique qu’on désire donner à un vote, le silence des urnes rend le vote égal à tous les autres, il devient un crédit pour celui pour qui on a voté, bien plus qu’un dis­cré­dit pour celui contre lequel on s’oppose. Si on accepte ce rai­son­ne­ment, l’appel à voter pour l’un ou l’autre des partis ne peut être un choix tac­tique : il ne peut être qu’un choix poli­tique d’appui envers la ligne et le pro­gramme de ce parti et ou, plus direc­te­ment, du can­di­dat de la cir­cons­crip­tion dans laquelle on vote.

    Mais dans ce cadre, est-il pos­sible pour la gauche de faire un choix tac­tique lors des pro­chaines élec­tions fédé­rales ? Il nous semble que la réponse à cette ques­tion est posi­tive. Il suffit de se rap­pe­ler quel est l’objectif pour­suivi par la tac­tique, car une tac­tique est un ensemble de moyens mis en oeuvre pour rem­plir un objec­tif.

    Dans leur texte, François Cyr et Pierre Beaudet dressent un bilan très sombre des poli­tiques mises en œuvre par le parti Conservateur de Stephen Harper depuis son élec­tion en 2006. Bien que nous puis­sions diver­ger de Cyr et Beaudet sur cer­taines façons de décrire l’attitude poli­tique de celui que les zapar­tistes appellent le « bon­homme play­mo­bile», et que cer­tains bémols puissent ponc­tuer leur ana­lyse de la situa­tion, il n’en demeure pas moins que le bilan conser­va­teur est épou­van­ta­ble­ment sombre pour les classes domi­nées, et même pour cer­taines par­ties des classes domi­nantes. Harper cherche à nous faire peur, et il réus­sit.

    Toutefois, le PC n’est pas l’instigateur du néo­li­bé­ra­lisme. Il est pos­sible de dres­ser le constat qu’il en a accé­lé­rer le mou­ve­ment, mais au moins depuis 1995 et les mesures de Axworthy, les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs au niveau fédé­ral ont porté plus d’intérêts à réduire la taille de l’État, sa dette et ses défi­cits, qu’au sort des tra­vailleurs et des dépos­sé­dés. Même si ces diri­geants étaient pris dans un contexte X avec des contraintes Y, leur choix de pour­suivre le néo­li­bé­ra­lisme était un choix poli­tique. Le néo­li­bé­ra­lisme n’est pas l’aboutissement d’un déve­lop­pe­ment natu­rel du capi­ta­lisme, mais une situa­tion contin­gente, fruit d’une série de choix poli­tiques qui doivent être assu­més par leurs auteurs, et dénon­cés par les cri­tiques.

    Ce qui devient plus inquié­tant avec les conser­va­teurs, c’est qu’ils ajoutent en plus une couche morale conser­va­trice qui pré­sente la société comme une menace pour les indi­vi­dus, et ainsi, prennent des mesures pour empê­cher la culture, pour limi­ter les recours des femmes qui sou­haitent défendre leur droit, pour punir les cri­mi­nels plus dras­ti­que­ment, pour lais­ser moisir un enfant sous la tor­ture des forces amé­ri­caines (la liste est tel­le­ment longue qu’elle pour­rait rem­pla­cer cet article au com­plet à elle seule), de façon à ce que chacun reste chez soi, pro­tégé des autres qui le menacent. C’est l’apanage du conser­va­tisme.

    Ainsi, nous concor­dons sur ce point avec Beaudet et Cyr : le bilan des conser­va­teurs est désas­treux, bien que cer­taines façons de dire les choses semblent méri­ter des pré­ci­sions et des amé­lio­ra­tions. Dans un tel cadre, ils penchent de façon assez nette pour la solu­tion de blo­quer la voie à la réélec­tion des Torries, et se ques­tionnent ensuite sur le parti à appuyer, reje­tant alors le NPD pour son manque de vision par rap­port au Québec et choi­sis­sant fina­le­ment d’appeler à voter pour le Bloc Québécois.

    Une telle inter­pré­ta­tion de la tac­tique nous semble erro­née. Toute l’emphase mise sur la cri­tique du bilan conser­va­teur, et le faible espace accordé à l’analyse du Bloc lui-même nous pousse à croire qu’il y a confu­sion autour de l’objectif qui com­mande la tac­tique : est-ce de savoir qui appuyer, ou de savoir qui contrer ? Dans le pre­mier cas, il ne s’agit alors plus d’un choix tac­tique, car comme nous avons cher­ché à le démon­trer plus haut, le vote en faveur d’un parti se conver­tit par le silence des urnes en un appui à sa poli­tique, et nous n’y pou­vions rien : il s’agit de la struc­ture élec­to­rale dans laquelle nous vivons. Cependant, dans le deuxième cas, celui où l’objectif est de savoir qui contrer, il est alors pos­sible, à gauche des partis, de pro­po­ser un véri­table choix tac­tique. Il est évident que l’objectif que pour­sui­vraient Beaudet et Cyr serait de blo­quer les conser­va­teurs.

    Dans ce cas, l’appel à voter pour le Bloc semble, s’il pou­vait en être, un mau­vais choix tac­tique. D’une part, si dans une cir­cons­crip­tion, l’appel à voter pour le Bloc nui­sait à un libé­ral qui aurait eu des chances de battre un conser­va­teur, alors la tac­tique aura été un échec. D’autre part, dans un compté ou les conser­va­teurs n’ont aucune chance de passer contre le Bloc dont la vic­toire est pra­ti­que­ment assu­rée (pen­sons à la cir­cons­crip­tion de Gilles Duceppe, Laurier, dans laquelle il n’a jamais gagné avec moins de 10 000 voix d’avance, et en 2006, il avait près de 19 000 de plus que la 2e en lice), un vote pour le Bloc est inutile puisqu’il n’envoie que le mes­sage que le mandat du blo­quiste est renou­velé, sans rien dire contre les conser­va­teurs. Les exemples de ce genre pour­raient être mul­ti­pliés.

    Ainsi, le seul choix pos­sible à faire, si on veut faire de la tac­tique, c’est de reprendre le slogan de la der­nière pré­si­den­tielle éta­su­nienne : Anybody but Harper (n’importe qui sauf Harper). Alors, il appar­tient à chaque élec­teur qui veut bien appuyer une telle tac­tique de faire le calcul de celui ou celle qui a le plus de chances de mettre à mal un conser­va­teur (qu’il soit libé­ral, blo­quiste, ou NPDiste), et pour les autres qui sont dans des cir­cons­crip­tions où les conser­va­teurs n’ont aucune chance, le choix n’est plus tac­tique, mais poli­tique. Ne l’oublions pas, le sys­tème élec­to­ral cana­dien n’est pas pro­por­tion­nel, et nous votons pour le député de notre seule cir­cons­crip­tion. Une voie dans un comté déjà for­te­ment blo­quiste ne vien­dra pas porter main forte à un blo­quiste en mau­vaise pos­ture dans le sien.
    L’appel « any­body but Harper » n’est pas une conces­sion à un pro­gramme poli­tique qu’on ne désire pas vrai­ment appuyer, mais une réelle ten­ta­tive tac­tique de s’opposer à la monté conser­va­trice, qui peut même être faite en désa­vouant le sys­tème élec­to­ral si l’on sou­tient, de façon très tac­tique, qu’il faut uti­li­ser toutes les armes pos­sibles contre l’ennemi, même la plus petite pierre, celle qui est à peine plus grosse qu’un bul­le­tin de vote chif­fonné.

    Ainsi, le choix de Beaudet et Cyr de recom­man­der l’appui au Bloc ne semble pas un choix tac­tique, mais un choix poli­tique. Puisque le Bloc a eu dans son his­toire récente un diri­geant issu des conser­va­teurs, qui est aussi un porte-voix conser­va­teur au Québec, le lulu­cide Lucien Bouchard, un tel choix poli­tique nous semble dif­fi­cile à assu­mer.

    Il demeure tout de même une épine à ce rai­son­ne­ment. Il est en effet pos­sible de consi­dé­rer que l’appel « Anyboby but » risque de divi­ser les votes dans cer­taines cir­cons­crip­tions plutôt que de les ras­sem­bler. Or, dans un tel cadre, l’appel à voter pour le Bloc pour­rait éga­le­ment pro­duire le même effet. Puisque les garan­ties de l’atteinte de l’objectif sont minces, dans l’un ou l’autre des cas, sou­te­nir un tel argu­ment revien­drait à dire qu’en fait, la tac­tique élec­to­rale est inutile pour ceux qui ne veulent pas réel­le­ment appuyer un pro­gramme par­ti­cu­lier. Cela appelle à prôner l’abstention. Une telle idée ne nous rap­proche sans doute pas de l’objectif de blo­quer les conser­va­teurs, ce n’est donc pas un choix qui se conforme à l’objectif tac­tique qui est ici étudié, et il est donc dif­fi­cile à épou­ser.

    Bref, pour blo­quer les conser­va­teurs, il faut appe­ler à blo­quer les conser­va­teurs, et non à voter pour le Bloc.

    Dans une telle situa­tion, le tact aurait été, pour Pierre Beaudet et François Cyr, de nous dire que le choix d’appeler à appuyer le Bloc n’est pas un choix tac­tique, mais un choix poli­tique qui consiste à voter pour le moins pire. Le hic, c’est que nous connais­sons Cyr et Beaudet, et que nous croyons qu’il s’agit moins d’un manque de tact que d’une erreur… tac­tique.

    Thomas Chiasson-LeBel

  2. Pierre Beaulne dit :

    J’aurais ten­dance à nuan­cer le propos sur la bour­geoi­sie cana­dienne. Effectivement on peut dire que les pôles domi­nants de la bour­geoi­sie cana­dienne se sont consti­tués autour de la finance toron­toise d’une part, et du pétrole/​gaz de l’ouest d’autre part. Mais est ce qu’il y a conver­gence d’intérêts éco­no­miques et poli­tiques ? Ce n’est pas sûr. Ce ne sont pas exac­te­ment des « nou­velles niches » non plus. Parallèlement, la bour­geoi­sie cana­dienne est en train de perdre pied dans les autres sec­teurs des res­sources (alu­mi­nium, nickel, cuivre et zinc) ainsi que dans le papier et l’acier, du fait des concen­tra­tions en cours à l’échelle mon­diale. Ce sont des ten­dances qu’il faut signa­ler. En outre, le sec­teur manu­fac­tu­rier est mal­mené par l’intensification de la concur­rence inter­na­tio­nale pro­ve­nant des pays émer­gents, par la hausse du dollar cana­dien et le ralen­tis­se­ment de l’économie amé­ri­caine. Bref il y a des aspects conjonc­tu­rels qui plombent la ren­ta­bi­lité. Ce n’est pas l’ensemble du sec­teur qui est « largué » par la bour­geoi­sie, à preuve les succès dans cer­tains sec­teurs de pointe comme l’électronique et l’aéronautique. Les gou­ver­ne­ments d’orientation néo­li­bé­rale de Paul Marti et de Stephen Harper pri­vi­lé­gient des formes de sou­tien qui passent par l’allègement de la fis­ca­lité des entre­prises, plutôt que par des poli­tiques ciblées et inter­ven­tion­nistes, mais sont loin de rester pas­sifs. Le sec­teur finan­cier cana­dien est par ailleurs ambi­va­lent : s’il déré­gle­mente trop, il s’expose à être bouffé. Il n’y a pas eu de grandes offen­sives des banques pour se fusion­ner depuis les insuc­cès du début des années 2000. Enfin, il n’est pas évident que la finance toron­toise mani­feste de l’hostilité à l’égard de la Caisse de dépôts et de pla­ce­ments, en fait c’est une sorte d’indifférence. Dans la crise du papier com­mer­cial où la Caisse était for­te­ment impli­quée, la finance toron­toise s’est bou­chée le nez et a regardé ailleurs pen­dant que la Caisse se dépê­trait toute seule.

    Pierre Beaulne

  3. Richard Poulin dit :

    Bonjour,

    J’ai lu le texte sur les élec­tions avec désar­roi. Je suis sans doute de la vieille école. Doublé du fait que j’ai eu quelques expé­riences concrètes avec les partis fédé­raux. J’ai été convo­qué à quelques reprises à des com­mis­sions par­le­men­taires comme témoin expert où j’ai vu les repré­sen­tants des dif­fé­rents partis énon­cer leurs poli­tiques et s’entendre comme lar­rons en foire, malgré évi­dem­ment des nuances. Mais sur le fond, ils par­ta­geaient tous plus ou moins une vision (néo)libérale de la société plus ou moins mati­née d’une pré­ten­due plus grande « jus­tice sociale » rendue pos­sible, selon leurs propos, grâce aux sur­plus bud­gé­taires. C’est dire qu’en période de réces­sion, le risque de voir dis­pa­raître cette pré­ten­due plus grande « jus­tice sociale » au profit de l’austérité est très pro­bable. De plus, je vis à Ottawa, donc la ques­tion élec­to­rale prend une autre colo­ra­tion qu’au Québec.

    Si je ne m’abuse, sur les grandes ques­tions, pen­dant deux ans, les Conservateurs au pou­voir ont pu rece­voir les appuis néces­saires à la Chambre des com­munes pour main­te­nir le cap, bien que ce der­nier ait pu connaître quelques réorien­ta­tions mineures en échange des appuis. Si ce n’était pas les Libéraux, c’était le Bloc ou le NPD qui « sau­vait » à chaque reprise le gou­ver­ne­ment mino­ri­taire.

    Ce qui est absent de l’analyse, c’est la nature de classe des partis. Qui repré­sente quoi ? Cela devrait pour­tant condi­tion­ner en bonne partie une prise de posi­tion élec­to­rale. Doit-on appe­ler à voter pour des partis bour­geois, sous pré­texte de tac­tique ? Quel est le rôle des intel­lec­tuels révo­lu­tion­naires en période élec­to­rale ? Éducation, conscien­ti­sa­tion, etc. ? Ramer à contre-cou­rant est-ce pra­ti­quer ce que d’aucuns pour­raient appe­ler la « poli­tique du pire » ? Mais est-ce véri­ta­ble­ment le « pire » ne pas appe­ler à voter pour des partis bour­geois ?

    D’autre part, est-ce véri­ta­ble­ment tac­tique de voter au Québec à cette élec­tion pour le Bloc contre les Conservateurs ? Le Bloc n’a-t-il pas été créé par des conser­va­teurs et des libé­raux ? Cette « tac­tique » ne trouve-t-elle pas à se répé­ter élec­tion après élec­tion ? Question natio­nale oblige au-delà de la han­tise de voir les Conservateurs majo­ri­taires ? Si une tac­tique se répète sans cesse, ce n’est plus une tac­tique, mais une stra­té­gie.

    On a un sérieux pro­blème : lors de son pas­sage au pou­voir, le NPD de Bob Ray en Ontario nous a servi la même méde­cine néo­li­bé­rale que le PQ de Lévesque avec une baisse de salaires, s’attaquant sans remords à sa base élec­to­rale pour donner toutes les garan­ties néces­saires de bonne gou­ver­nance à Bay Street. Mais contrai­re­ment au PQ, qui au moyen de la ques­tion natio­nale a pu reve­nir au pou­voir, le NPD-Ontario est désor­mais une force poli­tique mineure dans la pro­vince.

    Il est certes plus facile d’appeler au vote tac­tique ou utile pour un parti qui n’est pas voué à exer­cer le pou­voir. Mais c’est trans­po­ser sur la scène fédé­rale, le vote « utile » pour le PQ au Québec contre les Libéraux très conser­va­teurs de Charrest et la menace ultra­con­ser­va­trice de l’ADQ. Allons-nous contre la menace adé­quiste appe­ler à voter utile, c-a-d PQ, et lais­ser tomber Québec Solidaire ?

    En l’absence d’une véri­table alter­na­tive élec­to­rale, le vote « utile » semble le moins pire des scé­na­rios. Mais un tel vote « tac­tique » ne consti­tue-t-il pas en lui-même une entrave au déve­lop­pe­ment pos­sible d’une alter­na­tive, laquelle avant de prendre forme doit se frayer un chemin dans les consciences ?

    Je ne remets pas en ques­tion la légi­ti­mité du débat ou les prises de posi­tions indi­vi­duelles qu’elles soient tac­tiques ou non. Ce que je ques­tionne, c’est l’absence d’analyse de classe, ce que pour­tant le CAP met en évi­dence col­lec­ti­ve­ment quand il s’agit d’autres aspects de la société… sauf pour l’instant les pré­sentes élec­tions fédé­rales.

    Richard Poulin