La réforme du mode de scrutin :

Les divagations du tandem Laviolette-Dubuc

Par Mis en ligne le 11 août 2012

La réforme du mode de scrutin

Le jour­nal élec­tro­nique L’Aut’Journal au jour le jour a publié, dans son édi­tion du 9 août, un texte au style vitrio­leur pondu par le tandem péquiste Marc Laviolette et Pierre Dubuc dénon­çant Québec soli­daire comme ayant une « vision pro­vin­cia­liste » parce que ce parti consi­dère que l’instauration d’un mode de scru­tin pro­por­tion­nel, afin de rem­pla­cer l’actuel scru­tin majo­ri­taire, consti­tue un des enjeux impor­tants de la pré­sente cam­pagne élec­to­rale.

Respectivement pré­sident et secré­taire du grou­pus­cule SPQ Libre, MM. Laviolette et Dubuc expliquent que pour les péquistes la réforme du mode de scru­tin n’est pas prio­ri­taire et doit attendre l’accession du Québec à la sou­ve­rai­neté. « Faire de la réforme du mode de scru­tin une prio­rité, sou­tiennent-ils, c’est accep­ter qu’il y aura d’autres élec­tions pro­vin­ciales avant l’accession du Québec à l’indépendance. C’est repor­ter l’indépendance aux calendes grecques. C’est s’enfermer dans une approche pure­ment pro­vin­cia­liste », ajoutent-ils.

Ce rai­son­ne­ment incon­gru, voire tordu, n’a même pas le mérite de la vrai­sem­blance, car il est évident que d’autres élec­tions devront se tenir avant l’accession du Québec à la sou­ve­rai­neté ne serait-ce que parce qu’un éven­tuel gou­ver­ne­ment péquiste –même s’il était majo­ri­taire- ne tien­dra pro­ba­ble­ment pas de réfé­ren­dum sur la sou­ve­rai­neté dans un pre­mier mandat. De plus, on ne voit pas logi­que­ment le lien qu’il pour­rait y avoir entre le fait de réfor­mer le mode de scru­tin et le danger de repor­ter l’indépendance aux calendes grecques.

Après 40 ans, le PQ a biffé de son pro­gramme l’engagement de réfor­mer le mode de scru­tin

Le duo Laviolette-Dubuc se plaint aussi que Québec soli­daire cible le PQ comme res­pon­sable du refus de réfor­mer le mode de scru­tin. La raison en est bien simple et les faits parlent d’ex-mêmes. C’est ce parti, en effet, qui dès sa fon­da­tion à la fin des années 1960, a ins­crit cette réforme comme un des prin­ci­paux articles de son pro­gramme. Son fon­da­teur René Lévesque décri­vait même le scru­tin majo­ri­taire actuel, qui déforme sub­stan­tiel­le­ment les résul­tats élec­to­raux au profit du parti vain­queur, comme « démo­cra­ti­que­ment infect ». On a même long­temps consi­déré que cet enga­ge­ment fai­sait partie de l’ADN du parti sou­ve­rai­niste.

18 années au pou­voir sans rien faire

De 1970 à 2011 donc, l’engagement a été renou­velé de congrès en congrès et même ins­crit dans les pla­te­formes élec­to­rales de 1976 et 1994 alors que le PQ a été porté au pou­voir. Après maintes ter­gi­ver­sa­tions et com­mis­sions d’étude, le pre­mier ministre Lévesque a même fait pré­pa­rer, en 1984, un projet de loi ins­tau­rant un scru­tin pro­por­tion­nel régio­nal à la scan­di­nave bien adapté aux besoins du Québec. Mais il n’a pu le pré­sen­ter à l’Assemblée natio­nale car plu­sieurs dépu­tés péquistes s’y sont oppo­sés lors d’un caucus tenu in extre­mis sous le leit­mo­tiv mal­en­con­treux « La sou­ve­rai­neté avant la démo­cra­tie ! ». Au congrès de mai 2000, le pre­mier ministre Bouchard a fait repor­ter l’engagement « après l’accession du Québec à la sou­ve­rai­neté ». Ainsi, pen­dant ses 18 années au pou­voir, le PQ n’a rien fait pour réa­li­ser cet enga­ge­ment. Finalement, après 40 ans. il a été biffé du pro­gramme au congrès d’avril 2111 avec la béné­dic­tion de la chef Pauline Marois.

Quant au parti libé­ral, il s’est converti sur le tard aux vertus de la pro­por­tion­nelle ayant été main­tenu dans l’opposition en 1998 même s’il avait obtenu plus de votes que le PQ. Le gou­ver­ne­ment Charest a pré­senté, en 2004, un avant projet de loi ins­tau­rant un sys­tème mixte (majo­ri­taire-pro­por­tion­nel) à l’écossaise. Mais il l’a jeté à la pou­belle en 2006 même si, dans les mois pré­cé­dents, quelque 2,000 inter­ve­nants s’étaient pro­non­cés en faveur d’un scru­tin de ce type devant la com­mis­sion par­le­men­taire la plus courue dans l’histoire de l’Assemblée natio­nale. La raison ? Le pre­mier ministre a cédé, pour des motifs élec­to­raux, aux pres­sions d’un groupe d’élus muni­ci­paux ruraux diri­gés par le pré­sident de la Fédération qué­bé­coise des muni­ci­pa­li­tés, Bernard Généreux. Or, voilà-t-il que ce der­nier se pré­sente aux élec­tions du 4 sep­tembre comme can­di­dat péquiste dans la cir­cons­crip­tion de Blainville !

C’est un secret de poli­chi­nelle que la véri­table raison du blo­cage péquiste est de garder cap­tive le plus long­temps pos­sible la mou­vance pro­gres­siste dont fait partie Québec soli­daire pour pré­ser­ver son hégé­mo­nie sur le mou­ve­ment sou­ve­rai­niste. D’où les appels pres­sants de voter stra­té­gique qui fusent à chaque élec­tion.

Quant à MM. Laviolette et Dubuc, ils étaient naguère -le pre­mier en tant que pré­sident de la CSN et le second comme direc­teur de l’Aut’Journal- d’ardents pro­mo­teurs du scru­tin pro­por­tion­nel. La maison d’édition de M. Dubuc a même publié le livre que j’ai écris sur le sujet en 1999. Que leur est-il arrivé depuis qu’ils se sont joints au PQ ? Comment expli­quer une telle volte-face qu’on pour­rait même qua­li­fier de renie­ment ?

par Paul Cliche,
auteur du livre Pour réduire le défi­cit démo­cra­tique, le scru­tin pro­por­tion­nel
Montréal, 11 août 2012

Les commentaires sont fermés.