Les Démocrates américains entre la victoire d’Obama et les élections de mi-mandat

Par Mis en ligne le 10 juillet 2010

* Cet article, éga­le­ment en ligne sur le blog de Laurent Bouvet, sera publié dans le N°39 de la Revue Socialiste qui paraît au mois d’août 2010. Une dizaine d’intellectuels euro­péens contri­bue­ront à ce numéro consa­cré au « Débat socia­liste en Europe ».

La vic­toire de Barack Obama à l’élection pré­si­den­tielle amé­ri­caine de 2008 a sonné, pour nombre d’observateurs, la fin de « l’ère conser­va­trice » 1. Outre le carac­tère his­to­rique de l’événement, la cam­pagne élec­to­rale et l’arrivée au pou­voir d’Obama ont démon­tré de manière écla­tante l’épuisement idéo­lo­gique et poli­tique de la « révo­lu­tion conser­va­trice ». Celle-là même qui avait été mise en œuvre par Ronald Reagan au début des années 1980 et dont George W. Bush a été le conti­nua­teur sous la double forme d’une radi­ca­li­sa­tion reli­gieuse de la vie poli­tique menée sous la pres­sion des chré­tiens fon­da­men­ta­listes au sein du Parti répu­bli­cain, et d’une poli­tique étran­gère bien plus idéa­liste et dévas­ta­trice – celle des fameux néo-conser­va­teurs – que celle de ses pré­dé­ces­seurs répu­bli­cains (notam­ment celle de son père).

Avec l’arrivée au pou­voir d’Obama, une nou­velle page de l’histoire amé­ri­caine allait donc néces­sai­re­ment s’écrire. En mieux, évi­dem­ment.

Un an et demi après, les mêmes obser­va­teurs sont deve­nus plus pru­dents. L’exercice du pou­voir a imman­qua­ble­ment « usé » Obama. Sa manière de faire avan­cer pas à pas ses pro­jets n’a pas tou­jours convaincu ses propres par­ti­sans – cela a été notam­ment le cas à propos du projet-phare de son Administration, la réforme de la santé – qui se sont for­te­ment divi­sés en dif­fé­rentes occa­sions. Aussi les élec­tions de mi-mandat (mid­terms 2) qui auront lieu en novembre pro­chain ne se pré­sentent-elles pas sous les meilleurs aus­pices pour les can­di­dats du Parti démo­crate. Celui-ci pour­rait même perdre la majo­rité à la Chambre des Représentants – il l’avait lar­ge­ment reprise pour la pre­mière fois depuis 1994 en 2006. Et, last but not least, les conser­va­teurs, bien au-delà du Parti répu­bli­cain, sont en train de se « réin­ven­ter » à une vitesse sur­pre­nante à partir de mou­ve­ments issus de la société (notam­ment à tra­vers le Tea Party) et non sous l’impulsion d’un leader ou du parti.

Si bien que l’on peut légi­ti­me­ment s’interroger non tant sur la fin ou la pour­suite de « l’ère conser­va­trice » – cette manière macro­sco­pique de juger d’une évo­lu­tion his­to­rique ne peut en effet se construire qu’a pos­te­riori – mais plutôt, et plus pro­saï­que­ment, sur l’impact réel de l’élection et de l’année et demi de pré­si­dence d’Obama sur le renou­veau tant attendu du Parti démo­crate et sur la restruc­tu­ra­tion de la vie poli­tique amé­ri­caine autour de nou­veaux enjeux, dif­fé­rents de ceux de la période pré­cé­dente.

Pour répondre à cette inter­ro­ga­tion, on peut décrire la situa­tion poli­tique amé­ri­caine actuelle sous la forme d’un double para­doxe : alors que le Parti démo­crate pos­sède avec Obama un leader de tout pre­mier ordre, qui plus est ins­tallé à la Maison-Blanche, ses dif­fi­cul­tés viennent pré­ci­sé­ment de l’exercice très par­ti­cu­lier du lea­der­ship par celui-ci ; le Parti répu­bli­cain est pour sa part en panne d’un leader sus­cep­tible de ras­sem­bler, et ce pour la pre­mière fois depuis bien long­temps, les dif­fé­rentes cha­pelles qui com­posent le vaste mou­ve­ment conser­va­teur alors même qu’il béné­fi­cie d’une large mobi­li­sa­tion de sa base autour d’un thème fédé­ra­teur, le rejet du Big govern­ment.

On se concen­trera ici, faute de place, sur le pre­mier para­doxe, celui des Démocrates, en ten­tant en par­ti­cu­lier de voir s’il ne risque pas de les han­di­ca­per pour les élec­tions de mi-mandat de novembre pro­chain.

Le pré­sident qui ne vou­lait pas être chef

Barack Obama incarne d’ores et déjà, alors qu’il est au pou­voir depuis moins de deux ans, un cer­tain type, bien iden­ti­fiable, de pré­si­dence. Il refuse en effet d’endosser le jeu par­ti­san, il le cri­tique même sou­vent et réfute la défi­ni­tion de la poli­tique comme d’un affron­te­ment idéo­lo­gique. La poli­tique est plutôt à ses yeux l’art de construire des com­pro­mis – en jouant de toute la palette des moyens y com­pris les plus durs – qui sont seuls à même de faire avan­cer le pays. Il s’agit donc d’un pré­sident réfor­miste et volon­ta­riste qui consi­dère que son action doit pro­duire des résul­tats tan­gibles sur la société amé­ri­caine et la vie des Américains mais qui refuse toute consi­dé­ra­tion idéo­lo­gique, tout a priori. Il se pré­sente ainsi volon­tiers comme post-par­ti­san et tient à faire émer­ger des consen­sus bipar­ti­sans sur les pro­jets qu’il défend 3.

C’est un type de pré­si­dence rela­ti­ve­ment clas­sique au regard de l’histoire amé­ri­caine même si ça l’est moins dans la période contem­po­raine où l’affrontement par­ti­san est devenu la règle, en raison notam­ment de la radi­ca­li­sa­tion des deux camps poli­tiques – et dans la der­nière période des Républicains tout par­ti­cu­liè­re­ment. Le dis­cours volon­ta­riste appuyé sur l’unité que doit retrou­ver le pays (le fameux « Yes we can ! »), très por­teur pen­dant la cam­pagne élec­to­rale de 2008, sur­tout après une pré­si­dence Bush qui avait beau­coup misé sur les divi­sions et les oppo­si­tions dans la société amé­ri­caine, est aujourd’hui direc­te­ment confronté à la réa­lité d’un envi­ron­ne­ment poli­tique fait de mul­tiples lignes de frac­tures à la fois entre Démocrates et Républicains et au sein même des deux camps.

Depuis qu’il a été élu pré­sident, Obama ne cesse de cri­ti­quer la « culture de Washington », celle d’un esta­blish­ment poli­tique qui est très lar­ge­ment rejeté par les Américains pour son inef­fi­ca­cité, son éloi­gne­ment et sa trop grande sen­si­bi­lité aux pres­sions des lob­bies. En ce sens, Obama appa­raît comme un leader popu­liste démo­crate de fac­ture assez clas­sique 4. Il se veut et se pré­sente sou­vent comme un pré­sident post-par­ti­san qui serait non pas au-dessus mais au-delà des partis. Cette manière de se situer en dehors du jeu poli­tique agace d’ailleurs davan­tage ses sou­tiens démo­crates que ses adver­saires – ceux-ci ne lui ont su aucun gré de ses mul­tiples ten­ta­tives de trou­ver des com­pro­mis bipar­ti­sans et ont voté sys­té­ma­ti­que­ment contre tous les pro­jets de loi qu’il a sou­te­nus ou encou­ra­gés au Congrès depuis le début de sa pré­si­dence.

Ceux qui sont les plus cri­tiques à l’égard de cette atti­tude post-par­ti­sane du pré­sident sont les membres du Congrès qui cherchent à se faire élire ou réélire cette année à l’occasion des élec­tions de mi-mandat. Le mes­sage envoyé par Obama selon lequel « Rien ne marche plus à Washington » (Washington is broken) fait figure d’encouragement à sortir les sor­tants. C’est d’ailleurs la ten­dance qui se dégage des élec­tions pri­maires qui dési­gnent les can­di­dats de chaque camp pour novembre depuis quelques semaines. Face aux pro­tes­ta­tions de son camp, le pré­sident a semble-t-il promis de passer davan­tage de temps dans les mois qui viennent à atta­quer plus dure­ment les Républicains tout en valo­ri­sant le tra­vail des Démocrates, en par­ti­cu­lier de ceux qui l’ont aidé à faire passer ses pro­jets les plus contes­tés au Congrès, alors que c’était rare­ment le cas jusqu’ici.

La manière dont Obama a conquis et dont il exerce la pré­si­dence tranche notam­ment avec celle de Bill Clinton, son pré­dé­ces­seur démo­crate des années 1990. Contrairement à ce der­nier, l’actuel pré­sident n’a en effet cher­ché à éla­bo­rer aucune stra­té­gie de renou­vel­le­ment du Parti démo­crate du point de vue de son posi­tion­ne­ment poli­tique ou sur le plan des idées. Alors que Clinton avait créé dans les années 1980 un groupe au sein même du Parti démo­crate (le Democratic Leadership Council) avec d’autres jeunes élus tels que Al Gore ou Joe Lieberman afin de le recen­trer et d’en prendre la direc­tion 5, Obama s’est d’abord imposé par la puis­sance de son verbe et de son cha­risme, à partir de la conven­tion démo­crate de 2004 notam­ment, puis par une for­mi­dable capa­cité d’organisation de sa cam­pagne. Et même s’il est le pro­duit de la « machine » démo­crate de Chicago, l’une des plus anciennes et effi­caces du pays, il a dû affron­ter et battre coup sur coup les deux « machines » poli­tiques les plus puis­santes construites ces der­nières années, la « machine » Clinton, mise au ser­vice d’Hillary dans la course des pri­maires en 2008, et celle des Républicains mise en place par Karl Rove pen­dant les années Bush et dont John McCain, le can­di­dat répu­bli­cain à la pré­si­den­tielle de 2008, s’est fina­le­ment servi.

Obama contrai­re­ment à Clinton ou à Bush ne semble pas inté­ressé par la redé­fi­ni­tion en pro­fon­deur (le « réali­gne­ment ») de son parti sui­vant ses propres idées – il s’agissait d’un recen­trage du Parti démo­crate pour le pre­mier et d’une radi­ca­li­sa­tion sur les « valeurs » morales du Parti répu­bli­cain pour le second. Ce qui compte pour Obama, ce sont les poli­tiques qu’il met en œuvre et les résul­tats concrets qu’il peut obte­nir. Pour lui, l’avenir du Parti démo­crate et la domi­na­tion qu’il pour­rait dura­ble­ment exer­cer dans les années qui viennent sur la scène poli­tique amé­ri­caine ne seront que la consé­quence logique de ses choix poli­tiques et de ses réformes, et non le résul­tat d’une réflexion stra­té­gique ou d’une orien­ta­tion idéo­lo­gique par­ti­cu­lière. Cette faible incli­na­tion d’Obama pour les jeux par­ti­sans et les affron­te­ments de doc­trine, alors même qu’il est sans doute le pre­mier pré­sident à être issu du milieu intel­lec­tuel depuis Woodrow Wilson au début du XXe siècle, s’explique en partie par son par­cours. A ce titre, on peut remar­quer qu’il est le seul des cinq pré­si­dents des Etats-Unis encore vivants (outre lui-même, Jimmy Carter, George H. W. Bush, Bill Clinton et George W. Bush) à n’avoir jamais de près ou de loin été mêlé à des fonc­tions de stra­té­gie poli­tique durant sa car­rière pré­cé­dant son entrée en fonc­tion – comme acti­viste, conseiller ou comme direc­teur de cam­pagne par exemple 6.

Il a, en revanche, fait valoir toutes ses qua­li­tés d’organisateur. Des qua­li­tés qu’il a su insuf­fler à sa cam­pagne dès la pré­pa­ra­tion des élec­tions pri­maires à la ren­trée 2007 – son passé de com­mu­nity orga­ni­zer (coor­di­na­teur du tra­vail social dans un quar­tier pauvre de Chicago) lui a d’ailleurs tou­jours servi de bous­sole en poli­tique, d’après ce qu’il en dit lui-même dans son auto­bio­gra­phie 7. Les condi­tions mêmes des pri­maires démo­crates l’ont contraint à adop­ter un posi­tion­ne­ment de cam­pagne ori­gi­nal, non tant sur le fond que dans la manière de la mener. Ainsi, par exemple, Obama a-t-il débuté sa cam­pagne plus à gauche qu’Hillary Clinton (son bilan légis­la­tif et sa posi­tion contre la guerre d’Irak dès 2003 l’ont net­te­ment classé à la gauche du parti lorsqu’il était séna­teur) alors qu’il l’a ter­mi­née comme le can­di­dat cen­triste au moment où Clinton a dû se radi­ca­li­ser notam­ment pour séduire l’électorat syn­di­ca­lisé du Parti et des Etats indus­triels. Considéré au début des pri­maires comme un out­si­der, il a dû déployer des res­sources dif­fé­rentes de celles habi­tuel­le­ment mobi­li­sées dans les cam­pagnes élec­to­rales amé­ri­caines par les poli­tiques che­vron­nés. Il a dès lors construit une orga­ni­sa­tion mili­tante paral­lèle (Organizing for Obama) au Parti démo­crate dans l’ensemble des Etats amé­ri­cains – sui­vant en cela la stra­té­gie dite des « 50 Etats » prônée par le chef du Democratic National Committee à l’époque et ancien can­di­dat en 2004, Howard Dean. Une orga­ni­sa­tion mêlant à la fois les nou­velles tech­no­lo­gies et une démarche de ter­rain de proxi­mité (netroots/​grassroots), la col­lecte de fonds auprès de l’ensemble de la popu­la­tion notam­ment par Internet et encou­ra­geant le déve­lop­pe­ment de nom­breuses ini­tia­tives locales par ses par­ti­sans dont beau­coup n’étaient pas des acti­vistes poli­tiques ou syn­di­caux.

Son posi­tion­ne­ment a été ori­gi­nal dès le début de la cam­pagne pour les pri­maires puisqu’il ne s’est pas ouver­te­ment pré­senté contre le parti ou même contre son esta­blish­ment mais plutôt dans une forme d’indifférence vis-à-vis des Démocrates ins­tal­lés. Le Parti démo­crate était réputé lar­ge­ment et soli­de­ment « tenu » par les Clinton et leur « machine », en fait à tra­vers un dense réseau d’élus et de contacts dans l’administration à tous les niveaux, patiem­ment construit tout au long des années de cam­pagne et de pré­si­dence de Bill, puis repris et entre­tenu par Hillary. Obama n’a même pas eu à jouer les out­si­ders puisqu’il en était authen­ti­que­ment un, au sens propre du terme 8. Il a dû ras­su­rer et convaincre son parti qu’il était un can­di­dat sérieux pour celui-ci. Outre ses qua­li­tés per­son­nelles (son talent ora­toire notam­ment), c’est sa capa­cité d’organisation et de gagner des délé­gués lors de chaque élec­tion pri­maire, par­tout dans le pays, sou­vent malgré les vic­toires d’Hillary Clinton dans les plus grands Etats, qui ont convaincu peu à peu élus et réseaux démo­crates.

Depuis qu’il est pré­sident, Obama n’est pas pour autant devenu le leader du Parti démo­crate comme c’est habi­tuel­le­ment le cas aux Etats-Unis. Ainsi, par exemple, par­ti­cipe-t-il très peu aux dîners de levée de fonds (fun­drai­sing) pour les cam­pagnes du parti ou de ses can­di­dats – alors qu’en année élec­to­rale, cela fait usuel­le­ment partie des tâches poli­tiques d’un pré­sident. De la même manière se refuse-t-il à enre­gis­trer des mes­sages télé­pho­niques dif­fu­sés ensuite sous forme d’appels auto­ma­tiques (robot calls) par les can­di­dats lors de leurs cam­pagnes. Contrairement à Clinton qui appré­ciait beau­coup ce genre d’activités et qui s’intéressait de près à la carte élec­to­rale et aux son­dages, ce n’est pas le cas d’Obama. Cette fonc­tion du lea­der­ship par­ti­san a été, de fait, trans­fé­rée à Rahm Emanuel, son direc­teur de cabi­net et au vice-pré­sident Joe Biden qui sont des vieux rou­tiers de la vie poli­tique et de Washington. Emanuel a notam­ment été le stra­tège de la cam­pagne de 2006 au sein du Parti pour la recon­quête du Congrès. C’est lui qui fait quo­ti­dien­ne­ment le lien entre le Parti (en fait le Democratic National Committee), le Congrès et le Président 9.

Si Obama n’est ni le stra­tège en chef ni le plus grand col­lec­teur de fonds de son parti, il ne se dés­in­té­resse pas pour autant du deve­nir des Démocrates. Il entend en effet chan­ger la manière même de faire cam­pagne des élus de son parti en ten­tant de les convaincre d’adopter ses propres recettes. C’est ce que l’entourage d’Obama appelle la « nou­velle poli­tique » (new poli­tics). L’idée cen­trale est d’exploiter à nou­veau la base de don­nées de plus de 10 mil­lions de noms construite à l’occasion de l’élection pré­si­den­tielle de 2008. Cette « nou­velle poli­tique » tient à la fois d’une tac­tique élec­to­rale de mobi­li­sa­tion en réseau et d’un vaste mou­ve­ment de citoyen­neté sans projet idéo­lo­gique défini – même si la plu­part des gens qui se mani­festent dans ce cadre se déclarent spon­ta­né­ment plus « libé­raux » (au sens amé­ri­cain du terme c’est-à-dire plus à gauche) que les Démocrates eux-mêmes.

L’idée sous-jacente est de trans­for­mer en pro­fon­deur le Parti démo­crate à partir de l’expérience de 2008, vécue comme fon­da­trice, et d’entraîner une évo­lu­tion de la forme-parti. En clair, de pri­vi­lé­gier les formes de mobi­li­sa­tion et de col­lecte de fonds de la cam­pagne pré­si­den­tielle (réseaux de citoyens, réunions de proxi­mité, porte-à-porte, uti­li­sa­tion inten­sive des outils numé­riques…) plutôt que celles de la « vieille poli­tique » (réunions publiques, mobi­li­sa­tion des relais syn­di­caux et asso­cia­tifs ins­ti­tu­tion­nels, cam­pagnes de publi­cité dans les médias locaux…). La ques­tion de l’efficacité d’une telle révo­lu­tion par­ti­sane dans des élec­tions locales reste posée dans la double mesure où les moyens finan­ciers consi­dé­rables d’Obama pen­dant sa cam­pagne natio­nale lui ont permis de tout faire à la fois (la nou­velle et la vieille poli­tiques), alors que ce n’est pas le cas pour la plu­part des can­di­dats aux élec­tions de mi-mandat, et éga­le­ment parce que la mobi­li­sa­tion des citoyens peut dif­fi­ci­le­ment être aussi forte pour sou­te­nir l’élection de tel ou tel can­di­dat local sur­tout s’il est sor­tant qu’elle a pu l’être pour mettre un terme à « l’ère Bush » au niveau natio­nal.

Sociologiquement, cette dis­tance entre la poli­tique clas­sique du parti démo­crate et la « nou­velle poli­tique » que vou­draient voir adop­ter les stra­tèges d’Obama est très mar­quée : ce sont des élus et des can­di­dats plus jeunes (de la géné­ra­tion du pré­sident notam­ment) et qui sou­vent viennent d’arriver en poli­tique qui se mobi­lisent le plus faci­le­ment en faveur de la nou­velle donne. Les élus plus anciens en âge et en expé­rience res­tent atta­chés aux formes d’organisation et de stra­té­gie habi­tuelles.

Au sein de la famille démo­crate, le débat porte donc désor­mais beau­coup moins sur le fait de savoir si Obama a fait évo­luer idéo­lo­gi­que­ment son parti, s’il l’a plutôt recen­tré ou déporté vers la gauche par exemple, que sur la péren­nité de la nou­velle stra­té­gie qui a conduit à sa vic­toire en 2008. Certains des élus démo­crates consi­dèrent qu’il a trans­formé de manière pro­fonde et durable la manière de faire cam­pagne et que plus rien ne sera jamais comme avant – fai­sant entrer la poli­tique amé­ri­caine dans une nou­velle ère de l’organisation des partis et des cam­pagnes. D’autres consi­dèrent en revanche l’élection de 2008 comme une excep­tion due aux cir­cons­tances, qu’il n’existe fina­le­ment de « nou­velle poli­tique » que dans la tête des stra­tèges comme David Plouffe, l’architecte de Obama For America, ou encore que les élec­teurs nou­veaux mobi­li­sés en 2008 (appe­lés surge voters) ne pour­ront l’être que dif­fi­ci­le­ment pour d’autres élec­tions.

Des élec­tions de mi-mandat qui s’annoncent dif­fi­ciles

C’est pour­tant cette capa­cité des Démocrates à la fois de mobi­li­ser leur élec­to­rat tra­di­tion­nel, de mordre sur l’électorat indé­pen­dant et de faire venir aux urnes des élec­teurs occa­sion­nels (notam­ment les jeunes) qui déter­mi­nera l’issue du scru­tin de novembre 2010. Obama a en effet bou­le­versé la donne élec­to­rale clas­sique pour la pre­mière fois depuis les années 1970-80 lorsqu’une bonne partie des élec­teurs démo­crates blancs du Sud notam­ment avaient choisi de voter répu­bli­cain – pour Ronald Reagan en 1980 en par­ti­cu­lier. D’abord en deve­nant le qua­trième membre du club très fermé des pré­si­dents démo­crates élus avec plus de 51 % des suf­frages expri­més – après Andrew Jackson, Franklin Roosevelt et Lyndon Johnson. Ensuite parce qu’il a su convaincre 52 % des « indé­pen­dants », un groupe en pleine pro­gres­sion aux Etats-Unis, de voter pour lui. Enfin, parce qu’il a su capter l’essentiel (70 %) des près de 18 mil­lions d’électeurs nou­veaux qui sont venus voter en 2008 – essen­tiel­le­ment des Noirs, des Hispaniques et des jeunes diplô­més de l’enseignement supé­rieur, en par­ti­cu­lier dans des Etats tra­di­tion­nel­le­ment conser­va­teurs comme l’Indiana, la Caroline du Nord ou la Virginie.

Cet élec­to­rat d’Obama – et non « démo­crate » jusqu’ici donc – n’est pas seule­ment com­po­site sur le plan socio­lo­gique ; il l’est aussi sur le plan idéo­lo­gique. Comme si les élec­teurs de 2008 avaient en quelque sorte plus qu’à l’ordinaire voulu expri­mer des choses très dif­fé­rentes par leur vote. Aussi peut-on se poser la ques­tion de savoir s’ils ont davan­tage voté pour une approche post-par­ti­sane et prag­ma­tique – pour plus de « res­pon­sa­bi­lité » en matière fis­cale par exemple – ou bien pour une approche plus radi­cale et pro­gres­siste, comme le projet sur la santé pro­posé pen­dant la cam­pagne le lais­sait entendre. Obama en jouant sys­té­ma­ti­que­ment sur les deux tableaux a su atti­rer sur son nom des votes et des élec­teurs très dif­fé­rents les uns des autres, c’est ce qui a fait sa force en 2008. Il s’est pré­senté à la fois comme un « réfor­ma­teur post-par­ti­san » et comme un « revi­va­liste pro­gres­siste » 10. D’un côté, il a su convaincre les élec­teurs indé­pen­dants en appe­lant à l’unité du pays au-delà des oppo­si­tions tran­chées sur les valeurs (culture wars) à propos de l’avortement, de la peine de mort ou encore du mariage homo­sexuel, sur les­quelles ont beau­coup joué les Républicains ces der­nières années sous l’influence du mou­ve­ment chré­tien fon­da­men­ta­liste. De l’autre, il a sus­cité une immense vague d’espoir chez les Liberals, les Démocrates de gauche, en se posi­tion­nant clai­re­ment à gauche sur de nom­breux sujets. La trop grande faci­lité de la cam­pagne contre McCain ne l’a d’ailleurs pas encou­ragé à pré­ci­ser quel chemin il pour­rait choi­sir s’il y était contraint. Il a donc conti­nué de par­cou­rir les deux une fois élu pré­sident.

On peut tou­te­fois déce­ler une inflexion dans sa pré­si­dence. Jusqu’au début 2010 et à la vic­toire répu­bli­caine dans le Massachusetts à l’élection séna­to­riale (le siège his­to­rique des Kennedy), Obama ten­dait plutôt vers la seconde pers­pec­tive en met­tant en avant sys­té­ma­ti­que­ment ses grands pro­jets tels que la réforme de la santé pour bien mar­quer sa dif­fé­rence avec Bush en par­ti­cu­lier. Mais depuis cette date, Obama semble reve­nir à davan­tage de prag­ma­tisme. Le vote défi­ni­tif de la réforme de la santé a ainsi été obtenu grâce à d’importantes conces­sions aux plus cen­tristes des grands élus démo­crates, les Républicains n’ayant rien voulu savoir malgré des offres pour­tant allé­chantes de la part de la Maison Blanche. On peut lire de la même manière ses appels à sou­te­nir le nucléaire ou à la relance des cam­pagnes de forage en mer (jusqu’à l’accident de la plate-forme BP) comme des conces­sions préa­lables – d’assouplissement – vis-à-vis d’élus aux­quels le pré­sident amé­ri­cain vou­drait bien pro­po­ser rapi­de­ment de voter sur une grande loi sur l’énergie et l’environnement.

Le résul­tat de cette habi­leté tac­tique, qui reste éga­le­ment une ambi­guïté idéo­lo­gique, est qu’après un an et demi de pou­voir de l’Administration Obama, les élec­teurs indé­pen­dants qui l’avaient mas­si­ve­ment sou­tenu en 2008 sont… mas­si­ve­ment déçus. Ce sont eux d’ailleurs qui ont été déci­sifs lors des élec­tions par­tielles de 2009-2010 qui ont tant marqué les esprits – celles des gou­ver­neurs de Virginie et du New Jersey passés aux Républicains alors qu’Obama avait sou­tenu acti­ve­ment les can­di­dats démo­crates ou encore pour le rem­pla­ce­ment du poste de séna­teur du Massachusetts (celui de Ted Kennedy). Seulement 30 % d’entre eux ont voté démo­crate lors de ces élec­tions (contre 54 % pour Obama en 2008). Plus géné­ra­le­ment, Obama est passé, dans les enquêtes d’opinion, d’un sou­tien de 63 % à 47 % chez les indé­pen­dants depuis le début de sa pré­si­dence. Compte tenu de ce doute pro­fond et main­tenu chez les indé­pen­dants, les Démocrates n’ont donc plus qu’une seule solu­tion s’ils veulent limi­ter les dégâts en novembre 2010 : convaincre les élec­teurs occa­sion­nels ou primo-votants qui se sont mobi­li­sés en 2008 (surge voters) de reve­nir voter pour leurs can­di­dats à l’automne. Malheureusement les élec­tions de mi-mandat sont tra­di­tion­nel­le­ment des élec­tions qui mobi­lisent avant tout les plus poli­ti­sés des élec­teurs 11.

Pour mobi­li­ser le jour venu ces élec­teurs aty­piques, les res­pon­sables démo­crates misent donc sur la même stra­té­gie qu’en 2008 et sur le cœur de celle-ci, le gigan­tesque fichier conte­nant plus de 10 mil­lions de noms de per­sonnes qui se sont à un moment ou à un autre mani­festé pen­dant la cam­pagne, celui de l’organisation mise en place par David Plouffe, deve­nue depuis l’élection pré­si­den­tielle Organizing for America (O.F.A.) 12. L’idée étant de trans­for­mer la base de don­nées accu­mu­lée pen­dant la cam­pagne en une orga­ni­sa­tion per­ma­nente qui qua­drille le ter­rain quar­tier par quar­tier et qui soit sus­cep­tible de se mobi­li­ser pour sou­te­nir la mise en œuvre du pro­gramme pré­si­den­tiel – comme on l’a vu sur la santé, la réforme finan­cière ou l’énergie ces der­niers mois. Cette orga­ni­sa­tion devant peu à peu se mêler et en fait, dans l’idée des proches d’Obama, lit­té­ra­le­ment englou­tir la vieille orga­ni­sa­tion du parti lui-même, notam­ment à partir du D.N.C. 13. La tâche est dou­ble­ment dif­fi­cile : passer d’une orga­ni­sa­tion de cam­pagne hors sys­tème à une orga­ni­sa­tion qui assure aux côtés des grandes ins­ti­tu­tions publiques et de la Maison Blanche la pro­mo­tion de la poli­tique offi­cielle du pays consti­tue une gageure ; assu­rer la réélec­tion d’insiders washing­to­niens par­fois implan­tés loca­le­ment depuis des lustres n’est pas aussi mobi­li­sa­teur que d’aller faire du porte-à-porte chez ses voi­sins pour leur deman­der de voter pour un jeune can­di­dat venu de nulle part qui promet le chan­ge­ment radi­cal par rap­port à Bush. Si bien qu’au-delà de l’objectif de limi­ter la casse en novembre 2010, beau­coup d’observateurs de cette nou­velle manière de mobi­li­ser les Démocrates se demandent si la fina­lité de l’opération n’est pas tout sim­ple­ment de pré­pa­rer la cam­pagne pour la réélec­tion d’Obama en 2012.

Les élec­tions de mi-mandat de novembre seront malgré tout un moment de vérité. Est-ce que l’élection d’Obama aura redé­fini suf­fi­sam­ment en pro­fon­deur les cadres de la poli­tique amé­ri­caine, au-delà de sa per­son­na­lité excep­tion­nelle, pour ne pas ris­quer un retour de bâton répu­bli­cain – même si celui-ci sera très cer­tai­ne­ment moindre que l’épisode de 1994 lorsque les Républicains emme­nés par Newt Gingrich avaient recon­quis la Chambre des Représentants sur un pro­gramme idéo­lo­gique très marqué 14 ? Ou bien est-ce que son élec­tion n’aura été qu’un moment brillant et aty­pique dans l’histoire élec­to­rale et poli­tique récente des Etats-Unis 15, une his­toire faite de divi­sions pro­fondes dans le pays entre des groupes sociaux et iden­ti­taires deve­nus irré­con­ci­liables, de « valeurs » anta­go­nistes ? Bref, une Amérique dans laquelle la désor­mais vieille et pro­fonde « révo­lu­tion conser­va­trice » conti­nuera de pro­duire ses effets délé­tères.

rédac­teur : Laurent BOUVET, Professeur de science poli­tique

Illustration : flickr / jcol­man

Notes :

1 – Voir notam­ment David Farber, The Rise and the Fall of Modern American Conservatism, Princeton, Princeton University Press, 2010 et Sam Tanenhaus, The Death of Conservatism, New York, Random House, 2009.

2 – Les élec­tions de mi-mandat sont celles qui se déroulent deux ans après et deux avant une élec­tion pré­si­den­tielle. La tota­lité de la Chambre des Représentants est renou­ve­lée (les Représentants sont élus tous les deux ans) ainsi qu’un tiers du Sénat (les séna­teurs sont élus pour 6 ans). Et de très nom­breuses fonc­tions poli­tiques et judi­ciaires sont sou­mises à l’élection ce même jour de novembre : gou­ver­neurs, membres des légis­la­tures des états, fonc­tions exé­cu­tives des états, juges et pro­cu­reurs, shé­rifs, maires, etc. Enfin, de nom­breux réfé­ren­dums sur les ques­tions les plus diverses se tiennent aussi ce jour-là.

3 – L’entourage d’Obama résume le pro­gramme pré­si­den­tiel comme une « nou­velle fon­da­tion » de l’économie et de la société amé­ri­caines sur cinq piliers – les cinq grands pro­jets du pre­mier mandat – : le paquet fiscal pour sti­mu­ler la crois­sance, la réforme de la santé, la refonte du sys­tème d’aides pour les étu­diants (toutes les trois adop­tées), la réforme de la légis­la­tion finan­cière (en cours de débat), le projet sur l’énergie et l’environnement (à venir).

4 – Et ce malgré un par­cours uni­ver­si­taire et des pra­tiques sociales qui le rat­tachent net­te­ment à l’élite : diplômé de Columbia et d’Harvard – dont il diri­gea la pres­ti­gieuse revue de droit –, il pra­tique dès qu’il le peut et ouver­te­ment le golf par exemple.

5 – Ceux que l’on a très vite dési­gné comme New Democrats au sein du parti étaient des élus (gou­ver­neurs notam­ment) issus de la géné­ra­tion du baby boom, dési­reux de rompre avec la géné­ra­tion démo­crate pré­cé­dente, celle de l’idéalisme car­té­rien, et de faire pièce au rea­ga­nisme qui a mordu sur l’électorat démo­crate, en adop­tant un pro­gramme éco­no­mique et social plus cen­triste (moins régu­la­teur et plus res­pon­sa­bi­li­sant pour les indi­vi­dus) tout en conser­vant intact voire en éten­dant le pro­gramme cultu­rel des années 1960 (droits des mino­ri­tés…).

6 – Cet aspect est sou­li­gné notam­ment par Matt Bai, ‘Democrat in Chief ?’, New York Times Magazine, 7 juin, 2010.

7 – L’expérience du tra­vail social à Chicago occupe une place essen­tielle dans la bio­gra­phie d’Obama. Il lui consacre près de 150 pages dans son auto­bio­gra­phie publiée en 1995 (Les Rêves de mon père. L’histoire d’un héri­tage en noir et blanc, tr. fr., Paris, Presses de la Cité, 2008) et indique qu’elle lui a donné la conscience, qu’il n’avait pas jusque-là, de la situa­tion des Noirs amé­ri­cains. C’est en répon­dant à une annonce du New York Times en 1985 qu’il devient com­mu­nity orga­ni­zer, sorte de tra­vailleur social, dans le grand ghetto noir (South Side) de Chicago. Il est recruté par la Calumet Community Religious Conference, diri­gée par trois héri­tiers du fon­da­teur du com­mu­nity orga­ni­zing et de l’activisme social radi­cal aux Etats-Unis : Saul Alinsky. A tra­vers cette expé­rience – dont il a dit, dans son dis­cours de can­di­da­ture à la can­di­da­ture démo­crate pour la pré­si­dence en 2007, qu’elle avait été sa véri­table for­ma­tion bien davan­tage que ses études uni­ver­si­taires –, Barack Obama for­gera à la fois sa conscience de Noir amé­ri­cain et sa concep­tion fon­da­men­tale de la poli­tique, une concep­tion tout aussi pra­tique (de « ter­rain ») qu’intellectuelle. Ce qui le rat­tache à la fois à l’Ecole de Chicago de socio­lo­gie (Alinsky a été l’élève de Robert E. Park et Ernest W. Burgess, les auteurs de l’ouvrage fon­da­teur The City en 1925) et au cou­rant de la phi­lo­so­phie amé­ri­caine du « prag­ma­tisme » fondé par William James, dont le dis­ciple, John Dewey (lui-même pro­fes­seur de Park pen­dant son pas­sage à Chicago) a créé une école expé­ri­men­tale à l’Université de Chicago (« Laboratory Schools »), pour mettre ses idées sur l’éducation en pra­tique, dans laquelle le couple Obama a ins­crit ses filles un siècle plus tard. Sur ces aspects, voir notam­ment Sylvain Bourmeau, « Obama, enquête sur un iti­né­raire intel­lec­tuel aty­pique », Mediapart, 20 jan­vier 2009.

8 – Les futurs pré­si­dents Carter, Clinton ou même Bush ont soi­gneu­se­ment cultivé leur côté out­si­der dans les cam­pagnes qu’ils ont menées pour deve­nir pré­sident alors qu’ils étaient enga­gés en poli­tique de longue date et en connais­saient par­fai­te­ment les arcanes du fait de leur fonc­tions pas­sées ou de leur ancrage fami­lial.

9 – Voir éga­le­ment sur ce point M. Bai, loc. cit.

10 – Selon les termes employés dans M. Bai, loc. cit.

11 – Tous les chiffres donnés ici sont issus des enquêtes et de la base de don­nées du Pew Reseach Center

12 – Voir à ce propos le témoi­gnage irrem­pla­çable de David Plouffe, The Audacity to Win : The Inside Story and Lessons of Barack Obama’s Historic Victory, New York, Vinking Press, 2009.

13 – Le Democratic National Committee est l’organe natio­nal per­ma­nent du Parti démo­crate où siègent ses prin­ci­paux res­pon­sables (grands élus, repré­sen­tants des dif­fé­rentes ten­dances). Obama a nommé en jan­vier 2009 à sa tête, comme pré­sident (chair­man), en rem­pla­ce­ment de Howard Dean, Tim Kaine, alors gou­ver­neur de Virginie avec pour mis­sion de rap­pro­cher le parti de l’organisation issue de la cam­pagne d’Obama (O.F.A.) diri­gée par David Plouffe – en fait de sou­mettre le parti et ses réseaux locaux à l’organisation de cam­pagne diri­gée par Plouffe. Ce der­nier ayant même renoncé à un poste offi­ciel dans l’équipe pré­si­den­tielle pour pou­voir tra­vailler à la péren­ni­sa­tion d’O.F.A. et à la cam­pagne pré­si­den­tielle de 2012 pen­dant les quatre ans du pre­mier mandat d’Obama.

14 – Les élec­tions de mi-mandat de 1994 ont été un trau­ma­tisme pour les Démocrates. Les Républicains ont gagné 54 sièges à la Chambre des Représentants ainsi que 8 sièges de séna­teurs et la majo­rité des postes de gou­ver­neur pour la pre­mière fois depuis 20 ans. Cet épi­sode a mis fin à 40 ans de domi­na­tion poli­tique au Congrès pour les Démocrates, par­ache­vant ainsi, ins­ti­tu­tion­nel­le­ment, la « révo­lu­tion conser­va­trice » enta­mée par Ronald Reagan sur la base de la recon­quête du Sud par le Parti répu­bli­cain depuis les années 1970 (Southern Strategy). On notera que la défaite démo­cra­tique de 1994 est aussi due à la fois aux erreurs gros­sières du début de mandat de Bill Clinton (notam­ment sur sa ten­ta­tive de réfor­mer l’assurance-maladie) et au vaste redé­cou­page des cir­cons­crip­tions élec­to­rales sur la base du recen­se­ment de 1990 favo­ri­sant notam­ment le Sud conser­va­teur.

15 – Il est éga­le­ment pos­sible de nuan­cer le carac­tère excep­tion­nel de l’élection d’Obama dans un sens favo­rable aux Démocrates en obser­vant qu’en 2006 et 2008, les Démocrates ont réussi aux élec­tions pour le Congrès un exploit qui n’avait pas été accom­pli en poli­tique depuis les années 1930, en réa­li­sant coup sur coup ce que l’on nomme deux élec­tions « de vague » (gagner au moins 20 sièges à la Chambre des Représentants). Ils ont ainsi gagné en deux ans 54 sièges au total à la Chambre et 12 au Sénat – ce qui place la per­for­mance au-dessus même de celles des Républicains en 1994. Mais cet exploit élec­to­ral réa­lisé à la fin de l’ère Bush a éga­le­ment son revers : nombre d’élus démo­crates de ces deux « vagues » l’ont été dans des cir­cons­crip­tions habi­tuel­le­ment conser­va­trices. Ainsi, par exemple, 49 repré­sen­tants sont élus dans des cir­cons­crip­tions qui ont voté McCain en 2008. Ce sont sou­vent eux d’ailleurs qui ont été les plus réti­cents aux pro­jets de réforme pro­gres­sistes d’Obama comme sur la santé – ceux que l’on a appelé les Blue Dogs par exemple qui ont com­battu pied à pied au sein du parti contre toute avan­cée trop à gauche en la matière.

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