Intervention de Ronald Cameron

Les défis du mouvement syndical

Université d

Par Mis en ligne le 31 août 2010

Tous en conviennent, le mou­ve­ment syn­di­cal est en crise un peu par­tout dans le monde. Selon Ronald Cameron qui a été pré­sident de la Fédération natio­nale des ensei­gnants et ensei­gnantes du Québec (FNEEQ-CSN), les causes de cette crise sont nom­breuses et tiennent non seule­ment à l’évolution de la struc­ture de pro­duc­tion, mais aussi à la volonté de la bour­geoi­sie de récu­pé­rer ses posi­tions notam­ment au niveau de l’accaparement de la richesse. 

« Au Québec, affirme Cameron, on a habi­tude à dire que le mou­ve­ment syn­di­cal ne s’en sort pas si mal, puisque le taux de syn­di­ca­li­sa­tion se main­tient autour de 40 %. Mais en réa­lité, les sec­teurs éco­no­miques en crois­sance, notam­ment dans les tech­no­lo­gies, ne sont pas ouverts à la syn­di­ca­li­sa­tion et que le syn­di­ca­lisme semble confiné à des sec­teurs tra­di­tion­nels, sou­vent en recul » a-t-il expli­qué dans un ate­lier dans le cadre de l’Université d’été des NCS. Les syn­di­ca­listes mili­tants estiment qu’il faudra un redres­se­ment impor­tant, notam­ment par un réel effort d’organisation dans des « nou­veaux sec­teurs » (tra­vailleurs agri­coles immi­grants, per­son­nel sur­nu­mé­raire, employés dans le com­merce et les ser­vices mar­qués par le tra­vail auto­nome, etc.). Malheureusement constate Cameron, les cen­trales syn­di­cales semblent plus sou­cieuses pour main­te­nir leurs effec­tifs à miser sur le marau­dage dans des sec­teurs comme la construc­tion et la santé.

Le syn­di­ca­lisme est miné par d’autres pro­ces­sus. Ainsi, la tâche syn­di­cale s’est alour­die énor­mé­ment depuis 20 ans. Aux tâches habi­tuelles d’organisation et d’éducation s’ajoute une aug­men­ta­tion impor­tante des tâches qui inter­pelle les syn­di­ca­listes à tous les niveaux de l’organisation, telle les pro­blé­ma­tiques de har­cè­le­ment, en par­ti­cu­lier dans le sec­teur public et par­ti­cu­liè­re­ment ceux entre les sala­riés membres du même syn­di­cat, les contes­ta­tions juri­diques plus nom­breuses des déci­sions des res­pon­sables syn­di­caux suite à la déva­lo­ri­sa­tion opérée par l’état de la fonc­tion de repré­sen­ta­tion, ainsi que la par­ti­ci­pa­tion accrue de repré­sen­tantes et repré­sen­tants des sala­riés auprès des ins­tances pari­taires, dû notam­ment à la recon­nais­sance obte­nue par les conven­tions collectives.

Considérant l’ensemble des pro­blèmes devant les­quels le mou­ve­ment syn­di­cal doit faire face, il existe plu­sieurs pro­po­si­tions pour renou­ve­ler les stra­té­gies, tant au niveau interne qu’au niveau externe, notam­ment dans le domaine poli­tique. Les syn­di­cats doivent envi­sa­ger des réformes affirme Cameron, notam­ment du côté des fusions de cer­taines enti­tés qui peinent à sur­vivre actuel­le­ment. Cette solu­tion est déjà à l’ordre du jour actuel­le­ment dans cer­taines orga­ni­sa­tions syn­di­cales au Québec, en par­ti­cu­lier dans le sec­teur privé. Pour autant, le défi demeure du côté de la démo­cra­ti­sa­tion tenant compte de la plus grande diver­si­fi­ca­tion des sta­tuts et des milieux de tra­vail. Cameron affirme que les syn­di­cats doivent « offrir plus de pou­voir au niveau de l’action poli­tique des membres et per­mettre à ses repré­sen­tantes et repré­sen­tants de prendre des déci­sions politiques ».

Le syn­di­ca­lisme qué­bé­cois en dépit de ses vul­né­ra­bi­li­tés demeure puis­sant, comme on l’a vu en 2003-2004 lorsque plu­sieurs des réformes pro­mues par le gou­ver­ne­ment Charest ont été blo­quées par de puis­santes mobi­li­sa­tions. Le défi est cer­tai­ne­ment plus grand encore dans le sillon de la crise qui a éclaté en 2008. « Il s’agit de faire le débat dans les rangs syn­di­caux pour que celui-ci prenne le relais afin de porter un large projet de contes­ta­tion sociale, affirme Cameron. Et cette relance de la mobi­li­sa­tion doit s’articuler au niveau inter­na­tio­nale puisque de nos jours, à l’ombre de la mon­dia­li­sa­tion : « toute vision stra­té­gique au plan natio­nal ne sau­rait conqué­rir une meilleure posi­tion de manière durable si elle ne s’appuie pas sur une forme de coor­di­na­tion trans­na­tio­nale ». Encore plus qu’avant, la ques­tion cen­trale est poli­tique et « l’évolution his­to­rique et la mon­dia­li­sa­tion libé­rale n’offrent d’autre choix au mou­ve­ment syn­di­cal que d’emprunter le chemin d’un syn­di­ca­lisme de contes­ta­tion sociale ».

Quelques constats sur la négo­cia­tion du sec­teur public de 2010

Pour Ronald Cameron, la conclu­sion de la négo­cia­tion dans le sec­teur public ne consti­tue pas une défaite du mou­ve­ment syn­di­cal, comme cela est sur­venu en décembre 2005. « Aujourd’hui, les forces syn­di­cales demeurent entières et peuvent cana­li­ser leurs actions dans un combat plus direc­te­ment poli­tique, contre la pri­va­ti­sa­tion et les poli­tiques néo­li­bé­rales ». La mobi­li­sa­tion, selon Cameron « reste à l’ordre du jour ». Il faudra faire atten­tion cepen­dant pour viser juste, et non pas lancer des mots d’ordre qui n’iront nulle part, comme cela a été fait en 2004 où on par­lait de grève sociale. « Le mou­ve­ment de contes­ta­tion sociale doit défi­nir un objec­tif autour du bilan géné­ral du gou­ver­ne­ment Charest. « On peut pous­ser l’audace de pro­vo­quer le gou­ver­ne­ment dans un ulti­ma­tum pour mettre en place des mesures d’urgences au plan fiscal, pour éviter de haus­ser les tarifs et les impôts et pour faire échec à son plan d’austérité ».

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