Les défis du mouvement syndical

Tous en conviennent, le mouvement syndical est en crise un peu partout dans le monde. Selon Ronald Cameron qui a été président de la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec (FNEEQ-CSN), les causes de cette crise sont nombreuses et tiennent non seulement à l’évolution de la structure de production, mais aussi à la volonté de la bourgeoisie de récupérer ses positions notamment au niveau de l’accaparement de la richesse.

«Au Québec, affirme Cameron, on a habitude à dire que le mouvement syndical ne s’en sort pas si mal, puisque le taux de syndicalisation se maintient autour de 40 %. Mais en réalité, les secteurs économiques en croissance, notamment dans les technologies, ne sont pas ouverts à la syndicalisation et que le syndicalisme semble confiné à des secteurs traditionnels, souvent en recul» a-t-il expliqué dans un atelier dans le cadre de l’Université d’été des NCS. Les syndicalistes militants estiment qu’il faudra un redressement important, notamment par un réel effort d’organisation dans des « nouveaux secteurs »  (travailleurs agricoles immigrants, personnel surnuméraire, employés dans le commerce et les services marqués par le travail autonome, etc.). Malheureusement constate Cameron, les centrales syndicales semblent plus soucieuses pour maintenir leurs effectifs à miser sur le maraudage dans des secteurs comme la construction et la santé.

Le syndicalisme est miné par d’autres processus. Ainsi, la tâche syndicale s’est alourdie énormément depuis 20 ans. Aux tâches habituelles d’organisation et d’éducation s’ajoute une augmentation importante des tâches qui interpelle les syndicalistes à tous les niveaux de l’organisation, telle les problématiques de harcèlement, en particulier dans le secteur public et particulièrement ceux entre les salariés membres du même syndicat, les contestations juridiques plus nombreuses des décisions des responsables syndicaux suite à la dévalorisation opérée par l’état de la fonction de représentation, ainsi que la participation accrue de représentantes et représentants des salariés auprès des instances paritaires, dû notamment à la reconnaissance obtenue par les conventions collectives.

Considérant l’ensemble des problèmes devant lesquels le mouvement syndical doit faire face, il existe plusieurs propositions pour renouveler les stratégies, tant au niveau interne qu’au niveau externe, notamment dans le domaine politique. Les syndicats doivent envisager des réformes affirme Cameron, notamment du côté des fusions de certaines entités qui peinent à survivre actuellement. Cette solution est déjà à l’ordre du jour actuellement dans certaines organisations syndicales au Québec, en particulier dans le secteur privé. Pour autant, le défi demeure du côté de la démocratisation tenant compte de la plus grande diversification des statuts et des milieux de travail. Cameron affirme que les syndicats doivent «offrir plus de pouvoir au niveau de l’action politique des membres et permettre à ses représentantes et représentants de prendre des décisions politiques».

Le syndicalisme québécois en dépit de ses vulnérabilités demeure puissant, comme on l’a vu en 2003-2004 lorsque plusieurs des réformes promues par le gouvernement Charest ont été bloquées par de puissantes mobilisations. Le défi est certainement plus grand encore dans le sillon de la crise qui a éclaté en 2008. «Il s’agit de faire le débat dans les rangs syndicaux pour que celui-ci prenne le relais afin de porter un large projet de contestation sociale, affirme Cameron. Et cette relance de la mobilisation doit s’articuler au niveau internationale puisque de nos jours, à l’ombre de la mondialisation : «toute vision stratégique au plan national ne saurait conquérir une meilleure position de manière durable si elle ne s’appuie pas sur une forme de coordination transnationale». Encore plus qu’avant, la question centrale est politique et «l’évolution historique et la mondialisation libérale n’offrent d’autre choix au mouvement syndical que d’emprunter le chemin d’un syndicalisme de contestation sociale».

Quelques constats sur la négociation du secteur public de 2010

Pour Ronald Cameron, la conclusion de la négociation dans le secteur public ne constitue pas une défaite du mouvement syndical, comme cela est survenu en décembre 2005. «Aujourd’hui, les forces syndicales demeurent entières et peuvent canaliser leurs actions dans un combat plus directement politique, contre la privatisation et les politiques néolibérales». La mobilisation, selon Cameron «reste à l’ordre du jour». Il faudra faire attention cependant pour viser juste, et non pas lancer des mots d’ordre qui n’iront nulle part, comme cela a été fait en 2004 où on parlait de grève sociale. «Le mouvement de contestation sociale doit définir un objectif autour du bilan général du gouvernement Charest. «On peut pousser l’audace de provoquer le gouvernement dans un ultimatum pour mettre en place des mesures d’urgences au plan fiscal, pour éviter de hausser les tarifs et les impôts et pour faire échec à son plan d’austérité».