Les défis du mouvement social européen

Par Mis en ligne le 27 octobre 2012

Depuis plu­sieurs années nous sommes confron­tés à la néces­sité et aux dif­fi­cul­tés de construire un mou­ve­ment social euro­péen. Les Forums sociaux euro­péens ont cor­res­pondu un temps à cette dyna­mique. Mais, il faut admettre que cette dyna­mique s’est enrayée et cela, au-delà des formes d’organisation de ces forums, du fait de l’évolution de la situa­tion de l’Europe et en Europe. En novembre 2012, la ren­contre de Florence+10 explo­rera de nou­velles hypo­thèses à partir de la confron­ta­tion des réseaux euro­péens enga­gés dans le pro­ces­sus des forums sociaux, de la « Joint social confe­rence » et de la pro­po­si­tion d’un Altersummit.

Dans cette pers­pec­tive, inter­ro­geons-nous sur ce qui s’oppose à l’unité d’un mou­ve­ment social euro­péen orienté vers la jus­tice sociale et la lutte contre les inéga­li­tés, la défense des liber­tés et des droits, le res­pect de l’écosystème pla­né­taire et de l’environnement, la contri­bu­tion de l’Europe à un monde plus juste et à la paix dans le monde.

Les horizons du mouvement social européen

De ce point de vue, l’unité du mou­ve­ment social euro­péen dépend de l’horizon que l’on se donne. A court terme, cette unité peut s’appuyer sur la soli­da­rité entre les résis­tances, par­ti­cu­liè­re­ment contre les poli­tiques d’austérité et leurs consé­quences dra­ma­tiques pour les couches popu­laires et pour les liber­tés. A long terme, l’unité peut s’appuyer sur la pro­po­si­tion d’une tran­si­tion sociale, éco­lo­gique et démo­cra­tique qui se donne pour objec­tif le dépas­se­ment du capi­ta­lisme. Cette pers­pec­tive a été expli­ci­tée dans la confron­ta­tion qui a marqué la Conférence de Rio+20. Dans cette confé­rence, trois options se sont déga­gées : le ren­for­ce­ment sous d’autres formes de la dic­ta­ture finan­cière et l’inclusion de la nature dans les cir­cuits finan­ciers ; un réamé­na­ge­ment du capi­ta­lisme fondé sur une régu­la­tion publique et une moder­ni­sa­tion sociale ; une rup­ture ouvrant sur une tran­si­tion éco­lo­gique, sociale et démo­cra­tique.

La pre­mière vision cor­res­pond à une concep­tion de l’économie verte finan­cia­ri­sée. Dans cette vision, la sortie de la crise passe par l’élargissement du marché mon­dial, par le « marché illi­mité » néces­saire à la crois­sance. Elle pro­pose d’élargir le marché mon­dial, qua­li­fié de marché vert, par la finan­cia­ri­sa­tion de la Nature, la mar­chan­di­sa­tion du vivant et la géné­ra­li­sa­tion des pri­va­ti­sa­tions. La ges­tion de la Nature est confiée aux grandes entre­prises mul­ti­na­tio­nales, finan­cia­ri­sées. C’est une exten­sion de la logique néo­li­bé­rale, celle d’un capi­ta­lisme déré­gulé qui a conduit à la catas­trophe que nous vivons. Et qu’il faudra impo­ser au mépris des liber­tés démo­cra­tiques. Il s’agit de limi­ter les droits fon­da­men­taux qui pour­raient affai­blir la pré­émi­nence des mar­chés.

La deuxième concep­tion est celle du Green New Deal, défen­due par Joseph Stiglitz, Paul Krugman et Amartya Sen. C’est un réamé­na­ge­ment en pro­fon­deur du capi­ta­lisme qui inclut une régu­la­tion publique et une redis­tri­bu­tion des reve­nus. Elle est peu audible car elle implique un affron­te­ment avec la logique domi­nante, celle du marché mon­dial des capi­taux, qui refuse les réfé­rences key­né­siennes et qui n’est pas prêt à accep­ter qu’une quel­conque infla­tion vienne dimi­nuer la reva­lo­ri­sa­tion des pro­fits. La situa­tion nous rap­pelle que le New Deal adopté en 1933 n’a été appli­qué avec succès qu’en 1945, après la deuxième guerre mon­diale

La troi­sième concep­tion est celle des mou­ve­ments sociaux et citoyens qui a été expli­ci­tée dans le pro­ces­sus des FSM. Les mou­ve­ments sociaux ne sont pas indif­fé­rents aux amé­lio­ra­tions en termes d’emploi et de pou­voir d’achat que pour­rait appor­ter le Green New Deal. Mais ils constatent l’impossibilité de les concré­ti­ser dans les rap­ports de forces actuels. Ils consi­dèrent que la crois­sance pro­duc­ti­viste cor­res­pon­dant à un capi­ta­lisme, même régulé, n’échappe pas aux limites de l’écosystème pla­né­taire et n’est pas viable.

Ils pré­co­nisent une rup­ture, celle de la tran­si­tion sociale, éco­lo­gique et démo­cra­tique. Ils mettent en avant de nou­velles concep­tions, de nou­velles manières de pro­duire et de consom­mer. Citons : les biens com­muns et les nou­velles formes de pro­priété, le contrôle de la finance, le buen-vivir et la pros­pé­rité sans crois­sance, la réin­ven­tion de la démo­cra­tie, les res­pon­sa­bi­li­tés com­munes et dif­fé­ren­ciées, les ser­vices publics fondés sur les droits et la gra­tuité. Il s’agit de fonder l’organisation des socié­tés et du monde sur l’accès aux droits pour tous. Cette rup­ture est enga­gée dès aujourd’hui à tra­vers les luttes, car la créa­ti­vité naît des résis­tances, et des pra­tiques concrètes d’émancipation qui, du niveau local au niveau global, pré­fi­gurent les alter­na­tives.

Les situa­tions seront carac­té­ri­sées par des arti­cu­la­tions spé­ci­fiques entre ces trois logiques. Dans beau­coup de cas, le refus de la logique domi­nante de la finan­cia­ri­sa­tion et de ses consé­quences pour­rait conduire à une alliance entre ceux qui sou­tien­draient l’option de la moder­ni­sa­tion et les mou­ve­ments qui s’inscrivent dans la tran­si­tion. Une telle alliance n’empêcherait pas la pour­suite de la confron­ta­tion sur les objec­tifs et les pers­pec­tives de dépas­se­ment du capi­ta­lisme.

C’est dans le moyen terme, que l’unité du mou­ve­ment social euro­péen est la plus dif­fi­cile. Cet hori­zon est celui de la défi­ni­tion d’une stra­té­gie, de l’articulation entre les réponses à l’urgence et les pers­pec­tives de trans­for­ma­tion sociale struc­tu­relle.

L’évolution des mouvements sociaux et citoyens

Le pro­ces­sus des forums sociaux mon­diaux est tou­jours d’actualité. L’orientation stra­té­gique alter­na­tive, celle de l’accès aux droits pour tous et de l’égalité des droits, du local au pla­né­taire, est confir­mée. Et les mesures immé­diates recher­chées concernent tou­jours les consé­quences de la crise sur les condi­tions de vie des couches popu­laires.

Les résis­tances des peuples ont accen­tué la crise du néo­li­bé­ra­lisme. L’épuisement du néo­li­bé­ra­lisme ne signi­fie pas pour autant le dépas­se­ment du capi­ta­lisme. Il ouvre une période de crise struc­tu­relle qui arti­cule quatre dimen­sions : éco­no­miques et sociales, géo­po­li­tiques, idéo­lo­giques, éco­lo­giques. Les mou­ve­ments sociaux et citoyens per­mettent de penser cette crise. Ils sont confron­tés à deux ques­tions qui doivent amener le pro­ces­sus des forums sociaux à se renou­ve­ler. Le pre­mier concerne la jonc­tion avec les nou­veaux mou­ve­ments ; la seconde concerne l’évolution de la situa­tion des mou­ve­ments dans les dif­fé­rentes régions du monde.

Les nou­veaux mou­ve­ments se sont déve­lop­pés, depuis 2008, en Tunisie et en Egypte ; en Espagne, au Portugal et en Grèce avec les « indi­gnés » ; aux Etats-Unis et ailleurs avec les « occupy » ; au Chili, en Colombie, au Québec, au Sénégal, en Croatie avec les mou­ve­ments des « nou­velles géné­ra­tions » qui sou­vent liés à la faillite du sys­tème édu­ca­tif mon­dial. Ces nou­veaux mou­ve­ments sociaux ont leur dyna­mique propre. Les jonc­tions avec les mou­ve­ments plus anciens de l’altermondialisme existent mais elles sont dif­fuses. D’autant qu’aucun des deux ensembles n’est homo­gène et qu’ils n’ont, ni l’un, ni l’autre, de formes de repré­sen­ta­tion per­met­tant des dis­cus­sions for­melles.

Les pre­mières jonc­tions tiennent à la nature des mots d’ordre expli­ci­tés depuis Tunis et Le Caire et com­plé­tés par les autres mou­ve­ments. Il s’agit d’abord du refus de la misère sociale et des inéga­li­tés, du res­pect des liber­tés, du rejet des formes de domi­na­tion. D’un mou­ve­ment à l’autre, il y a eu des affi­ne­ments sur la dénon­cia­tion de la cor­rup­tion et la dési­gna­tion du « 1% des plus riches et des plus puis­sants » ; sur la reven­di­ca­tion d’une « démo­cra­tie réelle » et le rejet de la fusion entre les classes finan­cières et poli­tiques ; sur les contraintes éco­lo­giques de l’accaparement des terres et des matières pre­mières à l’environnement. Au-delà des dif­fé­ren­cia­tions poli­tiques et cultu­relles propres à chacun des deux ensembles, il y a des ten­dances spé­ci­fiques qui pour­ront se ren­for­cer ou se contre­dire. Les nou­veaux mou­ve­ments insistent plus sur les liber­tés indi­vi­duelles par rap­port à la reven­di­ca­tion de jus­tice sociale et d’égalité ; sur des approches « liber­ta­riennes » par rap­port à l’affirmation de la régu­la­tion par la puis­sance publique ; sur des actions spec­ta­cu­laires par rap­port à l’action col­lec­tive dans la durée.

Les jonc­tions sont aussi pré­sentes dans les ten­ta­tives, tou­jours dif­fi­ciles, de construc­tion d’une nou­velle culture poli­tique. Il y a un fond commun entre le choix de l’horizontalité, l’affirmation de la diver­sité, la pri­mauté donnée aux acti­vi­tés auto­gé­rées. Il reste de fortes spé­ci­fi­ci­tés sur la nature de l’espace public, ter­ri­to­rial ou vir­tuel ; sur le rap­port entre enga­ge­ment indi­vi­duel et col­lec­tif ; sur les limites des délé­ga­tions et la néces­sité de coor­di­na­tions ; sur les modes d’organisation des mou­ve­ments ; sur les formes du rap­port au poli­tique. L’hypothèse de tra­vail est que les deux ensembles de mou­ve­ments vont par­ti­ci­per à la muta­tion qui abou­tira à la nais­sance des mou­ve­ments de la nou­velle période, à celle qui suc­cè­dera à la crise du néo­li­bé­ra­lisme dont les issues ne sont pas encore déter­mi­nées. Les mou­ve­ments plus anciens de l’altermondialisme devront tirer les leçons de leurs avan­cées et de leurs limites. Et, comme le dit si bien Esther Vivas pour les nou­veaux mou­ve­ments : « c’est un pro­logue ».

Les mouvements sociaux confrontés à la différenciation des situations

Dans la crise, la bour­geoi­sie finan­cière reste encore au pou­voir et la logique domi­nante reste celle de la finan­cia­ri­sa­tion. Mais la mon­dia­li­sa­tion est en train d’évoluer et ses contra­dic­tions aug­mentent. Elle se tra­duit par une dif­fé­ren­cia­tion des situa­tions sui­vant les régions du monde, une sorte de dérive des conti­nents. Chaque grande région évolue avec des dyna­miques propres et l’évolution des mou­ve­ments sociaux tient compte des nou­velles situa­tions. Cette évo­lu­tion modi­fie les condi­tions de la conver­gence des mou­ve­ments telle qu’elle s’était construite dans le pro­ces­sus des forums sociaux mon­diaux.

En Amérique Latine, des régimes desar­rol­lis­tas ou déve­lop­pe­men­ta­listes, mettent en place des poli­tiques post-néo­li­bé­rales. Des poli­tiques qui ne sont pas anti­ca­pi­ta­liste et qui com­binent des gages au marché mon­dial des capi­taux et des poli­tiques sociales avec des redis­tri­bu­tions. Elles ont pour consé­quence une forme de bana­li­sa­tion de l’altermondialisme et une frag­men­ta­tion des mou­ve­ments sociaux.

En Asie, des alliances com­binent des bour­geoi­sies éta­tiques, natio­nales et mon­dia­li­sées. Comme en Amérique Latine, se pose la ques­tion sur le rôle des mou­ve­ments sociaux des nou­velles puis­sances qu’on appelle faute de mieux « pays émer­gents ». Dans ces deux régions, le mou­ve­ment social s’organise autour des tra­vailleurs en lutte pour leurs droits et leurs salaires, et qui passent des alliances larges avec la bour­geoi­sie éta­tique, d’autant que cette der­nière contrôle une partie de l’appareil pro­duc­tif . Au Moyen Orient, le nou­veau cycle de luttes et de révo­lu­tions débouche sur une période de fortes contra­dic­tions. La pré­sence réelle des mou­ve­ments est confron­tée à l’émergence de forces poli­tiques de l’islam confron­tées au pou­voir gou­ver­ne­men­tal, et à l’instrumentalisation des grandes puis­sances qui cherchent à com­pen­ser la chute de leurs alliés dic­ta­teurs en jouant des situa­tions. En Afrique, la course aux matières pre­mières et à l’accaparement des terres et la mul­ti­pli­ca­tion des conflits qui en résulte brouille la dyna­mique éco­no­mique réelle et la viva­cité des mou­ve­ments.

En Amérique du Nord, les nou­veaux mou­ve­ments, occupy et carrés rouges, sont confron­tés à la vio­lence de la réac­tion des pou­voirs éco­no­miques et à la montée des conser­va­tismes inquié­tants.

Confrontés à la nou­velle situa­tion et à la vigueur de la réac­tion conser­va­trice, les mou­ve­ments déploient une très forte com­ba­ti­vité et beau­coup d’inventivité. Ils n’ont pas encore redé­fi­nis les nou­velles formes et les prio­ri­tés qu’ils veulent accor­der à la conver­gence des luttes inter­na­tio­nales. Ils sont conscients de son impor­tance et res­tent pré­sents dans les espaces exis­tants, notam­ment dans les forums sociaux, mais sans les inves­tir avec une atten­tion suf­fi­sante.

La situation européenne

La crise euro­péenne s’inscrit dans la crise glo­bale. La crise euro­péenne est spé­ci­fique sur le plan éco­no­mique, le dif­fé­ren­tiel de crois­sance jouant for­te­ment en sa défa­veur, et sur le plan géo­po­li­tique. La dif­fé­ren­cia­tion de la mon­dia­li­sa­tion entre les régions du monde joue aussi en Europe. Les situa­tions se dif­fé­ren­cient sui­vant les régions euro­péennes entre l’Europe du Nord, l’Europe du Sud, l’Europe de l’Est et la Grande Bretagne. Les bour­geoi­sie euro­péennes répondent dif­fé­rem­ment à la crise et s’affrontent. Les mou­ve­ments sociaux en Europe doivent tenir compte de la stra­té­gie que met en œuvre leur bour­geoi­sie pour défi­nir leur propre stra­té­gie. La conver­gence au niveau du mou­ve­ment social euro­péen n’est pas spon­ta­née et est, de ce fait, plus dif­fi­cile.

En Europe du Nord, et d’abord en Allemagne, la stra­té­gie est de main­te­nir la place éco­no­mique dans la mon­dia­li­sa­tion en ren­for­çant leur indus­trie. L’industrie ne résume pas la situa­tion éco­no­mique, mais elle joue un rôle d’entraînement au niveau du com­merce exté­rieur et de l’emploi. L’industrie pèse plus de 22% dans le PIB en Allemagne (contre 12% en France, 6% en Grèce). Le projet de la bour­geoi­sie alle­mande est d’asseoir la com­pé­ti­ti­vité de l’industrie alle­mande sur la flexi­bi­lité. Elle le fait dans le cadre de la coges­tion en pro­po­sant en échange une rela­tive aug­men­ta­tion des salaires. Le mou­ve­ment syn­di­cal alle­mand s’inscrit dans cette coges­tion.

En Europe du Sud, la stra­té­gie de ré-indus­tria­li­sa­tion est plus dif­fi­cile. La situa­tion dans la concur­rence inter­na­tio­nale est dété­rio­rée et une orien­ta­tion alter­na­tive d’industrialisation sur les mar­chés inté­rieurs deman­de­rait 15 à 20 ans et n’est pas facile. Les situa­tions sont d’ailleurs dif­fé­rentes ; en Italie, l’industrie pèse 20% du PIB, la bour­geoi­sie cata­lane est proche de la stra­té­gie de l’Europe du Nord. Le capi­ta­lisme est plus axé sur les ser­vices ; c’est un capi­ta­lisme ren­tier avec des rap­ports com­plexes à l’Etat pro­tec­teur. Les poli­tiques d’austérité pèsent plus vio­lem­ment sur les couches sociales défa­vo­ri­sées par­ti­cu­liè­re­ment sur celles qui ne sont paas en situa­tion d’emploi pro­tégé. Le main­tien dans la zone euro telle qu’elle est gérée se tra­duit par des taux de 50% de chô­meurs chez les jeunes. Le mou­ve­ment social est plus for­te­ment mobi­lisé contre les poli­tiques d’austérité.

La France est dans une situa­tion inter­mé­diaire. Les expor­ta­tions créent des emplois et l’industrie fran­çaise n’est pas dépen­dante de la concur­rence en matière de bas-salaires, la concur­rence « low-cost ». La situa­tion dégra­dée en France résulte de la dureté de l’affrontement avec le patro­nat qui sous-inves­tit pour garder le contrôle et refuse toute conces­sion avec les sala­riés. Contrairement au patro­nat alle­mand, les patrons fran­çais jouent les affron­te­ments au sein des couches popu­laires, entre sala­riés pro­té­gés et pré­caires, entre centres-villes embour­geoi­sés, nou­veaux habi­tants péri-urbains de la classe moyenne, et ban­lieues ghet­toï­sées.

En Europe de l’Est les bour­geoi­sies jouent une stra­té­gie d’industrialisation « low-cost » pour atti­rer les mul­ti­na­tio­nales. Ils pèsent pour l’orientation néo­li­bé­rale de l’Europe et sou­tiennent le libre-échange avec ses trois dum­pings : social, envi­ron­ne­men­tal et fiscal.

En Grande-Bretagne, la stra­té­gie est tou­jours atlan­tiste : il s’agit de coller aux Etats-Unis. La bour­geoi­sie anglaise joue l’attractivité moné­taire et fis­cale. Suite à la crise finan­cière, leur pro­blème est de gérer l’inévitable réduc­tion de la taille finan­cière de leur éco­no­mie et notam­ment le poids de la City. Le poids de la finance a doublé en 30 ans ; comme aux Etats-Unis, elle est passée de 3 à 7% du PIB. La bour­geoi­sie bri­tan­nique gère ce qu’elle appelle le « dele­ve­red­ging », la réduc­tion des endet­te­ments et des outils spé­cu­la­tifs. Après la vic­toire contre le mou­ve­ment syn­di­cal qui a ouvert l’ère néo-libé­rale, ils pour­suivent la créa­tion d’emplois pré­ca­ri­sés et sont tentés par une ré-indus­tria­li­sa­tion « dis­count » à l’irlandaise.

Les défis des mouvements sociaux européens

La dif­fé­ren­cia­tion des situa­tions pèse sur la défi­ni­tion d’une posi­tion stra­té­gique com­mune aux mou­ve­ments sociaux et citoyens en Europe. Ces mou­ve­ments sont confron­tés à trois défis prin­ci­paux : la pré­ca­rité, la xéno­pho­bie, le projet euro­péen alter­na­tif.

Le pre­mier concerne l’indispensable et très dif­fi­cile alliance pour les luttes com­munes entre tra­vailleurs pré­caires et tra­vailleurs non-pré­caires. Il y a trente ans, les mou­ve­ments sociaux se défi­nis­saient à partir des sala­riés stables. Les pré­caires pou­vaient penser qu’ils pour­raient à terme être inté­grés dans un sys­tème social stable. Aujourd’hui, à l’inverse, la pré­ca­rité est l’horizon des tra­vailleurs stables.

Le second concerne la montée des idéo­lo­gies racistes et xéno­phobes. Elles pro­li­fèrent à partir de la peur et des insé­cu­ri­tés sociales, éco­lo­giques et civiques. Elles sont ali­men­tées par la dimen­sion sym­bo­lique de la crise euro­péenne et par le « désen­chan­te­ment » qui pro­longe le bas­cu­le­ment géo­po­li­tique du monde. Comment penser son iden­tité quand on sait qu’on ne sera plus au centre du monde ?

Le troi­sième concerne la défi­ni­tion d’un projet euro­péen alter­na­tif qui se déga­ge­rait du projet euro­péen domi­nant et de ses impasses et qui tra­dui­rait en termes poli­tiques et cultu­rels l’unité du mou­ve­ment social euro­péen.

Gustave Massiah, 15 octobre 2012

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