Les défis du mouvement communautaire

Mis en ligne le 12 juin 2010

Par Georges LeBel

« Dans tous lieux, pays et conti­nents, il y a mul­ti­pli­cité d’initiatives de tous ordres, éco­no­miques, éco­lo­giques, sociales, poli­tiques, péda­go­giques, urbaines, rurales, qui trouvent des solu­tions à des pro­blèmes vitaux et sont por­teuses d’avenir. Elles sont éparses, sépa­rées, com­par­ti­men­tées, s’ignorant les unes les autres… Elles sont igno­rées des partis, des admi­nis­tra­tions, des médias. Elles méritent d’être connues et que leur conjonc­tion per­mette d’entrevoir les voies réfor­ma­trices. »
Edgar Morin, 25 mai 2010

L’action col­lec­tive au Québec est en trans­for­ma­tion constante. Bientôt, on pro­po­sera une nou­velle loi sur les OSBL. On sait un peu ce qui s’en vient. Madame Forget a mené une consul­ta­tion et le Ministre Bachand a annoncé une loi pour l’automne qui pro­po­se­rait d’«harmoniser » nos ins­ti­tu­tions avec ce qui se fait en Amérique. Après la Californie, New-York et la Saskatchewan, l’Ontario vient de dépo­ser aussi une loi d’harmonisation. La ministre veut « moder­ni­ser » les OSBL de leur per­met­tant s’engager dans des acti­vi­tés com­mer­ciales, de « deve­nir plus impu­tables et trans­pa­rentes ». Tout y est dit, sans pudeur. Cette har­mo­ni­sa­tion au monde des affaires est une poli­tique pré­cise, mais cor­res­pond-elle à notre réa­lité ? Y a-t-il une spé­ci­fi­cité qué­bé­coise à l’action béné­vole et citoyenne de soli­da­rité et de socia­bi­lité qui jus­ti­fie qu’on s’objecte à l’harmonisation annon­cée ? Pour répondre à cette ques­tion, il faut prendre un peu de recul.

Retour sur la « Révolution tranquille »

En gros­sis­sant le trait, nous avons en 1959, un État mini­mal où l’Église catho­lique et sa hié­rar­chie auto­ri­taire contrôlent et orga­nisent non seule­ment les ser­vices sociaux (santé, édu­ca­tion et bien-être aux « pauvres»), mais aussi tout un réseau de groupes et d’associations cari­ta­tives qui occupent tous les inter­stices de la vie sociale.

C’est cette situa­tion que pré­ten­dra chan­ger la Révolution tran­quille des années soixante : uti­li­ser l’État pour trans­for­mer la société et nous donner col­lec­ti­ve­ment accès aux droits éco­no­miques et sociaux. C’est l’État qui devient le garant des ser­vices néces­saires pour un niveau de vie suf­fi­sant et décent. Le Québec décide de confier à l’État la réa­li­sa­tion de ses objec­tifs sociaux. Bousculé par une urba­ni­sa­tion ful­gu­rante (on passe, en cin­quante ans, de 75% de ruraux à 70% d’urbains), le peuple qué­bé­cois (incité en cela par les indus­triels et Chambres de com­merce) s’est lancé dans la « Révolution tran­quille ». L’essence de cette « évo­lu­tion tapa­geuse » (Gérard Bergeron) était pré­ci­sé­ment de confier à l’État tout ce que l’Église avait acca­paré. Tout à l’État fut le mot d’ordre et la poli­tique parce qu’il n’y avait rien d’autre. Non seule­ment la santé, l’éducation et le bien-être, mais aussi l’électricité, les mines, la finance, les pen­sions, l’assurance, …etc. Ce n’était pas le socia­lisme, mais le modèle sué­dois n’était pas loin : pla­ni­fi­ca­tion par­ti­ci­pa­tive, négo­cia­tion tri­par­tite per­ma­nente au « sommet ».

Dans ce contexte, l’action citoyenne, sus­pecte des relents du passé, peine à se trou­ver une nou­velle voca­tion autre que celle de porte-voix des lais­sés-pour-compte des négo­cia­tions au sommet. Progressivement cepen­dant, les groupes popu­laires assument une fonc­tion de sub­si­dia­rité aux tâches mal accom­plies ou délais­sées par l’État. Défense des loca­taires, défense des vic­times des com­pa­gnies de finance (ACEF), soins de proxi­mité aux malades (cli­niques médi­cales), cli­niques juri­diques, comp­toirs ali­men­taires et plus tard, gar­de­ries et soins psy­chia­triques. Ces actions ponc­tuelles débouchent vite sur des aspi­ra­tions et exi­gences poli­tiques, dont celle du FRAP, déca­pité mili­tai­re­ment par Trudeau en octobre 1970. Plus tard, le mou­ve­ment popu­laire regroupe alors les citoyens non pas d’abord pour les ser­vices, mais offrent des ser­vices pour construire la conscience et la mobi­li­sa­tion des citoyens… et forcer l’État à élar­gir les ser­vices aux citoyens.

Le projet néoconservateur

C’est-là la spé­ci­fi­cité de l’action popu­laire de cette époque. Le ser­vice aux membres existe d’abord comme ins­tru­ment de poli­ti­sa­tion et levier de pres­sion sur l’État pour obte­nir la socia­li­sa­tion ou l’étatisation d’un pro­blème ignoré ou tu jusque-là. Mais il y aura ressac, les « mar­xistes-léni­nistes » pas­se­ront par là et l’État s’affranchit pro­gres­si­ve­ment de cette pres­sion citoyenne par deux moyens clas­siques, la disette finan­cière ou la coop­ta­tion-inté­gra­tion. Comme autant de kystes, l’action citoyenne s’est vue enfer­mée dans la sub­si­dia­rité à l’État, puis pro­gres­si­ve­ment elle s’est pro­fes­sion­na­li­sée jusqu’à deve­nir aujourd’hui can­di­date aux Partenariats Publics/​Communautaires ou autres ini­tia­tives d’économie sociale.

Il en va autre­ment chez nos voi­sins, en dehors de ce que les natio­na­listes se plaisent à voir comme le vil­lage gau­lois résis­tant à l’empire. La droite amé­ri­caine, (et son pen­dant cana­dien de l’école de Calgary qui ali­mente Harper) dénigre de l’État et situe l’action com­mu­nau­taire sur une autre pla­nète que celle du mou­ve­ment que nous venons de décrire au Québec. Dans cet uni­vers, l’action com­mu­nau­taire est la base de la socia­bi­lité fondée sur le par­tage d’une appar­te­nance reli­gieuse, et à une Église spé­ci­fique, petite et proche de la vie com­mu­nau­taire et d’un petit cercle de convi­via­lité. C’est l’appartenance à ce petit regrou­pe­ment qui fonde d’abord la citoyen­neté res­sen­tie et qui n’est vécue natio­na­le­ment et poli­ti­que­ment que comme com­man­de­ments reli­gieux : la patrie, le dra­peau, l’Amérique, le Président ou la Reine, sont autant d’icônes à la fois proches et inat­tei­gnables. On ne par­ti­cipe pas à la divi­nité ou à la citoyen­neté, on y adhère (love it or leave it).

La pesan­teur de ce carcan induit un replie­ment sur sa petite com­mu­nauté d’appartenance, (xéno­phobe et raciste par­fois), dont on attend soli­da­rité et confort dans les temps dif­fi­ciles. Et chaque dimanche, à l’office, on renou­velle en commun ce pacte de soli­da­rité, de com­mu­nauté proche, d’entraide, de cha­leur et de sym­pa­thie. C’est cette petite com­mu­nauté qui assume la soli­da­rité col­lec­tive autour de cette socia­bi­lité toute spé­ci­fique promue par cette étroite réunion de citoyens. Dans ce contexte, contrai­re­ment à ce que nous avons vu pour le Québec, ce n’est plus le mou­ve­ment social, mais l’État qui devient sub­si­diaire. L’absence ou le retrait de l’État devient le gage et l’affirmation de la soli­dité du lien social. Sa pré­sence, le symp­tôme d’un pro­blème de socia­bi­lité.

Quelle autonomie ?

C’est ici que nous ren­con­trons deux concep­tions de l’autonomie. D’une part, pour l’héritier de la révo­lu­tion tran­quille, elle dépend de l’existence d’institutions et de la pré­sence d’un État qui a promu une éga­lité de pro­tec­tion, « car pour les indi­vi­dus pré­ca­ri­sés et mena­cés de perdre leurs sup­ports pro­tec­teurs, tout n’est pas affaire de mobi­li­sa­tion per­son­nelle », (Alain Ehrenberg, La Société du malaise, Odile Jacob, Paris, 2010), mais d’un besoin de pro­tec­tion pour sau­ve­gar­der leur indé­pen­dance. Plutôt que sur la pro­tec­tion, la vision amé­ri­caine de l’autonomie d’autre part, met l’accent sur l’opportunité offerte à chacun de se réa­li­ser. Alors qu’on parle ici d’égalité, on parle ailleurs d’égalité des chances. C’est très dif­fé­rent. Ici, on exige une action qui tend à l’égalité comme résul­tat, alors que là on pos­tule l’abstention pour lais­ser à chacun la res­pon­sa­bi­lité de se construire socia­le­ment.

Ce sont-là deux ver­sions de l’individualisme, deux manières de faire société, l’autonomie amé­ri­caine étant carac­té­ri­sée par trois aspects : l’indépendance, la coopé­ra­tion et la com­pé­ti­tion où l’égalité tend plutôt vers une éga­lité d’opportunité dans laquelle il s’agit de rendre les indi­vi­dus capables de saisir des oppor­tu­ni­tés en les aidant à entrer dans la com­pé­ti­tion. Cette situa­tion implique le déve­lop­pe­ment de pra­tiques consis­tant à aider les gens à s’aider eux-mêmes, pra­tiques que les Américains appellent empo­werment. Aux États-Unis, « l’intervention publique doit rester subor­don­née à la res­pon­sa­bi­lité de l’individu. À l’inverse, l’appel à la res­pon­sa­bi­lité indi­vi­duelle devrait ici être subor­donné à la pro­tec­tion de l’État qui mani­feste la soli­da­rité col­lec­tive de la société. »

Dans ce contexte, « har­mo­ni­ser», donc impor­ter les for­mules amé­ri­caines ou cana­diennes, implique un cham­bou­le­ment majeur pour la socia­bi­lité qué­bé­coise construite sur d’autres bases. Le tri­par­tisme évoqué a donné lieu à la recon­nais­sance éta­tique de l’action com­mu­nau­taire auto­nome. Imposer les formes (juri­diques) de la socia­bi­lité amé­ri­caine, c’est pré­ci­sé­ment viser au cœur de ce qui fait la soli­da­rité et le lien social. C’est peut-être pour­quoi nos amis cana­diens sont inca­pables d’appréhender nos struc­tures d’action sur l’État et nos dif­fi­cul­tés à entrer dans leur lob­bying, et que nous avons de la dif­fi­culté à être soli­daires de leur vision « sub­si­diaire», comme par défaut, de l’action de l’État. Cependant, mes récentes expé­riences de ter­rain m’amènent à faire l’hypothèse que, pour le gou­ver­ne­ment libé­ral, c’est bien de cela qu’il s’agit, de remettre en cause les concep­tions de la Révolution tran­quille pour arri­mer le Québec à l’Amérique. Madame Jérôme-Forget n’annonce-t-elle pour le 7 décembre 2010 à la Grande Bibliothèque une confé­rence au titre-pro­gramme : « La Révolution tran­quille : un héri­tage épuisé et para­ly­sant ? »

Changement de paradigme

De quoi s’agirait-il ? Negri dans son der­nier ouvrage : ‘Commonwealth’, pro­pose

« l’idée géné­rale que l’univers éco­no­mique actuel (la pro­duc­tion de richesses) a cessé de s’organiser autour de la fabri­ca­tion indus­trielle d’objets de consom­ma­tion mani­pu­lables, selon un modèle que la théo­rie éco­no­mique, Marx com­pris, a fina­le­ment abso­lu­tisé. Désormais, le tra­vail exprime et enri­chit le tout de la vie (Hardt et Negri disent qu’il est « bio­po­li­tique »). Il plonge ses racines dans la per­son­na­lité (il est créa­tif et expres­sif). Au lieu de sous­traire le tra­vailleur à la socia­bi­lité pour le diri­ger vers la matière morte, il l’installe dans une inter­sub­jec­ti­vité vive, ce que tra­duit empi­ri­que­ment l’importance actuelle des emplois voués aux rela­tions humaines de soin, d’entretien et d’éducation. C’est dans ces domaines (le tra­vail dit imma­té­riel) que les pro­fits se font et que les sec­teurs les plus dyna­miques éco­no­mi­que­ment assurent la crois­sance des richesses. Cependant, la cri­tique sociale com­mence au moment où l’on constate que les pro­duits de ce nou­veau tra­vail sont acca­pa­rés pri­va­ti­ve­ment, frei­nant l’expansion du « commun » dont il pro­vient. C’est ainsi que « le capi­tal » devient le sym­bole d’une appro­pria­tion privée illé­gi­time visant ce qui est a été ori­gi­nel­le­ment pro­duit en commun et pour le commun. Hardt et Negri cri­tiquent non pas l’autonomie alié­nante du capi­ta­lisme comme « sys­tème », mais cet aspect bien par­ti­cu­lier du capi­ta­lisme qu’est la pri­va­ti­sa­tion, c’est-à-dire en fait, la sous-uti­li­sa­tion, des richesses pro­duites en commun, un « vol » qui d’ailleurs explique aussi la misère des exclus.

C’est à ce pro­ces­sus d’accaparement de la richesse, à cette pri­va­ti­sa­tion de l’action sociale com­mune que nous assis­tons en ce moment. Après avoir gelé depuis 1980 les salaires des tra­vailleurs pour aug­men­ter les pro­fits du capi­tal, il faut réduire les res­pon­sa­bi­li­tés de la redis­tri­bu­tion confiées à l’État, en les fai­sant réa­li­ser par d’autres. Comment ? On com­mence par sou­te­nir les groupes recon­nus, puis on leur confie par contrat des tâches qui tra­di­tion­nel­le­ment étaient celles de l’État. Ensuite, on les met en concur­rence d’abord avec des fon­da­tions pri­vées (assi­mi­lées faus­se­ment à des groupes citoyens), puis car­ré­ment, à des groupes d’intérêts privés. En fai­sant passer les recettes de l’État dans les coffres des groupes privés, plutôt que de sou­la­ger la pau­vreté, il s’agit de la rendre ren­table. En « mar­chan­di­sant » les ser­vices autre­fois dis­pen­sés par l’État de bien-être, on pri­va­tise l’État social, en confiant des tâches aux Partenariats Publics Communautaires (PPC). On passe de 15 à 50 000 sala­rié-es du com­mu­nau­taire entre 2006 et 2010. Ensuite on ouvre ce sec­teur par des appels d’offre, aux fon­da­tions puis à n’importe quel entre­pre­neur. C’est par là que passe l’accaparement privé des fruits de la pro­duc­tion sociale com­mune. L’extension de la contrac­tua­li­sa­tion des groupes com­mu­nau­taires est un des moyens de cette pri­va­ti­sa­tion.

Bifurcation de l’économie

Or quelle est la pro­duc­tion sociale la plus impor­tance aujourd’hui ? C’est la pro­duc­tion imma­té­rielle, le savoir-faire, les pro­cé­dés, les bre­vets, les droits d’auteur, les pro­grammes d’ordinateurs, les œuvres d’art…etc. Dans le sys­tème actuel, les com­pa­gnies doivent payer des taxes et impôts sur la valo­ri­sa­tion de ces pro­duits. Devinez alors ce qu’on nous pré­pare. Par le biais des OSBL qui ne payent pas d’impôts, il sera main­te­nant permis d’accumuler des intan­gibles hors pré­lè­ve­ments. Rien dans la loi n’empêche en ce moment la dis­tri­bu­tion des actifs entre les membres de l’OSBL en cas de dis­so­lu­tion, sauf inter­dic­tion spé­ciale aux sta­tuts. C’est ainsi qu’on peut fan­tas­mer l’évolution de la « nou­velle éco­no­mie » du savoir et de la connais­sance, pro­dui­sant de l’immatériel, et accu­mu­lant son capi­tal hors impôts dans des OSBL.

Reste un ferment de dis­corde dans nos rangs. Après avoir démas­qué l’imposture de la « lutte à la pau­vreté», nous sommes pas­sa­ble­ment divi­sés lorsqu’il s’agit de contrer une autre évo­lu­tion. Depuis plus de 80 ans, l’action béné­vole a accu­mulé un impor­tant capi­tal de sym­pa­thie, et les orga­nismes sans but lucra­tif sont vus favo­ra­ble­ment dans la société. Cela repose pro­ba­ble­ment en partie sur le fait que jamais les objets éco­no­miques n’ont été consi­dé­rés comme fon­de­ment et objet d’une action béné­vole recon­nue. Or, dans la logique déjà dénon­cée de l’accumulation des actifs hors impôts, cer­tains tenants de l’économie sociale vou­draient faire recon­naître que la pour­suite d’objets éco­no­miques puisse béné­fi­cier du pré­jugé favo­rable aux OSBL. Qu’est-ce qui inter­dira alors aux grandes cor­po­ra­tions de pour­suivre leurs objets éco­no­miques tout en pré­ten­dant le faire sans but lucra­tif et sans impôts tout au long de l’existence de l’organisme, mais encais­sant les pro­fits au moment de la dis­so­lu­tion ? Où allons-nous alors ? Harmonisation, pri­va­ti­sa­tion, défis­ca­li­sa­tion, divi­sion, on est mal parti pour les luttes de l’automne.

Quel chemin explorer ?

Personnellement, je vois deux ave­nues. Il nous faut sus­ci­ter un pro­ces­sus d’auto-identification dans le mou­ve­ment qui n’est plus popu­laire, mais qui est devenu com­mu­nau­taire. La dis­tinc­tion entre la défense des droits, l’éducation et la pres­ta­tion de ser­vices ne tient plus aux yeux de l’État pour­voyeur, et de moins en moins à nos propres yeux. L’évolution me semble avoir atteint son terme et plu­sieurs des groupes dits ‘com­mu­nau­taires’ sont en fait des entre­prises d’économie sociale si l’on veut.

Or ces entre­prises four­nissent certes des emplois à beau­coup de per­sonnes, (on parle de 50 000 à ce jour), mais ce sont des emplois pré­caires, exi­geants, non qua­li­fiants et mal payés. Ne fau­drait-il pas entre­prendre la défense col­lec­tive de tous ces exploité-es (mas­si­ve­ment fémi­nines) en les syn­di­quant ? Ce pro­ces­sus per­met­trait de déga­ger l’autre volet du mou­ve­ment citoyen, qui serait alors dis­po­nible pour une mobi­li­sa­tion pour le chan­ge­ment. J’en suis arrivé à une sorte de conclu­sion per­son­nelle après une tour­née qui nous a amené à ren­con­trer plus de 200 per­sonnes enga­gées dans au moins 150 groupes : quand on regroupe les citoyens pour se donner des ser­vices, on ne peut les mobi­li­ser que pour des meilleurs ser­vices et non pour chan­ger la société.

Mobiliser, cela signi­fie par­ti­ci­per à une action col­lec­tive où l’on s’associe à d’autres pour dépas­ser sa seule mis­sion et faire avan­cer les droits de tous. Ce n’est que si leur mobi­li­sa­tion vient de la par­ti­ci­pa­tion à une action concrète qu’il est pos­sible d’entrevoir un début de conti­nuité. Or pour les inci­ter à par­ti­ci­per, il faut les infor­mer, ce qui implique de mul­ti­plier les occa­sions de pré­sen­ter des infor­ma­tions et de tenir des dis­cus­sions, sur tous les sujets pos­sibles pour élar­gir l’auditoire. Il faut donc tenir des confé­rences, des col­loques, des pro­jec­tions de film, des acti­vi­tés de financement…pour main­te­nir éveillée l’attention des gens et les inci­ter à reve­nir. L’existence même et la survie des groupes est donc une mobi­li­sa­tion, une action. C’est un lieu de défi­ni­tion et de sélec­tion des besoins que l’on mettra de l’avant. Or défi­nir les besoins, choi­sir les reven­di­ca­tions, c’est exer­cer un pou­voir col­lec­tif, un pou­voir poli­tique ; C’est déter­mi­ner l’ordre du jour poli­tique d’une société.

En y ajou­tant la pro­fes­sion­na­li­sa­tion des per­son­nels et la désaf­fec­tion de nos assem­blées géné­rales, nous cour­rons pro­ba­ble­ment à l’échec si nous n’acceptons pas de voir que la pri­va­ti­sa­tion de l’État de bien-être est notre prin­ci­pal écueil et que la défense poli­tique du ser­vice public, uni­ver­sel, acces­sible et gra­tuit est notre reven­di­ca­tion com­mune, même si cela risque de heur­ter cer­tains de nos alliés qui par­ti­cipent à sa pri­va­ti­sa­tion. Comment convaincre alors de renon­cer à sou­mettre des pro­jets de finan­ce­ment qui sont pour­tant la condi­tion de notre survie ? Sommes-nous à ce point asser­vis ?

Résumé d’une inter­ven­tion lors d’un ate­lier orga­nisé par le MÉPACQ, Victoriaville, 10 juin 2010

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