Les défis de la transformation en Amérique du Sud

L’Amérique du Sud qu’on dit parfois «latine»[1] apparaît aujourd’hui comme le terrain de grandes mutations. Le changement le plus spectaculaire est au niveau politique. Après des décennies de gouvernements de droite et/ou de dictatures militaires, le pouvoir politique semble en effet basculer vers la gauche. Certes cette gauche est très différenciée, appartenant à des cultures politiques distinctes selon les pays, l’évolution sociale, l’histoire des partis, etc. Mais partout, la vague de fond est portée par le désir d’une plus grande justice sociale et d’une démocratie inclusive intégrant les divers secteurs de la population, y compris les catégories traditionnellement exclues (les pauvres urbains, les paysans, les autochtones, etc.).
Par Mis en ligne le 24 août 2009

Une évolution aux racines complexes

Le phé­no­mène est encore nou­veau (une dizaine d’années), d’où le danger de faire des ana­lyses ou des pré­dic­tions trop hâtives. Pour autant, les trans­for­ma­tions en cours sont com­plexes et pro­fondes, et méritent d’être exa­mi­nées davan­tage. Certains voient dans l’essor poli­tique actuel l’essor d’une « nou­velle » gauche, plus « réa­liste», apte à conju­guer des réformes sociales avec l’acceptation du marché et donc de l’insertion de l’Amérique du Sud dans le capi­ta­lisme mon­dia­lisé (Castaneda 1997). D’autres y per­çoivent au contraire l’amorce d’une grande « rup­ture » dont le point d’aboutissement serait un « socia­lisme du XXième siècle», ancré sur la culture et l’histoire de l’hémisphère (Mouterde 2002). Tout au long du ving­tième siècle, l’Amérique du Sud a connu plu­sieurs périodes de trans­for­ma­tion plus ou moins tur­bu­lentes. Après la Deuxième Guerre mon­diale, un projet de déve­lop­pe­ment « natio­nal » (qu’on a appelé le « desar­ro­lisme») s’est imposé sous diverses formes. L’impulsion des sec­teurs urba­ni­sés (couches moyennes et popu­laires), cou­plée à un intense pro­ces­sus d’industrialisation et de moder­ni­sa­tion a abouti à des régimes poli­tiques hété­ro­gènes, la plu­part du temps mar­qués par un lea­der­ship cha­ris­ma­tique (la figure emblé­ma­tique étant Juan Péron), des mobi­li­sa­tions sociales urbaines et rurales sti­mu­lées par les partis de gauche et des conflits mul­tiples au sein des coa­li­tions au pou­voir et entre celles-ci et les élites tra­di­tion­nelles oli­gar­chiques. Cette époque s’est plus ou moins dis­lo­quée au tour­nant des années 1970 avec les coups d’état mili­taire dans le cône sud et jusqu’à la fin des années 1980, la majo­rité des pays d’Amérique du Sud a connu la férule de la dictature.

La lutte pour la démocratie et l’émergence d’un nouveau pôle

Dans le sillon de ces bou­le­ver­se­ments s’est imposé en phase avec l’évolution des pays capi­ta­listes du nord le néo­li­bé­ra­lisme, d’où d’autres trans­for­ma­tions en pro­fon­deur de la société. Les pro­jets et les orga­ni­sa­tions qui struc­tu­raient l’univers des classes moyennes et popu­laires (partis de gauche modé­rés ou radi­caux) se sont affai­blis consi­dé­ra­ble­ment. Mais dans la lutte pour la démo­cra­tie sont appa­rues de nou­velles coa­li­tions, comme au Brésil (la mobi­li­sa­tion pour le chan­ge­ment du sys­tème élec­to­ral) ou au Chili (contre le projet de consti­tu­tion de Pinochet). Ensuite une fois la démo­cra­tie par­tiel­le­ment ou tota­le­ment réta­blie, de nou­velles confron­ta­tions sont sur­ve­nues contre les impacts du néo­li­bé­ra­lisme, notam­ment l’appauvrissement des couches popu­laires et le déman­tè­le­ment du sec­teur public. De ces nou­velles confi­gu­ra­tions poli­tiques et sociales ont émergé de nou­velles orga­ni­sa­tions poli­tiques, expri­mant des pro­jets divers, mais sur un socle commun d’aspirations démo­cra­tiques et de jus­tice sociale. Le Parti des tra­vailleurs (PT) au Brésil, le Frente Amplio (Uruguay), la Concertación[2] (Chili) se sont ainsi impo­sées sur la scène poli­tique depuis une dizaine d’années. Le moment fort de cette pre­mière vague a été en effet l’élection de Luiz Inácio Lula da Silva à la pré­si­dence du Brésil en 2002.

Une vague de fond : les subalternes entrent en scène

Parallèlement à l’érection de nou­veaux pou­voirs sous l’influence de nou­veaux partis de gauche et de centre-gauche se sont déve­lop­pées de vastes mobi­li­sa­tions sociales semi-spon­ta­nées, sans expres­sion poli­tique struc­tu­rée. Le « labo­ra­toire » de cette vague a sans doute été le Venezuela, désta­bi­lisé dès la fin des années 1980 par l’émiettement des partis, ce qui a permis l’essor de mou­ve­ments semi-insur­rec­tion­nels captés par le mili­taire Hugo Chavez, fina­le­ment élu à la pré­si­dence de son pays en 1998. La « République boli­va­rienne » qui a émergé de ce pro­ces­sus est un « work-in-pro­gress » constant, tra­versé de vio­lentes confron­ta­tions, de pou­voir pré­si­den­tiel à conno­ta­tion popu­liste, de mou­ve­ments sociaux reven­di­ca­tifs qui demandent plus qu’un simple « repar­tage » des res­sources du pays, mais une véri­table refon­da­tion du pou­voir. Dans les pays andins qui consti­tuent la partie la plus pauvre de l’Amérique du Sud, des mou­ve­ments pay­sans, majo­ri­tai­re­ment autoch­tones, ont déclen­ché une série de mou­ve­ments insur­rec­tion­nels cir­cu­laires, désta­bi­li­sant les pou­voirs en place, et pro­dui­sant des coa­li­tions poli­tiques inédites, les­quels ont débou­ché sur l’élection d’Evo Morales en Bolivie (2005), et de Rafael Correa en Équateur (2007). Le monde paysan, majo­ri­tai­re­ment autoch­tone, tra­di­tion­nel­le­ment exclu de la sphère poli­tique, est devenu un des prin­ci­paux pro­ta­go­nistes. Sous des formes dif­fé­rentes, c’est ce qui est arrivé éga­le­ment plus récem­ment au Paraguay, avec l’élection du « curé rouge», Fernando Lugo (2008). Parallèlement, l’Argentine a été le théâtre de mou­ve­ments popu­laires insur­rec­tion­nels mul­tiples, jusqu’à l’élection d’un gou­ver­ne­ment péro­niste « de gauche», sous Néstor Kirchner (2003) suivie récem­ment par son épouse, Cristina Kirchner (2008). Finalement après des décen­nies de blo­cage, la gauche resur­git en Amérique cen­trale, avec l’élection du FSLN au Nicaragua (2006) et de manière pro­bable, du FMLN au Salvador (2009).

Changements sous influence

Les trans­for­ma­tions réa­li­sées dans les années 1980 et 1990 sous l’influence du néo­li­bé­ra­lisme ont pro­fon­dé­ment marqué et conti­nuent de domi­ner le ter­rain éco­no­mique et social. L’enrichissement inédit de diverses couches mino­ri­taires s’est accom­pa­gné d’un appau­vris­se­ment struc­tu­rel et durable des classes popu­laires, urbaines comme rurales. La société est très pola­ri­sée. Le « déve­lop­pe­ment » éco­no­mique s’est accé­léré autour de la pro­duc­tion et de l’exportation des res­sources agroin­dus­trielles et minières, fai­sant du sec­teur pri­maire, encore plus qu’auparavant, la loco­mo­tive de l’économie. Ainsi, l’Amérique du Sud s’insère davan­tage dans la mon­dia­li­sa­tion en tant que four­nis­seur de soya, de viande, de mine­rais et de pétrole pour l’Asie, l’Amérique du Nord et l’Europe. Dans ce sens, on peut dire que la restruc­tu­ra­tion néo­li­bé­rale enta­mée à l’époque des dic­ta­tures s’est conso­li­dée. Le pro­ces­sus a tou­te­fois évolué. Sur le plan des rap­ports avec le reste du monde, l’Amérique du Sud est deve­nue moins dépen­dante des États-Unis, en diver­si­fiant le com­merce avec l’Asie et l’Europe. Des pays comme le Brésil jouent un rôle impor­tant au sein du « G-20 » pour rené­go­cier les termes de l’architecture mon­diale du com­merce et des inves­tis­se­ments, d’où le blo­cage des négo­cia­tions de l’OMC devant l’impossibilité d’arracher de réelles conces­sions aux puis­sants du G-8.

Le défi de l’inclusion et de la gouvernance

Les nou­veaux gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes d’Amérique du Sud se retrouvent avec un sin­gu­lier « capi­tal » qui intègre une struc­ture éco­no­mique pola­ri­sée et anti­po­pu­laire et un élan poli­tique éman­ci­pa­toire à une échelle inéga­lée. D’où les ten­sions constantes qui tra­versent les forces poli­tiques et sociales. Les néces­si­tés de la « real poli­tique » mises de l’avant par l’administration Lula au Brésil ou celle de Michelle Bachelet au Chili insistent sur l’impératif de main­te­nir les « équi­libres macro éco­no­miques», d’éviter les « débor­de­ments popu­listes » et d’engager des trans­for­ma­tions à long terme aptes à répondre aux aspi­ra­tions popu­laires. De l’autre côté, bien des mou­ve­ments popu­laires, le MST au Brésil par exemple, accusent les gou­ver­ne­ments en ques­tion de vou­loir pré­ser­ver le statu quo (et donc leur pou­voir) au détri­ment de la trans­for­ma­tion. Récemment réunis à Bélem dans le cadre du Forum social mon­dial, 130 000 par­ti­ci­pants venant prin­ci­pa­le­ment du Brésil et de l’Amérique du Sud ont tendu la main aux gou­ver­ne­ments qu’ils jugent plus popu­laires et plus radi­caux comme ceux du Venezuela, de la Bolivie et de l’Équateur et qui semblent réus­sir à récon­ci­lier l’impératif d’assurer le déve­lop­pe­ment éco­no­mique avec la néces­sité d’une vaste redis­tri­bu­tion sociale. Au Venezuela notam­ment, le régime mainte fois confirmé par les urnes d’Hugo Chavez accé­lère la natio­na­li­sa­tion du sec­teur privé et encou­rage la mise en place d’unités pro­duc­tives auto­gé­rées, et ce tout en main­te­nant une saine ges­tion des res­sources de l’État.

Les trans­for­ma­tions évo­quées ne sus­citent pas que de l’enthousiasme. Les classes domi­nantes, anciennes (lati­fun­distes) et nou­velles (indus­triels bran­chés sur la mon­dia­li­sa­tion) résistent aux chan­ge­ments, par­fois par le jeu poli­tique, par­fois par des manœuvres de désta­bi­li­sa­tion comme on le constate en Bolivie et au Venezuela. Devant cela, les mou­ve­ments sociaux et leurs alliés gou­ver­ne­men­taux subissent le choc. La recom­po­si­tion des alliances, en les élar­gis­sant, est la voie promue par le lea­der­ship bré­si­lien. L’érection de pou­voirs forts autour de pro­jets popu­laires affir­més est ce qui se constate en Bolivie et sur­tout au Venezuela, au risque de per­pé­tuer, selon le socio­logue Edgardo Lander, des tra­di­tions auto­ri­taires et popu­listes (Lander 2008) et ce, même si la plu­part des obser­va­teurs conviennent que les restruc­tu­ra­tions en cours doivent être cana­li­sées par des gou­ver­ne­ments forts et légi­times. À tra­vers ces manières tra­di­tion­nelles de gou­ver­ner appa­raissent de nou­velles pro­po­si­tions autour du thème de l’inclusion et de la par­ti­ci­pa­tion, et où les popu­la­tions, de même que les mou­ve­ments sociaux, sont invi­tés à s’insérer dans le pro­ces­sus poli­tique direc­te­ment, au-delà des choix qui sont faits à inter­valles régu­liers par la voie élec­to­rale. Les expé­riences de « budget par­ti­ci­pa­tif » (Brésil), de « conseils com­mu­naux » (Venezuela) et d’«assemblées citoyennes » (Argentine) qui portent plu­sieurs appel­la­tions ici et là se mul­ti­plient cher­chant à inno­ver sur le mode de la gou­ver­nance (Negri et Cocco, 2007). Pour cer­tains, l’idée est de « gou­ver­ner par en bas», pour impo­ser aux régimes pro­gres­sistes des trans­for­ma­tions fon­da­men­tales. Pour d’autres (Holloway 2007), il s’agit d’une révo­lu­tion plus en pro­fon­deur tant sur le plan concep­tuel que sur le plan poli­tique en éla­bo­rant de nou­veaux modèles démocratie.

Le défi de la crise

Le monde entier est pré­sen­te­ment engouf­fré dans une crise com­plexe et de longue durée dont les inter­ac­tions entre les dimen­sions finan­cières, pro­duc­tives, com­mer­ciales res­sortent au pre­mier plan. L’Amérique du Sud, grande pour­voyeuse du marché mon­dial en res­sources, se retrouve évi­dem­ment très péna­li­sée, d’où la baisse sen­sible des expor­ta­tions et donc de la pro­duc­tion. D’autre part, les gou­ver­ne­ments pour résis­ter aux assauts spé­cu­la­tifs sur la mon­naie sont forcés de dila­pi­der les réserves dure­ment acquises, et ce au détri­ment de leur marge de maneuvre finan­cière et de leurs enga­ge­ments à finan­cer les grandes réformes. Rien n’indique pour le moment que cette crise pourra être rapi­de­ment digé­rée et entre-temps, les pays les plus vul­né­rables d’Amérique du Sud se retrouvent sur la brèche (on pense à l’Argentine notam­ment). D’autre part dans le sillon de la crise se pro­duisent d’autres zones de pres­sion sur la scène inter­na­tio­nale, dont la « guerre sans fin » déclen­chée par l’administration Bush. Certes jusqu’à date, les affron­te­ments se sont concen­trés sur un vaste « arc des crises » essen­tiel­le­ment en Asie et en Afrique, mais l’ambition, du moins celle affir­mée par le lea­der­ship états-unien depuis une bonne ving­taine d’années, est de conso­li­der l’hégémonie de l’empire à l’échelle du monde.

En Amérique du Sud, cette guerre sans fin s’est sur­tout mani­fes­tée dans le bassin cari­béen, en Colombie prin­ci­pa­le­ment, où une soit disant « guerre contre le nar­co­tra­fic » est en réa­lité un conflit social et poli­tique d’envergure, et qui risque d’embraser le Venezuela, l’Équateur et d’autres pays de la sous-région. Il y a éga­le­ment tou­jours la menace d’une montée des ten­sions qui décou­le­raient des rap­ports Cuba-Etats-Unis, qui res­tent encore très vola­tiles. Cette mili­ta­ri­sa­tion vise sans doute à affai­blir les vel­léi­tés d’autonomie de l’Amérique du Sud envers la puis­sance états-unienne. Bref, l’adversaire le plus redou­table se retrouve comme tou­jours au nord du Rio Grande. En dépit de l’arrivée au pou­voir de Barak Obama, il serait sur­pre­nant que Washington délaisse sa tra­di­tion­nelle chasse gardée. D’autant plus que les États-Unis importent près de cinq mil­lions de barils de pétrole par jour du Venezuela ! Restent cepen­dant plu­sieurs fac­teurs, dont l’imagination et la déter­mi­na­tion des gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes et des mou­ve­ments sociaux, notam­ment dans la mise en place de nou­veaux méca­nismes d’intégration régio­nale capables de frei­ner l’impact d’une mon­dia­li­sa­tion tou­jours conduite par la « triade » (Amérique du Nord – Europe occi­den­tale – Japon).

Une intégration alternative des Amériques ?

Depuis la fameuse décla­ra­tion du Président James Monroe en 1823, Washington s’est arrogé le droit d’intervenir dans « son » conti­nent. Jusque dans les années 1990, cet inter­ven­tion­nisme a sou­vent pris la forme des appuis aux dic­ta­tures mili­taires qui ont permis aux firmes états-uniennes de domi­ner et de pro­fi­ter des res­sources. Plus tard dans le tour­nant de la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale, Washington a tenté d’institutionnaliser cette subor­di­na­tion dans le cadre de la Zone de libre-échange pour les Amériques (ZLÉA). Mais depuis quelques années, le conti­nent est en effer­ves­cence et le projet de la ZLÉA a été mis de côté sous l’impact de la contes­ta­tion des mou­ve­ments sociaux[3] et des gou­ver­ne­ments de gauche et de centre-gauche élus depuis 2002.

Le rêve de l’intégration

Bien qu’héritière d’une his­toire com­mune, l’Amérique du Sud reste un conti­nent diver­si­fié. Des pays « riches » comme le Chili, l’Uruguay, l’Argentine, coexistent avec des zones de grande misère, dans les pays andins, en Amérique cen­trale. Entre tout cela s’interpose un géant éco­no­mique et démo­gra­phique, le Brésil. Certes, l’intégration conti­nen­tale appa­raît aujourd’hui comme une néces­sité dans un uni­vers struc­turé autour de grands ensembles comme l’Amérique du Nord, l’Union euro­péenne, la Chine. Mais jusqu’à récem­ment, des obs­tacles ont entravé plu­sieurs pro­jets d’intégration comme le Marché Commun du Sud (Mercosur), la Communauté andine de Nations, le Caricom, etc. Le Mercosur, mis en place en 1991 par le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay a peut être été le plus loin dans la ten­ta­tive d’élaborer un cadre de coopé­ra­tion fonc­tion­nel. Cependant, les gou­ver­ne­ments néo­li­bé­raux qui domi­naient avant 2002 dans ces pays étaient plus inté­res­sés à déve­lop­per leurs rela­tions bila­té­rales, avec les États-Unis ou l’Europe, qu’à ren­for­cer les liens intra conti­nen­taux. Aujourd’hui, le Mercosur est relancé par le pré­sident Lula et depuis, les avan­cées sont impor­tantes, tant sur le plan de l’élargissement du Mercosur que sur le plan des pro­jets d’intégration que le Brésil vou­drait ren­for­cer dans le cadre de la Communauté sud-amé­ri­caine des Nations, lancée au début de 2008.

L’ALBA

En décembre 2004, Fidel Castro et Hugo Chavez ont mis sur la table un nou­veau projet, l’Alternative Bolivarienne pour les Amériques (ALBA) auquel se sont joints la Bolivie, le Nicaragua, l’Équateur, le Honduras et plu­sieurs autres pays récem­ment. Au-delà d’un pro­ces­sus éco­no­mique, l’ALBA se pré­sente comme un projet « contre-hégé­mo­nique», selon le socio­logue Emir Sader, « un nouvel hori­zon his­to­rique de l’Amérique latine, à partir duquel toutes les forces pro­gres­sistes devront penser leur iden­tité, leurs objec­tifs et leurs formes d’action. C’est aussi un espace alter­na­tif au libre-échange, à la domi­na­tion du marché, en révé­lant concrè­te­ment com­ment c’est par un échange entre besoins et pos­si­bi­li­tés que l’on vient à bout de l’analphabétisme, que l’on ren­force l’agriculture fami­liale et la sécu­rité ali­men­taire, que l’on redonne la vue à des mil­lions de personnes.

Concrètement, le Venezuela four­nit d’importantes quan­ti­tés de com­bus­tible à des prix lar­ge­ment infé­rieurs à ceux du marché inter­na­tio­nal. Parallèlement, avec l’appui finan­cier du gou­ver­ne­ment Chavez, plus de 30 000 coopé­rants cubains sont actifs au niveau de la santé et de l’éducation. Récemment, l’idée a été lancée de lancer une « Banque du Sud » qui rem­pla­ce­rait éven­tuel­le­ment le FMI et la Banque mon­diale comme sou­tien « en der­nier recours » au niveau finan­cier pour les pays d’Amérique du Sud.


Références

  • Castaneda, Jorge, L’utopie désar­mée, Fasquelles, Paris, 1997.
  • Holloway, John Changer le monde sans prendre le pou­voir, Lux, Montréal, 2007.
  • Lander, Edgardo, Le pro­ces­sus boli­va­rien : un projet alter­na­tif en tension ?
  • Entrevue avec Edgardo Lander, entre­vue par Frank Gaudichaud, publié le 15 février 2009 sur le site Alternatives International
  • Mouterde, Pierre, Quand l’utopie ne désarme pas, Écosociété, Montréal, 2002.
  • Negri, Toni et Cocco, Giuseppe, GlobAL, luttes et bio­pou­voir à l’heure dela mon­dia­li­sa­tion : le cas exem­plaire de l’Amérique latine, Éditions Amsterdam, Paris, 2007

Notes

[1] Même si une grande partie de la popu­la­tion n’est pas d’expression cas­tillane ou portugaise.

[2] La Concertación de Partidos por la Democracia inclut le Parti socia­liste, la Démocratie chré­tienne, le Parti radi­cal et plu­sieurs autres for­ma­tions de centre-gauche.

[3] Notamment l’Alliance sociale conti­nen­tale qui regroupe des mou­ve­ments et des coa­li­tions de tous les pays et qui a orga­nisé en avril 2001 un his­to­rique Sommet des peuples des Amériques.

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