Les dangereuses transformations du système de l’immigration au Canada

Par Mis en ligne le 23 mars 2011

Depuis un cer­tain nombre d’années, un écart impor­tant existe entre l’expérience des migrants ins­tal­lés défi­ni­ti­ve­ment ou tem­po­rai­re­ment dans le pays et l’accueil qui leur était promis. On a d’abord vu une hausse ful­gu­rante des tra­vailleurs étran­gers tem­po­raires (de 47 % entre 2004 et 2007 selon les don­nées du Ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration). Et depuis 2006, l’entrée de tra­vailleurs tem­po­raires dépasse celle des immi­grants éco­no­miques.

Cette migra­tion tem­po­raire liée au tra­vail se retrouve dans de nom­breux pro­grammes dis­tincts selon les cri­tères d’admission, la régle­men­ta­tion sec­to­rielle de l’emploi ou selon le cadre ins­ti­tu­tion­nel de l’entente. Dans le cas de la migra­tion de tra­vailleurs non spé­cia­li­sés, trois pro­grammes existent : le pro­gramme des aides fami­liaux rési­dants, les pro­grammes de tra­vailleurs agri­coles sai­son­niers (PTAS) et un pro­gramme de tra­vailleurs tem­po­raires peu spé­cia­li­sés. Il convient de sou­li­gner l’ascension ful­gu­rante des PTAA, issu d’ententes entre le Canada, quelques pays des Caraïbes, le Mexique et le Guatemala.

Outre le fait qu’elle peut vul­né­ra­bi­li­ser les migrants, l’une des consé­quences de cette mul­ti­pli­ca­tion des situa­tions de migra­tion tem­po­raire consiste à encou­ra­ger la dérè­gle­men­ta­tion des sta­tuts et du tra­vail en géné­ral. Car le trai­te­ment des per­sonnes ayant les mêmes com­pé­tences est dif­fé­ren­cié non pas à partir de celles-ci, mais des caté­go­ries migra­toires dont elles pro­viennent. Ce fai­sant, les droits asso­ciés à l’exercice d’un tra­vail deviennent subor­don­nés aux sta­tuts attri­bués par les pro­grammes migra­toires exis­tants. Les dis­tinc­tions, arti­fi­ciel­le­ment créées, entre les per­sonnes et entre les occu­pa­tions rem­placent alors les codes et normes asso­ciés à ces occu­pa­tions dans la nomen­cla­ture fédé­rale ou pro­vin­ciale.

Un constat res­sort de ces don­nées, celui d’une plus grande pré­ca­rité et vul­né­ra­bi­lité pour les migrants éco­no­miques au Canada. Les causes de ce phé­no­mène sont nom­breuses, les orien­ta­tions conser­va­trices et néo­li­bé­rales des gou­ver­ne­ments récents y sont pour quelque chose, mais aussi les muta­tions de l’économie et notam­ment dans cer­tains sec­teurs spé­ci­fiques comme l’agriculture. Il y a aussi la grande com­plexité d’un sys­tème qui pro­duit des pro­grammes et des caté­go­ries à tous vents. Le statut dif­fé­ren­cié des per­sonnes tom­bant sous l’un ou l’autre de ces pro­grammes ren­force la ten­dance à la pré­ca­ri­sa­tion, en raison de la déva­lo­ri­sa­tion de cer­taines situa­tions, de cer­taines expé­riences.

Extrait d’un texte paru dans le numéro 5 des NCS, Migrations : Stratégies, acteurs et résis­tances

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